Yann Moix VS Nabilla, déferlante de mépris saupoudrée de mauvaise foi

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Yann Moix a reproché à Nabilla d’aimer son compte Facebook plus que sa propre mère. C’est idiot, mais c’est surtout révélateur d’un mépris qui a pas mal énervé Lucie...

Yann Moix VS Nabilla, déferlante de mépris saupoudrée de mauvaise foi

Le 2 décembre 2017, Laurent Ruquier recevait en compagnie de ses chroniqueurs Christine Angot et Yann Moix pour son émission On n’est pas couché des personnalités comme Joey Starr, Philippe Manœuvre, Manuel Valls ou Pierre Palmade.

Profitant de la promotion du spectacle de ce dernier, Yann Moix s’en est pris à Nabilla Benattia, qui n’a pas manqué de lui répondre sur Twitter.

Yann Moix s’attaque à Nabilla Benattia dans On n’est pas couché

Pierre Palmade explique que dans son nouveau spectacle Aimez-moi, il joue des personnages autobiographiques, car, pour reprendre ses propos dans l’émission :

Plus on parle de soi, plus on parle de tout le monde, j’ai l’impression.

L’émission diffuse un court extrait de ce nouveau spectacle, où le personnage joué se plaint de ne plus avoir internet, et cela le rend de très mauvaise humeur.

Pierre Palmade ajoute après l’extrait qu’il interprète un individu qui ne voit pas quel est le malheur le plus important – puisqu’il faut hiérarchiser le malheur…

L’extrait est tout à fait cocasse aux yeux de Yann Moix, qui se montre très intéressé par l’extrait qu’il vient de voir.

La raison de cet intérêt inclut soudainement Nabilla Benattia, figure emblématique de la télé-réalité française, absente du plateau :

Vous prenez une fille comme Nabilla, par exemple, c’est le 21e siècle. C’est quoi le 21e siècle? C’est une société où si vous annoncez à Nabilla que sa mère est morte, elle est très très triste. Vous lui annoncez que son compte Facebook est bloqué, elle se suicide.

L’extrait commence à partir de 26 min

« C’est vrai ! C’est une drôle d’époque ! » lui répond, hilare, Laurent Ruquier. À qui le dis-tu.

Nabilla Benattia, celle qui n’avait rien demandé

Nabilla Benattia n’en est pas à sa première attaque parfaitement gratuite de la part de Yann Moix.

L’Express rapporte les propos tenus par le chroniqueur en 2014 dans l’Obs :

Elle est la captive d’une civilisation qui ne lit pas, déteste attendre, et n’attend plus rien que la consécration du moi, ce moi perpétuel, arrogant, cocaïné, brutal et inculte, à l’heure où l’inculture est devenue, non plus une honte, mais l’étendard d’une génération sans mémoire.

Tant qu’à faire, plutôt que de se limiter à rabaisser une seule personne, insultons toute une génération. Mais j’y reviendrai.

En attendant, admirons tout de même pour le plaisir, la mauvaise foi d’un écrivain qui accuse une « civilisation qui n’attend plus rien que la consécration du moi », le même qui pond un pavé de 1200 pages (Naissance) sur lui-même et est chroniqueur à la télévision dans une émission populaire.

Et puis, je pense également qu’on peut reprocher un certain manque de délicatesse à quelqu’un qui assure qu’une mort de maman est moins grave qu’un blocage de page Facebook. C’est un peu« brutal », Monsieur Moix. Peut-être même un poil « arrogant ».

Si Nabilla Benattia s’était plutôt tenue à l’écart des attaques, cette fois-ci, l’individu est allé trop loin en s’en prenant violemment à sa famille.

Elle s’en fendue d’une première réponse, piquée au vif (et franchement drôle) :

Avant de réagir une seconde fois, de façon magistrale :

Pardonnez-moi, mais il ne l’a pas volée.

La violence gratuite à la télévision, terreau d’On n’est pas couché

C’est une drôle d’époque ! réagissait donc Laurent Ruquier. N’est-ce pas, Lolo, c’est le cas de le dire !

