Qu’est-ce que l’Union européenne a changé dans ma vie ?

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Alors que l'Union Européenne sert de bouc émissaire à certains candidats à l'élection présidentielle 2017, Clémence fait le point sur ce que l'UE a changé dans son quotidien.

Qu’est-ce que l’Union européenne a changé dans ma vie ?

Article initialement publié le 9 mai 2014

Le 24 juin 2016 — Au lendemain du triste jour où le Royaume-Uni a voté en faveur d’une sortie de l’Union Européenne, il est important à nos yeux de rediffuser cet article. Vous pouvez aussi lire tous nos contenus sur ERASMUS, parce que sans Europe, ERASMUS n’existerait pas, ne nous leurrons point.

Le 9 mai 2014 — (Cet article distille très subtilement les réponses au quiz Connais-tu bien l’Union européenne ?)

J’ai grandi de l’autre côté de la ligne Maginot

Je ne saurais pas être objective au sujet de l’Union européenne, parce que j’ai grandi de l’autre côté de la ligne Maginot. Il aura fallu attendre les cours d’histoire sur la deuxième guerre mondiale pour comprendre à quoi avaient servi ces bunkers qui émaillaient l’horizon des promenades en famille le dimanche, et pour me permettre de réaliser que j’ai grandi entre la frontière et le front.

Mon village avait déjà été sacrifié, avant même le début de la guerre. Et pourtant, aussi loin que je m’en souvienne, je ne me suis jamais arrêtée à la frontière. On allait faire du shopping à Sarrebrück aussi souvent qu’à Metz. La frontière pour moi, c’était comme un péage d’autoroute, sauf qu’on ne s’arrêtait pas.

« Je vis en paix »

Et puis, en CM2, nous avons fait une sortie scolaire à Verdun, ville emblématique de la Première Guerre mondiale : visite du musée de l’armement (pour bien comprendre les différents types d’obus), visite des vestiges du village de Fleury (pour bien voir les dégâts causés par les obus), visite de l’Ossuaire de Douaumont avec ses tombes à pertes de vue et les os des inconnus incrustés dans les murs, en décoration (pour bien réaliser l’ampleur des pertes humaines)…

Et nous avons fini par la visite guidée de deux forteresses, pour bien se rendre compte des conditions de vie et de mort des soldats.

« Et à votre gauche, une salle où dix soldats ont péri lorsque le premier obus est tombé »

Dans le bus du retour, les parents accompagnateurs étaient ravis : « oh, ils sont tous vachement calmes, c’est agréable ! » : ben voyons. Nous avions dix ans. Paie ton traumatisme.

Un jour, je vous raconterai peut-être le soir où mes grands-parents nous ont parlé de la guerre. Ils avaient neuf et six ans sous les obus. Ça aussi, c’était un sacré traumatisme.

Alors cette première raison apparaîtra peut-être niaise et dépassée à certain•e•s, mais pour avoir grandi sur les cendres d’un des conflits les plus meurtriers de l’Histoire, j’y tiens : l’Union européenne a changé ma vie, parce qu’au lieu de vivre sur une poudrière, j’ai grandi en paix dans une zone transfrontalière.

Ces gens de l’autre côté de la frontière étaient nos correspondants allemands, et pas un peuple étranger ni ennemi. (Sauf au football, parce qu’il ne faut pas pousser).

En l’espace de cinquante ans, le triangle Alsace-Lorraine-Sarre est passé de plaie sanglante du continent à zone de coopération économique, ça tient du miracle. Aujourd’hui, une menace de guerre est aux portes de l’Union : en Ukraine. C’était déjà de ce coin-là que le conflit était parti en 1939, et le jeu des Alliances avait entraîné tous les États dans l’engrenage meurtrier.

En 2014, les Alliances ont été remplacée par une seule et unique alliance, à 28 : l’Union européenne.

L’Union européenne a ouvert les frontières

Effet collatéral de la coopération pacifique, l’Union européenne a progressivement fait disparaître ses frontières internes, sans que cela n’influence les identités et les cultures des différents pays. La devise de l’Union européenne est d’ailleurs « Unie dans la diversité ». C’est beau.

Carte de l’espace Schengen, via Toute l’Europe

Les 26 pays qui ont ratifié et mis en oeuvre l’accord et la convention de Schengen forment « l’espace Schengen », à l’intérieur duquel tous les contrôles frontaliers sont supprimés. Les contrôles sont harmonisés et renforcés aux frontières extérieures de l’espace, et les citoyens européens circulent librement à l’intérieur de cette zone : pas besoin de passeport pour aller en Allemagne ou Espagne, par exemple.

