J’ai testé pour vous : avoir été une petite fille moche

A quoi ressemble la vie d'un enfant pas choupi du tout ? J'en ai fait l'expérience il y a une quinzaine d'années. Reportage.

J’ai testé pour vous : avoir été une petite fille moche

— Article initialement publié le 10 octobre 2011

On ne demande pas grand chose à un enfant, si ce n’est d’être sage, poli, curieux, d’avoir de bonnes notes et d’être mignon. Entre 6 et 11 ans, je remplissais tous ces critères. Tous, sauf un. Après avoir eu un physique tout ce qu’il y a de plus normal en maternelle, je me suis comme qui dirait, quelques semaines après la rentrée en CP, enlaidie à vitesse grand V.

Avant toute chose, je voudrais mettre les choses au clair. La disgrâce de mon apparence n’était pas un leurre, ni n’était due à un quelconque complexe d’infériorité (bien au contraire : si je puis me permettre l’expression, je pétais sacrément au-dessus de mon rectum).

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Plusieurs éléments expliquent que je suis devenue une gamine au physique ingrat: une croissance fulgurante m’a fait dépasser tous mes camarades de classe de deux têtes ; j’ai commencé à un peu trop aimer manger des conglomérats de beurre/pâtes/gruyère, me confectionnais des sandwichs au pâté pour le goûter et pensais que les substituts de repas au chocolat que je piquais à ma mère étaient à prendre en dessert.

Ajoutons à cela que j’ai commencé à avoir de l’acné à 9 ans, que je souffrais de couperose, que j’avais les cheveux en oreilles de cocker et que mes sourcils ressemblaient à la barbe de Demis Roussos, vous pouvez maintenant vous imaginer sans sou(r)ci(l) que le pauvre être humain qui osait poser les yeux sur moi s’enfuyait en hurlant de douleur, ses rétines comme aspergées d’acide.

Comme Saint-Thomas, tu ne crois que ce que tu vois ? Bim, prends ça dans ta face :

A ce jour, le meilleur moyen de contraception que j’ai testé.

Maintenant que tu es convaincue de ma bonne foi, essayons ensemble d’imaginer le quotidien d’une petite fille pas mignonne du tout.

L’enfant moche VS le style

Comme toutes petites filles qui se respectent, j’avais envie de ressembler à une princesse. Du coup, j’imitais le style de mes copines.

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Tu te souviens des cagoules, ces bonnets qu’on enfilait et qui protégeaient les cheveux, le cou et les oreilles ? Bien. Vous vous souvenez des cagoules avec une petite queue en laine parsemée de pompons multicolores ? Super. Une de mes amies de l’époque en avait une, qui seyait si bien à son gracieux visage de petite fille que j’ai demandé à mes parents d’en acheter aussi. Ils étaient un peu sceptiques, mais ont fini par se conformer à mon enthousiasme.

Le lundi qui suivit, j’entrai donc d’un pas assuré dans la cour de récréation. J’étais tellement fière que j’étais même réticente à la retirer pour rentrer dans la salle de classe (mais comme j’ai jamais été une rebelle, je l’ai ôtée 10 mètres avant la porte, on n’est jamais trop prudent). Et puis en rentrant chez moi le soir, j’ai croisé mon reflet dans le miroir (gourgandine que je suis, je n’avais pas pensé à le faire avant de partir). Prise de conscience ultime: on ne voyait que mon mono-sourcil, mon acné, et mes joues de hamster qui a stocké trois steaks.

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Autant vous dire que la cagoule, je l’ai refilée fissa à la Croix-Rouge.

L’enfant moche VS les garçons mignons

L’avantage de l’enfant vilain par rapport aux adultes qui se voient des défauts partout même quand ils n’ont pas lieu d’être, c’est qu’il ne se rend pas forcément compte de sa différence. Du coup, persuadée d’avoir un physique lambda, je m’évertuais à faire du plus beau garçon dans la cour de récré « mon amoureux », faisant fi de notre différence de taille et de grâce (et aussi du fait que je ne connaissais même pas son prénom, mais à 8 ans, qui s’en soucie ?). Il était si poli et gentil que quand je lui ai demandé « hé, tu veux pas être mon amoureux? » il m’a répondue, l’air surpris par mon audace, « bah non, je… On n’est même pas dans la même classe ». Avec le recul, je me rends compte que c’est une excuse pourrie, digne du « tu mérites mieux que moi » du lâche qui rompt avec sa copine, mais sur le coup, j’ai trouvé cette réponse tout à fait pertinente.

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C’était le premier d’une longue liste de déboires affectifs. Même le presque-aussi-vilain que moi préférait ma meilleure copine. Du coup, perdue, me disant qu’aucun garçon ne voudrait jamais me tenir la main (moite), ne sachant plus que faire pour les impressionner, j’ai fait semblant de devenir un garçon manqué: pour moi, être la seule fille à jouer au foot avec eux me donnerait une place privilégiée dans leur coeur. Mon plan marchait très bien jusqu’à ce que les autres filles de la classe, pensant qu’on s’amusait bien, se sont mises à jouer avec nous.

