Vis ma vie d’hôtesse d’accueil

Ninouchkak a occupé le tant convoité poste d'hôtesse d'accueil pendant deux mois... Pour celles qui ne connaissent pas les joies de ce métier, ou celles qui souhaiteraient se lancer, voici son expérience.

Vis ma vie d’hôtesse d’accueil

Le métier d’hôtesse est un concept tout à fait intéressant : postée à l’entrée d’une entreprise, elle est censée représenter l’image de marque revendiquée par la boîte. En plus d’inscrire les rendez-vous, noter les noms, appeler la bonne personne au bon moment, faire patienter, répondre au téléphone, enregistrer les salles de réunions, répondre aux mails et s’occuper du courrier (liste non exhaustive), elle doit aussi répondre physiquement aux exigences de l’entreprise : en général, le port d’un uniforme, des cheveux parfaitement tirés et des chaussures à talons. C’est là que ça se complique.

Les cheveux doivent être strictement ramenés en arrière pour aboutir à un chignon parfait. Pas une mèche ne doit voler, alors attention à celles qui ne porteraient pas de barrettes pour discipliner les épis récalcitrant ! L’atout gagnant, c’est la sacro-sainte LAQUE. Aussi, ne soyez pas surprises d’entendre l’une des hôtesses se plaindre d’un mal de tête : les pinces, ça surprend grave notre cuir chevelu de filles wild ayant toujours eu l’habitude d’avoir les cheveux lâchés ou attachés à la cool.

Vient l’instant fatidique de la tenue, qui change toutes les semaines. Ce nouvel attirail est censé renforcer l’intérêt des « résidents ». Assez classique, il se compose généralement des éléments suivants :

  • Veste beige cintrée 100% polyester, lavage à la main, signée Elea
  • Jupe crayon camel qui arrive aux genoux, afin de nous donner un air bien coincé (les vraies chanceuses auront droit à la jupe crayon MAUVE ou au pantalon super mal coupé en polyamide bleu foncé)
  • Petit top trop serré et (censé être) sexy, blanc OU rose saumon (oui, les hauts proposés sont toujours moulants histoire d’ajouter un peu de piment à ce look de Sainte-Nitouche)

Bref, une tenue qui te donne envie de crier : MONDE DE LA MODE, HERE I AM.

Tout ça me donnant envie de remercier la douce Elea, donc, qui se défonce chaque semaine afin de trouver des tenues dans lesquelles nous avons l’air toujours plus niaises.

Viennent enfin les talons. Rah, que dire… Vous avez le choix entre le moche et l’horrible : des talons noirs façon « escarpins » vernis, sans bride et à talon moyen, ou des escarpins beige clair à bouts pointus. Je vous laisse imaginer le désastre sur ma taille 41, qui se serait bien passée de ces 5cm de rab.

Avec la tenue entière, le charme ne fait PAS effet : tu ressembles à tout le monde et donc à personne. Tu prends ainsi douloureusement conscience de n’être qu’un numéro parmi un ensemble d’hôtesses dont les noms, inscrits sur leurs poitrines, sert davantage à se faire draguer qu’à montrer un reste d’identité. Tu te prends à rêver de la miraculeuse fin de journée, histoire de réaffirmer ta personnalité à coups de jeans troués et de perfectos.

Finalement, le plus gros problème, c’est le manque de liberté, qui découle logiquement d’un accueil surveillé, millimétré, où rien ne doit perturber la convivialité calculée. Vous connaissez sûrement ce régime dans lequel on se frustre pendant une semaine par devoir, avant d’être autorisé à retrouver un peu de plaisir dans les repas « de gala » ? Eh bien l’hypocrisie de l’hôtessariat, c’est de te faire croire que la vie est une fête permanente. C’est ainsi que ta supérieure passera devant ta tronche défaite, l’air triomphante en déclamant « AUJOURD’HUI C’EST SOURIRES ET BONJOURS A VOLONTÉ ! » (Youhou !). Tellement youhou qu’on en deviendrait presque dingue, et que ton « Au revoir » à l’heure du départ sonne étrangement comme un « Je t’emmerde ».