Quand on vit sur une zone frontalière, c’est tout de même extrêmement pratique de ne pas avoir à prendre son passeport pour aller faire du shopping le samedi après-midi. Et quand on passe une année en Erasmus, pas besoin de visa !

Pas besoin de visa non plus pour travailler : la libre circulation des travailleurs est effective au sein des États membres. Des mesures d’harmonisation et de reconnaissance des diplômes nationaux sont en cours de déploiement pour favoriser cette circulation et renforcer le marché commun.

Si tu as déjà essayé de décrocher un visa de travail, tu sais que la libre circulation des travailleurs, c’est un luxe.

Erasmus, a.k.a. la meilleure chose qui me soit arrivée

Comment ne pas parler du programme Erasmus ? Que tou•te•s celles et ceux qui ont passé une année ou un semestre à l’étranger mettent un big up à ce papier ! Toi même, tu sais que cette expérience n’est pas une rave-party de six mois ni un mauvais remake de L’Auberge Espagnole. C’est une opportunité d’ouverture, de rencontres et de découverte.

Le programme Erasmus m’a apporté bien plus qu’une nouvelle langue étrangère à mon répertoire

Grâce au programme Erasmus, j’ai accompli bien plus qu’apprendre une langue étrangère et valider un semestre. Je ne suis pas sûre de pouvoir faire tenir tout ce que cette expérience m’a apporté dans un livre, je n’essaierai donc pas de le faire en quelques lignes. Mais un jour, j’irai retrouver la partie italienne de ma famille, qui s’est déchirée lorsque Mussolini accédait au pouvoir : les uns sont restés, les autres ont émigré.

Alors merci l’Union européenne, et merci pour les quinze milliards de budget alloués jusqu’en 2020 au programme « Erasmus + » qui englobe désormais toutes les aides à la mobilité, ainsi que l’avait rapporté Le Monde : « l’Erasmus des étudiants, mais aussi Leonardo da Vinci, destiné aux apprentis, Comenius, pour les lycéens et Grundtvig, pour les adultes ».

L’Union européenne a fusionné mes tirelires

L’Euro est la monnaie unique adoptée par 18 pays membres de l’Union européenne. Le Royaume Uni et le Danemark ont négocié une dérogation et conservent leur monnaie nationale.

J’ai raconté cette anecdote beaucoup trop souvent, et si elle est un peu ridicule, elle est authentique : quand j’étais petite, j’avais deux tirelires. Une pour les marks, et une pour les francs.

Alors quand l’Euro a débarqué et que les gens râlaient parce qu’il fallait tout convertir, j’avais envie de leur dire : bienvenue dans ma vie !

Je voyage beaucoup, et à chaque fois que je me retrouve dans un pays qui n’a pas adopté l’euro, convertir est un vrai casse-tête. Mais effectuer des transactions avec l’une des plus fortes monnaies au monde est un avantage : on y gagne au change lorsque le niveau de vie est comparable, mais qu’avec le taux de change, on paie moins cher !

Carte des pays de la zone euro, via Toute l’Europe

L’Union européenne fait progresser mes droits

On en entend peu parler, parce que « Bruxelles » est le bouc émissaire préféré des politiques : le fonctionnement de l’Union européenne est compliqué, parce que réaliser une intégration politique d’une mosaïque à 28, c’est compliqué.

Les institutions européennes en résumé : À quoi sert le Parlement européen ? – Je veux comprendre

Les dossiers traités au niveau européen sont très techniques, mais ne sont pas si éloignés du quotidien des habitant-e-s qu’on pourrait le croire.

L’harmonisation des politiques se fait en tirant vers l’avant les pays les plus conservateurs. Par exemple, avec le mariage et l’adoption des couples de même sexe : les Pays Bas l’avaient légalisé dès 2003, et la France a été condamnée à plusieurs reprises par la Cour européenne des Droits de l’Homme pour des discriminations en raison de l’orientation sexuelle.

La CEDH peut être saisie par des particuliers, pour toutes les violations des droits civils et politiques. Dès 2008, la France était condamnée pour avoir refusé le droit d’adoption à une personne homosexuelle.

