Le préservatif et son histoire, de la chaussette au latex

Pondu par Sarah Bocelli le 2 juin 2014     

Le préservatif, c’est pratique. Ça se glisse dans la poche, dans le sac, avant de se glisser sur autre chose, et c’est plutôt fiable. Mais comment faisait-on avant ce petit bout de latex ?

Nous sommes en 2014. Le préservatif, ou capote pour les intimes, commence à être tendance, et on cherche même à révolutionner le concept, toujours plus loin vers le futur. Il faut dire qu’on a mis le temps avant d’en arriver au couvre-kiki en latex qui permet d’éviter à la fois les maladies et les bébés.

Mais ce n’est pas faute d’avoir essayé de se faire plaisir sans en subir les conséquences depuis longtemps. Certain-e-s avancent que l’on retrouverait les premières traces de l’utilisation d’une sorte de préservatif sur des peintures rupestres datant d’au moins 15 000 ans.

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Oui, toi, là, tu voulais faire taktak sans que ça se remarque, hein ?

Rien ne prouve à ce jour que l’épaisseur relevée sur l’appareil du monsieur ne soit pas qu’une décoration virile, ou une rature de l’artiste qui voulait en fait dessiner une madame. Mais avouez que l’on est en droit de se demander si le but n’était pas de représenter un mode de contraception…

À quel moment et comment a-t-on essayé de se protéger pendant l’acte sexuel ? Voici un bref retour sur la capote dans l’Histoire.

L’Antiquité, ou comment faire avec les moyens du porc

Première réponse à la question « à quel moment » : super tôt. Je ne sais pas au juste ce qui a fait « tilt » dans la tête des gens, si ce sont les maladies vénériennes comme dans la version officielle, ou si c’est plutôt l’envie de faire taktak sans que l’on retrouve des traces matérielles de son passage. Comprendre : sans faire un bébé.

Pour les besoins des cours d’histoire du CM2, on garde généralement la première version. Ainsi, environ 3000 ans avec J.-C., chez les Égyptiens, tout individu mâle souhaitant se protéger et protéger en retour des maladies sexuellement transmissibles s’enfilait au préalable des boyaux de mouton, ou des vessies de porc.

Une technique qui a continué à être largement utilisée par la suite, comme chez les Romains, que ce soit avec des vessies de porc, de chèvre, ou des intestins divers et séchés. De quoi se mettre en appétit, n’est-ce pas.

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Coucou tu veux voir ma pochette ?

On aurait bien retrouvé chez les Égyptiens des preuves de l’utilisation d’un « fourreau » (ou pochette à fourrer ahaha… non ?) du côté vegan de la force (quels précurseurs), en lin par exemple. Mais ces cache-sexes retrouvés sur des fresques ou des momies auraient plutôt eu une valeur décorative et spirituelle. En tant que gros étui, la chose protégeait tout au plus le pénis sacré des agressions de la vie quotidienne.

On continue pendant longtemps à s’arracher des vessies de porc pour un max de sensations. Car ce n’est qu’aux alentours du Xème siècle avant J.-C. que des outils de contraception plus délicats commenceront à faire leur apparition en Asie.

Du fourre-tout à la « redingote » anglaise

En effet, pendant qu’en Occident on ne sait plus trop où mettre son pénis, l’Orient se distingue en mettant au point des techniques plus raffinées. Car si le coup de la vessie est plutôt pratique pour son côté réutilisable, la membrane douteuse ne fait pas le poids face au papier de soie ou au tissu huilé des Chinois. Une chaussette humide, quoi.

Les Japonais, eux, font dans le deux-en-un avec des préservatifs rigides en écailles de tortues, les Kabuta-gata, qui faisaient non seulement office d’armure pour le dragon céleste de monsieur, mais aussi de sex-toy pour madame (ou encore monsieur). C’est un autre style, mais au moins ils étaient certains que si un spermatozoïde réussissait à passer, il était parti pour être un guerrier dans la vie.

Ah, mais ne serrez donc pas les jambes et les fesses comme ça. Après quelques tentatives foireuses pour prendre ses distances avec les entrailles animales, l’Occident finit par arriver à quelque chose au XVIème siècle grâce au chirurgien italien Gabriel Fallopio : cet homme qui n’avait pas, on l’espère, un feveu fur la langue, met au point un « fourreau d’étoffe légère » en soie ou en lin qui n’avait rien à envier aux chaussettes huilées des Chinois.

