Comment ne plus avoir peur du regard des autres

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L’enfer, c’est les autres. Même imaginer ce qu’ils pourraient penser de nous peut être une source de stress qui nous empêche d’être nous-mêmes. Voici comment ne plus jamais souffrir du regard d'autrui.

Comment ne plus avoir peur du regard des autres
madmoiZelle x Les Internettes au Frames Festival

Comment s’en battre les gonades du regard des autres ?

 

Le YouTube Squad de madmoiZelle sera au Frames Festival avec les Internettes !

Il a lieu à Avignon les 29 et 30 septembre prochain et on vous y attend pour une table ronde sur la peur du jugement et la confiance en soi. Viens, on sera bien !

Entendre quelqu’un nous critiquer n’est jamais agréable.

Ce que les autres peuvent penser de moi a un impact sur moi car j’ai appris que leur avis était important durant toute mon éducation.

Comme de nombreuses personnes, j’ai été élevée sur la base d’un système récompense/punition. J’ai ainsi appris que certains comportements étaient acceptables et d’autres non, et ce sont mes parents et mes autres éducateurs qui validaient ou non mes faits et gestes.

Un système d’alarme interne au jugement

Faire l’imbécile quand il y a des invités : non. Dire Bonjour et jouer calmement dans mon coin : oui.

Cette éducation a forgé en moi un système d’alarme interne au jugement social.

J’ai appris la crainte de décevoir, de ne pas être « assez », d’être rejetée, en fonction de références externes absolues. Ceci est bien, ceci est mal. Cela est juste, cela est faux.

J’ai appris à fonctionner de la même manière envers les autres, en approuvant ou non leurs choix et leurs comportements sur la base de mes références.

Cette sensibilité est indispensable pour s’intégrer, préserver l’harmonie et la cohésion sociale en respectant les codes culturels et moraux en vigueur.

Mais lorsque nous redoutons le regard des autres de manière constante, quand cela devient pesant au point de ne plus oser agir tel que nous le souhaiterions, il y a un problème.

Cette peur paralysante peut nous entraver dans des situations banales du quotidien telles que téléphoner, participer à une conversation en groupe, marcher dans la rue, prendre la parole en public, se vêtir d’une certaine façon…

Bref le malaise s’installe dans toutes les situations où l’autre pourrait porter un jugement sur nous. C’est-à-dire, dans TOUTES les situations.


Échapper au regard des autres : la technique dite de l’arbuste

Mettre du rouge à lèvres très rouge. Crier. Dénuder nos jambes. Draguer. Danser avec insouciance… Tout ce que nous sommes est soumis au regard des autres.

Par peur d’être rappelé·es à la norme ou par crainte que les autres interprètent mal nos actions, nous nous refusons à agir. Nous gardons pour nous ce que nous aurions aimé exprimer et nous nous privons de faire des choses dont nous aurions pourtant envie.

C’est en général à ce moment-là que nous nous demandons : comment s’émanciper du jugement des gens ?

Que cachent nos jugements ?

Je pourrais te conseiller de travailler ta confiance en toi, de focaliser sur le moment présent dans ces situations qui te stressent ou encore de décider que le regard des autres n’a aucune importance pour toi.

Mais j’ai mieux à te proposer.

Je vais t’expliquer comment ne plus jamais entendre de jugements, en apprenant ce qui se cache derrière eux.

Car en réalité, les autres vont continuer à te juger, et tu vas continuer à juger les autres. C’est tout ce que nous avons appris à faire. Lorsqu’une situation nous interpelle, qu’un comportement nous fait tiquer, nous savons le pointer du doigt, dire ce qui ne va pas chez l’autre, ce con !

Mais personne ne nous a appris à observer ce qui réagit en nous, à remonter à la source de nos émotions et encore moins à les exprimer.

Je ne te promets pas d’atteindre un niveau d’éveil spirituel dans lequel les jugements glisseront sur toi comme des pets de lapin sur une tringle à rideaux. Il est bien naturel de ressentir des émotions négatives lorsque quelqu’un nous juge. L’être humain est un être de contribution et personne n’aime blesser, décevoir, déranger…

Ce que je te propose c’est de changer ta perception des jugements. 

J’ai personnellement amorcé ce travail il y a quelques années avec les 4 Accords Toltèques. Décrits dans un petit livre par Miguel Ruiz, ce sont des principes simples qui permettent de mener une vie plus libre. Parmi eux : ne rien prendre personnellement.