Une autre juridiction européenne veille également sur nous : la Cour de Justice de la Communauté Européenne (CJCE), qui assure le respect du droit communautaire (les textes de lois adoptés par l’Union, et qui s’appliquent à tous les États membres). Ainsi, lorsque des mesures de précaution sanitaires sont prises au niveau de l’UE et que la France ne les respecte pas, elle est condamnée.

L’Union européenne n’est pas qu’un gendarme supra-étatique, c’est aussi un moteur de l’avancée des droits : en avril, le Ministère des Droits des femmes lançait une plateforme pour une Europe des droits des femmes. En décembre 2013, le Parlement avait rejeté un projet visant à faire de l’accès à la contraception et à l’avortement un droit européen. Les droits des femmes ne sont donc pas encore acquis dans tous les États membres : il est toujours interdit d’avorter en Irlande, et bientôt, les Irlandaises risquent de ne plus pouvoir aller le faire gratuitement au Royaume Uni.

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Quelle Europe voulons-nous ?

C’était un traité de coopération économique au départ, aujourd’hui c’est une citoyenneté : je suis européenne. Je vibre davantage au son de l’Ode à la Joie qu’à celui de la Marseillaise.

Et le 25 mai, j’irai voter pour élire mes représentants au Parlement européen. Les députés sont élus grâce à un scrutin de listes à la proportionnelle, et il n’y a qu’un seul tour : ce qui signifie que même les partis qui récoltent peu de voix peuvent être représentés au Parlement (5% des voix minimum).

Tout n’est pas rose, et malgré mon euro-enthousiasme, je sais qu’il reste encore beaucoup à faire pour améliorer le fonctionnement des institutions, l’action et l’intégration européenne. Mais quand j’entends des voix remettre en cause la pertinence de cette Union, je ne comprends pas. J’ai grandi dans cette Europe, elle a considérablement changé ma vie.

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Le 9 mai, c’est la Journée de l’Europe. Ce n’est pas un hasard si cette date a été choisie, le lendemain de l’armistice scellant la fin de plusieurs siècles de guerres qui ont mis le continent à feu et à sang.

Dans les colonnes du Monde, François Hollande met en garde ceux qui prônent une sortie de l’Union et présentent les ambitions qu’il nourrit pour « son » Europe :

« D’autres veulent tout simplement déconstruire l’Europe. Rompre tout ou partie des engagements, déchirer les traités, rétablir les droits de douane et les guérites de la police des frontières. Se couper non pas de l’Europe, mais du monde. Ceux-là, qui se prétendent patriotes, ne croient plus en la France. Sortir de l’Europe, c’est sortir de l’Histoire.

A l’abri derrière ces barrières, disent-ils, nous serons protégés des tempêtes, loin de la mondialisation. Qui peut les croire ? […]

Le 25 mai prochain, chacun sera appelé à se prononcer sur la voie à suivre. Le résultat de ce scrutin déterminera la direction que l’Europe prendra pour les cinq prochaines années, et les responsables qui l’incarneront. Pour la première fois, les électeurs, par leur vote, désigneront le futur président de la Commission européenne. Combien le savent aujourd’hui ?

Il s’agit, ni plus ni moins, de décider du sort de notre continent, de son rôle dans le monde, du modèle de société que nous voulons promouvoir. La France veut plus que le progrès de l’Europe. Elle veut l’Europe du progrès »

Lire sur Le Monde l’intégralité de la tribune de François Hollande : « L’Europe que je veux »

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Et toi, qu’est-ce que l’Union européenne a changé dans ta vie ? Quelles évolutions attends-tu dans le futur ?

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Clemence Bodoc

Anciennement Marie.Charlotte, Clémence Bodoc a été jeune cadre dynamique dans une autre vie, avant de rejoindre la Team madmoiZelle. Elle s’intéresse à l’actualité et à l’écologie, aime la politique et les débats de société. Grande fan de sport (mais surtout à la télévision), et de cinéma (mais seulement en VO), son nom de scout est dinde gloussante azurée. Elle ne mord pas mais elle rit très fort.

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Commentaires
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  • Eylise
    Eylise, Le 25 juin 2016 à 15h52

    Hum, article qui oublie soigneusement l'aspect central de l'UE que nous avons aujourd'hui : une UE de la finance, des banques, faites pour faciliter les profits des grandes entreprises. Personnellement, le grand rêve européen ce n'est pas comme cela que je le vois...

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