Les stéréotypes de genre sont dangereux pour la santé

Violences, estime de soi, épanouissement... les stéréotypes de genre exercent une véritable pression sur les enfants, et les conséquences sur leur santé sont loin d’être anecdotiques.

Les stéréotypes de genre sont dangereux pour la santé

Lutter contre les stéréotypes filles — garçons est un enjeu d’égalité et de mixité, selon le rapport du Commissariat général à la stratégie et à la prospective. Ce rapport examine les conséquences des stéréotypes de genre sur le développement personnel des filles et des garçons, et présente trente propositions visant à corriger les biais perpétués par notre société.

Des perspectives conditionnées par le genre

« Les garçons ont du mal en français » ou « les filles ont des difficultés en maths », « c’est moins évident pour elles », au choix. Le fort ancrage des stéréotypes enferme les enfants dans un déterminisme genré.

Ces « excuses » reposent uniquement sur des stéréotypes, et pourtant, elles deviennent de véritables prophéties auto-réalisatrices. À force d’entendre qu’ils/elles seraient « naturellement » plus ou moins doué-e-s pour l’une ou l’autre matière, filles et garçons rencontrent effectivement davantage de difficultés dans ces matières.

Des efforts ont été fait pour proposer de nouveaux manuels scolaires, dans lesquels les personnages féminins sont davantage présents, et ne sont pas cantonnés à la cuisine, par exemple. Mais c’est insuffisant.

Les enfants apprennent, sous la pression de leur environnement familial, social, médiatique, à construire leur identité à partir des clichés de la virilité pour les garçons, de la féminité pour les filles.

Et cette détermination les amène à se fermer des portes. Les métiers du social, qu’on appelle « le care » ? Les garçons ne s’y projettent pas. Les formations professionnelles et techniques ? Les filles n’y pensent pas. Les garçons n’auraient pas « les qualités naturelles » requises pour s’épanouir dans le social, un secteur qui convient davantage aux filles, à l’instinct maternel, à la patience et à la capacité d’écoute…

Ces représentations stéréotypées de l’un et de l’autre genre, les enfants les intègrent, au point de les laisser limiter leurs perspectives, en dictant leurs choix d’orientation.

Extrait d’une publicité pour les jouets Goldieblox

Malgré les efforts déployés pour ouvrir les perspectives des filles, malgré l’augmentation de la proportion de filles dans les écoles d’ingénieur, elles restent absentes des filières professionnelles, comme les garçons sont absents des métiers de la petite-enfance.

Les jeunes Français-es se ferment des portes, persuadé-e-s d’agir selon « leur nature », qui n’est que le produit des stéréotypes que notre société fait peser sur eux/elles.

Le sport pour les garçons, la lecture pour les filles

Les loisirs aussi sont choisis ou imposés en fonction des stéréotypes. Le sport est un domaine particulièrement non mixte : on distingue des sports « de garçons » et des sports « de filles », et même lorsque filles et garçons pratiquent le même sport, l’organisation est rarement mixte. Ces distinctions amènent les enfants à se conformer au message qui leur est envoyé : cette activité est pour toi, cette autre activité n’est pas pour toi.

« Par ailleurs, les qualités développées – ou supposées développées – dans les sports collectifs où filles et garçons sont impliqués, comme le basket ball, sont également différenciées : « les garçons sont davantage concentrés sur les valeurs collectives et la rapidité du jeu et les filles accordent de l’importance à la précision et au non-contact ».

– Extrait du rapport Lutter contre les stéréotypes filles – garçon

De la même manière que le sport, l’apprentissage de la musique est également soumis au prisme du genre, sans aucune autre raison que les stéréotypes ancrés dans notre inconscient collectif : la flûte serait plutôt un instrument « de fille », le saxophone plutôt un instrument « de garçon. »

Les garçons vont pouvoir développer un goût pour la compétition et pratiquer des loisirs « défouloirs », les filles vont pratiquer patience et persévérance.

