4 victimes de cyberviolences conjugales témoignent

Dans Traquées, le premier documentaire de la journaliste Marine Périn, des femmes témoignent des cyberviolences conjugales qu'elles ont subi... et racontent comment elles s'en sont sorties.

4 victimes de cyberviolences conjugales témoignent

Sur sa chaîne YouTube Marinette – Femmes et féminisme, la journaliste Marine Périn aborde depuis 2016 des sujets difficiles qui traversent la vie des femmes comme le viol, le droit à l’avortement ou les poils.

Après plusieurs mois d’enquête et avec le soutien du programme #EllesFontYouTube, elle livre son premier film documentaire sur une thématique importante mais assez peu connue : les cyberviolences conjugales.

TRAQUÉES, un documentaire original sur les cyberviolences conjugales

« Ce documentaire est censé concerner les cyberviolences conjugales, c’est-à-dire toutes les manières dont un conjoint violent peut utiliser les outils numériques pour exercer les violences. »

Pour te montrer l’ampleur du phénomène, une étude du Centre Hubertine Auclert menée en 2018 démontrait que 9 femmes victimes de leur conjoint ou ex-conjoint sur 10 avaient subi au moins une forme de cyberviolence conjugale.

Dans ce documentaire d’une heure dix disponible sur YouTube, Marine va à la rencontre de 4 femmes qui ont vécu des cyberviolences conjugales et qui s’en sont sorties.

Sélectionnées grâce à un appel à témoignages lancé sur Twitter il y a quelques mois, ces femmes livrent à cœur ouvert leurs histoires, leurs doutes, leur isolement, leur sentiment d’enfermement et la façon dont elles ont réussi à se dégager de ces relations violentes.

À chaque avancée de son enquête, Marine fait le point avec deux de ses amies, Manon Bril (de la chaîne C’est une autre Histoire) et Lucie (l’animatrice de Manon), qui ne connaissent pas le sujet.

Les femmes, principales victimes des cyberviolences conjugales

Dans ce documentaire, Marine a décidé de ne donner la parole qu’à des femmes victimes, un choix qui s’est imposé… puis est devenu un parti pris :

J’ai eu une très très grosse majorité de retours très genrés hommes/coupables, femmes/victimes, ce qui à mon avis correspond aux statistiques.

Je pense que sur tous les témoignages de victimes reçus et traités, il y en a un seul d’homme qui aurait pu rentrer dans la définition de l’emprise, mais il était moins solide, plus touchy.

Le docu, c’est aussi un travail de sélection d’histoires et de profils.

Si c’est une question que j’ai longtemps abordée (j’ai même plein de rushs qui en parlent ou je me pose la question), on a fini par couper ça au montage parce que c’était une parenthèse qui a notre avis détournait l’attention du récit principal.

J’avais envie de vraiment remettre au centre du docu ce mécanisme d’emprise qui me paraît hyper important, je pense que c’est là-dessus qu’il faut sensibiliser.

Elle rapporte également que dans les cas où le rapport de genre était inversé, la dynamique lui semblait différente :

Dans le docu, on voit bien que les 4 victimes sont sous une volonté de contrôle et de domination, sous une emprise du conjoint.

Pour les hommes victimes, ce n’était pas le même mécanisme en place, ça relevait plutôt d’une forme de « panique » d’une femme en train de se faire quitter, mais pas d’une volonté de contrôle.

Les cyberviolences conjugales, plus communes qu’on le pense

Les exemples choisis par Marine dans ce documentaire sont marquants.

En donnant la parole à des femmes victimes de conjoints aux méthodes particulièrement agressives, elle démontre que la violence s’insinue partout et qu’elle n’a pas besoin d’être physique pour être impressionnante et traumatisante.

Par exemple, les violences numériques peuvent aussi passer par le contrôle de ses comptes en ligne par l’ex-partenaire qui aurait accès aux mots de passe de Pôle Emploi, de la CAF ou des comptes en banque.

Ce phénomène a un nom : les cyberviolences administratives.

Plus inquiétant, il suffit de regarder autour de nous pour réaliser que ces cyberviolences conjugales font partie de notre quotidien, de manière bien plus insidieuse.

Lire les textos d’un partenaire sans qu’il ou elle le sache, lui demander d’envoyer une photo pour prouver qu’il passe la soirée avec ses potes, le rabaisser ou l’insulter par message, contrôler son téléphone…

C’est une forme de cyberviolence.

Contactée sur ce sujet, Marine explique :

On a essayé de poser la question des limites des violences ou non dans des petites séquences, comme celles d’introduction, ou je me mets en scène en train de stalker un ex et en train d’être surveillée par mon nouveau mec…

Le but c’est un peu t’interpeller vite fait : c’est ok de traîner sur le compte Insta de son ex ? C’est ok de demander des comptes à une personne parce qu’on la voit connectée ?

Présentée dans le docu, l’association En Avant Toute(s) – et son chat en ligne avec des conseillères — est une référence de pédagogie, notamment pour les jeunes femmes qui ne savent pas vers qui se tourner.

