Après la haine de moi, après des scarifications… j’arrive enfin à m’aimer

Dans sa relation à son corps, Mathilde a traversé des hauts et des bas. Aujourd'hui, elle apprend à l'accepter à nouveau, peu à peu.

Après la haine de moi, après des scarifications… j’arrive enfin à m’aimer

Je crois que je suis plutôt jolie. Du moins, c’est ce que les gens autour de moi me disent.

J’ai la chance d’avoir de cheveux noir de jais, un teint hâlé, de jolies taches de rousseur et des yeux légèrement en amande.

Je pense que si je n’étais pas moi, je me trouverais belle.

Avec l’été viennent les chaleurs, les shorts, les après-midi en maillot de bain. Malgré une morphologie qui correspond aux canons de beauté, j’ai du parcourir un long chemin pour être à nouveau capable de porter des vêtements courts et exposer mon corps.

Parce qu’à présent j’y parviens, j’ai eu envie de partager avec toi l’histoire d’un corps sans complexes qui a fini par n’en être qu’un énorme, et que j’ai appris à aimer après l’avoir maltraité : le mien.

Une enfance sans considération pour le regard des autres

Jusqu’au milieu de mon adolescence, « complexe » n’était pour moi qu’un synonyme de « compliqué ». Je l’associais à une situation, à un exercice.

Lorsque j’étais enfant, je n’avais aucune considération pour le regard des autres. Je m’habillais comme un clown ou un pêcheur selon les jours, je pratiquais des activités qui me plaisaient et pas pour me conformer à des codes.

Clairement moins préoccupée par mon style que par la prochaine bêtise à inventer.

Je n’étais pas vraiment insouciante, mais je savais ce que je voulais, et à aucun moment mon corps ou mon style ne pouvaient être un frein à mes objectifs.

Lorsque je devais acheter des baskets, je choisissais les moins chères parce que je m’en moquais totalement, et je devais même insister face à ma mère qui me proposait souvent la paire au tarif au-dessus.

Je ne suis même pas sûre que j’avais tout à fait conscience de mon corps et de l’image que je pouvais renvoyer. En tous cas, je n’en avais cure.

Cette désinvolture s’est prolongée à l’adolescence. Je me fringuais parfois avec un peu plus d’attention, mais seulement pour le plaisir — et je continuais à acheter les baskets les moins chères.

Sur une courte période, mes cheveux que je ne savais pas dompter m’agaçaient un peu. Qu’à cela ne tienne, il m’a suffi de les attacher pour régler cela.

J’ai compris que les complexes existaient, mais ils concernaient « les autres ». Pour moi, la notion était très floue, et c’était tant mieux comme cela.

Bref, j’étais bien partie pour me kiffer.

Même au collège, j’étais toujours plus intéressée par les fous rires à venir que par mes fringues.

Premiers désamours avec mon corps

Le temps a passé, je suis rentrée à l’Université, croyant être devenue une adulte bien dans sa peau et remplie d’ambitions. Spoiler : c’était faux.

Les difficultés de la vie sont venues s’ajouter à une structure branlante, fragile. Comme je niais ma vulnérabilité, tout ceci s’est accumulé jusqu’à ce que je n’en puisse plus.

Dans un état de profonde détresse, j’ai commencé à me scarifier, à maltraiter mon corps, dans l’espoir que la douleur psychique s’apaise.

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Comme les cicatrices m’indisposaient et mettaient mon entourage mal à l’aise, j’ai pris le réflexe de les cacher, même lorsque mes proches étaient au courant.

Première étape dans la dissimulation de mon corps.

Par la suite, j’ai traversé plusieurs périodes de légère anorexie. Encore une fois, ce n’était pour ma part pas directement lié à ma perception de mon corps, mais une conséquence de la souffrance psychique que je ne parvenais ni à évacuer, ni à dépasser.

Mais avec le temps, tout cela a fini par déteindre sur ma vision de moi-même.

J’ai commencé à me haïr

Comme beaucoup de malades, j’étais incapable de voir ma maigreur. Mon reflet dans le miroir et ma conception de la « normalité » se sont complètement détachées de la réalité.

D’un autre côté, les cicatrices gagnaient chaque fois plus de terrain sur ma peau, et ne s’effaçaient plus avec le temps.

Pour éviter les remarques, les questions, pour ne pas avoir l’air faible — c’était ce que je croyais — je me suis cachée de plus en plus, disparaissant peu à peu.