C’est une époque où, à la télévision comme ailleurs (sur internet par exemple), on jubile de s’en prendre gratuitement à des gens qui n’ont rien demandé, qui s’expriment et qui entreprennent.

C’est une époque où, en plus de le faire avec une condescendance immonde, on s’attaque à la famille de quelqu’un.

C’est une époque où, journaliste d’influence sur une grande chaîne, on choisit de critiquer plutôt que d’inviter et de discuter.

Toujours selon le site de l’Express, lorsque la programmatrice d’On n’est pas couché a proposé d’inviter Nabilla Benattia, Laurent Ruquier a répliqué que ça ne l’intéressait pas.

C’est regrettable : vu le nombre d’occurences à la jeune femme dans leurs interventions, il doit y avoir là définitivement une forme de fascination.

Et cet intérêt, je le comprends. Nabilla Benattia est une personnalité que je trouve intrigante. Elle maîtrise son image, et brouille régulièrement les pistes quant à son parcours.

Selon sa page Wikipédia, elle a affirmé détenir un diplôme supérieur en anglais (probable, vu son aisance en rendez-vous professionnels dans Les Anges, où elle servait régulièrement d’interprète) avant de revendiquer le fait de s’être arrêtée au brevet.

Son succès, elle le doit à une expression, son célèbre « Non mais allo quoi ? », prononcé lors de sa participation aux Anges de la Télé-réalité, qui lui a valu d’être propulsée sur le devant de la scène médiatique et d’acquérir une immense popularité.

Est-ce réellement de la bêtise ? Peut-être. Personnellement, et de mon seul point de vue, j’en doute.

En vérité, c’est difficile de cerner le personnage, qui n’hésite jamais à faire preuve d’auto-dérision et à mettre en scène son (sa prétendue) ignorance :

Elle semble aimer le jeu, sachant pertinemment ce qui va amuser son audience :

Dans ses interviews, elle fait preuve de recul et s’exprime bien, avec aplomb. Pour preuve, je vous invite à jeter un œil à cette interview de Complément d’enquête d’octobre 2017.

Si sa première réponse par tweet est piquante mais pas des plus habiles, sa seconde avec la définition du pervers narcissique montre qu’elle ne manque ni d’esprit, ni de sagacité.

Puisque la jeune femme se revendique comme porte-parole d’une génération (celle qui agace tant Yann Moix), inviter Nabilla Benattia serait l’occasion d’essayer de percer cette personnalité particulière, ce personnage médiatique.

Enfin, encore faudrait-il pour cela lui laisser la parole et la questionner plutôt que simplement donner son avis et l’attaquer, mais c’est un autre débat.

Dans tous les cas, on préfère la méprise plutôt que la curiosité, la complaisance entre vieux grognards qui trouvent que tous les jeunes sont des glandus, que l’ouverture.

C’est dommage, surtout de la part de Yann Moix, qui sait s’emparer du thème de la culture populaire.

Pour rappel, il est l’auteur du livre, puis réalisateur du film Podium avec Benoît Poelvoorde. Le thème de l’œuvre aborde la question de la célébrité « facile », celle de l’identité.

N’était-ce pas l’occasion de réfléchir intelligemment sur le sujet avec une enfant de la télévision ? Non ? Ok.

Pourtant tant de mépris envers les jeunes ?

Il y a bien trop peu de temps, Mymy vous racontait le mépris subi par Squeezie sur le plateau de Salut les Terriens, l’émission de Thierry Ardisson, et c’était loin d’être la première fois que l’on vous relayait du snobisme envers les nouvelles « idoles des jeunes ».

En s’en prenant aussi gratuitement à Nabilla Benattia, Yann Moix s’en prend à toute une génération. Et c’est épuisant.

Pourquoi cette image de la jeunesse ? D’où vient-elle ?

Yann Moix va-t-il à la rencontre des jeunes d’aujourd’hui ? Celle qui est aujourd’hui diplômée d’études supérieure à presque 45%, qui alterne entre leurs études et un boulot, qui entreprend bien plus qu’avant et de plus en plus tôt dans la création d’entreprise, qui s’engage bénévolement de façon toujours plus croissante ?

