Rémi Gaillard et les agressions sexuelles banalisées

Après Free Sex en 2014, une nouvelle vidéo de Rémi Gaillard mime à nouveau un acte sexuel sur une inconnue, mais cette fois-ci, l’agression sexuelle est caractérisée.

Rémi Gaillard et les agressions sexuelles banalisées
Trigger Warning : cet article évoque des agressions à caractère sexuel.

En mars 2014, une vidéo de Rémi Gaillard intitulée Free Sex avait ému les internautes. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, une nouvelle production du même auteur suscite mon indignation.

Ce dont je veux vous parler aujourd’hui se déroule à 1:50 dans la vidéo Dog ; je vous ai pris deux captures d’écran, sur lesquelles on peut voir Rémi Gaillard, déguisé en chien, mimer une levrette sur une femme à quatre pattes sur sa serviette de plage.

La séquence dure moins de dix secondes (4 coups de bassin).

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Ceci est une agression sexuelle

Ceci est « une agression sexuelle autre que le viol », telle que définie à l’article 222-22 du code pénal, puisqu’il s’agit d’une « atteinte sexuelle commise par surprise » :

« Constitue une agression sexuelle toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise. »

Une atteinte sexuelle est constituée de tous les attouchements, caresses, contacts perpétrés sur le sexe, les seins, les fesses (y compris les baisers sur le corps et la bouche), sans le consentement de la victime.

Or une femme prise par surprise ne peut pas consentir : c’est le principe de la surprise, et c’est pour ça que ce cas de figure est intégré dans la définition de l’agression sexuelle. On avait déjà expliqué ce principe avec l’exemple de Guillaume Pley, l’agresseur aux millions de vues.

Eh non, Rémi, que la femme ait ensuite accepté que tu gardes la séquence pour ta vidéo ne change rien à ça : un formulaire de droit à l’image ne vaut pas consentement à un attouchement sexuel, surtout pas lorsqu’il est donné après l’acte.

Donc oui, mimer une levrette en contact avec le corps d’une inconnue, par surprise, c’est une agression sexuelle.

Le procureur n’a pas besoin d’une plainte de la victime pour ouvrir une enquête. Vu le nombre d’agressions sexuelles signalées, poursuivies, et les délais d’instruction ainsi que de résolution des affaires, je doute fortement que tu sois inquiété, même si avec ta vidéo à 2 millions de vues, tu as considérablement facilité la recherche de preuve matérielle…

Et encore, cher Rémi : même si tu étais poursuivi par un zélé procureur, il y a fort peu de chances pour que tu sois condamné, puisque pour que le délit soit constitué, il faut une intention coupable : or, je parie que tu n’avais tout simplement pas conscience de commettre une agression sexuelle… Ce qui est sans doute le drame le plus sérieux de cette histoire.

De la passivité des victimes

Dis-moi, Rémi : toi qui as l’habitude des caméras cachées, n’as-tu pas remarqué les différences dans les réactions des femmes par rapport à celles des hommes dans tes vidéos ?

Rien que dans celle-ci : seuls les hommes interagissent avec toi !

Le golfeur lance ton bâton, et il te pousse physiquement lorsque tu lui balances du sable dessus. Tu feras la même chose sur une femme assise à la plage, et sa réaction sera radicalement différente : d’abord elle ne bouge pas, et comme le jet de sable continu, elle s’écarte. Elle se lève, et reste face à toi (elle ne te tourne pas le dos).

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Les deux mecs qui jouent au frisbee ? Ils continuent de se le lancer, et te regardent partir avec, relax, détendus. Ils rigolent. Ils ne se sentent pas menacés. La femme que tu asperges sur la plage ? Elle se protège, et elle aussi se retourne pour te faire face.

Le bilan de cette vidéo est sans contraste : les hommes interagissent avec toi ou sont indifférents, les femmes sont sur la défensive ou en retrait.

Qu’est-ce que ça dit de l’expérience des femmes dans l’espace public face aux sollicitations d’un inconnu ?

Ces agressions sexuelles qui s’ignorent

Tu vois Rémi, nous vivons dans une société où mimer une levrette sur une inconnue passe pour une blague potache. Où mimer des positions sexuelles est un gag.

Dans cette même société, les filles sont éduquées dans la peur du viol, la peur d’être agressées ; une peur continuellement renforcée par les nombreuses occurrences du harcèlement de rue. À chaque fois qu’on se fait interpeller dans la rue, dans les transports, toucher sans notre consentement, c’est un rappel que nous sommes vulnérables, parce que de trop nombreux hommes nous considèrent comme de la chair à consommer.

Je te renvoie à la liste de nos nombreux témoignages, qui traitent de l’expérience des femmes dans l’espace public.

À lire aussi : Harcèlement de rue, cette épuisante banalité

Parmi l’éventail des non-réactions à ces événements, il y aussi l’ignorance de la gravité de ces actes. C’est ainsi qu’en expliquant la notion de « zone grise » et de consentement au sexe, j’ai eu l’horreur de découvrir dans les commentaires qu’une énorme proportion des (jeunes) femmes ignorait tout simplement… qu’elles avaient le droit de dire « non ». Qu’elles avaient des droits sur leur propre corps !

Tu vas dire que je n’ai pas d’humour. Que ce n’était QUE de l’humour. Que d’ailleurs la fille a donné son consentement pour être dans la vidéo, donc que c’était « juste une blague » et pas une agression sexuelle.

Mais tu vois, la loi française n’a pas prévu un alinéa « sauf si c’est pour rire » dans la qualification de l’agression sexuelle.

En revanche, cette qualification intègre bien la notion d’intention, et on vit dans une société où des mecs comme toi commettent des agressions sexuelles sans même avoir conscience que c’en est. Alors j’espère que tu comprends pourquoi des meufs comme moi pètent un plombs quand elles voient que tu tournes en dérision un acte grave, qui n’est pas suffisamment pris au sérieux dans notre société — ni par les agresseurs, ni, parfois, par les victimes elles-mêmes.

Je ne sais plus comment te l’expliquer, Rémi. Le problème n’est pas que cette séquence ne me fasse pas rire : le problème c’est que toi, et beaucoup trop d’hommes, vous ne réalisez pas ce qu’il y a de sérieux et de grave dans cette scène. Le problème c’est que de trop nombreuses femmes sont victimes d’actes similaires au quotidien, et que malgré l’humiliation ressentie, elles n’osent pas, ou ignorent qu’elles peuvent porter plainte. Elles ignorent que ce n’est pas normal.

Au fait… quand tu avais sorti ta vidéo Free Sex, c’est uniquement à propos de ton message sur « les prudes et les cons » que j’étais venue te répondre. Je n’avais pas réagi au contenu de la vidéo, j’avais d’ailleurs écrit ceci dans l’article :

« Ma première réaction à cette vidéo a d’ailleurs été de me dire « au moins, il ne les touche pas », ce qui en dit long sur le niveau de lassitude et de résignation que ces pratiques m’inspirent. »

Sans commentaire.

– Merci à Myriam de nous avoir signalé la vidéo.

À lire aussi : Le consentement sexuel expliqué par une tasse de thé

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Dyspeptique
    Dyspeptique, Le 29 juin 2016 à 18h15

    J'ai vu ça aussi. :sad:

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