Il faut voir ce film poignant sur le droit à l’IVG

Femmes d'Argentine (Que Sea Ley) rend hommage aux combattantes lumineuses qui œuvrent pour un droit fondamental : l'accès à l'IVG.

Il faut voir ce film poignant sur le droit à l’IVG

En partenariat avec Destiny Films (notre Manifeste)

J’avais 14 ans la première fois que j’ai lu 1984, introduction cruelle au genre dystopique.

Très vite, j’ai voulu lire davantage de ces romans qui livrent une version pessimiste, voire carrément flippante, de nos sociétés futures.

Et puis j’ai voulu les voir à l’écran aussi, et c’est ainsi que j’ai découvert The Handmaid’s Tale — douloureux rappel, comme l’écrivait madmoiZelle il y a quelques années, que nos libertés demeurent fragiles.

C’est aussi le rappel cruel mais nécessaire que fait Femmes d’Argentine (Que Sea Ley), un documentaire édifiant qui lève le voile sur la réalité des Argentines, ressemblant justement à une dystopie…

Femmes d’Argentine (Que Sea Ley), de quoi ça parle ?

En 2018, à Buenos Aires, des femmes de tous âges se sont battues pour que le projet de loi visant à légaliser l’interruption volontaire de grossesse — rejeté plusieurs fois au cours des années — soit enfin voté par le Sénat.

Ces femmes argentines sont des milliers à avoir manifesté, chanté et hurlé des slogans dans les rues, pour rendre hommage à leurs sœurs mortes en ayant eu recours à des avortements clandestins, et pour exiger le droit à décider elles-mêmes de leur sort et de leur santé.

Pendant huit semaines, elles ont manifesté pour leur droit fondamental, un foulard vert (symbole du droit à l’IVG) au cou ou au poignet, pendant que le projet était discuté entre les murs du Sénat.

Sénat qui a finalement rejeté le projet de loi en août 2018

Femmes d’Argentine (Que Sea Ley), un documentaire nécessaire

Il est facile d’oublier que notre accès légal à l’IVG n’est pas partagé par l’intégralité du monde.

Femmes d’Argentine (Que Sea Ley) joue un rôle informatif en s’insérant au Sénat pour enregistrer les avis des divers politiciens, mais aussi en partageant le récit de femmes qui ont eu recours (ou connaissent des femmes qui ont eu recours) à l’avortement clandestin.

Tu verras, douce lectrice, il est compliqué de rester stoïque devant Femmes d’Argentine (Que Sea Ley)

Car le sort et la santé de celles qui manifestent dépendent en majorité d’hommes confortablement installés à l’intérieur du Sénat.

Ce sont EUX qui décident de ce que les femmes, à l’extérieur du bâtiment, auront le droit ou non de faire de leur corps.

Dans une ère post-#MeToo où les sociétés évoluent doucement vers un mieux, certaines réalités demeurent décidément effarantes.

Femmes d’Argentine (Que Sea Ley) se divise en plusieurs parties dont chacune se concentre sur une thématique particulière, ayant  bien sûr un lien direct avec l’avortement.

Comme la religion par exemple, fer de lance des anti-IVG, qui s’en servent sans vergogne pour faire culpabiliser les femmes ayant avorté de manière clandestine, en scandant leur slogan :

« Sauvons les deux vies »

Parce que telle est la réalité des femmes qui ont procédé à cette méthode illégale : elles sont humiliées, harcelées, maltraitées, parfois même par le corps médical. 

Il est donc très important de voir Femmes d’Argentine (Que Sea Ley) pour comprendre davantage l’enjeu que représentait pour les femmes le projet de loi visant à légaliser l’interruption volontaire de grossesse.

Femmes d’Argentine (Que Sea Ley) éveille les consciences

La puissance de Femmes d’Argentine (Que Sea Ley) se trouve définitivement dans la richesse et la pluralité de ses témoignages.

La parole est enfin donnée à ces femmes qui ont souffert, ont failli mourir ou vu d’autres femmes mourir, parfois sous leurs yeux, comme c’est le cas de l’une des médecins qui témoigne.

Tous ces récits forment une toile immense et bouleversante qui donne la rage au ventre mais fait, à d’autres moments, espérer un mieux.

Le réalisateur Juan Solanas, fils du sénateur Fernando Pino Solanas, a su capturer le moment historique lors duquel les femmes argentines se sont battues pour que leur pays deviennent le troisième d’Amérique latine, après Cuba et l’Uruguay, à offrir le choix aux femmes d’interrompre ou de poursuivre leur grossesse.

Ce cinéaste de 52 ans a voulu, par le biais de ce film, éveiller les consciences :

« J’aimerais que mon film serve à remettre l’avortement au cœur des débats, parce que tout le monde regarde ailleurs en ce moment, et pendant ce temps, des femmes continuent de mourir. » 

En effet, depuis plus de 35 ans, quelques 3030 femmes ont perdu la vie suite à un avortement clandestin.

Un chiffre alarmant auquel contribue le corps médical argentin, dont une partie continue à laisser les femmes agoniser dans les hôpitaux pour les punir d’avoir interrompu leur grossesse.

Projeté hors compétition au Festival de Cannes en 2019, Femmes d’Argentine (Que Sea Ley) a bien démarré son éveil des consciences par-delà ses frontières, et j’espère qu’il continuera.

Je te recommande donc mille fois, douce lectrice, de consacrer une heure et demi de ton temps pour aller toi aussi combattre les injustices le 11 mars au cinéma.

À lire aussi : Invisible Man transforme les violences sexistes en film d’horreur

Commentaires

Melancia

70% des gynécologues italiens exercent leur droit de conscience pour refuser de pratiquer des IVG.
Un exemple en Europe parmi tant d'autres.

Hey Sista ! Don't give up the fight !
 

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