Ma vulve, le genre, mon asexualité, entre dégoût et acceptation

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Dans ce nouveau Corps à cœur Cœur à corps, Sinéad, asexuel·le, parle du dégoût qu'a pu lui inspirer sa vulve et raconte à Léa Castor le chemin de la réconciliation avec cette partie de son corps, et avec les codes genrés.

Ma vulve, le genre, mon asexualité, entre dégoût et acceptation© Léa Castor

Salut toi ! Ici Léa Castor pour te souhaiter un dimanche des plus agréable !

Corps à cœur Cœur à corps revient avec le témoignage de Sinéad qui a décidé de parler de sa vulve et de son rapport entretenu avec elle, notamment via le prisme de son asexualité.

C’est chargé d’émotion, de remise en question et ça m’a personnellement fait beaucoup réfléchir sur le poids que la société fait peser sur la perception de certaines parties de nos corps.

Si tu n’as pas suivi le concept, il s’agit d’une série de témoignages illustrés, mettant en avant des personnes qui ont décidé d’avoir un regard plus positif vis-à-vis de leurs complexes physiques.

Il ne s’agit pas de se sentir bien À TOUT PRIX (ça suffit les injonctions, oh !) ou de dire qu’il y a des complexes plus importants que d’autres, mais d’observer les chemins que prennent différentes personnes pour se sentir plus en paix avec elles-mêmes.

Tous les corps sont différents, ça te dit de les célébrer avec moi chaque semaine ?

Les illustrations sont faites par mes petites mains et à partir de photos envoyées en même temps que le texte. J’en reçois plusieurs et je choisis celle qui m’inspire le plus.

Donc, sans plus attendre, le témoignage de cette semaine.

Sinéad, 23 ans nous parle de sa vulve

Ma vulve, c’est un peu l’épitomé
de mon mal-être. C’est le sexuel féminin
pour le Monde. C’est l’enfer pour moi.
Pour moi qui suis asexuel•le, la vulve,
et tout ce qu’elle entoure, c’est le truc inutile
par excellence. Si on me demande ce que
je pense de coucher, ou de me masturber,
c’est comme si on me demandait mon avis
sur des tripes aux brocolis. C’est franchement
pas quelque chose qui m’attire.
Pourtant, elle est bien là, cette vulve.
Elle existe et le fait savoir.

À lire aussi : Sept questions que vous n’avez jamais osé poser sur l’asexualité

Déjà, il y a eu les poils. Bon ceux-là,
je les ai vus pousser sans y penser ;
mais à force d’articles lus, de discussions
avec d’autres, et de mots bien placés pour
me faire culpabiliser, je me suis épilée,
parce que c’est sale quand même les poils,
et c’est pas féminin. J’ai bien vite arrêté.
Agir sur cette partie de mon corps,
c’était reconnaître qu’elle existait.

La rendre « belle » et « propre »,
attirante en somme, c’était reconnaître le fait
que cette vulve influence ma vie sociale,
reconnaître qu’elle me définisse aux yeux
de la société, et surtout qu’elle doit m’être utile.
Et ça c’est trop pour moi. J’en ai pleuré, je crois.

Mais ce qui me fruste le plus,
c’est ce que la vulve cache, entre ses plis
et ses recoins. Le vagin.

C’est mon deuxième appendice, qui me fait
des crises lui aussi. Mensuelles. J’ai haï
au plus profond de moi ces menstruations,
qui étaient hors de mon contrôle,
qui me marquaient en tant que Femme
dans la société, qui me rappelaient
ma raison d’exister socialement : coucher,
avoir des enfants. Je les hais encore un peu,
quand je les vois ça passe toujours pas.
Ça fait 7 ans, et ça passe toujours pas.

Je n’ai jamais aimé être désignée comme fille,
alors comme femme, l’upgrade sexualisé
d’une fille, encore moins. Je ne me reconnais
pas dans ce terme, ni dans les notions
qu’il porte aux yeux de la société.
Je suis moi, et c’est tout.
C’est ce que je pense.

