Syngué Sabour : La pierre de patience

« La chambre est petite. Rectangulaire. Elle est étouffante malgré ses murs clairs, couleur cyan et ses deux rideaux aux motifs d’oiseaux migrateurs figés dans leur élan sur un ciel jaune et bleu ». C’est dans ce cadre clos « quelque part en Afghanistan ou ailleurs » que commence le roman de Rahimi. C’est dans […]

Syngué Sabour : La pierre de patience

« La chambre est petite. Rectangulaire. Elle est étouffante malgré ses murs clairs, couleur cyan et ses deux rideaux aux motifs d’oiseaux migrateurs figés dans leur élan sur un ciel jaune et bleu ».

C’est dans ce cadre clos « quelque part en Afghanistan ou ailleurs » que commence le roman de Rahimi. C’est dans cette chambre qu’une femme, que « la femme » va s’occuper jour après jour de son homme que seule une perfusion d’eau salée sucrée maintient en vie. Eux aussi sont « figés dans leur élan », le temps s’est suspendu. Le rythme est donc d’abord celui d’une respiration régulière à laquelle s’ajoute celui d’un chapelet qu’on égrenne. Au loin, la prière du mollah, la voisine qui crie et des coups de feu. Le danger guette, c’est la guerre.

La femme étouffe, elle garde trop de colère non exprimée en elle, trop de secrets lourds à porter. Alors elle va se confier à cet homme avec lequel elle n’a finalement jamais rien partagé. Les mots vont sortir d’elle, d’abord timidement, et puis en avalanche, elle déborde et ne peut plus rien garder. Son mari sera sa pierre de patience à elle, malgré lui.

Le lecteur est alors transporté par les confessions successives de la femme. Le roman est tour à tour émouvant, violent ; on est sans cesse en balance entre l’intimité dévoilée de cette femme et le contexte extérieur (les coups de canon, les pilleurs, les violeurs, les morts) qui vient se rappeler à elle.

Ce roman est d’une force incroyable. Il vous prend au ventre au point qu’on finit par se dire que la véritable pierre de patience, celle qui a écouté toutes les souffrances, qui a absorbé les mots, c’est le livre ! Et lui seul pourra peut-être libérer son auteur.

Si les prix littéraires ne sont pas toujours des gages de qualité, ce livre-là ne vous laissera pas indifférent. C’est aussi un merveilleux rappel de ce qu’est la condition des femmes dans certains pays encore aujourd’hui.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • AnonymousUser
    AnonymousUser, Le 18 mars 2009 à 10h25

    Pourquoi pas, quand j'aurais fini ma pile de bouquins à lire. Je le note dans un coin de ma tête.

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