Sélection de films : New York, New York

Après certaines scènes urbaines, on reste parfois marqué par une ville qu’on ne connait pas, par une de ses rues dans laquelle se cristallisent toutes les tensions d’un film, par un plan qui nous donne envie d’aller y faire un tour. C’est sans doute vrai de New York, ville dans laquelle se jouent beaucoup de […]

Sélection de films : New York, New York

Après certaines scènes urbaines, on reste parfois marqué par une ville qu’on ne connait pas, par une de ses rues dans laquelle se cristallisent toutes les tensions d’un film, par un plan qui nous donne envie d’aller y faire un tour.

C’est sans doute vrai de New York, ville dans laquelle se jouent beaucoup de films et dont on connaît certains coins sans même y avoir mis les pieds. Il nous reste quelques images en mémoire, comme celle de Tom Cruise courant sur un Broadway désert (Vanilla Sky) ou celles de courses-poursuites de légende dans le métro (French Connection, L’impasse). On pense à Sue errant désespérée dans Manhattan (Sue perdue dans Manhattan), aux flics de Serpico, aux personnages d’American Psycho, de Shortbus ou à ceux de certains films de Woody Allen qui semblent presque partie intégrante du décor urbain.

Ici, on a choisi deux types de films, tous américains : d’une part, ceux qui portent directement et exclusivement sur la ville de New York, son histoire, ou qui en font le point de départ de projections imaginaires ; d’autre part, ceux qui s’en servent comme toile de fond mais élément essentiel de leur intrigue : parce que des scènes cruciales y ont lieu, parce que les personnages sont nourris de tel quartier de New York dans lequel ils vivent, parce qu’ils les découvrent avec nous.

Tous, en tout cas, nous donnent l’idée de ce qu’est l’odeur de New York et en retracent à leur façon l’histoire : de la guerre des gangs du XIXème siècle à sa destruction fictive par un monstre…


© Paramount Pictures France/Image extraite du film Cloverfield

Le monde, la chair et le diable (Ranald MacDougall)
Etats-Unis, 1959

L’intrigue de ce film semble aussi ambitieuse que l’est son titre ; le moins qu’on puisse dire en tout cas est qu’elle est excitante, excitante en s’aventurant dans une dimension dans laquelle pénètrent rarement les films catastrophe.
Le propos n’est ni plus ni moins que de mettre en scène la fin du monde à New York. Or celle-ci ne s’accompagne pas, et c’est ce qui est intéressant, de l’apparition d’une nouvelle population composée de morts-vivants supposés dévorer les rares survivants. Non : la fin du monde est survenue et ces rares survivants se trouvent confrontés à une question nettement plus intéressante : que faire maintenant qu’on est seuls dans un New York dévasté ? Contrairement à tous les films du genre qui ont suivi celui-ci, Le monde, la chair et le diable regarde donc son personnage se construire une nouvelle vie dans une ville déserte. Excitant, oui !
Mais bientôt cet homme qui a survécu parce qu’il travaillait sous terre au moment de la catastrophe, sur laquelle on sait logiquement aussi peu de choses que lui, rencontre une femme elle aussi survivante… puis un homme, troisième rescapé. A partir de là malheureusement un certain code Hays s’en mêle sans doute et la chair promise et telle qu’on l’attend dans une telle situation est édulcorée, simplifiée. Pas de tension donc, les tentations sont évacuées dans une perspective bien trop puritaine. Reste que le film, globalement, est intéressant et malgré tout original. Et pour le plaisir de voir en noir et blanc un New York désert, il vaut le détour.
Avec Harry Belafonte, Inger Stevens, Mel Ferrer

West Side Story (Robert Wise)
Etats-Unis, 1962

West Side Story, quel film ! L’histoire est la plus vieille histoire d’amour du monde, c’est derrière sa banalité et sa facilité supposées que se cachent les détracteurs du film. Pourtant il n’y a pas que cela, il ne s’agit pas simplement de la transposer en pleine guerre des gangs au milieu du XXème siècle, encore que cela soit intéressant… Il y a, derrière ça, l’association de trois hommes, de trois talents : Robert Wise, Leonard Bernstein (qui ne sont pas les premiers venus !) et Jerome Robbins. Et si on ajoute à ça des acteurs et des danseurs de talent en tête desquels se place sans aucun doute George Chakiris…
Pour rejouer Roméo et Juliette dans le New York des années cinquante, il faut d’abord deux gangs : on a d’un côté les Jets, immigrés de la première génération, qui ont évincé tous les autres gangs qui cherchaient à régner en maîtres sur le West Side. Les seuls qui leur résistent encore, ce sont les Sharks, immigrés portoricains parmi lesquels se trouve Maria, jeune fille un peu naïve qui succombe au charme d’un ancien Jet, Tony, toutefois encore fidèle à ses compagnons mais qui ne résiste pas non plus à l’appel de l’amour.
West Side Story s’ouvre sur un long plan aérien qui parcourt New York sur fond de toutes les musiques qui vont constituer les chansons de cette comédie musicale. A mesure que la caméra survole la ville, elle se rapproche du West Side, avant d’y plonger en même temps qu’elle plonge dans son intrigue.
Avec George Chakiris, Natalie Wood, Richard Beymer

