Ce que l’Union européenne a changé dans ma vie

Clémence Bodoc, qui a grandi sur 3 frontières, t'explique ce que l'Union européenne a changé dans sa vie quotidienne !

Ce que l’Union européenne a changé dans ma vie
Tout savoir sur les Européennes 2019

madmoiZelle s’associe au Parlement européen pour te dire tout ce qu’il y a à savoir sur les élections européennes du 26 mai 2019 !

Les modalités du vote, les enjeux, ce que fait l’Union européenne, les bonnes raisons de faire entendre ta voix… tout ça t’intéresse ?


Publié le 9 mai 2014

(Cet article distille très subtilement les réponses au quiz Connais-tu bien l’Union européenne ?)

L’Union européenne a toujours fait partie de ma vie

Je ne saurais pas être objective au sujet de l’Union européenne, parce que j’ai grandi de l’autre côté de la ligne Maginot.

Il aura fallu attendre les cours d’histoire sur la 2ème guerre mondiale pour comprendre à quoi avaient servi ces bunkers qui émaillaient l’horizon des promenades en famille le dimanche…

Et pour me permettre de réaliser que j’ai grandi entre la frontière et le front.

Mon village avait déjà été sacrifié, avant même le début de la guerre. Et pourtant, aussi loin que je m’en souvienne, je ne me suis jamais arrêtée à la frontière.

On allait faire du shopping à Sarrebrück aussi souvent qu’à Metz. La frontière pour moi, c’était comme un péage d’autoroute, sauf qu’on ne s’arrêtait pas.

L’Union européenne, vecteur de paix

Et puis, en CM2, nous avons fait une sortie scolaire à Verdun, ville emblématique de la Première Guerre mondiale.

Visite du musée de l’armement (pour bien comprendre les différents types d’obus), visite des vestiges du village de Fleury (pour bien voir les dégâts causés par les obus), visite de l’Ossuaire de Douaumont avec ses tombes à pertes de vue et les os des inconnus incrustés dans les murs, en décoration (pour bien réaliser l’ampleur des pertes humaines)…

Et nous avons fini par la visite guidée de deux forteresses, pour bien se rendre compte des conditions de vie et de mort des soldats.

« Et à votre gauche, une salle où dix soldats ont péri lorsque le premier obus est tombé »

Dans le bus du retour, les parents accompagnateurs étaient ravis : « oh, ils sont tous vachement calmes, c’est agréable ! ». Ben voyons. Nous avions dix ans. Paie ton traumatisme.

Un jour, je te raconterai peut-être le soir où mes grands-parents nous ont parlé de la guerre… Ils avaient neuf et six ans sous les obus. Ça aussi, c’était un sacré traumatisme.

Alors cette première raison apparaîtra peut-être niaise et dépassée à certaines, mais pour avoir grandi sur les cendres d’un des conflits les plus meurtriers de l’Histoire, j’y tiens !

L’Union européenne a changé ma vie, parce qu’au lieu de vivre sur une poudrière, j’ai grandi en paix dans une zone transfrontalière.

Ces gens de l’autre côté de la frontière étaient nos correspondants allemands, et pas un peuple étranger ni ennemi. (Sauf au football, faut pas pousser.)

En l’espace de cinquante ans, le triangle Alsace-Lorraine-Sarre est passé de plaie sanglante du continent à zone de coopération économique, ça tient du miracle.

L’Union européenne a ouvert les frontières

Effet collatéral de la coopération pacifique, l’Union européenne a progressivement fait disparaître ses frontières internes, sans que cela n’influence les identités et les cultures des différents pays.

La devise de l’Union européenne est d’ailleurs « Unie dans la diversité ». C’est beau.

Carte de l’espace Schengen, via Toute l’Europe

Les 26 pays qui ont ratifié et mis en oeuvre l’accord et la convention de Schengen forment « l’espace Schengen », à l’intérieur duquel tous les contrôles frontaliers sont supprimés.

