Real Humans : les robots se rebiffent

« Real Humans », la nouvelle série diffusée sur Arte, nous plonge dans un monde où des androïdes pas tous sympathiques vivent aux côtés des humains...

Real Humans : les robots se rebiffent

Real Humans est une série suédoise actuellement diffusée sur la chaîne Arte qui nous plonge dans un univers parallèle un peu particulier. Dans ce monde qui ressemble comme deux gouttes d’eau au nôtre, les Hubots peuplent les rues et les maisons. Qu’est-ce qu’un Hubot ? C’est un androïde, un robot au visage humain, dont la mission principale est de faciliter le quotidien de ses propriétaires. Tâches ménagères, aide aux devoirs, coaching sportif – le Hubot peut tout faire (y compris satisfaire des envies un peu plus primaires, si besoin).

Bien que les Hubots soient parfaitement intégrés dans la société, que ce soit dans les maisons ou dans les usines, beaucoup d’humains sont encore assez réticents à l’idée de céder tant de pouvoir à des machines. Après tout, elles ne sont pas infaillibles – comme toute bonne bécane, il leur arrive de planter. Il faut alors les envoyer au recyclage et aller en acheter une autre. C’est ce qui se passe avec le Hubot de Lennart, un vieil homme très attaché à son robot, Odi, qui se voit forcé de l’envoyer se faire démembrer au recyclage et de le remplacer par un nouveau modèle spécialement conçu pour les personnes âgées, de compagnie moins agréable.

Un peu plus loin, une bande de Hubots rebelles – les « enfants de David » – menés par Leo, se frayent un chemin à travers le pays en tentant de rester en « vie ». Pas évident quand on sait que les arbres et les rochers ne sont pas encore équipés de stations de rechargement. Leo, lui, doit les abandonner le temps de partir à la poursuite de Mimi, une « Hubotte » dont il est amoureux et qui a été enlevée par des trafiquants. Elle a ensuite été rafistolée et reprogrammée avant d’être envoyée dans une nouvelle famille qui ne se doute de rien… celle de la fille de Lennart.

Si les séries à la sauce horrifique se multiplient actuellement sur toutes les chaînes (The Walking Dead, American Horror Story, Bates Motel, Hannibal…), il faut bien avouer que ça commence à manquer un peu de SF. Real Humans est donc là pour relever le niveau, tout en apportant sa propre touche de frissons, bien plus subtils que ceux apportés par des histoires d’invasion zombie ou de maison hantée. Le concept d’androïde au contrôle de toutes vos petites tâches quotidiennes suffit à soulever quelques angoisses chez ceux qui s’imaginent toujours le pire. Et s’il se retournait contre moi ? Et si la frontière entre humain et robot devenait de plus en plus floue ? Est-ce qu’il est capable de ressentir des choses ? Peut-il apprendre l’amour, la haine, la rancoeur ? Ces questions ont toujours été au centre des histoires de robots, et notre fascination pour les scénarios catastrophe à la Terminator prouvent bien que nous sommes hantés par l’idée que la technologie pourrait se retourner contre nous.

Est-ce que Real Humans aborde la question ? Et comment. Les différents cas de figure exposés dans la série offrent un bel éventail de possibilités. Entre le rejet total de l’androïde, l’affection qu’on peut lui porter, l’attachement grandissant qui vient avec, l’incompréhension, la peur – tout y passe. Chacun réagit différemment, et le spectateur ne sait plus où donner de la tête. Il y a les Hubots 100% mécaniques, dénués de toute personnalité, qui nous inquiètent mais que l’on préfère voir comme des machines, il y a ceux qui semblent avoir un coeur, des émotions, une mémoire sensorielle, et puis ceux qui se trouvent juste entre les deux – mécaniques, froids, distants, mais dotés d’une personnalité prononcée. Et c’est sans compter les Hubots rebelles qui eux, pour le coup, ont retrouvé un semblant de liberté de penser, de libre-arbitre, qui pourrait les faire pencher d’un côté ou de l’autre de la balance. Et forcément, ça crée deux ou trois petits problèmes.

Même lorsqu’ils fonctionnent parfaitement et qu’ils remplissent leur rôle à la perfection, les Hubots se permettent de prendre certaines décisions pour leurs propriétaire – comme en témoigne le comportement du nouveau robot de Lennart. On est alors bien loin des robots d’Asimov et de leurs trois lois inviolables. En ce qui concerne la première loi, qui stipule qu’un robot ne peut porter atteinte à un humain, celle qui nous rassure le plus, à laquelle on se raccroche pour croire à une possible harmonie, elle est démontée dès le premier épisode. Histoire de vous mettre dans l’ambiance, quoi. Personne n’est à l’abri, les Hubots ne sont absolument pas prévisibles, personne ne peut savoir comment ils vont évoluer, réagir, penser, vous toucher.

Si vous aviez déjà du mal avec le concept de la robotique, si l’idée même d’avoir un androïde en liberté dans votre maison vous file des angoisses, alors Real Humans ne fera que confirmer ces craintes. Quelle que soit la façon dont on présente le concept, ça finit toujours par partir en sucette – on espère donc que la fiction serve la réalité et fasse comprendre aux savants fous qu’il faut arrêter les conneries avec les robots maintenant et qu’on a pas vraiment besoin d’avoir des machines à gueule de Ken pour faire le repassage à la maison.

Quoi qu’il en soit Real Humans s’annonce extrêmement prometteuse et offre des épisodes complets, chargés en réflexion, qui ne font pas l’impasse sur les détails importants et qui mettent en scène des personnages entiers. Il y a là encore un vrai gros travail de réalisation et de création qui se ressent à chaque instant et qui confirme bien que les séries télé ont encore de très beaux jours devant elles.

Retrouvez deux nouveaux épisodes de Real Humans tous les jeudis à 20h50 sur Arte, et en streaming sur Arte+7.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Starbuck
    Starbuck, Le 17 novembre 2013 à 19h02

    Je reprends juste ce passage de l'article "  On est alors bien loin des robots d’Asimov et de leurs trois lois inviolables. "

    Je n'ai pas vu la série donc aucun point de comparaison n'est possible ( j'attend qu'un trou se présente dans mon planning série ^^ ) mais tout au long de ses œuvres Asimov montre que ses lois peuvent être contournées ou réinterpréter par les robots, notamment dans le premier livre sur les Robots avec les nouvelles concernant Susan Calvin.

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