« L’avocate du diable », le témoignage de celle qui défend violeurs et meurtriers

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Quand une personne se retrouve devant la justice, accusée de viol ou meurtre, un•e avocat•e pénaliste est là pour la défendre. Témoignage d'une femme passionnée, qui a décidé de faire de cette tâche son métier.

« L’avocate du diable », le témoignage de celle qui défend violeurs et meurtriers

C’était il y a trois semaines. J’étais dans mon lit, je n’arrivais pas à dormir alors je me suis dit que j’allais écouter un podcast, un peu au pif, sur Arte Radio. C’est le nom qui a retenu mon attention, L’avocate du diable.

Je ne suis habituellement pas friande de ce qui touche à la justice mais là, ça m’a attirée. Il s’agit d’un témoignage rare d’une avocate pénaliste, c’est-à-dire d’une personne qui défend des criminel•les : meurtriers, violeurs ou encore pédophiles.

Autrement dit, quelqu’un qui défend l’indéfendable.

Les premières phrases de ce document audio m’ont retournée.

« Un de mes plus beaux dossiers c’est un jeune homme qui a découpé une prostituée parce qu’il voulait lui voler du fric.

Il l’a tuée et puis après, qu’est ce qu’on fait d’un corps ? On n’a pas tellement le choix : c’est de l’acide ou on le découpe. Et donc lui l’a découpée.

Et moi je trouvais que c’était, et je trouve toujours d’ailleurs que c’est un très, très beau dossier, nonobstant évidemment la victime. »

Je me suis laissée happer par la suite, dense et profonde.

Le témoignage d’une avocate pénaliste qui retourne par son honnêteté

Toute la première partie de cette interview semble être une sorte de catalogue dans lequel cette avocate pénaliste expose une sorte du meilleur du pire, froidement et avec cynisme.

« Tueur en série, j’ai pas fait. J’ai des violeurs en série, j’ai des agresseurs, enfin des mecs qu’on n’aimerait pas forcément avoir dans une impasse quand on rentre chez soi. »

Le métier de cette femme est donc de défendre ces personnes. Défendre, quitte à arranger le scénario qu’elle va livrer à la cour.

Elle explique n’avoir qu’une seule ligne de conduite : l’intérêt du client.

« Ça m’est déjà arrivé d’avoir un acquittement d’un mec qui est coupable. Ça m’est aussi déjà arrivé d’avoir un mec qui reconnaît les faits, d’expliquer le passage à l’acte de manière totalement fantaisiste à l’audience et que ça passe.

C’était en l’occurrence un assassinat entre deux hommes, j’ai fait raconter un peu n’importe quoi au client et la cour l’a cru, ça les a attendri. Il a été condamné un peu moins sévèrement que ce qu’il aurait pu être.(…)

Pour le coup on s’éloigne de la morale, c’est évident, mais encore une fois chacun son job. Moi je ne suis pas soumise à la vérité. »

Alors, bien évidemment, quand j’ai entendu tout ça, j’ai dégluti, je me suis dit que cette femme était une affreuse personne et j’ai eu envie de me rouler en boule sous la couette.

Et c’est là que la deuxième partie de cet entretien vient tout secouer : en France, tout le monde a le droit à une défense, et c’est bien pour ça qu’il existe des avocat•es pénalistes.

Être avocate pénaliste, un métier difficile à de nombreux niveaux

Ce monde est violent, il laisse des traces. L’avocate pénaliste explique trouver la justice française sévère. Il faut dire qu’elle a le mauvais rôle : elle doit défendre celui qui se trouve déjà dans le box des accusés•e.

Alors, cette femme parle d’aspects de son métier peut-être moins attendus, comme du stress qu’engendre une plaidoirie. Parfois, pendant l’audience, sa tirade ne fonctionne pas. Pas moyen de recommencer, c’est du one shot.

Et quand son client prend 10 ans de prison, elle remet en question tout son travail fourni jusque-là : a-t-elle fait le nécessaire pour le défendre convenablement ?

Alors, pour relativiser, elle explique qu’elle fait des blagues avec ses ami•es avocat•es pénalistes. Elle cite par exemple « j’ai pris cinq ans pour un doigt » avant d’expliquer :

« Il ne reste que ça, si on ne s’aère pas l’esprit on rentre avec le client à Fleury. [nom d’une prison française, NDLR] »

Son humour ne passerait sans doute pas dans un autre cadre, mais c’est sans doutes pour elle un échappatoire aux situations auxquelles elle doit faire face.

L’écoute de ce témoignage d’avocate pénaliste, entre malaise et fascination morbide

J’ai écouté pour la première fois ce témoignage en pleine nuit. J’étais en même temps fascinée et très mal à l’aise.

Je sais que c’est un métier nécessaire. J’estime aussi que tout le monde à le droit à la défense.

Alors bien entendu, les propos de cette femmes peuvent sonner terrifiants. Je me les suis pris comme un mur en pleine face. Mais puis-je lui en vouloir ? À l’entendre, il semble presque évident qu’on ne peut pas faire ce métier sans ce recul, cette froideur nécessaire.

Et c’est peut-être ça la force de ce témoignage : permettre d’ouvrir une brèche afin de comprendre un peu mieux comment certain•es font ce que je ne pourrais pas faire.

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Commentaires
  • Calipo
    Calipo, Le 21 juin 2017 à 11h08

    @Mukru

    Les avocats sont des chacals et tu le sais, faudrait assumer.


    Si c'est pour balancer des insultes à 2 balles sur une profession dont visiblement tu ne connaît pas grand chose à part des poncifs éculés, je ne vois pas l'intérêt de venir discuter sur ce forum. @-June- n'a rien à assumer, elle fait un métier qui est nécessaire à ce qu'on appelle la démocratie. Est-ce qu'il y a des pommes pourries dans la profession? oui, mais comme partout, ça s'appelle la nature humaine, on en trouve dans tous les métiers, dans toutes les couches de la société. Si tu as été confrontée personnellement à un avocat indélicat, c'est malheureux, mais ça n'est pas la réalité absolue du métier.

    Heureusement qu'il y a des gens pour le faire, le boulot d'avocat, parce que s'il n'y a pas de "chacals" pour défendre les accusés, il n'y en a pas non plus pour défendre les victimes. Pour les soutenir pendant les mois, voire les années de procédures qu'elles doivent endurer. Pour affronter parfois à leur place l'accusé, quand elles sont mortes, trop jeunes ou tellement traumatisées qu'elles ne peuvent pas se présenter au procès. Pour se battre pour elles dans un système juridique de plus en plus compliqué, que ce soit en matière sociale, pénale ou civile, un système quasi impénétrable pour les néophytes.
    Parce que peut-être que tu as tout compris au fonctionnement de la justice, parfaitement intégré l'intégralité de la législation française et que tu n'as besoin de personne, mais ça n'est pas le cas de tout le monde.

    Sans avocats et sans juges, c'est la populace qui juge, et la populace, permets-moi de le dire, elle n'est pas très intelligente. La populace elle pend, elle lynche, elle guillotine sans se poser de questions, sans plus rechercher de preuves que son intime conviction. Alors oui, des fois on pend le bon gars. Mais souvent on pend juste celui qui a le moins de fric, qui parle le moins bien, qui est le plus basané, ou le plus moche.

    Et sans le boulot de certains de ces chacals d'avocats, on aurait toujours la peine de mort, le viol ne serait peut-être toujours pas un crime, et l'avortement en serait toujours un, juste pour citer quelques exemples.[/QUOTE]

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