Pourtant, en 2020, les cyberviolences conjugales restent un danger encore trop méconnu, même par les professionnels.

C’est pourquoi des documentaires comme celui de Marine sont nécessaires.

Il est fréquent que des personnes victimes ou agresseuses prennent la mesure de ce qu’elles subissent ou font vivre à l’autre à travers un effet de miroir.

Pourquoi des hommes font subir des cyberviolences à leur partenaire ?

Pour remonter à la racine du problème, Marine a décidé de faire témoigner deux hommes qui ont perpétré ces violences.

Non pas pour les réhabiliter ni excuser leurs actes, mais pour comprendre les mécanismes internes et émotionnels qui les ont poussé à devenir des harceleurs.

Axel explique :

Un jour, elle n’est pas revenue. Après ça, ça a été énormément de messages, énormément d’appels pour essayer de la recontacter.

Elle a tout de suite mis un stop, bien explicitement.

J’ai persisté, j’ai tenté de mettre ma vie en danger afin de la faire réagir. On est sur quelque chose qui est vraiment de la possession : t’es à moi, je te veux que pour moi.

Pierre raconte :

Je soupçonnais ma femme d’avoir des aventures extraconjugales — ça s’est avéré vrai quand j’ai pu consulter son téléphone.

[La surveiller] c’était un devoir et à aucun moment j’ai perdu de vue que c’est illégal et immoral. Immoral dans ce sens que je savais que je lui volais une partie de sa vie privée.

Je cherche pas à me dédouaner de quoi que ce soit. Aujourd’hui plus qu’à l’époque, on dispose de ce genre d’outils pour exercer ce genre de surveillance et de pression.

Je souhaite dire en tant que cyberharceleur que ces outils existent et que c’est vraiment très dommageable.

Ces deux témoignages mettent en lumière un aspect important dans la perpétuation des cyberviolences : ce ne sont pas les outils numériques qui sont la cause de ces violences mais bien les personnes qui veulent contrôler et posséder leur partenaire.

C’est donc sur notre culture commune qu’il faut influer, et pas nécessairement sur les outils qui permettent parfois aux victimes de s’en tirer.

Les cyberviolences conjugales, encore très mal prises en charge

C’est sans doute l’information la plus déprimante de ce documentaire : parmi les victimes rencontrées par Marine, aucune d’entre elles n’a réussi à aller au bout d’une plainte.

Marine, une travailleuse sociale en Essonne qui accompagne plus de 80 femmes victimes de violences conjugales raconte :

Porter plainte, c’est une violence administrative de plus.

Une fois j’ai accompagné une femme qui avait des centaines d’appels en absence, des centaines de messages, des milliers de sms, des trucs atroces, VRAIMENT atroces…

C’était des menaces fortes :

— Je vais te tuer, je vais aller là où tu travailles, je vais égorger ta famille…

Et le flic l’a regardée droit dans les yeux et il lui a dit :

— Écoutez, tant qu’il lèvera pas la main sur vous, on fera rien du tout. Appelez-nous quand vous vous ferez frapper.

Alors qu’en France, la prise en compte des plaintes et la prise en charge des victimes est toujours très inégale, le phénomène s’accroit encore plus avec des personnes victimes de violences numériques, qui n’ont malheureusement pas toujours les moyens d’aller au bout d’une procédure légale.

Comment aider une victime de cyberviolences conjugales

Peut-être réalises-tu à la lecture de cet article qu’une personne que tu connais est victime de cette forme de violence.

Si tu désires l’aider, le meilleur conseil que tu pourras lui donner (si elle souhaite obtenir de l’aide), c’est d’aller rencontrer une travailleuse sociale ou de s’adresser à une association spécialisée dans les violences conjugales.

Ces professionnelles sont en capacité d’aider à monter un dossier pour déposer une plainte et pour empêcher les partenaires de continuer à nuire.

Et dans le cas des violences conjugales, c’est souvent ce qui manque aux victimes : une aide extérieure et neutre pour les aider à atteindre le bout du tunnel.

Victime de violence ou témoin

Si tu es victime de violences sexuelles, physiques et/ou psychologiques perpétrées par ton compagnon, ton copain, ton fiancé, tu peux trouver de l’aide.

Si tu connais une personne dans ce cas, voici des numéros, des associations et des articles utiles vers lesquels te tourner :

Il existe aussi des sites qui répertorient les lieux d’hébergement si tu ne souhaites pas en parler :

Marie

Marie

Quand Marie ne jongle pas entre les box madmoiZelle, elle t'invite à chanter (faux et fort) aux Grosse Teuf, à te marrer aux One mad show et à t'émerveiller aux CinémadZ. Fière Poufsouffle, elle est incollable sur les actus de Daniel Radcliffe grâce à sa Google Alert quotidienne (à 18h).

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Commentaires

Nienke

@skippy01 Je connais pas grand chose à tout ça donc je ne sais pas. C'est pas le premier à le dire donc soit la loi est super mal foutu soit beaucoup de flics ont la flemme
 

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