Mes poils d’aisselle, le harcèlement sur Internet… et moi

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Laura a posé, bras levés, au soleil. Laura ne s'épile pas les aisselles. Et Laura a été violemment harcelée sur Internet... mais a réussi à se défendre.

Mes poils d’aisselle, le harcèlement sur Internet… et moi

25 août 2016. 19h. J’étudie les strates de l’âme chez Saint Augustin pour mon examen de philo médiévale. Bon, l’ambiance est déjà pas pompélop.

Après ma crise existentielle quotidienne (pourquoi je fais philo, déjà ?!) je décide d’aller décompresser sur Facebook. Entre deux vidéos d’animaux mignons qui font des bulles avec leur nez, une amie m’envoie un message avec une capture d’écran. Je vois alors ma photo de profil, issue d’un de mes projets contre le bodyshaming, publiée sur un groupe public de plus de 100 000 personnes, suivie d’une trentaine d’insultes en quelques minutes.

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Remarquez que mon harceleur aurait pu faire humoriste. Encore quelqu’un qui a raté sa vocation.

Prise de contact avec le harceleur

Non mais oh, c’est la fête ou quoi ici ? Ni une ni deux, je contacte l’individu à l’origine de la publication. Je lui explique que ce qu’il fait est une atteintes aux droits privés, un non-respect des droits d’auteur concernant la photographe et surtout une incitation à la haine sur un groupe public.

Le bonhomme me répond (entre autre) la phrase suivante :

« Nous vivons dans un monde de normes, si tu en sors et que tu t’exposes au public c’est légitime qu’on vienne t’agresser. »

Dans l’heure qui suit, il re-publiera la photo sur plusieurs groupes, les insultes s’amoncelant. « Va te raser », « T’es dégueulasse », « Butez-la ! » et autres commentaires tous plus raffinés qu’un clip de 50 Cent.

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Étant de nature franchement pacifique (mon véganisme m’empêche littéralement de faire du mal à une mouche), je me pose la question. Je laisse aller ? Ça va se calmer de toute façon, non ? Allez, on se détend.

94% des victimes de harcèlement ne portent pas plainte

Je faisais tournoyer ma cuillère dans mes corn flakes devenu mous, en hésitant, et c’est alors que je me suis souvenue d’un chiffre entendu dans la chronique radio Les orties de Yann Marguet : 94%. Le pourcentage de personnes qui ne vont pas porter plainte en cas de harcèlement.

La peur des représailles, le mauvais accueil fait par la police, la non-prise au sérieux par la justice sont autant de raisons qui expliquent ce chiffre. Je suis alors prise d’une énergie extraordinaire.

« Non mais en fait ils pensent vraiment que je vais me taire, par peur ? Il n’en est pas question. »

D’un seul coup je prends toutes les dispositions nécessaires : capture d’écrans des photos, insultes et menaces ; demande d’aide sur des groupes féministes… je contacte également des organisations spécialisées pour savoir ce que je pourrais faire juridiquement parlant.

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Contre le harcèlement, l’union fait la force

Je laisse passer un jour. Je suis patraque. Ils ont commencé à attaquer aussi ma page de cuisine vegan. Les insultes et menaces pleuvent. Je me cogne le petit orteil sur le rebord du lit. Ça commence à être une belle journée de merde.

Et là… Je n’en crois pas mes yeux. Des centaines de personnes de tous horizons ont répondu à l’appel. Elles défendent le libre choix de corps sous mes photos, signalent les groupes, m’envoient des caisses de soutien, de paillettes et de bébés léopards. Je suis sur le cul.

Bon, là, entre mes agresseurs et mon escadron, sous mes photos, ça part en bataille de Game of Thrones. On était sur du PEGI 18, facile.

Trois jours passent. J’écoute du Hans Zimmer pour rendre la bataille plus épique. Entre-temps, il arrive aux oreilles de mes harceleurs que j’ai / que je vais porter plainte. Pris de panique, ils battent tous en retraite.

Me voilà sortie de ce qui me semblait être une impasse. Je pensais qu’il n’y avait pas solution à mon harcèlement et en fait… Si.

Si on reprenait l’histoire et qu’on analysait tout ça ?

La victime responsable, ce cliché nauséabond

Premièrement, on peut relever la phrase de mon agresseur :

« Nous vivons dans un monde de normes, si tu en sors et que tu t’exposes au public c’est légitime qu’on vienne t’agresser. »

Alors. Selon la société patriarcale, quand quelqu’un s’expose publiquement, que ce soit dans la rue ou sur le Net, c’est un peu de sa faute si il se fait agresser ?!

Si on part dans le raisonnement de mon harceleur, une victime de viol sera responsable de ce qui lui arrive vu qu’elle a « provoqué » avec sa tenue ou son comportement ? En fait, on ne devrait jamais blâmer qui que ce soit parce qu’il/elle fait ce qu’il/elle veut de SON corps dans l’espace public.

