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Témoignages

J’ai testé pour toi : la circoncision à l’âge adulte pour raison médicale

27 août 2020
Une fois n’est pas coutume, c’est un lecteur de Rockie qui prend la plume pour nous raconter pourquoi il a dû se faire circoncire quand il était adulte.

Article intialement publié en avril 2019

La place des hommes sur Rockie

Rockie est un magazine créé par et pour les femmes, et publie donc majoritairement des témoignages de lectrices. Nous sommes toutefois toujours heureuses de recevoir des contributions écrites par des hommes sur les sujets de la sexualité, de la vie de couple et de la parentalité. Si tu es un lecteur de Rockie et que tu veux partager ton expérience avec la communauté, rendez-vous par ici.

Pendant longtemps, la circoncision était pour moi une pratique liée à la religion et pratiquée dans l’enfance. Je savais qu’elle pouvait être également pratiquée pour raisons médicales et j’avais lu quelques sujets parlant des avantages/inconvénients que certains y trouvent. Étant athée, majeur et en bonne santé je ne me sentais pas vraiment concerné par la possibilité d’une circoncision. Je me trompais.

Un premier indice

Ça a en fait commencé avant ma majorité, même si à l’époque je n’y ai pas vraiment prêté attention. La première fois que j’ai voulu mettre une capote pour m’entraîner, j’ai lu la petite notice fournie avec le préservatif, comme tout élève appliqué. Celle-ci indiquait qu’il fallait décalotter le sexe une fois en érection avant de mettre le préservatif.

A priori, rien de bien compliqué, sauf qu’en fait ce n’était pas possible pour moi. J’avais déjà expérimenté lors de plaisirs solitaires, qu’une fois en érection je ne parvenais plus à décalotter mon sexe. Si j’essayais de « forcer » un peu cela finissait par me faire mal et j’arrêtais. Ça m’a donc un peu interpellé quand j’ai lu cette consigne sur la notice, mais comme j’ai réussi à enfiler le préservatif sans avoir eu à décalotter, je ne me suis pas posé plus de questions que ça.

Ma vie sexuelle a réellement commencé l’année de mes 18 ans, et pendant 6 ans je n’ai pas été embêté puisque j’utilisais le préservatif comme contraception (en plus de la pilule que prenait ma partenaire – oui on ne voulait prendre aucun risque). Et puis au bout de 6 ans, on s’est dit qu’on en avait marre des capotes ! On avait déjà fait les tests de dépistage au début de notre relation et nous n’avions pas eu d’autres partenaires entre deux, donc un soir, sur un coup de tête, on a décidé de tester la pénétration sans préservatif.

Panique dans la salle de bain

Sauf que ça n’a pas été aussi réjouissant que prévu. Au moment de la pénétration, je ressens une légère douleur. Rien de foudroyant, mais ça tire et c’est désagréable. Sur le moment, j’ai très vite pensé à autre chose et on a fini notre affaire. C’est en me retirant que j’ai remarqué que la pénétration avait réussi à décalotter mon sexe en érection et que c’était la cause de la douleur que j’avais ressentie.

Mon sexe était toujours en érection et mon prépuce toujours trop étroit : impossible de recalotter ! Et pour ne rien arranger, le prépuce, bloqué à la base du gland, enserrait celui-ci, l’empêchant de dégonfler. Je vous laisse imaginer le moment de panique à essayer de recalotter mon prépuce dans la salle de bain, avec ma partenaire de l’autre côté qui s’inquiétait de savoir si tout allait bien. J’ai fini avec le sexe dans le lavabo, faisant couler de l’eau froide dessus pour essayer de le faire dégonfler. Ça a pris du temps mais ça a fini par marcher.

Le lendemain, à tête reposée, j’ai décidé de chercher sur internet si ce qui m’était arrivé était normal et comment y remédier. Je suis tombé sur un site qui expliquait que c’était un phymosis : l’incapacité de rétraction du prépuce derrière le gland du pénis. Il indiquait plusieurs traitements possibles selon les cas : une pommade pour détendre la peau du prépuce, une entaille au niveau du prépuce ou bien la circoncision.

Se mettre nu devant un médecin

J’ai décidé de ne pas laisser ce problème en suspens et j’ai rapidement pris rendez-vous avec mon généraliste. Étant plutôt pudique et complexé, rien que l’idée de me retrouver le pantalon sur les chevilles devant mon médecin avait de quoi me stresser. Là, en plus, je venais pour un truc plutôt intime sans trop savoir à quoi m’attendre : comment allais-je pouvoir montrer mon problème à mon médecin puisque je n’avais aucun mal à décalotter au repos ? Parce qu’avoir une érection sur commande pour constater le souci, ça risquait d’être compliqué…

Finalement, malgré la gêne ça s’est plutôt bien passé : il m’a examiné en décalottant mon sexe puis m’a simplement réorienté vers un urologue. J’ai aussitôt pris rendez-vous pour la semaine suivante, en étant toujours aussi stressé à l’idée de me déshabiller devant un inconnu et inquiet à la perspective d’une intervention.

Ce second rendez-vous a été très semblable au premier. À l’issue de l’examen, l’urologue m’a indiqué qu’il allait falloir pratiquer une circoncision et je suis sorti de là avec une date d’intervention pour la semaine suivante.