Des conséquences sur la santé des jeunes

À l’adolescence, les auteures du rapport constatent une influence des stéréotypes de genre sur la santé des jeunes.

Les jeunes Français•es sont globalement en bonne santé, il ne faudrait pas dramatiser. Mais il est inquiétant de constater que le conditionnement genré opéré depuis la plus petite enfance finit par produire des effets concrets et néfastes sur la santé des adolescent-e-s. 

Soucieux de se conformer à leur genre, en pleine construction identitaire, les garçons vont avoir des comportements à risques, davantage de comportements violents. Ils prennent moins soin de leur santé que les filles, qui sont par exemple plus assidues sur les soins bucco-dentaires.

À partir de 15 ans, on constate davantage de problèmes psychologiques chez les filles : estime de soi, troubles du comportement alimentaire… elles sont plus nombreuses à être diagnostiquées en dépression.

« Chez les 15-19 ans, les filles sont environ cinq fois plus nombreuses que les garçons à avoir fait une tentative de suicide durant l’année écoulée (2% contre 0,4 % en 2010).

Cependant, le taux de mortalité des garçons de moins de 24 ans par suicide est trois fois plus élevé que celui des filles. Cela est notamment dû aux modalités employées, les hommes ayant davantage recours à des moyens plus radicaux (pendaison, arme à feu). »

– Extrait du rapport Lutter contre les stéréotypes filles – garçon

Le constat est aggravé pour les jeunes « appartenant ou présumés appartenir à des minorités sexuelles (homosexuels et bisexuels) » : en dehors de « la norme », point de salut…

Ces comportements différenciés sont directement liés aux stéréotypes de genre : les filles sont incitées très tôt à prendre soin de leur santé (et de celle des autres, le « care » !), tandis que les garçons ne doivent « pas pleurnicher ». Ils ont tendance à ignorer leurs symptômes :

« Alors que les filles sont plutôt encouragées à formuler leurs soucis, les garçons sont incités par l’environnement social à se conformer au modèle masculin, viril et dur au mal.

Ils sont ainsi moins enclins à exprimer une plainte liées à un problème psychologique ou somatique. Par ailleurs, en verbalisant moins leurs problèmes, ils ont davantage tendance à passer à l’acte et à adopter des comportements à risques. »

– Extrait du rapport Lutter contre les stéréotypes filles – garçon

Voilà pourquoi l’injonction « sois un homme ! » peut avoir des conséquences lourdes non seulement sur le développement personnel de l’enfant, mais également sur la santé de l’adolescent.

Et parce que le masculin est tant valorisé dans notre société, les filles ont de plus en plus tendance à rattraper les garçons en matière de comportements à risques : leur consommation d’alcool, tabac et drogues augmente.

Les auteures notent également que plus le milieu social est défavorisé, plus ces différences entre filles et garçons sont marquées. 

Lutter contre les stéréotypes : des actions déjà amorcées

La ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, a annoncé plusieurs mesures dont certaines ont d’ores et déjà été déployées en phase de test.

« Les stéréotypes sont le parent pauvre des politiques publiques en matière d’inégalités hommes-femmes. Les stéréotypes, si on devait les résumer, c’est une fatalité au nom de laquelle on n’avance pas dans l’égalité hommes-femmes, puisque tout cela tient à des préjugés naturalistes, qui sont installés dans le fonctionnement de notre société, de nos familles, de nos médias, de notre école.

Or c’est précisément cela qu’il faut faire bouger, ce sont ces habitudes-là, ces représentations collectives-là qu’il faut bousculer si on veut construire une société dans laquelle on ne soit pas enfermé dans un rôle prédéfini en fonction de son sexe. »

– Intervention de Najat Vallaud-Belkacem lors de la remise du rapport.