Les contrôles sont harmonisés et renforcés aux frontières extérieures de l’espace. Les citoyens et citoyennes européennes circulent librement à l’intérieur de cette zone.

Pas besoin de passeport pour aller en Allemagne ou Espagne, en somme.

Quand on vit sur une zone frontalière, c’est tout de même extrêmement pratique de ne pas avoir à prendre son passeport pour aller faire du shopping le samedi après-midi.

Et quand on passe une année en Erasmus, pas besoin de visa !

Pas besoin de visa non plus pour travailler : la libre circulation des travailleurs est effective au sein des États membres.

Des mesures d’harmonisation et de reconnaissance des diplômes nationaux sont en cours de déploiement pour favoriser cette circulation et renforcer le marché commun.

Si tu as déjà essayé de décrocher un visa de travail, tu sais que la libre circulation des travailleurs, c’est un luxe.

Erasmus, la meilleure chose qui me soit arrivée

Comment ne pas parler du programme Erasmus ? Que toutes celles et ceux qui ont passé une année ou un semestre à l’étranger mettent un big up à ce papier !

Toi-même tu sais que cette expérience n’est pas une rave-party de six mois ni un mauvais remake de L’Auberge Espagnole.C’est une opportunité d’ouverture, de rencontres et de découverte.

Grâce au programme Erasmus, j’ai accompli bien plus qu’apprendre une langue étrangère et valider un semestre.

Je ne suis pas sûre de pouvoir faire tenir tout ce que cette expérience m’a apporté dans un livre, je n’essaierai donc pas de le faire en quelques lignes !

Mais un jour, j’irai retrouver la partie italienne de ma famille, qui s’est déchirée lorsque Mussolini accédait au pouvoir : les uns sont restés, les autres ont émigré…

Alors merci l’Union européenne, et merci pour les quinze milliards de budget alloués jusqu’en 2020 au programme Erasmus+ qui englobe désormais toutes les aides à la mobilité, ainsi que l’avait rapporté Le Monde :

« l’Erasmus des étudiants, mais aussi Leonardo da Vinci, destiné aux apprentis, Comenius, pour les lycéens et Grundtvig, pour les adultes. »

L’Union européenne a changé ma monnaie

L’Euro est la monnaie unique adoptée par 18 pays membres de l’Union européenne. Le Royaume Uni et le Danemark ont négocié une dérogation et conservé leur monnaie nationale.

J’ai raconté cette anecdote beaucoup trop souvent, et si elle est un peu ridicule, elle est authentique : quand j’étais petite, j’avais deux tirelires. Une pour les marks, et une pour les francs.

Alors quand l’Euro a débarqué et que les gens râlaient parce qu’il fallait tout convertir, j’avais envie de leur dire : bienvenue dans ma vie !

Je voyage beaucoup, et à chaque fois que je me retrouve dans un pays qui n’a pas adopté l’euro, convertir est un vrai casse-tête.

Mais effectuer des transactions avec l’une des plus fortes monnaies au monde est un avantage : on y gagne au change lorsque le niveau de vie est comparable, mais qu’avec le taux de change, on paie moins cher !

Carte des pays de la zone euro, via Toute l’Europe

L’Union européenne fait progresser mes droits

On en entend peu parler, parce que « Bruxelles » est le bouc émissaire préféré des politiques…

Le fonctionnement de l’Union européenne est compliqué, parce que réaliser une intégration politique d’une mosaïque à 28, c’est compliqué.

À lire aussi : À quoi sert le Parlement européen (et donc ton vote aux Européennes)

Les dossiers traités au niveau européen sont très techniques, mais ne sont pas si éloignés que ça du quotidien des habitants et habitantes.

L’harmonisation des politiques se fait en tirant vers l’avant les pays les plus conservateurs. Par exemple, avec le mariage et l’adoption des couples de même sexe.

Les Pays Bas l’avaient légalisé dès 2003, et la France a été condamnée à plusieurs reprises par la Cour européenne des Droits de l’Homme pour des discriminations en raison de l’orientation sexuelle.

