Comment j’ai trouvé ma légitimité au boulot… contre vents et marées

Josie Corporate a commencé sa vie professionnelle en travaillant en freelance pour des client•es peu bienveillant•es. Malgré cette expérience difficile, elle a quand même réussi à retrouver de la légitimité !

Comment j’ai trouvé ma légitimité au boulot… contre vents et marées

Le mois de juillet sonne peut-être la fin de vos études, et avec vos diplômes fièrement en poche, votre entrée sur le marché du travail.

Il va être temps de plancher sur la mise à jour de votre CV et de concocter des lettres de motivation aux petits oignons, pour répondre à des offres d’emploi intéressantes ou pour des candidatures spontanées qui donneront l’irrésistible envie aux employeur•ses de créer un poste juste pour vous (mais si).

Le plus difficile dans cette histoire, c’est que non seulement il va falloir vous vendre, mais avant cela, il va falloir réussir à vous sentir assez légitime pour postuler. Et vous et moi, on le sait très bien, ça va être le festival du… syndrome de l’imposteur !

De quoi a-t-on peur quand on souffre du syndrome de l’imposteur ? Disons, pour aller vite, que l’on craint que ça se passe mal, de ne pas être à la hauteur du poste convoité, et, du coup, de se prendre des remarques et de se faire rabaisser.

Il s’avère que j’ai vécu tout ça, et que j’y ai survécu. Mieux encore : j’ai réussi à reprendre confiance en moi. Voilà l’histoire.

L’opportunité inattendue

À la fin de mes études, j’ai un peu galéré pour trouver du travail. Je cherchais dans un milieu réputé pour être bouché et j’avais du mal à ne pas être exigeante dans mes critères pour postuler.

J’avais envie que les postes soient à ma convenance, que ça corresponde au maximum à ce que j’aimais faire.

Ce n’était pas très malin et très idéaliste, mais j’avais envie que les postes soient à ma convenance, que ça corresponde au maximum à ce que j’aimais faire. Sauf qu’évidemment, aucune offre ne me correspondait (pour cause d’exigences trop fortes ou de manque de confiance en moi ? Allez savoir).

Mon parcours de vie a fait que j’ai fini par me mettre en freelance pour une petite entreprise. Les missions qu’elle comptait me confier m’emballaient vraiment. C’était dans le domaine de la communication, c’était ce qui me plaisait et ce que je voulais faire.

J’ai grimacé au moment où on m’a annoncé le budget qu’elle pouvaient allouer à ces missions, mais j’ai fait le choix d’accepter pour me mettre dans une dynamique professionnelle. On partait, selon elle, sur une cinquantaine d’heures par mois pour 400€.

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Se mettre en freelance au tout début de sa vie professionnelle demande d’avoir confiance en soi.

Se mettre en freelance au tout début de sa vie professionnelle demande d’avoir confiance en soi. Il faut se mettre dans la tête que l’on est prestataire, et non pas employé•e. Cela nécessite de savoir s’imposer tout en faisant preuve de diplomatie, et d’être à l’écoute de son/sa client•e. Oui, bon, facile à dire !

Au début, je tâtonnais, je cherchais à trouver mon rythme et à cerner comment j’allais bosser de chez moi. J’avais fréquemment mes client•es au téléphone, qui me disaient qu’ils/elles me laissaient prendre mes marques. J’étais plutôt sereine et heureuse de mes choix. Puis les choses ont commencé à sentir mauvais…

Mes compétences VS leurs attentes

Pour ce travail, je me reposais beaucoup sur une expérience de stage que je jugeais solide et pertinente.

Les méthodes que j’avais apprises avaient prouvé leur efficacité. Mon travail y était très apprécié, donc je me suis dit que j’allais reprendre ce que j’avais appris. Sauf que ça ne plaisait pas du tout à mes client•es que je fonctionne ainsi.

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Même si je trouvais leur manière de faire pas très fructueuse ou logique, j’étais leur prestataire, donc je m’y pliais. J’avais toutefois l’audace de leur expliquer mon point de vue avec diplomatie, ou de poser des questions sur leur façon de procéder.

Ils prenaient ma volonté de mieux faire pour de l’insolence. Mais même lorsque je travaillais selon leurs méthodes, ils me le reprochaient.

J’étais à leur écoute, mais je leur montrais que je savais néanmoins des choses sur mon métier (j’étais une prestataire quand même). Ils prenaient ma volonté de mieux faire pour de l’insolence. On se heurtait à une incompréhension mutuelle, car même lorsque je travaillais selon leurs méthodes, ils me le reprochaient. De quoi perdre pied.