  • La lutte contre les stéréotypes dans les médias passera par une action renforcée du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, en cas d’atteinte à la dignité des femmes ou de reconduction de stéréotypes sexistes évidents. Ce point figure dans le projet de loi pour l’égalité femmes-hommes, qui sera examiné à l’Assemblée Nationale à partir du lundi 20 janvier.

Et sur Internet ?

Compte tenu du temps passé par les jeunes sur Internet, de la diversité et du volume des stéréotypes sexistes véhiculés sur la Toile, qu’est-ce qui est prévu pour investir ce terrain ? 

« Il y a une disposition dans le projet de loi égalité qui porte sur Internet, et qui fait relativement débat. Cette disposition prévoit d’imposer aux fournisseurs d’accès à Internet de mettre en place des dispositifs de signalement afin que les internautes puissent leur signaler des contenus qui portent atteinte à la dignité des femmes.

Or cette simple disposition, qui prévoit que les fournisseurs d’accès prennent des mesures, y compris la suppression du contenu incriminé, rencontre des résistances de la part de ceux qui considèrent qu’Internet doit être un grand champ de liberté sur lequel il ne faut absolument pas légiférer.

C’est un enjeu de notre société, de notre temps, c’est la question de savoir s’il faut traiter Internet comme le reste de l’espace public, comme la rue et les médias, ou si Internet doit être une zone de non-droit. »

– Réponse de Najat Vallaud-Belkacem en conférence de presse

Rendez-vous donc à l’Assemblée Nationale à partir de lundi, pour les débats sur le projet de loi pour l’égalité entre les hommes et les femmes. 

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La lutte contre les stéréotypes de genre est donc loin d’être anecdotique. En plus d’être un véritable enjeu d’égalité et de mixité dans la société, c’est aussi une question de santé publique.

La Manif Pour Tous et autres collectifs feraient mieux de se renseigner sur la portée des réformes en cours avant de lancer des campagnes de communication pour « défendre nos stéréotypes de genre ». Une telle revendication est au mieux ignorante, au pire irresponsable.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Oxyton
    Oxyton, Le 16 mai 2014 à 4h40

    melissai;4574450
    Les études sur le genre et sur les soi-disants "stéréotypes" sont fumeuses. Je ne dis pas que tout est faux, mais, comme l'a démontré nombre de cliniciens et de spécialistes (Léonard Sax en tête), la soi-disante "identité de genre" est définie dans une grande partie par notre "sexe biologique", le seul et l'unique. Les hormones, les corps différents... tout cela joue sur la psychologie de la personne, et il me paraît évident que hommes et femmes correspondent à des catégories naturelles. Toutes les réflexions sur la part de "masculinité" ou de "féminité" ne sont qu'extrapolations et autres conneries. Certes, il y'a un conditionnement social, mais il ne suffit pas à expliquer la différence homme/femme, tant dans les comportements que dans l'attitude (de plus, étonnament, ces "conditionnements" changent dans les autres sociétés... Mais reste la différence fondamentale). Les histoires de "genre" sont vraiment un monceau de conneries, qui ne font que désorienter les gens. Après, y'a des gens qui se sentent mal dans leur sexe, qui arrivent pas à s'identifier à leur apparence physique, mais qu'on n'aille pas me dire que c'est le lot de tout le monde ou même la majorité. Y'a vraiment aujourd'hui une tendance à faire de l'exception "la règle", qui est non seulement irréelle mais aussi néfaste.
    Vous confondez totalement genre et sexe : le fait que les conditionnements ou représentations des femmes/hommes changent selon les pays ou cultures montre bien que le genre n'est pas une question objective, mais de culture, valeur, stéréotype, préjugés, habitudes, religion etc.

    Alors que, peu importe le pays ou la culture, si l' on s'accorde pour dire que celle qui a un vagin est une femme et que celui qui a un pénis est un homme, on parle clairement du sexe.

    Et la souffrance apparaît quand on colle des stéréotypes de genre sur tel ou tel sexe alors que la personne ne se reconnait absolument pas dans ces stéréotypes.

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