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F’était un homme bien.

Ce nouveau type de socquette pour pénis était fabriqué sur mesure, et avait pour vocation de repousser le nouveau fléau du siècle, la syphilis. Malheureusement, il s’avéra bien vite assez peu fiable, car pas si étanche que ça. Bien effayé, Fallopio.

Cette découverte décevante marque la rechute, et le retour à l’utilisation, dès le XVIIIème siècle, à une partie animale — et plus précisément le « cæcum » du mouton. Qu’est-ce que le cæcum, me direz-vous, ce mot que je copie-colle sans vergogne faute de connaître mes raccourcis clavier ? Eh bien le cæcum, les enfants, c’est un petit bout du colon. Dans quelle mesure peut-on qualifier ce moyen de contraception de sodomie détournée, je l’ignore.

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Voilà, c’est là.

Mais cette question me mettant mal à l’aise car pouvant également être assimilée à une forme tout aussi détournée de zoophilie, nous allons sauter quelques années pour arriver à la fin du XVIIIème siècle où, enfin, des gens civilisés parlent de « redingote anglaise ».

Le cæcum devait poser quelques problèmes existentiels, car on ne peut pas dire qu’il ait fait long feu dans la pharmacie du coin. Fin XVIIIème, on revient à la pochette en tissu dont se délectent les libertins… mais aussi les couples mariés, fatigués de louper leurs « retraits ». Car, détail intéressant, si le but était jusqu’ici d’éviter les maladies vénériennes si répandues, on s’intéresse enfin aux propriétés contraceptives de la redingote.

Ainsi, c’est à cette époque que l’on commence à tremper le préservatif dans des solutions spermicides.

De la capote qui rétrécit au lavage aux Manix Skyn

Il faut cependant attendre le XIXème siècle pour se débarrasser définitivement de l’utilisation de membranes animales. Même si la chose était prétendument réparable, à partir du moment où tu dois recoudre un préservatif, tu peux douter de sa résistance dans le feu de l’action.

Et tout ça, c’est grâce au caoutchouc, dont on a enfin réussi à exploiter les propriétés. Bon, en vrai, on savait déjà comment faire, mais on n’a osé utilisé ça pour couvrir le fier organe génital que vers le milieu du XIXème. Et c’est bête, parce que du coup ce n’est qu’à partir de ce moment-là que la production de masse du préservatif est devenue possible.

La chose est plus pratique que tout ce qu’on a pu avoir jusqu’ici. Elle serait confortable, et surtout… réutilisable. Oui, vous avez bien lu : on pouvait garder sa capote plusieurs années, à condition de la laver et de bien l’entretenir. Seul bémol : il fallait choisir la taille au-dessus, parce que le caoutchouc pouvait rétrécir au lavage.

Quand soudain, paf ! En 1880 est produit le tout premier préservatif en latex. On ne commencera à le commercialiser qu’à partir des années 1930, surtout aux États-Unis qui mettent en place les premiers distributeurs automatiques dans les années 50. Quant au préservatif lubrifié, il ne verra le jour qu’une dizaine d’années plus tard.

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Et le préservatif féminin, dans tout ça ? Comme son homologue masculin, on y aurait pensé déjà dans l’Antiquité… mais l’idée n’a étrangement pas survécu à l’avancée de l’Histoire, donnant l’impression qu’on invente la roue au début du XXème siècle avec sa pénible ré-apparition. C’était peut-être donner trop de liberté et d’initiatives aux femmes…

C’est dire, dans tout ça, si la protection a mis du temps à être efficace et à se démocratiser. Ce n’est pas comme si les MST et notamment le SIDA étaient des menaces réelles sur lesquelles il est important de communiquer… Parce que, vous allez rire, mais vous savez en quelle année il a été permis de faire de la publicité sur le préservatif en France ? En 1987.

On n’est pas si loin des vessies de porc, au fond.

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Les 10 dernières réactions à cet article sur le forum

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  1. RoxanneD.RoxanneD.

    Le 02 juin 2014 à 20:03

    Sarah j'adore ton style et ton esprit :)
  2. TapiocaTapioca

    Le 02 juin 2014 à 20:12

    Super article, très intéressant !