Cela parait plus facile à dire qu’à faire. Mais se détacher des jugements des autres est en fait très simple, lorsque l’on comprend que les jugements ne sont pas des attaques qui nous sont adressées. Les jugements n’ont pour ainsi dire rien à voir avec nous, nos choix et nos comportements.

Quand la peste du collège s’est moqué de mes Converse rouges montantes qu’elle a qualifié de « chaussures de clown », elle n’a pu me tirer qu’un éclat de rire, car je les avais choisies en copiant Kurt Cobain, et les goûts du leader de Nirvana me paraissaient bien plus sûrs que ceux de cette intrigante.


Les rageux rageront

Aujourd’hui, je pourrais même me chauffer à conclure, dans ma grande compassion, que l’apparence de mes baskets ne matchaient simplement pas le besoin de beauté de la peste sus-mentionnée. Appelle-moi Petit Bouddha.

Ou si tu préféres, « on est tous le beauf de quelqu’un », dixit un ami chaman à moi.

Ce que je veux dire par là, c’est qu’il est possible de ne pas CROIRE les jugements des autres. Nous ne sommes pas obligés de nous coller les étiquettes qu’ils jettent sur nous. Les jugements de l’autre lui appartiennent. Ils sont bien sûr subjectifs, et par dessus tout, ils ne nous définissent pas. 

Ils sont l’expression des besoins non nourris chez l’autre. 

Comment se libérer du jugement ?

C’est le point de vue que nous propose d’adopter la Communication Non Violente (CNV).

L’utilisation du terme « Non Violente » est souvent critiquée (tout le monde y passe !) car elle peut entraîner des confusions. Je précise donc que la CNV ne s’oppose pas à l’utilisation d’un vocabulaire forcément menaçant ou insultant, mais à notre habitude de pointer les comportements des autres en les jugeant lorsque nous ressentons une émotion négative vis-à-vis de leur comportement.

Le large spectre d’anxiété sociale auquel peut mener la peur du regard des autres montre la dimension violente que peuvent avoir nos jugements.

Théorisée par Marshall Rosenberg, la CNV distingue deux « langages » :

  • La langue Chacal : celle des jugements, notre langue maternelle, celle que nous utilisons tous pour juger de ce qui est bien ou mal et pointer dans le monde extérieur ce qui semble créer chez nous des émotions positives et négatives.
  • La langue Girafe : celle qui prend en compte nos besoins et ceux des autres et qui permet d’identifier les besoins non nourris qui sont à l’origine de nos émotions, donc de nos jugements.

Un événement ne nous affecte pas parce qu’il est bien ou mal en lui-même, mais parce qu’il nourrit ou pas nos besoins.


Prendre un peu de hauteur de fait jamais de mal

Pour Rosenberg, « tout jugement est l’expression tragique d’un besoin non nourri ».

Mais parce que nous ne savons pas voir les besoins derrière les jugements, nous les croyons. Nous les écoutons avec nos oreilles « chacal » d’origine, et ils nous font souffrir.

Traduire les besoins derrière les jugements

Pour comprendre cette idée, Marshall Rosenberg donne l’exemple d’un rendez-vous auquel ton ami·e est en retard.

Si tu es très pressé·e ce jour-là, tu vas sans doute vivre ce retard comme le pire affront et juger le comportement de l’autre comme inadmissible.

Si tu avais justement besoin d’un quart d’heure seul·e pour téléphoner, ce retard ne suscitera pas d’émotions négatives et par extension, pas de jugement envers l’autre. Peut-être ton esprit serein sera-t-il même disponible pour essayer de comprendre pourquoi l’autre est en retard et lui donner de la compassion si cela fait 30 minutes qu’il ou elle sue dans une rame de métro aussi bondée qu’immobile.

Dans le premier cas, celui où tu prends mal ce retard, tu vas sans doute exprimer ton mécontentement à l’autre, et très probablement en langue Chacal puisque c’est la seule que nous connaissons (avant de nous intéresser à la CNV !)

Au lieu de lui signifier que tu as beaucoup de choses à faire ce jour-là et que tu as donc besoin de gérer efficacement ton temps, tu vas probablement lui asséner un jugement. En clair, pointer son comportement plutôt que d’exprimer tes besoins.

Cela donnera à peu près : « Tu abuses d’être en retard ! Tu me respectes pas ! »

Si je suis la personne en retard, et que je crois ce jugement, cela va créer un sentiment d’être attaquée donc un besoin de se défendre.