La CEDH peut être saisie par des particuliers, pour toutes les violations des droits civils et politiques. Dès 2008, la France était condamnée pour avoir refusé le droit d’adoption à une personne homosexuelle.

Une autre juridiction européenne veille également sur nous : la Cour de Justice de la Communauté Européenne, qui assure le respect du droit communautaire (les textes de lois adoptés par l’Union, qui s’appliquent à tous les États membres).

Ainsi, lorsque des mesures de précaution sanitaires sont prises au niveau de l’UE et que la France ne les respecte pas, elle est condamnée.

L’Union européenne n’est pas qu’un gendarme supra-étatique, c’est aussi un moteur de l’avancée des droits.

Voter aux Européennes, c’est important

C’était un traité de coopération économique au départ, aujourd’hui c’est une citoyenneté : je suis européenne. Je vibre davantage au son de l’Ode à la Joie qu’à celui de la Marseillaise.

Et j’irai voter pour élire mes représentants au Parlement européen.

Les députés sont élus grâce à un scrutin de listes à la proportionnelle, et il n’y a qu’un seul tour : ce qui signifie que même les partis qui récoltent peu de voix peuvent être représentés au Parlement (5% des voix minimum).

Tout n’est pas rose, et malgré mon euro-enthousiasme, je sais qu’il reste encore beaucoup à faire pour améliorer le fonctionnement des institutions, l’action et l’intégration européenne…

Mais quand j’entends des voix remettre en cause la pertinence de cette Union, je ne comprends pas. J’ai grandi dans cette Europe, elle a considérablement changé ma vie.

Le 9 mai, d’ailleurs, c’est la Journée de l’Europe. Ce n’est pas un hasard si cette date a été choisie, le lendemain de l’armistice scellant la fin de plusieurs siècles de guerres qui ont mis le continent à feu et à sang…

Et toi, qu’est-ce que l’Union européenne a changé dans ta vie ? Quelles évolutions attends-tu dans le futur ?

Clemence Bodoc

Salut toi <3

Je suis la rédactrice en chef de madmoiZelle.com, mais j'écris aussi des articles d'actu, société, politique, vie professionnelle & quelques témoignages parfois pour cette communauté fantastique que sont les lectrices de <3 madmoiZelle.com <3

Dans mes messages ici, je pratique les règles de proximité et de majorité dans les accords grammaticaux (parce que les règles actuelles sont encore sexistes, et que fuck patriarchy :rockon:

Exemples :
- 1 000 femmes et un homme sont allées voter (= majorité au féminin)
- Maxime, Victor et Joséphine sont allées voter (= proximité du féminin)

Je suis trop jeune pour être déjà blasée de la vie, mais trop vieille pour encore ignorer les conséquences de mes (in)actions. J'ai trop d'énergie à revendre pour n'être que spectactrice, mais j'en ai pas assez pour remplacer Atlas et porter le monde sur mes épaules.

Je voyage pour réfléchir, écrire, rencontrer, confronter, avancer, revenir. Je suis végane parce que je suis convaincue que ce choix est juste.

J'abuse des smileys :cretin::yawn: :taquin: & :troll: (mais avant c'était :unicorn::rainbow::paillettes: et :free: alors disons que c'est un progrès ! :top: )

Je réponds aux questions, mais jamais aux insultes, parce que j'aime le dialogue mais que je n'ai aucune patience pour le mépris. :v:8);)

N'hésite pas à me mentionner et/ou à m'envoyer un message privé ! :bouquet::banana::free:

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Commentaires

ScreamMiny

Un bien bel article Bisounours comme je les aime et qui occulte soigneusement un détail : l'Europe à deux vitesses concernant la jeunesse. D'un côté des étudiants/élèves "européanisés" (disposant d'un solide capital monétaire, culturel et bien informés) qui peuvent profiter des bénéfices de cette union (ERASMUS, voyages facilités, circulation des capitaux, etc.) et de l'autre une jeunesse moins favorisée pour qui l'Europe n'est juste qu'un logo apposé sur le permis de construire du chantier du coin.
 
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