J’ai donc eu très peu de temps pour me faire à l’idée que j’allais me faire charcuter le sexe sous anesthésie générale. Le stress était au maximum pour moi, et j’ai dû « préparer » la journée de l’intervention un peu en urgence : poser un jour de congé pour le rendez-vous avec l’anesthésiste et un autre pour l’intervention, et devoir demander à ma mère de me récupérer à la clinique après l’intervention (sans lui dire pourquoi) parce que ma compagne ne pouvait pas le faire.

Une opération sous anesthésie générale

Le jour de l’intervention arrive. Ma compagne me dépose avant d’aller en cours. Et je suis évidemment très stressé. On m’endort et l’opération a lieu. Quand je finis par émerger complètement après l’intervention, je jette un coup d’œil sous le drap et constate qu’il y a un bandage autour de mon sexe.

Une infirmière arrive et me dit qu’elle va me laisser faire les soins pour que je sache comment faire. Elle m’explique en détail puis me laisse un peu d’intimité. J’enlève le bandage et là je me sens un peu mal à la vue de la cicatrice ensanglantée. Je respire lentement pour reprendre mes esprits et réalise les soins.

S’ensuit un moment gênant en voiture avec ma mère où j’élude ses questions. Je passe ensuite un coup de fil à mon supérieur pour prendre une journée de congé supplémentaire quand j’ai compris que je risquais d’être trop gêné pour aller travailler le lendemain.

Je n’ai pas vraiment ressenti de douleur sur le moment, si ce n’est lorsque le bout du gland qui dépasse du bandage vient frotter sur mon boxer. C’est une zone qui n’a pas l’habitude des frottements contre un tissu et qui s’avère donc plutôt sensible au début.

Le fail de la pommade

Le soir, j’effectue les premiers soins à la maison avec les produits fournis par la pharmacie. La pommade à appliquer à la fin n’est pas celle qui était indiquée sur l’ordonnance, mais je me suis dit qu’il s’agissait du générique. Sauf qu’à peine appliquée ça commence à me brûler. Je regarde la notice : « Ne pas appliquer sur des plaies. » Je stresse et tente de nettoyer mais ça brûle de plus en plus.

Ma compagne décide de m’emmener à la clinique. Je suis examiné par deux infirmières qui doivent avoir le même âge que moi, et je suis gêné au possible. À leur comportement/façon de parler, j’ai l’impression qu’elles me trouvent un peu petite nature (peut-être à raison ?) jusqu’à ce qu’elles voient que l’intervention date du matin même et qu’elles finissent de nettoyer la cicatrice.

Quand je retourne au boulot, mon chef me demande s’il peut savoir de quoi j’ai été opéré si ce n’est pas indiscret et n’insiste pas quand je lui indique que c’est personnel. Bon, clairement, vu ma démarche à ce moment là ce n’était pas difficile de deviner la zone d’intervention, mais personne ne m’a fait de remarque.

Un mois d’abstinence

À l’époque, j’alternais cours et entreprise et devais faire les soins quatre fois par jour, ce qui était loin d’être pratique. De plus je devais uriner assis (habitude que j’ai gardée) à cause du bandage. Or, les toilettes de mon école étaient principalement composées d’urinoirs et les pauses plutôt courtes.

Avec du recul, je trouve que la période post-opératoire est plus gênante que douloureuse, surtout quand on essaye de conserver une démarche normale avec le bandage et le gland qui frotte. Même si j’avoue que les premiers réveils avec l’érection qui tire sur les fils de la cicatrise ne sont pas spécialement plaisants.

Le médecin avait recommandé d’attendre un bon mois avant de reprendre une activité sexuelle. Comme je commençais à ressentir un peu de frustration, j’ai repris les plaisirs solitaires du bout des doigts avant la fin du mois. Pour le premier rapport, nous avons préféré le faire d’abord avec préservatif, puis sans. Et cette fois on a tous les deux beaucoup apprécié l’expérience ! Par contre, n’ayant jamais eu de rapport « normal » sans préservatif je ne peux pas vous dire si la circoncision a un impact au niveau des sensations.

Se décomplexer sur le sujet

Je dois avouer qu’au début j’ai cherché à cacher le fait que j’avais dû me faire circoncire. Je ne sais pas pourquoi, mais le sujet me mettait mal à l’aise. Et puis comme j’ai des amis et une famille avec qui on discute facilement de sexe, le sujet est sorti petit à petit aux détours de conversations. En parler m’a finalement fait beaucoup de bien et les gens étaient plutôt curieux. J’ai même eu un ami un peu trop curieux qui voulait à tout prix que je lui montre le résultat (il attend toujours).

Depuis, je suis totalement décomplexé à ce sujet dans ma vie personnelle et je n’y pense plus trop. Même si la naissance de mon fils il y a trois ans m’a amené à y réfléchir à nouveau. J’ai rapidement pris la décision d’éviter qu’il puisse me voir nu pour qu’il n’ait pas à se demander pourquoi son pénis n’est pas comme celui de son père. Puis quand survient ce moment ultra gênant dans le vestiaire de la piscine où il dit bien fort d’une voix innocente « toi papa tu as un gros zizi ! » je comprends que c’est un échec total et que ce n’est pas si grave. S’il se pose un jour des questions, il suffira de lui expliquer, comme pour tout le reste.

Ce témoignage t’a intéressé ? Tu te poses des questions sur le sujet ? Viens en parler dans les commentaires !

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