Le Tombeau des lucioles, le classique (déprimant) de la semaine pour briller en société

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Le Tombeau des lucioles est le chef-d'oeuvre incontesté d'Isao Takahata. Une chronique de la mort animée dont la poésie a toujours retourné Kalindi. Elle vous en dit plus sur l'oeuvre charnière d'un réalisateur majestueux.

Le Tombeau des lucioles, le classique (déprimant) de la semaine pour briller en société

Par une sombre nuit de 2015, j’errais dans l’appartement d’une amie dans un état d’ivresse non-négligeable (l’alcool = le diable), quand j’eus une fulgurance.

C’est que, pour te contextualiser un peu la chose, un individu d’obédience louche avait vomi sur ma tête. Aussi, je venais de me livrer à un chant à peu près aussi qualitatif que celui-ci :

Bref, j’étais peu jouasse.

Et là, BAM, idée : j’allais inventer une soirée où tous les gens viendraient pour déprimer. Ni une, ni deux, mon cerveau se lançait dans mille planifications abracadabrantesques.

Fière comme un paon, je m’en suis allée faire part de mon idée au reste du monde (les 3 individus qui dormaient sur le canapé). La personne de genre féminin m’a alors répondu :

« Ça existe déjà et ça s’appelle la Nuit de la Déprime »

Voilà.

Tout ça pour vous introduire le long-métrage le plus déprimant jamais réalisé… Mais aussi l’un des plus beaux films d’animation du studio Ghibli.

Le Tombeau des lucioles, de quoi ça parle ?

« La nuit du 21 septembre 1945, je suis mort. »

C’est par cette déclaration lourde de sens que s’ouvre la plus poétique des oeuvres d’Isao Takahata.

Le Tombeau des lucioles se déroule au Japon en 1945 et suit le rude quotidien de Seita, un adolescent de quatorze ans et sa petite soeur de quatre ans, Setsuko.

Orphelins, ils doivent emménager chez leur tante.

Seulement voilà : elle leur fait comprendre qu’ils ne sont qu’un poids pour elle. Pour cette méchante femme, ne mérite de manger que « celui qui travaille pour la patrie ».

Les deux enfants, alliés devant l’éternel, finissent alors par s’en aller.

Ils s’installent dans un bunker désaffecté, où seule brille la lumière des lucioles, unique symbole de vie. Heureux d’être ensemble, ils commencent malheureusement à manquer de nourriture…

Le Tombeau des lucioles est tiré d’un livre

Le Tombeau des lucioles est en réalité l’adaptation cinématographique de La Tombe des lucioles, une nouvelle semi-autobiographique d’Akiyuki Nosaka, publié en 1967.

Comme son personnage principal, Akiyuki perd ses parents dans les bombardements de Kobe alors qu’il n’est qu’un enfant.

Réfugié à la préfecture de Fukui, il perd également sa soeur cadette, une semaine après la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Une tragédie dont l’auteur essaie de s’exorciser en la couchant sur papier. Il reçoit pour cette œuvre le prix Naoki, qui récompense de jeune auteurs japonais prometteurs.

L’auteur du Tombeau des lucioles dit non au live-action

D’après mes confrères d’AlloCiné, Akiyuki Nosaka a confié avoir reçu plusieurs propositions pour d’éventuelles adaptations cinématographiques.

Pour lui, toutefois, il était hors de question de voir l’oeuvre littéraire portée au cinéma car :

« Il est impossible d’arriver à retranscrire la terre brûlée et les champs de ruines qui constituent littéralement l’épine dorsale de mon roman ». 

Seule l’animation finit par séduire le très exigent Nosaka. C’est selon lui l’unique moyen de retranscrire avec poésie la brutalité de son existence passée.

Devant son opiniâtreté, je ne peux que tirer mon chapeau, d’autant plus que le résultat s’est montré à la hauteur de toutes mes attentes.

Le Tombeau des lucioles, un échec au cinéma

L’univers entier s’accorde à dire que Le Tombeau des lucioles et un chef-d’oeuvre absolu. Pourtant, le film a été loin de jouir du succès qu’il méritait lors de sa sortie en salles.

