Comment j’ai – failli – ne pas avoir ma bourse au mérite

Elasys nous a envoyé ce texte suite à la suppression de la bourse au mérite - et également pour réagir aux commentaires de nos lectrices dans notre article qui l'annonçait.

Comment j’ai – failli – ne pas avoir ma bourse au mérite

NDFab — Elasys nous a envoyé ce texte, sans savoir que, finalement, la bourse au mérite allait avoir un an de sursis et sera distribuée aux mentions TB 2013. Je l’ai appelée pour la rassurer, lui citant l’article des Échos. Néanmoins, si elle a eu chaud ce coup-ci, nul doute que l’année prochaine, des bacheliers se retrouveront dans son cas… sans toucher leur bourse au mérite, eux. D’où la publication de ce témoignage.

Comme la plupart des terminales cette année, je suis allée voir les résultats du baccalauréat le 5 juillet dans mon lycée pour découvrir, avec mes amis, les résultats que j’avais obtenus.

Pour moi, aucune appréhension quant au fait d’avoir le fameux diplôme, je suis une excellente élève, travailleuse et douée dans les études. Comme je m’en doutais, j’ai donc eu mon bac.

Mais pour moi, ça n’avait aucune importance, l’important, à mes yeux, c’était d’obtenir la mention très bien, non pas pour le prestige mais bien pour la « bourse au mérite » qui me permettrait de payer une partie de mon loyer, la nourriture, les livres, que sais-je encore ?

À ma grande joie, j’ai donc eu la mention très bien au bac S accompagnée d’une mention européenne avec 17,26 de moyenne. Je ne les ai, aux vues de mes résultats, pas volées.

Évidemment, j’étais absolument ravie, parce que je me savais admise à Sciences Po Paris et que je savais que les dépenses engendrées allaient être énormes, que je voulais participer, au moins à travers la bourse au mérite, aux frais que mes parents allaient devoir fournir pour moi.

Et puis, récemment, les rumeurs ont commencé à courir : apparemment, la bourse au mérite serait supprimée à la rentrée. J’en ai eu la confirmation sur madmoiZelle le 12 juillet.

Nous n’avons pas tous la possibilité de faire face aux dépenses engendrées par les études qu’on choisit sans un peu d’aide. Étant boursière échelon 0, je comptais vraiment sur le petit « coup de pouce » qu’aurait représenté cette bourse, mais elle a été supprimée.

Je vous écris parce que, contrairement à ce que certaines madmoiZelles disaient, cette mesure prise, sans aucun doute, pour le bien de tous (même si je ne vois pas comment 800 nouvelles bourses au mérite par an pourraient changer radicalement l’accession aux bourses par le plus grand nombre) va m’empêcher de mener mes études dans la sérénité.

Car oui, j’ai énormément de chance, j’ai été prise à Sciences Po Paris, un établissement d’études supérieures prestigieux, j’ai eu mon bac avec mentions très bien et européenne (j’ai travaillé pour ça) et j’ai des parents qui feront tout, y compris se ruiner, pour me permettre de réaliser mes rêves.

Mais voilà, cette suppression va mettre en péril ces rêves : parce que 200 euros, pour certaines, ça ne représente pas grand chose, aux vues des réactions. Mais pour moi, c’est déjà une somme énorme !

Qu’on veuille donner autant de chances à tous les étudiants, je le comprends.
Qu’on veuille ouvrir les bourses à plus de gens, je le comprends. Je suis même tout à fait d’accord.

Mais dans notre pays, les gens méritants ne s’en sortent que très rarement aussi bien que ceux qui ont de l’argent ou des relations. Et c’est dommage ! Malgré la soi-disant méritocratie qu’est la France, moi qui travaille si sérieusement, je n’ai jamais vu, encore, mes efforts réellement récompensés.

Cette bourse permettait à de bons élèves ayant des difficultés financières d’augmenter leurs chances de réussite. Cette bourse participait à l’égalité des chances : qui, de la petite provinciale sans relation ni argent qui arrive sur Paris ou du fils d’avocat y vivant depuis toujours, a le plus de chances d’y réussir ses études et sa future vie professionnelle ?