Macadam Cowboy (John Schlesinger)
Etats-Unis, 1969

Avec Macadam Cowboy, nous découvrons New York en même temps que l’un des protagonistes. Joe Buck est un cowboy du Texas tout juste arrivé dans la grande ville, sorte de Candide moderne. Son intention pour gagner sa vie était de devenir gigolo mais ses plans se voient contrariés.
Heureusement, il fait la rencontre de Rasto Rizzo et, alors que celui-ci voulait l’arnaquer, une amitié se crée entre les deux hommes. Rasto Rizzo est malade et paumé. S’ils ne connaissent pas le succès et la richesse que le cowboy espérait connaître dans la grande ville, ils se tirent au moins l’un l’autre de la solitude et la détresse qu’ils connaissaient jusqu’alors. Un seul horizon alors : se sortir de la misère et du froid urbain en partant pour la Floride.
Macadam Cowboy est une belle histoire d’amitié entre deux paumés dont on se souvient immédiatement après quelques notes de la belle chanson interprétée par Harry Nilsson, "Everybody’s Talkin’". Une fois de plus, le film se démarque de la vision enchantée de la ville américaine. Ici, New York est l’endroit à fuir, un lieu de désespoir et de pauvreté à cent lieues des promesses qu’elle offrait pour un petit Texan naïf.
Avec Dustin Hoffman, Jon Voight

After Hours (Martin Scorsese)
Etats-Unis, 1986

Un jeune homme tout ce qu’il y a de plus banal et tranquille se retrouve malgré lui entraîné dans les folles nuits de New York et plus précisément du quartier de Soho où les artistes et les fous semblent se concentrer en masse. Tous sont décidés à lui mettre des bâtons dans les roues et ce n’est qu’after hours que le jeune homme va pouvoir rentrer chez lui.
After Hours est donc une promenade dans un quartier de New York, de nuit. Le protagoniste, à mesure qu’il croise tout type de New Yorkais qui semblent plus déjantés les uns que les autres, nous fait visiter une partie de New York qu’on n’a pas l’habitude de voir.
Avec beaucoup d’humour, Scorsese met en scène cette errance infernale dans un New York un peu fou, étouffant en tout cas. Il se moque du business qui tourne autour de l’art et enferme son personnage, informaticien tout ce qu’il y a de plus tranquille, dans une situation labyrinthique, on dirait presque kafkaïenne. Avec After Hours, on découvre un nouveau visage de New York et d’un de ses quartiers les plus branchés.
Avec Griffin Dunne, Rosanna Arquette

Brooklyn Boogie (Wayne Wang, Paul Auster)
Etats-Unis, 1996

Brooklyn Boogie est un film qu’on sent fait avec le cœur. Toute l’équipe de ce film en effet, scénaristes, réalisateurs, acteurs, se sont réunis pour le faire pour une simple raison : parce qu’ils avaient pris énormément de plaisir à faire celui qu’on range désormais à ses côtés, Smoke. Dans ce premier film, on suivait une bande de personnages vivre et se croiser dans Brooklyn, quartier de New York.
Brooklyn Boogie est moins un film à intrigue qu’une déclaration d’amour à Brooklyn. C’est de nouveau dans les décors de Smoke qu’on se trouve. Chaque participant du film, parfois connu (Jim Jarmush, Lou Reed) est supposé improviser pendant quelques minutes face à la caméra. Compilation de moments drôles ou touchants, de scènes amusantes et originales, Brooklyn Boogie est comme une chanson en l’honneur d’un quartier et chaque acteur ou artiste chante son propre couplet de cette ode à Brooklyn.
Avec HarveyKeitel, Lou Reed, Jim Jarmush, Madonna, Michael J. Fox, Victor Argo

Gangs of New York (Martin Scorsese)
Etats-Unis, 2003

Deuxième film de Scorsese dans cette sélection sur New York. Le célèbre réalisateur a d’ailleurs signé New York, New York et, avec Coppola et Woody Allen, un film à sketches sur la ville : New York stories.
Gangs of New York remonte plus loin dans l’histoire de la ville. Le film met en scène une lutte entre deux bandes. On a d’un côté les Dead Rabbits, immigrés irlandais ; et de l’autre, les Native Americans. A la tête de chaque gang, une figure domine, respectivement le Père Vallon et Bill le Boucher. L’intrigue qui se développe est moins intéressante, il s’agit pour le fils du Père Vallon de venger son père tué par son rival.
Cependant les plus belles scènes du film sont sans doute celles des combats de rue entre chaque gang. Comme plus tôt dans le film de Robert Wise, elles s’apparentent presque à des chorégraphies, débordent d’une énergie et d’une rage saisissantes. On sent dans ce film l’importance de l’histoire qui déborde celle de l’intrigue ponctuelle et relativement traditionnelle qui est mise en scène à travers le couple DiCaprio-Diaz.
Avec Leonardo DiCaprio, Daniel Day-Lewis, Cameron Diaz