La violence va s’exprimer potentiellement envers l’autre (C’est toi qui est nul·le d’être incapable d’attendre, tu n’as aucune patience !) et aussi envers soi-même (c’est vrai, je suis nul·le, j’aurais du arriver à l’heure, je suis un·e incapable)

On comprend bien que, sur cette base, la conversation ne sera ni constructive, ni harmonieuse.

Muscler ses oreilles Girafe

Dans le podcast « Mon cul, ma psy et moi », Emma évoque sa peur du regard des autres. Elle raconte qu’elle cherche en permanence à contrôler son image par peur des jugements.

Mais nous n’avons pas le pouvoir de maîtriser ce qui sort de la bouche de l’autre, et encore moins de l’empêcher de penser ce qu’il veut.

En revanche, nous avons le choix de ne pas prendre ces jugements pour nous, en choisissant consciemment de les traduire en langue Girafe !

Avec les oreilles Girafe, nous n’allons plus jamais entendre de jugement. Nous allons pouvoir les traduire en repérant les besoins non nourris chez l’autre qu’ils cachent. C’est là notre grand pouvoir.

Derrière des paroles dures, il est toujours possible d’entendre la beauté des aspirations de l’autre. Si c’est pas merveilleux.

Quand cet être me donne son jugement sur moi, au fond, qu’est-ce que cela révèle de lui-même ? Quels sont les besoins qu’il ou elle cherche à exprimer par cette stratégie tragique (juger l’autre), la seule que nous connaissons ?

Nous allons aussi pouvoir tourner nos oreilles Girafe pleine d’empathie vers nous-mêmes et observer ce que ces jugements nous font ressentir. Nous allons pouvoir identifier chez nous les besoins non nourris qui font que ces jugements sont (et resteront) difficiles à entendre : besoin de bienveillance, de délicatesse…

Et nous pourrons alors les exprimer, plutôt que de juger l’autre en retour (Tu es trop con, tu comprends rien !)

Voici ce qu’Emma a découvert quand elle s’est relié avec les besoins fondamentaux qui sous-tendent sa peur du regard des autres. Elle raconte qu’elle craint d’être réduite à des jugements qui aplatiraient toute la complexité de son être ou passeraient à côté de la beauté de ce qu’elle a à offrir.

Nous avons peur des jugements, parce qu’ils nous réduisent à des étiquettes, quand tout ce que nous voulons, c’est partager avec l’autre et être compris.

Je trouve que c’est très beau de prendre conscience du fait que c’est notre envie de partager avec les autres qui est à l’origine de cette peur d’être jugée. C’est notre besoin de connexion qui n’est pas nourri lorsque nous avons le sentiment que l’autre ne nous comprend pas.

Pour se libérer du regard des autres, il est possible d’arrêter de les croire en mettant de côté les oreilles Chacal qui valident les jugements, et en chaussant les oreilles Girafe qui permettent d’entendre les besoins qu’ils cachent. Il est aussi possible de surveiller nos propres jugements pour apprendre à avoir plus d’empathie envers les autres et nous-mêmes.

Et nous n’aurons plus jamais à entendre un jugement.

Et toi, tu fais quoi pour te libérer du regard des autres ? 

À lire aussi : Comment parler avec des cons ?

QueenCamille


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Commentaires
  • Valentina-
    Valentina-, Le 9 août 2018 à 1h53

    C'est marrant ce que je me disais était une version moins empathique de ce qui est décrit dans l'article.

    En gros je me suis toujours dit que les gens jugeaient quand ils projetaient leurs propres insécurités.

    En fait c'est un truc que j'avais remarqué concernant les filles qui jugent le physique :
    Mes copines qui pouvaient critiquer le poids d'autres, c'était des filles ayant été elles-mêmes en surpoids et complexées, ou qui se mettaient une pression par rapport à ça.

    Les filles qui critiquent le décolleté d'une autre, elles se sentent menacées dans leur sex-appeal perso.

    Celles qui critiquent les filles belles sans les connaître, c'est l'insécurité de leur propre apparence qui les fait réagir.

    Une fille qui juge une fille agissant comme un "bonhomme", elle veut se rassurer dans sa propre féminité.
    Ou l'inverse, les mecs qui traitent d'autres de "tapettes", en vrai ils veulent se conforter de leur virilité à eux.

    Bon c'est peut-être pas toujours juste mais je pense que souvent, quand t'es bien avec toi-même, les autres, ils ne te dérangent pas assez dans leur façon d'être pour les critiquer. (je parle des critiques gratuites et pas constructives du tout)
    (après les filles ont clairement plein de raisons d'être insecure vus les pressions que la société nous met, surtout concernant le physique justement :lol:)

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