Alors que mon estime de moi était au plus bas, j’ai fini par me haïr. Je ne me détestais pas : c’était un véritable sentiment de haine.

Impossible pour moi d’accepter un tour de taille jamais assez maigre à mon goût, ni cette peau bronzée mais striée de marques qui arrêtent les regards et interloquent.

Les gens ne me parlaient pas dans les yeux, ils me parlaient dans les bras, dans les jambes, parce que leurs regards y étaient attirés comme des aimants. Et je comprends complètement.

Mais pour moi, c’était intenable. Intenable, simplement, le fait qu’on me regarde. Je ne voulais pas attirer l’attention, je voulais être discrète, qu’on m’oublie un peu, me fondre dans la masse.

Impossible avec un corps qui parle autant, paradoxalement.

Cette matinée à la plage…

Je vivais dans le Sud, alors avec l’arrivée des beaux jours, je ne pouvais continuer à porter des vêtements longs et couvrants sans risquer l’hyperthermie.

J’ai refusé un bon nombre de fois les propositions de ma mère d’aller à la plage. Je ne me voyais pas me mettre en maillot, c’était absolument inconcevable. Et rester sur le sable à cramer et me liquéfier, non merci.

Pourtant, j’adore la plage : nager dans l’eau salée et sentir la caresse du soleil sur ma peau font partie des plaisirs simples qui me rendent heureuse. Alors un jour, j’ai décidé de dépasser mes blocages.

J’avais pour habitude de me rendre à la plage tôt le matin, alors qu’il n’y a encore presque personne, d’y réviser mes examens puis de partir lorsque la chaleur se faisait trop intense et la foule trop dense.

Il y a pire comme endroit pour réviser… 😁☀️☀️❤

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Bien sûr, sur les réseaux, je ne montrais pas l’autre côté de l’objectif, celui où je luttais contre moi-même et surtout contre mes complexes.

J’y suis donc allée seule, en semaine.

Au début, j’avais toujours un paréo avec moi, au moins pour cacher mes jambes. Petit à petit, j’ai réussi à moins le rabattre sur moi lorsque le vent le faisait remonter, puis à ne plus le sortir spontanément… jusqu’à ne plus en avoir besoin du tout.

La première fois que j’ai eu les jambes nues, je n’étais pas sereine. J’angoissais à chaque fois qu’une personne s’approchait à moins de 15 mètres.

Mais je l’ai fait, et j’ai kiffé. M’accepter a signé le début du recommencement de ma vie. J’ai pu par la suite m’habituer à être à nouveau bras et jambes à l’air, sans ne voir que les défauts que j’abhorre. Que j’abhorrais.

J’ai pu retourner à la plage, sans me poser la question de comment j’allais faire pour me déshabiller, et même m’y rendre en famille. La première étape de la réconciliation avait eu lieu.

S’exposer au monde

Après m’être montrée à moi-même et à ma famille, l’étape suivante était de me montrer au monde sans me poser de questions.

C’est un concours de circonstances qui a bousculé les choses, et m’a permis de sauter le pas.

J’étais invitée au bal du lycée de mon ex-petite copine. J’avais prévu une tenue courte, classe, sans me préoccuper de ce que j’allais montrer de mon corps puisque je ne connaissais personne dans son lycée, que seul son regard à elle m’importait.

Et elle m’aimait. Pas de craintes à avoir, donc.

Les choses ont fait que cette soirée a été annulée, et qu’au même moment devait avoir lieu le gala de mon Université. Pour ne pas rester chez moi à me morfondre, je m’y suis rendue.

Cependant, de par les courts délais, je n’avais pas eu le temps de trouver une autre tenue. Tant pis, j’avais besoin de sortir.

Je me suis donc retrouvée parmi 2000 personnes que je côtoyais quasi-quotidiennement, mes complexes à nu.

J’ai même dû donner un discours, sur scène, face à ceux et celles avec qui je travaillais depuis plusieurs années, et qui peut-être ne soupçonnaient rien de l’état de mon corps.

Mes ami·es étaient fort heureusement là pour m’épauler et me soutenir, sans aucun jugement, juste avec leur bienveillance et leur amour infini. Je pense qu’ils et elles ne se rendent pas compte d’à quel point ce fut précieux pour moi.

