Souvenirs d’un pas grand chose

Si beaucoup de romans de Bukowski sont autobiographiques, celui-ci est, disons, la première autobiographie : y est fait le récit du début de la vie de l’écrivain, de l’enfance jusqu’à l’âge adulte. Et Bukowski ne s’embarrasse pas d’artifices littéraires inutiles. A l’image de la première phrase du roman, "La première chose dont je me souviens :", […]

Si beaucoup de romans de Bukowski sont autobiographiques, celui-ci est, disons, la première autobiographie : y est fait le récit du début de la vie de l’écrivain, de l’enfance jusqu’à l’âge adulte.

Et Bukowski ne s’embarrasse pas d’artifices littéraires inutiles. A l’image de la première phrase du roman, "La première chose dont je me souviens :", le reste de Souvenirs d’un pas grand chose ne se perd pas en longs détours et digressions qui seraient peut-être de trop. Pour Bukowski importent avant tout les faits, le regard qu’il porte rétrospectivement sur eux et surtout l’humour avec lequel il présente ces épisodes de sa vie, jusqu’aux plus sombres.

Récit rétrospectif présenté chronologiquement, comme la plupart des autobiographies de ce type, Souvenirs d’un pas grand chose – à l’origine Ham on rye – pourrait être un roman larmoyant quand on constate la dureté de certains passages, la difficulté qu’a eu certainement Charles Bukowski à débuter dans la vie. Il était pauvre – a grandi à l’époque de la Grande dépression aux Etats-Unis –, obligé de se soumettre à un père violent que sa mère n’empêchait pas de battre son fils, esseulé face à ses collègues de lycée, sujet à l’acné vulgaire, etc. Bref : rien de bien réjouissant.

Même : de quoi donner dans le pathétique, voire dans le pathos. Ce risque du larmoyant, Bukowski l’évite les doigts dans le nez, avec une agilité telle que son texte semble aller de soi. La réaction de l’écrivain face à cette souffrance, cette jeunesse qu’il dit lui-même avoir été une période noire et très dure de sa vie, c’est l’humour. Le seul moyen, comme on le voit l’expliquer dans Bukowski : born into this, le documentaire de John Dullaghan, de rendre cette enfance et son récit supportables.

Certes, s’il semble avoir un objectif en rédigeant cette autobiographie, c’est certainement de dépeindre la dureté et la tyrannie de son père puisque c’est à "tous les pères" qu’il la dédie. Pourtant il ne se focalise pas là-dessus, ne se complait pas dans le malheur et glisse sur les épisodes douloureux avec une perfection étonnante.

Car le récit, chronologique, est savamment mené ; et le lecteur se laisse guider au rythme des anecdotes inévitablement sources de plaisir puisque de rire. Cependant , derrière cet aspect amusant de l’écriture de Bukowski demeure l’horreur de son éducation, des souffrances qu’il a endurées. Or, il n’aime pas le larmoyant et quand on lit ce qu’il écrit, on se dit qu’il a raison tant il maîtrise la trame de son récit.

D’ailleurs, l’écrivain mentionne dans cette autobiographie comme dans d’autres romans ses intérêts pour certains écrivains tels Céline, Maxime Gorki ou John Fante, parmi d’autres. La principale qualité qu’il leur donne est la force de leurs écrits, leur capacité à rendre compte à travers leur écriture des émotions les plus fortes, ceci sans baratin trompeur et vain. Bukowski lui-même est certainement le maître de cette écriture en apparence légère puisque pleine d’humour ; et pourtant grave : celle, assurément, des sentiments les mieux exprimés puisque sans artifice.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Stellou
    Stellou, Le 16 mai 2006 à 19h16

    J'adore ce bouquin. C'est le premier livre de Bukowski que j'aie eu entre les mains, et ça reste mon préféré.

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