    Ca me rappelle une encyclopédie dans laquelle j'avais lu que dans l'Egypte antique, les femmes avaient une sorte de spermicide qu'elles se mettaient au fond du vagin, à base de miel et de crotte de crocodile :cyclope:
  3. Camouille la grenouilleCamouille la grenouille

    Le 02 juin 2014 à 21:38

    Les pubs en France seulement en 1987 ?? Et ben bravo… 

    Quoique en réfléchissant bien c'était encore vachement tabou… aux Etats-Unis aussi parce que vu la tronche des premières pubs :
    Spoiler!
  4. FreehugFreehug

    Le 02 juin 2014 à 23:21

    Les pubs en France seulement en 1987 ?? Et ben bravo… 

    Quoique en réfléchissant bien c'était encore vachement tabou… aux Etats-Unis aussi parce que vu la tronche des premières pubs :
    Spoiler!


    En même temps, c'était jamais que sept ans après l'interdiction de la peine de mort et vingt ans après l'autorisation de la pilule. Les années 70 c'était free sex seulement très relativement…

    Sinon je me demande s'ils vendent des capotes féminines à la goyave avec des petits picots. Si quelqu'un sait, hein, c'est un petit pari avec les copines!

    PS: tu as trouvé où le smiley-capote à la menthe?? MOI VEUX!!
  5. Camouille la grenouilleCamouille la grenouille

    Le 02 juin 2014 à 23:47

    @Freehug : Et 13 ans après la loi Veil ! Le monde est lent… :erf:

    Ta demande est exigente pour des préservatifs féminins :yawn:
    Je sais que Durex en fait des texturés mais est-ce qu'ils sont à la goyave… no idea !

    Haha pour mon émoticonne j'en ai cherché un pour aller avec l'article :rire:
    Cherche dans Google image condom emoticon tu vas le trouver !
  6. HawleyHawley

    Le 02 juin 2014 à 23:56

    Posté par freehug
    Sinon je me demande s'ils vendent des capotes féminines à la goyave avec des petits picots. Si quelqu'un sait, hein, c'est un petit pari avec les copines!


    Je suis en train de chercher des capotes pour femme à la goyave avec des petits picots sur Google du coup :lol: Mon historique internet te remercie :drama: (mais sinon, j'ai pas trouvé de préservatifs féminins parfumés du tout :hesite: ) (mais il existe des digues dentaires à la banane si ça te branche :cretin: )
  7. Sarah BocelliSarah Bocelli

    Le 03 juin 2014 à 09:22

    Posté par roxanned
    Sarah j'adore ton style et ton esprit :)


    Moouuuh merci :puppyeyes:

    @Tapioca :fleurs:
    ahaha c'est dégueulasse. Merci pour ce petit moment de poésie de bon matin, j'ai partagé à la rédac :xd:
  8. MsOriginalDollMsOriginalDoll

    Le 03 juin 2014 à 15:48

    J'avais entendu parler des vessies de porc et ça me rappelle une image assez choquante (bon, j'était enfant). Mes parents regardaient Groland à l'époque et des gens utilisaient des pots d'asticots comme préservatifs. Et après ça, je n'ai plus jamais osé regarder un asticot dans les yeux (ou sa queue, avec ces bébêtes-là, on ne sait jamais où est le début et où est la fin…).
  9. FreehugFreehug

    Le 03 juin 2014 à 22:48

    Posté par hawley
    Je suis en train de chercher des capotes pour femme à la goyave avec des petits picots sur Google du coup :lol: Mon historique internet te remercie :drama: (mais sinon, j'ai pas trouvé de préservatifs féminins parfumés du tout :hesite: ;) (mais il existe des digues dentaires à la banane si ça te branche :cretin: ;)


    Hooo merci excellente suggestion! En fait on fait une battle de préservatifs improbables, et dernièrement le tenant du titre est celui-ci: http://condomerie.com/black-tickler.html. Je te laisse apprécier et visiter le site, on s'y retrouve même si tu ne comprends que pouic au néerlandais!
    Je vais gagner la prochaine manche. Merci aussi à toi @Camouille la grenouille , je vais lancer un concours de smileys fessus, je vais avoir un franc succès XD (oui on n'a rien d'autre à faire…)
  10. Camouille la grenouilleCamouille la grenouille

    Le 04 juin 2014 à 13:13

    Posté par freehug
    En fait on fait une battle de préservatifs improbables, et dernièrement le tenant du titre est celui-ci: http://condomerie.com/black-tickler.html. Je te laisse apprécier et visiter le site, on s'y retrouve même si tu ne comprends que pouic au néerlandais!

    J'ai juste un mot à dire : WOOOOOOOW  !! :oo:

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