Alors, que ma vulve,
une partie de mon propre corps, cherche
à me rappeler constamment qui je suis
pour la société, j’avoue que c’est une trahison
qui fait mal. Et que je n’arrive pas à digérer.

Mais peu à peu, pas après pas, mois après
mois, j’apprends. J’apprends, non pas à être
fataliste, mais à relativiser. Après tout,
qu’est-ce qu’une vulve dans l’entièreté
de ma personne ?

Pour la société c’est peut être tout,
pour moi c’est franchement rien. Rien.
Un trou, aussi utile que mon nombril.

Alors je compense ces mauvaises impressions,
je me renseigne, je m’éduque – car il y a
du chemin à faire — je l’apprivoise cette vulve.
Je la rends plus amicale, en en rigolant.
J’en parle à tort et souvent à travers, et j’agis
pour que d’autres n’ai pas à subir ce mal-être,
à en culpabiliser. Car l’on n’est jamais seul
dans nos problèmes.

Sûr, mes règles me gênent encore, sûr,
je suis poilue et ça se voit quand je suis
à la plage, mais je comprends lentement
à quel point mon regard sur moi-même
est orienté par la société.
Et je travaille à m’en détacher. Ce n’est pas tous
les jours facile, c’est même certaines semaines
les montagnes russes, mais j’y travaille,
et mon bien-être le vaut tellement
que je n’ai aucun regret à y passer du temps.

J’ai demandé à Sinéad de me faire un retour sur cette expérience : témoigner et voir sa vulve illustrée, ça fait quoi ? Voici ses réponses.

  • Comment tu l’as ressenti ?
Ça a été une épreuve, de réfléchir sur
cette partie de mon corps. Je pense
que ça se ressent à travers le texte.
Il est maladroit, complètement tiré.
J’ai l’impression, en le relisant, de retrouver
l’affolement dans lequel je me trouvais
à sa rédaction, et la naïveté avec laquelle
j’abordais, entêtée, le problème.
J’ai vraiment eu du mal, ça m’a hanté
pendant des jours. Une fois envoyé,
je l’ai supprimé de mon ordinateur.
Je ne voulais plus le voir.
Je ne voulais plus y penser.Mais d’un autre côté, en participant à ce projet,
je savais que ça serait bénéfique, au final.
Car depuis trop longtemps j’ignorais mon corps,
et cela m’a forcé à y réfléchir avec sincérité.
À être honnête avec moi-même.

  • Y a-t-il eu une évolution de ton regard ?
Beaucoup de choses se sont produites
depuis que j’ai rédigé ce texte. Le plus gros
changement dans ce sens c’est que j’ai arrêté
de prendre la pilule, que j’avais commencé
pour ne plus avoir de règles
(tellement elles me repoussaient).

Je pense que la réflexion engrangée
par le projet m’y a poussé. J’en avais marre
de faire l’autruche, j’ai voulu faire face
à ce qui me gênait. J’ai commencé à chercher,
à lire de plus en plus à ce sujet, à vouloir
comprendre ce qui arrive à mon corps.

Ça a été un travail de longue haleine,
mais maintenant je suis mieux qu’avant.

J’ai redécouvert mes règles, j’ai découvert
ma libido (je suis toujours asexuel·le, mais
la masturbation ne me repousse plus
comme avant). Maintenant je connais mon cycle,
je connais mon corps. Je suis sur le chemin
de l’acceptation. Et ça soulage, bon sang.

  • Est-ce que tu te reconnais dans l’illustration ? Est-ce qu’elle t’a fait voir ton corps autrement ?

Cette illustration m’a fait l’effet d’une douche
froide. Car en elle-même, je la trouve splendide.
Je trouve que ce corps est honnête. Il existe,
même s’il est recroquevillé, et il est…
je ne sais pas ? Beau ? Élégant ?

Mais dans ma tête, c’est un corps « typique »
de femme : il y a des seins, une vulve.
Et je ne me considère pas comme une femme.
Je ne me vois pas comme une femme.

Je reconnais donc ce corps, mais en distance.
Je n’arrive pas à me dire « c’est moi ». Peut-être
parce que j’y vois encore des attributs féminins ?