Autre conséquence de ce travail de robot : après être restée onze heures de suite assise sur vos fesses (au sein desquelles vous suspectez un début de cellulite répondant à votre immobilisme forcé), vous êtes inévitablement prise d’un moment de folie passagère, lequel se répercute inéluctablement sur votre manière d’accueillir les résidents : « Bon soirée ! » « Bonne soir ! » « Bon du journée ! » (véridique), le classique « Bon week-end ! » (un mercredi à 15h), et le « Bon appétit » de 17h45.

PERSONNE N’EST À L’ABRI. Même la plus coincée des hôtesses, titulaire d’une licence de droit et d’un pass « sourire parfait », n’échappera pas à l’humiliation de la phrase tronquée par un inconscient qui déraille.

Mais, heureusement, une chose, et pas des moindres, est permise :  fondre du cerveau, à défaut du corps. Envolés les livres, éradiqués les journaux et autres bénédictions de l’intellect que vous n’avez SURTOUT pas le droit d’avoir sur votre bureau, et gare à celle qui se fera prendre à fixer autre chose que la porte d’entrée. La chef des hôtesses est là, et ELLE T’ÉPIE, exerçant avec un plaisir peu dissimulé son pouvoir impitoyable de supérieure hiérarchique. Les portables, boissons et autres nourritures sont eux aussi interdits : vous serez désormais une poupée analphabète dont les seuls déplacements seront vers la photocopieuse ou une pause-clope.

Analysez donc le regard, perdu dans le vague, de l’hôtesse à ma gauche : elle est égarée, elle aussi, son cerveau se laissant prendre au jeu irrésistible de la passivité. L’hôtessariat, en somme, est une contrainte à l’idiotie. Et ne t’en fais pas : si idiote tu n’étais pas, idiote tu deviendras. OH QUE OUI.

Aussi, jeunes âmes en devenir, s’il vous passe par la tête d’être hôtesse d’accueil le temps d’un été, à votre bon cœur. La paye n’est pas si misérable, et vous aurez au moins l’avantage de ne pas trop vous fatiguer. Néanmoins, si vous cherchez un job sur le long terme, passez votre chemin. Les nombreuses hôtesses que j’ai croisées durant mes deux petits mois étaient toutes d’accord pour dire que ce job était pire que d’être caissière. Alors, dans un élan d’altruisme et d’amour, je voulais vous le faire partager. A bon entendeur, salut !

(Ah, et petite pensée entre parenthèses, pendant que j’y suis : ce métier m’a fait m’interroger sur la hiérarchie du bonjour sur le bonsoir, ou du bonsoir sur le bonjour. WTF ? Lequel prévaut au juste ? À partir de quand peut-on commencer à dire bonsoir ? Il est 15h30, je viens de me prendre un bonsoir en pleine figure alors que j’entamais un bonjour enjoué. Quoique la notion de jour soit visiblement floue dans cette entreprise, la plupart des week-end commençant à 11h du matin. « Bon week end ! » nous lancent-ils, trop heureux de nous narguer du haut de leur costume trois pièces ; « Toi même ! » leur réponds-je, histoire de semer le doute gratuitement)

Donc, lequel prévaut ? Il y a-t-il une règle pour ce genre de choses ou cela se limite-t-il à l’intuition de chacun ? Suis-je la seule à me poser cette question débile ?

Répondez-moi, ma raison crie HELP.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Ilagam
    Ilagam, Le 18 avril 2016 à 22h16

    Oui avec plaisir ;) ! On MP comment ici ? Moi aussi en voyant ton commentaire ça m'a fait plaisir de ne pas être la seule et ancienne libraire aussi (même si peu exercé)

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