Lorsque j’ai fait part de mon envie de faire évoluer et d’approfondir mes missions, j’ai eu la surprise d’entendre :

« Mais enfin, tu n’es pas prête pour les autres missions. Je ne comprends pas comment tu peux demander de faire autre chose. »

La punition du téléphone

Les coups de téléphone n’étaient plus bienveillants. Ils étaient une farandole de reproches et de sur-interprétation :

— Je ne comprends pas pourquoi tu n’envoies pas plus de mails.
— J’étais très surprise que tu me demandes ça.
— Je ne comprends pas ce que tu fais de tes journées.
— De quel droit remets-tu en question notre manière de travailler ?

Notre collaboration étant à distance, je ne pouvais pas rendre visite à mes employeurs. Pour pallier cet obstacle et les rassurer, je faisais des points détaillés sur mon travail à chaque fin de semaine, où je précisais tout ce que j’avais effectué.

Je notais le nombre de mails envoyés, le nombre de nouveaux contacts pris (en leur communiquant toutes les coordonnées, en freelance !), le temps passé à faire des recherches, celui consacré à la rédaction de communiqués de presse. Je détaillais tout, heure par heure.

C’était stressant, car les résultats n’étaient pas à la hauteur de mon investissement.

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Au bout d’un mois de collaboration (donc de cinquante heures de travail), j’ai commencé à recevoir des remarques comme quoi mes client•es n’avaient pas vu les changements depuis mon arrivée. Ça m’a fait complètement paniquer. Ma confiance dans mon travail s’est étiolée petit à petit et la pression sur mes épaules est devenue très, très lourde.

Alors, pour compenser, je travaillais encore plus, sans compter les heures, n’osant plus trop faire autre chose de mes journées.

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La prise de conscience et la fuite

Les attaques ont glissé vers des choses plus personnelles. Les membres de l’entreprise qui m’employait me disait que je ne savais rien, que je n’avais fait que des stages et que ce n’était pas de vraies expériences professionnelles. On me répétait inlassablement que je n’étais pas prête à travailler sur d’autres dossiers.

On me critiquait sur l’heure à laquelle je me levais. On me soupçonnait de mentir sur le contenu de mon travail. On me reprochait d’avoir un•e autre client•e, de ne pas être toujours à leur disposition à tout moment de la journée pour des points qui duraient une heure.

Et subitement, j’ai compris : le freelance ne leur convenait pas, car ils voulaient que je sois leur salariée (ou leur stagiaire, plutôt).

Les coups de téléphone devenaient de véritables calvaires et commençaient à m’user psychologiquement : alors qu’on me coupait l’herbe sous le pied quand j’étais force de proposition (du coup je n’en faisais plus aucune), on finissait par me reprocher de ne plus rien proposer.

On me critiquait sur l’heure à laquelle je me levais. On me soupçonnait de mentir sur le contenu de mon travail. On me reprochait de ne pas être disponible à tout moment de la journée.

Le déclic a été le moment où j’ai décidé de prendre des vacances. J’avais prévenu mes client•es de mon absence en amont mais ça ne les a pas empêché•es de me solliciter pendant mes congés. Je recevais des SMS à 22h pour me demander de rendre des comptes. J’ai complètement craqué à ce moment-là, et j’ai eu du mal à profiter de mon séjour en bord de mer.

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J’ai fini par être lâche et disparaître, couper tout contact, et à mon retour de vacances, n’ayant pas eu de nouvelles de ma part, l’entreprise a décidé de mettre fin à notre collaboration, pour mon plus grand soulagement (après un dernier coup de téléphone magistral où on m’a balancé, entre autres, que j’étais malpolie, non professionnelle, incompétente et que je ne serais pas payée).

Malgré ma libération, cela a mis un sérieux taquet à ma confiance en moi, et j’avais l’impression d’être la pire arnaque de la Terre.

Comment reprendre confiance en soi ?

Après cet épisode humiliant, il a fallu se remettre sur les rails. Plusieurs choses m’ont sauvée.

  • La plus importante de toutes : avoir été entourée de gens bienveillants

Pendant ces quelques mois de collaboration, ma chance a été d’être entourée des meilleures personnes du monde. Elles n’ont eu de cesse de me rassurer, de me dire que je bossais bien et de me rappeler que je savais des choses.

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Pendant ces quelques mois de collaboration, ma chance a été d’être entourée des meilleures personnes du monde.

Ces personnes n’étaient pas mes parents ou ma mamie, mais des gens avec qui j’ai travaillé, des collègues devenu•es des ami•es et qui étaient donc en mesure de juger objectivement mes qualités professionnelles (pas sûr qu’on serait devenu•es ami•es si j’avais été vraiment très nulle).

