Tu peux facilement signaler des violences sexuelles grâce à cette nouvelle plateforme

Après un week-end du 24 et du 25 novembre placé sous le signe de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, le gouvernement vient de lancer sa plateforme de signalement en ligne.

– Mise à jour du 27 novembre 2018

Ça y est ! La plateforme de signalement des violences sexistes et sexuelles est accessible en ligne.

Le fonctionnement est détaillé ci-dessous, ainsi que dans cet article du Monde.

Pour l’heure, il ne semble pas qu’elle soit directement visible sur la page d’accueil du service public.

L’enjeu va désormais être de communiquer autour de cet outil, d’en faire connaître l’existence aux victimes ou victimes potentielles, aux témoins également.

– Article publié le 26 novembre 2018

Il y a tout juste un an, le 25 novembre 2017, Marlène Schiappa et Emmanuel Macron étaient réunis à l’Élysée pour annoncer la Grande cause du Quinquennat : l’égalité femmes-hommes.

J’y étais, et je vous avais fait le récit des mesures annoncées ce jour-là par le Président de la République.

Outre le levier de l’éducation dès le plus jeune âge, le côté législatif avec le vote de la loi contre les violences sexistes et sexuelles, il avait évoqué la mise en place d’un système de signalement en ligne des violences, de harcèlement, de discrimination.

Lancement d’une plateforme de signalement en ligne des violences sexistes et sexuelles

Hier, c’est le Premier Ministre Edouard Philippe qui a pris la relève.

Dans un message posté sur sa page Facebook, Édouard Philippe a rappelé la prégnance des violences sexistes et sexuelles dans notre société.

« En France aussi, une femme meurt, tuée par son conjoint, tous les trois jours. En France aussi, cessons de classer ces crimes sous l’étiquette commode du « fait divers », vite emporté par l’actualité. »

Il a employé pour le dénoncer le mot de « féminicide », un terme décrivant les meurtres de femmes en raison de leur genre.

Il a terminé son message par cette annonce concrète :

« Nous lancerons mardi prochain la première plateforme de signalement en ligne des violences sexistes et sexuelles. Elle sera opérationnelle 24H/24 via le site www.service-public.fr.

Elle permettra aux victimes ou aux témoins d’échanger avec un policier ou un gendarme spécialement formé pour les aider dans leurs démarches. »

Une plateforme pour dénoncer les violences sexistes et sexuelles et trouver un appui

Muriel Salmona, spécialiste de la mémoire traumatique, s’est exprimée au sujet de cette plateforme sur Twitter : c’est elle qui a formé les 25 policiers et gendarmes qui officieront en ligne pour répondre aux victimes et aux témoins.

Elle a pu aborder avec ces professionnel·les les mécanismes de sidération et de dissociation : un procédé biologique activé par le cerveau, lorsqu’il se met en mode « survie ».

À lire aussi : « Pourquoi vous ne vous êtes pas débattue pendant le viol ? » : la sidération expliquée

De même, la mémoire traumatique a fait l’objet de la formation – et qui mieux que Muriel Salmona, présidente de l’association Mémoire Traumatique, pour expliquer que le cerveau a plus d’un tour dans son sac ?

Il y a un an, lors de mon enquête sur les agressions sexuelles entre enfants, c’est sa fille qui est également membre de l’association Mémoire Traumatique qui m’expliquait ce phénomène de mémoire traumatique en ces termes :

« La mémoire de cet événement n’est pas enregistrée correctement dans l’hippocampe qui est le siège de la mémoire autobiographique, elle reste coincée dans l’amygdale, le cerveau reptilien, c’est-à-dire la partie du cerveau qui gère nos réactions émotionnelles, nos réflexes.

Elle n’est pas censée gérer la mémoire, mais analyser les dangers, gérer nos réflexes de survie.

Et du coup, comme cette mémoire n’a pas été intégrée et traitée, elle peut provoquer une amnésie de l’événement, et peut ressurgir n’importe quand. »

Enfin, Muriel Salmona explique avoir traité au cours de la formation les mécanismes d’emprise qui sont à l’œuvre dans des situations de violences sexistes et sexuelles.

On peut parler ici de « stratégie de l’agresseur » :

En réalité, tous les schémas décrits dans cette affaire relèvent de ce que l’on nomme la stratégie de l’agresseur, qui comporte plusieurs étapes :

  • Isoler la victime
  • La dévaloriser, la traiter comme un objet
  • Inverser la culpabilité
  • Instaurer un climat de peur et d’insécurité
  • Agir en mettant en place les moyens d’assurer son impunité

Pour en savoir plus à ce sujet il est possible de consulter cette fiche du Collectif féministe contre le viol qui explique ces mécanismes en détail.

Un personnel formé à accueillir les victimes de violences sexistes et sexuelles

Si je détaille les thématiques abordées lors de la formation selon Muriel Salmona, c’est parce que la peur de ne pas être comprise, de ne pas être entendue peut freiner nombre de victimes de s’adresser aux forces de l’ordre.

Qui a envie de se confronter à un policier ou un gendarme qui demandera « pourquoi on n’a pas dit non », ou « pourquoi on n’en a pas parlé avant si c’était si grave » ?

Personne.

Et c’est la garantie que devraient obtenir les personnes utilisant cette plateforme de signalement des violences sexistes et sexuelles qui sera mise en ligne ce 27 novembre 2018 : avoir en face un personnel formé et compréhensif, qui ne se fera pas l’apôtre de la culture du viol.

Qui sera apte à recueillir le témoignage et à orienter les victimes vers les bonnes associations, vers les bonnes procédures judiciaires.

À lire aussi : Pourquoi c’est encore si difficile de dénoncer les violences sexuelles, en France ?

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Esther

Esther est tombée dans la marmite de madmoiZelle quand elle était petite. Elle n’a pas grandi, mais elle a depuis développé de fortes convictions féministes. Au croisement de la rubrique actu et de la rubrique témoignages, elle passe de temps en temps une tête à l’étranger pour tendre son micro aux madmoiZelles du monde entier !

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Commentaires
  • Grenouilleau
    Grenouilleau, Le 27 novembre 2018 à 22h03

    Complément d'information sur la question trouvé chez Cheek.

    En résumé, quelques points ne correspondent pas avec votre article :
    - l'article de Cheek (lien ci-dessus) ne dit pas la même chose que toi, @Denis, pas de réponse par téléphone avec la mesurette, seulement un échange par écrit, alors pourtant que le téléphone est privilégié par les asso, car permet de mieux comprendre, à la voix, la situation, et laisse beaucoup moins de traces repérables par le conjoint violent par ex. Mais cela demande d'avoir des fonctionnaires disponibles au sens plein du terme, psychologiquement notamment, 24h/24.

    - Et le chiffre donné dans cet article est de 18 fonctionnaires, pas de 25. Là encore, pas la même qualité de service.

    Trop de flou, je m'y perds :ko:

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