J’ai encore aujourd’hui une certaine difficulté
à accepter que ces parties sont miennes
lorsque je les vois. J’ai du mal à déconstruire
l’idée que ces attributs ne font pas de moi,
forcément, une femme, si je ne le souhaite pas.Je les ai accepté, physiquement, dans mon
ressenti, mais j’ai toujours du mal à les voir.
Je n’ai pas encore réussi à me les approprier
au regard. J’ai envie de les faire miens,
car la seule autre option serait de traumatiser
mon corps en le modifiant volontairement
par des opérations (et même si je suis mal,
j’y tiens trop pour passer par là).

Mais c’est difficile, de me détacher
des significations sociétales de ces parties
de mon corps. J’y pense assez souvent.
C’est un sentiment fluide qui me traverse,
vacillant entre haine et acceptation,
lorsque je les vois.

Je travaille plus sur l’acceptation
après ce temps de réflexion, mais il faut
maintenant que j’apprenne à les accepter,
plus seulement dans mon esprit
mais dans mon regard.

Alors voir mon corps représenté, ainsi,
c’est un choc. Un choc violent.
Mais un bon choc, j’espère. De ceux qui font
ouvrir les yeux.

Je ne me reconnais qu’à moitié
dans cette illustration, mais j’espère que d’ici
quelques années je pourrais la regarder
pleinement en me disant, « Oui, c’est moi.
Non, je ne suis pas une femme, mais oui ce corps
c’est moi » et en être fière.

J’espère pouvoir détacher ma perception
de la vision binaire qui m’imprègne encore,
afin de pouvoir pleinement être reconnaissante
de ce corps qui me soutient, me porte
et me fais avancer, plutôt que de lui en vouloir
comme je lui en ai voulu pendant longtemps.

Comment participer à Corps à cœur Cœur à corps ?

Toi, oui, toi qui as lu avec attention. Toi qui as envie de dire à ton corps que tu veux enterrer la hache de guerre. Que même s’il y a des jours avec et des jours sans, ça serait déjà un premier pas de partager ton expérience.

Bienvenue dans Corps à cœur Cœur à corps !

Concrètement, si tu veux participer, qu’est ce que je te demande ?

Le témoignage sera en 2 parties : un texte et une illustration.

  • Le texte, c’est toi qui l’écris : tu m’expliques ton rapport à ce(s) complexe(s), pourquoi tu as envie de changer de regard dessus, comment tu t’y prends…
  • Pour l’illustration, j’ai besoin de 5 photos de cette partie de ton corps et/ou de ton corps en entier.

Tu peux les prendre seul·e ou avec un·e proche; l’essentiel est que ça soit ton regard avant de devenir le mien. Ça peut être un exercice difficile, j’en ai conscience, donc je laisse le plus de liberté possible ! Mise en scène, spontanéité… c’est toi qui vois.

Je choisis la photo qui m’inspire le plus et j’en fais une illustration.

Envoie-moi ça à lea.castor[at]madmoizelle.com avec « Corps à cœur Cœur à corps » en objet du mail !

Pour suivre Léa Castor, rendez vous sur Instagram et Facebook !

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Léa Castor

Graphiste - illustratrice chez madmoiZelle Castor voyageuse, j'ai décidé de poser mon sac-à-dos et ma palette d'aquarelle dans la madmoiZelle family pour un moment.

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Commentaires
  • Luzgar
    Luzgar, Le 7 mars 2018 à 2h10

    Okay moi aussi ça m'a fait vraiment pensé à se la dysphorie. Je sais pas exactement ce que traverse la Madz par rapport à tout ça mais je pense que voir un psy ce serait pas de trop. :/ Parce que si elle a un dégoût de ce corps qui n'est pas de la dysphorie (donc plutôt de la dysmorphie) ce serait peut-être intéressant de trouver les causes. Et si c'est de la dysphorie, de prendre les traitements nécessaires.

    Spoiler

    J'espère que la Madz trouvera la paix avec son corps.

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