Un jour, un garçon de la classe au-dessus de la mienne m’a invitée à danser lors de la boum de l’école (jour où, pour l’occasion, je m’étais déguisée en rappeur et dénotée par la même occasion avec la plus jolie fille de la classe qui était arrivée en Tomb Raider. A 9 ans. (sic)). J’étais tellement persuadée qu’il se foutait de ma tronche que je l’avais violemment envoyé bouler. Si je recroisais mon moi de 10 ans, je lui mettrais une claque bien sentie.

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L’enfant moche VS les profs

Selon les statistiques (et surtout, selon l’article de Justine), un individu au physique avantageux sera valorisé en cours par rapport au petit boudin de la classe.

Je ne puis en témoigner : j’étais généralement la première de la classe. Cette compensation m’a permise de traverser les cycles primaire et secondaire sans trop d’encombre. Et si mon institutrice de CM2 me regardait d’un air réprobateur en faisant « tss tss » avec sa langue quand j’allais acheter des bonbons à la boulangerie le midi, j’ose croire que c’était pour mon bien.

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L’enfant moche VS les personnes âgées

Quand j’étais petite, j’avais en horreur les plus de 70 ans (mes grands-parents, grand-oncles et grande-tantes mis à part), pour les mêmes raisons que je les adore aujourd’hui. Ils ont cette absence de sphincter oral qui fait que tout ce qui passe par leur cerveau doit être dit. Du coup, quand je me baladais avec une de mes grands-mères, j’avais toujours droit au « mais c’est qu’elle est costaud cette petite », au « on voit que c’est le printemps : ça bourgeonne », au « incroyable : elle est potelée jusqu’aux doigts ».

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Mes grands-parents, tristes et impuissants de me voir au bord des larmes après ces entrevues, essayaient de me réconforter en utilisant ce fameux précepte du « mieux vaut faire envie que pitié ». A l’époque, je ne comprenais pas ce que ça voulait dire, et c’est d’ailleurs toujours le cas.

Mes parents, quant à eux, savaient trouver les mots : « tu sais, elles ne pensent pas à mal, ce sont des personnes âgées, elles ont vécu la guerre et pour elles, avoir des bonnes joues est un signe de bonne santé ». J’essaierai d’y repenser si des personnes-âgées-qui-ont-connu-la-guerre traumatisent mon potentiel futur mouflet amateur de saucisson.

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Au final…

… Est-il pour autant plus difficile d’évoluer et de grandir quand on a un physique ingrat? Pour ma part, la réponse est non. Je n’ai pas du tout l’impression d’avoir grandi dans un roman de Dickens et j’avais tout – à part ça – pour être une petite fille épanouie.

Je peux même vous dire que j’ai eu une enfance au poil. Il y avait certes des gens désagréables avec moi, mais je peux pas leur en vouloir: j’avais toujours l’air de tirer la tronche à cause de mon mono-sourcil. Qui aurait envie d’être mignon avec une gamine qui vous regarde comme si vous étiez une assiette d’épinards (en conserve) (sans crème fraîche) (avec un ver dedans) ?

Aujourd’hui, ça va mieux merci : j’en profite d’ailleurs pour remercier d’ailleurs mon esthéticienne, mon coiffeur, ma dermatologue, Jeumé Mébeline, Laure & Al et Yves Boucher qui n’y sont pas pour rien. Au gros cliché du « vilain petit canard qui se mue en cygne », je préfère dire que le vilain petit canard a assimilé l’idée qu’il ne serait jamais un cygne et qu’il a appris à mettre en valeur ce qui va et à camoufler ce qui ne va pas.

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En fait, avec le recul, je vois plutôt cette période comme une pré-puberté très très (très) longue qui a précédé une puberté très très (très) longue. En plus, ça offre un avantage non négligeable : les jours où je complexe sur mon physique, je n’ai qu’à ressortir les vieux albums photo pour me dire que le-pire-est-derrière-moi-croisons-les-doigts (et en plus, ça fait rire les copains).

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Biscottine
    Biscottine, Le 8 février 2016 à 7h19

    @ParasitA moi aussi j'étais un bébé trop moche ! Toute rouge, bibendum une oreille décollée et des poils dans le dos, je faisais peur !
    Puis je suis devenue une magnifique petite fille, grand sourire, long cheveux châtains, j'ai même pu passer à la télé dans une pub. Puis mes dents de lait sont tombées et à cause d'un problème d'hypertonicité j'ai eu la dentition la plus moche possible. Je suis resté jolie sinon, tout le collège malgré mon appareil dentaire que je trouvais plus esthétique que mes dents...
    Au contraire de Spp j'ai eu ma puberté assez tard, et se fut rapide, pas d'acnée ou de poussée de croissance, ma poitrine est apparue quand j'avais 15ans !
    Aujourd'hui à cause d'un problème de dysmorphobie je ne me trouve pas jolie, je vous juste une abomination dans le miroir même si mes proches essayent de me prouver par a + b que je suis jolie. Bientôt je vais pouvoir changer de lunettes, je pense que ça peut m'aider.

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