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Les femmes et les poils, un sujet qui divise

Deuxièmement, les insultes sous les photos tournent principalement autour du fait que le poil c’est saaaaale (ouuuuh j’ai le sheitan sous les braaaaas). Et en fait… Non.

Biologiquement parlant, il est plus hygiénique de garder ses poils car ils font office de barrière aux infections éventuelles (j’aime les imaginer refusant l’entrée à la peste bubonique, en mode videur Securitas). En plus de cela, le rasage provoque des micro-coupures qui s’infectent, tandis que l’épilation irrite. Eh oui Jamy ! En fait les poils sont nos amis !

Outre cela, les poils ne provoquent pas de mauvaises odeurs : ce sont les bactéries qui s’en chargent. Du coup, si on se lave, il n’y aura jamais de différence entre aisselles au naturel et aisselles glabres.

Évidemment je dis tout ça mais ce qui est à défendre, c’est le pro-choix ! Épilation ou pas, ce qui est sympatouch’ c’est que ce soit un choix le plus personnel possible. Même si nous sommes toujours influencé•es par la société vu l’interpénétration du psychisme et de la culture (chaud la socio).

Je suis victime de harcèlement en ligne, je fais quoi ?

Je pense que pour ma part, en parler était la première chouette chose que j’ai faite. Je vous conseille donc de vous exprimer, déjà pour vous sentir moins seule, mais aussi pour qu’on vienne à votre rescousse (en signalant une photo, des commentaires violents ou carrément un groupe).

Je conseille donc les très bons groupes féministes Répondons ! (qui a aussi un Tumblr) et Les féministes par inadvertance qui vous apporteront beaucoup de soutien, dans tous les sens du terme. Si vous voulez portez plainte, la page Collectif : féministes contre le cyber-harcèlement vous propose une adresse mail où vous pourrez poser toutes vos questions concernant la démarche à suivre, niveau juridique.

Je vous conseille également la Team Bagarre !

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L’emblème du groupe Répondons ! représente bien comment, ensemble, on peut désamorcer une situation d’harcèlement.

Le sexisme, un ennemi toujours présent

Parmi les conclusions à tirer de cette histoire, une des plus importante est qu’en 2016, dans nos contrées, le sexisme est toujours bien présent. Quelques poils visibles sur un corps d’apparence masculine auraient-il provoqué un tel mouvement de haine ? Non.

Plein de personnes sont toujours soumises à des injonctions pesant sur leur apparence. Pas épilée ? Tu ne te soignes pas. Trop maquillée ? Tu es provocante. Tu demandes gentiment à ce qu’on ne te juge pas sur ton corps ? Tu es « une sale chienne de feminazi » (selon mes charmants harceleurs).

Alors aujourd’hui, encore, il faut se battre pour l’égalité femmes-hommes face au sexisme, plus vicieux qu’avant. Alors aujourd’hui, il faudrait que tout le monde ai dans la tête en se regardant dans la glace le matin :

« Mon corps, mes choix. »

Un grand merci à Laura pour son témoignage ! Retrouvez sa page Facebook, celle dédiée à la cuisine vegan, et celle de Florence Lecloux, qui a pris les belles photos de Laura.

 

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Commentaires
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  • Poirouche
    Poirouche, Le 11 août 2017 à 9h37

    J'avais suivi cette histoire, il me semble même que j'avais posté un message de soutien (ou je l'ai pensé très très fort). Sur le moment, j'avais juste ressenti de la colère, énormément de peine, puis de la lassitude.

    J'étais en colère que les gens puissent être aussi cons et qu'ils considèrent que leur avis est le seul à valoir quelque chose, qu'ils ont tous les droits sur le corps des autres (et leurs pensées, puisque les avis divergents sont également source de harcèlement ...).

    J'étais triste de voir ce qu'un choix personnel entrainait, peinée de voir toute cette haine envers quelqu'un qui n'a rien fait de mal. Si vous voulez cracher sur quelqu'un, allez voir des violeurs, pédophiles ... Bordel ! Pas une jeune femme qui n'a rien fait de mal !

    Mais au final, j'étais blasée, parce que cette violence se retrouve partout, tout le temps. Fatiguée de voir que l'espèce humaine se complait à ce point dans la douleur de l'autre. Ahurissant qu'on s'étonne encore, après cela, de mon mépris pour l'humanité qui s'amplifie chaque jour depuis mon adolescence :/

    En tout cas, un énorme soutien à toutes ces personnes harcelées et à toutes celles qui ne se rasent pas ahah (je ne vous suis pas dans ce combat, je n'aime pas les poils sur mon corps, mais je suis de tout coeur avec vous :P). Il serait vraiment temps que les mentalités évoluent vers plus de tolérance et moins de haine ...

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