Les parents le jugent trop sombres et n’emmènent pas leurs enfants le voir.

Le studio Ghibli échappent cependant à l’échec financier grâce à une autre de sa production, sortie parallèlement : Mon voisin Totoro, une jolie fable qui a pour sa part connu un très grand succès.

Le Tombeau des lucioles, boudé par la Corée du Sud

Alors que le film devait être distribué en Corée du Sud, sa sortie fut indéfiniment repoussé. Pourquoi ? Just South Korea being South Korea…

Le Tombeau des lucioles révèle en effet le rôle du Japon dans la Seconde Guerre Mondiale, et lève le voile sur la brutalité des troupes impériales.

Ce qui n’a pas énormément plu à une Corée du Sud coutumière de la censure…

Le Tombeau des lucioles en live-action

La chaîne japonaise Nippon Television a produit une adaptation en live-action du Tombeau des lucioles pour commémorer la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Cette fois-ci, ce sont de vrais acteurs qui prêtent leurs visages aux traits du grand Takahata.

Semblable en de nombreux points à l’oeuvre d’origine, cette version diffère cependant en cela que le récit est raconté du point de vue de la cousine des enfants.

Je n’ai pas réussi à trouver quoi que ce soit sur la potentielle réaction de l’auteur qui, comme dit précédemment, refusait tout film en live-action.

Si vous trouvez une info, please let me know !

Les grandes oeuvres sur la reconquête du Pacifique

Le Tombeau des lucioles aborde un sujet qui tient à coeur à quelques uns de nos plus grands cinéastes.

La reconquête du Pacifique a inspiré des chef-d’oeuvres du cinéma comme La Ligne rouge, de l’immense Terrence Malick, porté par Sean Penn, Jim Caviezel, Nick Nolte. Un film qui reste pour beaucoup le meilleur, voire le seul bon film du réalisateur.

Des détracteurs dont j’entends les arguments mais que j’ai choisi d’ignorer, car Malick fait pour moi partie des 5 plus grands hommes du cinéma actuel !

Le dyptique Lettres d’Iwo Jima et Mémoires de nos Pères pose également son regard sur ces grandes batailles qui ont ravagé le Pacifique et le coeur de ses habitants, laissant des milliers d’orphelins comme à l’instar de Seita et Setsuko.

Seita, Setsuko et moi

J’étais très jeune quand j’ai rencontré Seita et Setsuko. Ni aussi petite qu’elle, ni aussi sage que lui, j’ai pourtant intégré leur trio et je n’ai jamais pu m’en défaire.

J’ai cru voir ma silhouette se détacher, avec la leur, sur le fond rouge sang des images du début. Preuve que les premières minutes m’avaient déjà cueillie.

De mon premier visionnage, il ne me reste qu’un souvenir flou, une sensation lointaine d’avoir été bouleversée. Et de n’avoir pas voulu le montrer à ma copine qui se tenait près de moi sur le canapé.

J’ai revu ce bijou d’animation quelques années plus tard. J’avais mûri, tout comme mes sensations. Le drame auquel j’avais assisté, je l’ai, d’un coup, entièrement compris.

J’avais enfin mesuré l’ampleur tragique de cette chronique de la mort. Les conséquences de ces guerres dont je n’avais que vaguement entendu parler, et qui pourtant avaient fait tant de malheureux.

Le Tombeau des lucioles est un film important, qu’il ne faut pas avoir peur de voir et de revoir. Il fait partie des merveilles du studio Ghibli que j’aime à l’infini, car elles parviennent à apporter à l’atrocité un voile de poésie.

À lire aussi : Big Fish : le classique (réconfortant) de la semaine pour briller en société

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Commentaires
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  • Gytha-Ogg
    Gytha-Ogg, Le 5 novembre 2017 à 20h46

    J'étais trop petite pour apprécié j'en ai un très mauvais souvenir après je ne doute pas qu’il soit très beau mais je ne pense pas le revoir un jour...

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