Ça, c’est mon sourire le soir où j’ai décidé que mes complexes ne seraient plus jamais un frein. ©Laurent Marti Photographie

Après ça, j’ai pu retourner à l’Université en short, en débardeur, presque sans craintes. Personne ne m’a jamais jugée, ou alors ce fut en silence, donc ça ne m’a pas pesé.

J’ai cessé d’avoir peur

J’ai arrêté d’avoir peur constamment. Ce n’est pas arrivé d’un coup après ce gala, ça a été un cheminement, mais cette soirée a marqué un pas en avant énorme.

Je me suis acceptée peu à peu, franchissant étape après étape, sans me brusquer mais toujours vers l’avant.

J’ai appris à avoir de nouveau du plaisir avec mon corps. Je me suis aperçue que mes partenaires me trouvaient belle, que parfois même ils et elles me désiraient, et que mon corps pouvait être un allié.

Je parle aussi de plaisirs non-sexuels !

Comme je t’ai expliqué, la sensation du soleil sur ma peau est incroyablement importante pour moi, et je crois que pendant un temps j’avais oublié combien j’aimais cette caresse, le souffle du vent, ou la fraîcheur de l’eau.

Comment avais-je pu me priver de tout cela, comment avais-je pu tant me haïr ? Avec le recul, je le comprends, mais je suis surtout heureuse d’avoir tant évolué.

Je suis heureuse d’être capable de m’asseoir par terre pour travailler, comme en atteste ce vlog, juste pour le plaisir d’être sous un rayon de soleil, de m’autoriser cette joie simple et si primordiale.

Il reste du travail, mais la voie est dégagée

C’est sûr, je ne m’aime pas encore complètement et sans compromission. J’ai encore des complexes, mais qui n’en a pas ?

Parfois, quelques épreuves se présentent à nouveau à moi. Par exemple, ça a été difficile, un premier temps, lorsque je suis arrivée chez madmoiZelle.

J’avais de nouvelles collègues qui ne me connaissaient pas, je ne savais pas comment m’y prendre. Pendant peut-être deux semaines, je n’osais pas porter de short.

Finalement il y a eu la Grosse Teuf, et j’en ai profité pour sauter le pas.

Aux premiers rendez-vous avec des personnes extérieures à l’entreprise, j’ai eu peur de porter des vêtements courts. Je me demandais si ce n’était pas mieux pour l’image de madmoiZelle que je porte des gilets ?

Heureusement, notre rédactrice en chef, Clémence Bodoc, a écarté mes doutes d’un simple « Come as you are ». Viens comme tu es.

Petit à petit, je m’assume et je m’aime. Je me trouve même parfois jolie, et ça me fait un bien fou !

J’ai pu avancer grâce à un long travail sur moi-même, à la bienveillance des personnes qui m’entourent, et à quelques outils qui m’aident à appréhender mon image.

Les réseaux sociaux comme Instagram (viens me suivre ici) m’aident aussi à faire la paix avec mon corps, tout comme les fois où j’apparais dans des vidéos de madmoiZelle. C’est un recul différent que j’apprivoise doucement.

Il reste des étapes à franchir, mais globalement, la voie est dégagée. Je sais où je vais, où je veux aller, j’ai en tête mes prochains objectifs.

Je compte reprendre du poids et m’aimer comme je serai, j’ai envie de retrouver une notion plus réaliste de « la normalité », et j’ai très envie de participer à des projets comme la série Cher Corps de Léa Bordier.

Et d’ici là, je compte bien lézarder sur la plage, sans plus jamais me poser de questions ou avoir honte.

À lire aussi : L’été où j’ai appris à aimer mon corps

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Mathilde Trg


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Commentaires
  • Mathilde Trg
    Mathilde Trg, Le 20 août 2018 à 9h50

    Je ne sais même pas quoi répondre à tous ces messages tant ils sont adorables... Merci :jv:
    Avec vos mots à tout·es vous me confirmez que j'ai eu raison de faire cet effort, d'écrire ce papier — car ça n'a pas été simple ! — et ça me donne envie de continuer en ce sens, sur les sujets d'articles que je choisis mais aussi dans mon cheminement personnel.
    Et surtout, grâce à vos retours j'arrive à deviner le regard que vous portez sur moi et que je n'arrive pas à voir, cette bienveillance qu'avant je ne pensais jamais mériter.
    Alors merci pour tout ça, vous êtes tellement formidables <3

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