Long way home (Peter Sollett)
Etats-Unis, 2003

Si Long way home n’est pas un film sur New York, c’est en tout cas un film sur ses habitants. Plus précisément, sur les jeunes habitants du Lower East Side. Parmi eux on suit le protagoniste, Victor Vargas, immigré dominicain qui vit avec son frère, sa sœur et sa grand-mère.
Long way home est un teen-movie et comme les meilleurs films du genre, il allie à la perfection humour et tendresse, en même temps qu’il porte un regard assez fin sur la situation sociale des jeunes en question.
Ici ce sont donc des immigrés d’un quartier pauvre qui jouent à découvrir l’amour et à s’apprivoiser sous le regard les uns des autres. New York est donc là, qui veille : ce n’est pas le clinquant de Manhattan qu’on y voit ; ce sont les quartiers où grandissent ces jeunes qui doivent apprendre à s’en tirer tous seuls.
Avec Victor Rasuk, Judy Marte

Day night day night (Julia Loktev)
Etats-Unis, 2007

La scène la plus importante et la plus longue de Day night day night a lieu en plein Broadway. Un Broadway tel qu’on le voit rarement dans les films, celui qu’on imagine être le plus proche du réel Broadway, c’est-à-dire un Broadway envahi par une foule au milieu de laquelle nous sommes plongés en même temps que la protagoniste du film.
La rue de New York, ses passants, ses cafés deviennent ici le lieu où les tensions de toute la première partie se déploient. Il suffit de savoir quelle est l’intrigue du film et de quelle manière cette première partie l’a mise en place sans un mot pour l’imaginer… Day night day night en effet est un film sur un attentat suicide. On suit une jeune fille qui s’est apparemment proposée de sauter avec une bombe. Elle rencontre des hommes qui pendant quelques jours la préparent et l’isolent dans une chambre d’hôtel. On ne sait d’elle rien d’autre que son identité fabriquée par ceux qui s’occupaient d’elle ; pas même la raison pour laquelle elle a accepter de sauter.
Puis vient la scène sur Broadway où elle est là, sa bombe sur le dos, terrorisée à l’idée d’appuyer sur le bouton qu’elle tient dans sa main et qui est relié à son sac. La scène est longue, la jeune fille hésite. La prouesse là-dedans, c’est de n’avoir pas pourtant arrêté la vie sur Broadway. Au contraire, la rue dans laquelle elle est plongée est grouillante et chaque son, chaque geste y est amplifié par sa peur. Les passants l’arrêtent parfois, des mecs la draguent. La tension est à son comble…
Avec Luisa Williams

Cloverfield (Matt Reeves)
Etats-Unis, 2008

Cloverfield est une des grandes surprises de cette année 2008. L’idée est simple : ce que nous voyons à l’écran est supposé être une cassette retrouvée après la destruction de New York par un monstre. Cette cassette, c’est une bande de copains qui l’a enregistrée. Plusieurs moments se superposent : une journée tranquille pour un couple ; ainsi qu’une soirée organisée en l’honneur d’un des protagonistes qui s’apprête à quitter New York. La caméra à l’épaule, on a déjà donné. Ici pourtant, c’est autre chose, plus réussi.
Ambiance Youtube donc pour ce film aux images saisissantes. La soirée en effet est interrompue par l’arrivée d’un monstre en plein New York – ce sur quoi on ne nous donne pas plus d’explications que celle à laquelle ont accès les personnages qui, logiquement, ne savent rien. Un type un peu clown, qui était chargé d’immortaliser la soirée, continue à tout filmer pendant qu’ils cherchent à s’échapper, à se sauver les uns les autres, comme dans tout film catastrophe…
Mais Cloverfield s’en démarque nettement. Il mêle le voyeurisme que constitue l’idée de filmer sans cesse à l’attraction saisissante à laquelle nous sommes confrontés – le film est vraiment effrayant. Les images et effets spéciaux sont d’une qualité surprenante : on voit New York dévasté, les gratte-ciel s’effondrer les uns sur les autres et il est difficile de ne pas avoir le souffle coupé…
Avec Lizzy Caplan, Michael Stahl-David

A suivre : New York I love you, nouvelle version de Paris je t’aime de l’autre côté de l’Atlantique.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Moouche
    Moouche, Le 20 octobre 2008 à 23h11

    Manhattan de woody allen ?

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