Je suis amère : cette année, comme les quatre suivantes, je vais devoir travailler à côté de mes études, je ne suis pas la première et pas la seule, c’est une certitude, mais je vous en livre une autre : quand on est à Sciences Po, nous n’avons droit qu’à deux absences par module (voire une seule) avant d’être déclaré défaillant, et je ne vois pas comment, en travaillant, je pourrais mener à bien les études que je me prépare à entreprendre à la rentrée.

Je vais devoir payer mon loyer et me nourrir, acheter les livres et ne serait-ce que faire du sport en club ne sera pas possible car je vais devoir me limiter en tout.

Deux cents euros par mois, ça peut me payer ma nourriture, mes livres et peut-être même me permettre de continuer le karaté par exemple.

Cette suppression de la bourse au mérite est, vous l’aurez compris, une catastrophe pour moi mais le pire, c’est qu’en la supprimant dès cette rentrée scolaire, on nous a menti. J’ai travaillé pour obtenir cette bourse parce qu’elle nous est promise depuis 2009 et je ne l’aurai pas.

Malgré notre majorité toute fraîche (voire pas encore acquise), nous méritons que la vérité nous soit dite, je crois.

Je ne sais pas si cela dérange le gouvernement, sûrement pas, mais si j’espère un jour faire de la politique, je n’ai aucune envie de la pratiquer comme nos responsables actuels le font.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Denis
    Denis, Le 28 juillet 2013 à 12h21

    mister-monster;4252771
    @Denis :
    Pour ton dernier paragraphe, il constitue pour moi une digression totale. Puisque les bourses sont utilisées pour "subvenir aux besoins liés aux études secondaires : livres, transport, loyer etc. Les jeunes en échec scolaire n'ont donc pas besoin de bourses mais d'autres mesures (qui existent by the way) telles que des offres de formations, des contrats aidés etc. Tu compares deux cas aux besoins spécifiquement différents.
    As tu les chiffres des "80.000" analphabètes qui sortent du système scolaire chaque année ? Sachant que la France a un taux d'alphabétisation de 99%.

    Pour accéder aux études supérieures, il faut 10 au bac. Ceux qui ont 9,99 et moins sont éjectés du système. Sont-ils moins méritants que les bacheliers qui eux profiteront de bourses s'ils sont éligibles ? Faut-il ouvrir le supérieur à tous ? A partir de quel seuil d'études initiales ?

    Sur l'échec scolaire en France : les chiffres exacts sont livrés par Jacques Hintzy, président de l'Unicef, Pierre-Yves Madignier, président d'ATD-Quart Monde et François Content, directeur général d'Apprentis d'Auteuil dans une tribune donnée au Monde.

    Extrait : "62% des professeurs des écoles débutants estiment que la réussite des élèves est un objectif qui ne peut pas être atteint. Ce malaise éclaire un constat social accablant : un quart des élèves ont des acquis fragiles en fin de CM2 ; un enfant sur cinq redouble au moins une fois avant d'entrer en 6ème ; chaque année, on détecte 35 000 jeunes illettrés. On le martèle suffisamment depuis ces derniers mois : d'après le ministère de l'éducation nationale, 230 000 jeunes ont quitté le système scolaire sans qualification entre juin et octobre 2011. Et puis ces autres chiffres qui certainement expliquent en partie cela : deux millions d'enfants vivent sous le seuil de pauvreté et 600 000 sont mal logés."

    Le système ne produit donc pas 80 000 analphabètes par an mais 230 000 jeunes sans qualification dont "seulement" 35 000 illettrés. La différence entre un analphabète et un illettré étant qu'à la différence du second, le premier n'a jamais été mis en situation d'apprentissage, ce qui explique le faible taux d'analphabétisme que tu soulignes, la scolarité étant obligatoire en France jusqu'à 16 ans.

    La tribune en question s'intitule : France ! Ton Ecole fout le camp

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