Et ce n’est qu’une liste non-exhaustive.

Yann Moix, c’est un peu comme celui qui se permet de commenter en critiquant tout un article en ayant seulement lu son titre : il semble s’en prendre à la jeunesse sans chercher à la comprendre.

Dans la même émission, la semaine précédente, Alain Finkielkraut prétendait que la société était aujourd’hui gérontophobe. La dynamique ne serait-elle pas plutôt inversée ?

Nabilla Benattia n’est pas la première à recevoir des critiques de Yann Moix : Natoo subissait en 2015 son snobisme vis-à-vis de sa réussite sur Internet.

À lire aussi : Les youtubeurs, le mépris des médias et le concept de « vrai métier »

Marina Kaye, toujours en 2015, n’était manifestement pas la jeune idéale aux yeux du chroniqueur, vu qu’elle ne souriait pas assez. Il s’était d’ailleurs montré très sévère envers son album, sans apporter le moindre argument à sa critique, ce qui avait eu le don d’agacer la chanteuse. 

En février 2017, Yann Moix lançait impunément au DJ Kungs qu’il était une « tête à claques ». Je vous invite à regarder l’interview que j’avais réalisé en novembre 2016 pour vous assurer que c’est loin d’être le cas.

La jeunesse incarne l’avenir, c’est elle qui dictera ses codes et qui commence déjà à le faire.

Les pratiques changent, qu’elles soient culturelles, politiques, professionnelles. Plutôt que de faire de la résistance, il semblerait plus malin de la comprendre, de l’apprivoiser, de s’enrichir mutuellement de sa propre expérience.

Rappelez-vous les paroles de Pierre Palmade sur le récit de soi : ce qui était acceptable pour lui devrait l’être pour tout le monde, y compris les jeunes.

En parlant de soi, on témoigne de notre génération, de ses envies, de ses espoirs et ses angoisses. Si Nabilla Benattia a acquis de la popularité, c’est que sa personnalité répondait à des attentes de la jeunesse, qui a trouvé un modèle.

En revanche, je le concède, c’est un fait, les jeunes lisent moins après le collège, au profit d’autres types d’activités (enfin, pas tout à fait, puisqu’ils lisent d’autres choses, et notamment beaucoup sur Internet).

Mais s’il faut compter sur la figure de Yann Moix pour promouvoir la lecture, lui qui incarne le snobisme et le mépris, je comprends parfaitement qu’ils se détournent des livres au profit de la télé-réalité, plus détendue et décomplexée, ou des vidéastes – lesquels, de leur côté, s’engagent de plus en plus pour de bonnes causes.

Alors heureusement qu’au fond, le monde est bien fait, car ces individus écrivent aussi des livres, et incarnent un moyen évident et efficace de renouer les jeunes avec la pratique de la lecture, et même de faire vivre l’édition.

Mais tant que le snobisme continuera de sévir, dans la littérature mais plus généralement vis-à-vis des jeunes, il faudra s’armer de patience avant que des individus comme Yann Moix finissent par admettre que la société a changé, qu’elle n’est ni moins bonne ni meilleure, juste différente.

À moins que Laurent Ruquier ne décide de laisser le siège de l’auteur à un•e chroniqueur•se plus jeune pour la prochaine saison ?

À lire aussi : En 2017, EnjoyPhœnix n’a toujours pas le droit d’être une businesswoman

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Lucie Kosmala


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Commentaires
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  • Margay
    Margay, Le 7 décembre 2017 à 13h21

    @Madthilde
    A la limite, tu lui feras la remarque la prochaine fois qu'elle fait quelque chose qui te convient pas?
    On balance pas pas un MP en public, et pour le coup, autant, j'ai pas fait gaffe à comment elle est dans d'autres circonstances, autant, elle a fait gaffe à pas envenimer le débat en allant parler en MP, donc pas besoin de lui faire des reproches pour cette fois, non? :dunno:

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