Ces proches n’étaient pas là simplement pour me dire ce que j’avais envie d’entendre : ils et elles me conseillaient aussi de tout mettre en œuvre pour satisfaire mes client•es. Ils me disaient aussi des choses désagréables, m’apprenaient l’humilité, m’obligeaient à grandir et à sortir de ma zone de confort

C’est à eux que je dois de n’avoir aucun regret aujourd’hui, car j’ai le sentiment d’avoir fait tout ce qui était en mon pouvoir pour faire en sorte que ça se passe bien, tout en me respectant.

J’ai aussi eu la chance de pouvoir parler avec des gens qui travaillaient eux-mêmes avec mes client•es, et de confronter nos points de vue. On a découvert qu’on rencontrait les mêmes problèmes d’humiliation, d’incompréhension, d’impossibilité de gagner leur confiance. Et de savoir que le problème ne vient pas uniquement de soi, c’est un vrai et profond soulagement.

  • Ne plus avoir peur de l’échec

On a tendance à avoir une peur panique de l’échec, comme s’il allait conditionner le reste de notre vie. Mais en fait, ce n’est pas grave d’échouer, il faut relativiser. Un échec apprend la vie et l’humilité, il faut simplement en tirer les conclusions nécessaires pour la suite de son parcours. Il ne met pas votre vie en l’air, il est là pour vous apprendre des choses et vous permet de rebondir.

  • Soyez sûr•es de vos compétences

Vos stages sont de l’expérience professionnelle, n’en doutez jamais. Ne croyez pas celles et ceux qui viennent vous dire que ce n’est pas de la vraie expérience, on sait bien que le monde du travail d’aujourd’hui ne permet pas d’avoir des CDD à foison pour se former.

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Évidemment, tous les stages ne sont pas constructifs, mais soyez fier•es de ce que vous avez appris. Si vous avez été formé•es convenablement, vous savez des choses !

Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas vous adapter aux méthodes des entreprises dans lesquelles vous vous trouvez, mais ne partez pas du principe que vous ne savez rien et n’arrêtez pas d’être force de proposition : c’est ce qui fait votre valeur !

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  • Collègues freelance, entourez-vous d’autres freelances !

Vous vous comprenez, vous savez à quel moment il y a des abus, à quel moment c’est à vous d’agir, à quel moment vous devez vous imposer en tant que freelance (et non vous laisse traiter comme un•e salarié•e).

C’est indispensable de se fixer des limites personnelles et de savoir les imposer aux gens pour qui vous travaillez. Par exemple, ce n’est pas trop en demander que de ne pas accepter qu’on vous sollicite pour du travail après 20h ! Ce n’est pas manquer d’éthique professionnelle, bien au contraire : ne pas tout accepter est bon signe !

  • Avoir confiance en l’avenir

Évidemment, cela ne dépend pas complètement de vous, mais ce qui aide énormément à reprendre confiance en soi, c’est de tomber sur des employeur•ses ou des client•es qui vous valorisent.

Ils existent, ne vous inquiétez pas, laissez-leur le temps d’arriver à vous. Et quand ils sont là, prenez leurs compliments (au lieu de penser qu’ils ne se rendent pas compte que vous êtes nul•le) et nourrissez-vous de leurs conseils et de leurs critiques — tant qu’elles sont constructives.

Soyez patient•es, vous trouverez ces gens : alors n’hésitez jamais à vous défaire de ceux qui vous oppressent. La vie est trop courte pour se faire rabaisser par des personnes malveillantes.

Toi aussi, raconte-nous tes aventures (positives comme négatives) dans ce doux monde qu’est celui du travail, sous la plume de Josie Corporate !

Comment écrire à Josie Corporate ?

Deux solutions : tu veux proposer un témoignage ? Envoie ton texte à melissa[at]madmoizelle.com, avec en objet « Josie Corporate ».

Autre solution : t’aurais bien une histoire à raconter, mais t’es pas sûr•e de savoir mettre les mots sur le papier, ni de savoir par où commencer ? Aucun souci, c’est la même adresse email : melissa[at]madmoizelle.com avec comme objet « Josie Corporate, prête-moi ta plume ». Et t’auras de mes nouvelles ! 

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Luchsi
    Luchsi, Le 13 juillet 2016 à 16h10

    Je ne peux que valider les conseils de la fin :)
    Freelance moi-même, j'ai mes hauts et mes bas, mais le plus important, je le répète :
    - Virez les clients qui ne vous considèrent pas. Si c'est bien payé, mais que c'est pour se ruiner psychologiquement, ça n'en vaut pas la peine.
    - Entourez-vous d'autres professionnels : associations professionnelles, syndicats d'indépendants, espaces de co-working, ou même forums... Dépêchez-vous de trouver du soutien d'autres professionnels ! Ils vivent les mêmes galères que vous.

    Et dès qu'il y a un minimum de dynamique, formez-vous ! (valable aussi pour les salariés).

    Foi d'indépendante 8)

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