Mon père, ce héros… de l’ombre

C'est bientôt la Fête des pères 2015, et pour l'occasion des madmoiZelles nous ont raconté leur relation avec leur père. On commence avec Julie, et son père qu'elle considère comme son « héros de l'ombre ».

Mon père, ce héros… de l’ombre

Mon papa a 56 ans, et de ce que je me souviens, il a été carreleur avec mon grand-père avant d’être engagé en tant que mécanicien.

Mon papa et moi

Je me souviens lui avoir vomi dessus (désolé papa) un soir où mes parents faisaient un genre de tournoi sur de très vieux ordinateurs avec des disquettes — oui, mon papa est un peu geek. J’ai toujours eu énormément d’admiration et de respect pour lui, même enfant ; en toute honnêteté, il m’inspirait même tellement de respect que j’avais toujours très peur de le décevoir ou de lui demander quelque chose. Faut dire aussi qu’il a toujours eu un air sévère et un peu bourru, il est du genre soupe au lait.

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Mais il y a une belle relation entre nous. Je me suis d’ailleurs toujours demandé combien de petits mots il avait reçu au total sur son oreiller, en comptant mes frères et mes sœurs…

Mon respect pour lui m’a menée à ne quasiment jamais lui mentir — il a toujours tout su de mes histoires d’amour, par exemple. Et autant dire qu’avec moi il en a vu des vertes et des pas mûres, étant donné que j’étais attirée par les garçons plus âgés que moi, et que je me suis engagée dans des histoire qui n’étaient pas toujours très heureuses… Mais il a toujours tout su, les bonnes et les mauvaises histoires, jusqu’à mon histoire d’amour avec l’un de mes professeurs.

Du coup, je ne sais pas trop pourquoi je le lui cachais quand je n’allais vraiment pas bien.

L’adolescence et la distance

L’adolescence n’a pas été une chose facile pour moi. Tête de turc à l’école, je subissais quotidiennement les méchancetés gratuites de mes congénères, et même de certains de mes profs. À l’époque, mon papa n’était pas bien non plus : la dépression avait eu raison de son humeur et il avait beaucoup d’autres soucis qu’il ne souhaitait pas partager avec ses enfants — à tort ou à raison. Je ne voulais probablement pas l’accabler, ou peut-être qu’au contraire, j’aurais voulu qu’il remarque que je n’allais pas bien moi aussi… Je n’en sais trop rien. Une chose est sûre : j’ai gardé un maximum de choses en moi, et les rares fois où j’ai voulu lui en parler, je me suis quelque peu heurtée à un mur.

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Ça a creusé un fossé entre nous à l’époque. Lui que j’admirais tellement par son aisance à comprendre l’informatique, par le charisme qu’il m’inspirait (et inspirait à beaucoup de monde d’ailleurs), était devenu une toute autre personne… Il avait parfois des mots très durs à entendre, mais malgré tout ça, je l’aimais autant que je lui en voulais.

Le jour où il nous a annoncé qu’il se séparait de maman a littéralement brisé notre relation. J’ai toujours eu une image assez idyllique et naïve de la famille soudée (merci, 7 à la maison) et ça m’a fait beaucoup de peine ; mais au-delà de ça, il n’a pas eu la franchise de me donner les véritables raisons de cette séparation… Notamment qu’il avait rencontré une autre femme.

Alors comme ça il n’était pas honnête avec moi, alors que je l’avais toujours été avec lui ? Il me considérait probablement trop immature pour comprendre, alors que j’en étais parfaitement capable. Après tout j’avais 18 ans et dans ma tête, j’étais une adulte !

Comme pour beaucoup de séparation, deux « clans » se sont formés dans ma famille. J’ai pris le parti de ma mère. J’ai pris la main sur l’ordinateur de mon père pour lui donner des informations, pour envenimer les choses.

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On s’est terriblement disputés, mon père et moi, ce jour-là. Je lui ai dit tout ce que j’avais sur le cœur, et lui m’a dit tout ce qu’il avait sur le sien. Je n’ai jamais autant pleuré. Ça été dur et très douloureux pour tout le monde. Ça a brisé quelque chose entre nous.

On ne s’est plus parlés pendant très longtemps.

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Une relation plus adulte

Mais, malgré moi, son absence me pesait. Et quand j’ai atteint la vingtaine, ma propre vie sentimentale a fait écho dans mon esprit… Je me suis rendu compte de mon ingratitude : j’en voulais à mon père pour des choses que je lui avais délibérément cachées. Il n’avait peut-être jamais été un père ultra présent et proche de ses enfants, mais il s’était malgré tout démené pour nous financièrement. Il faisait des heures supplémentaires, des petits « services » à côté, et il voulait vraiment nous faire plaisir à sa façon. Par exemple, lorsqu’il savait qu’on aimait bien un truc (pour ma part le chocolat fourré à la banane), il nous en offrait jusqu’à écœurement.

J’ai alors décidé de reprendre contact avec lui. On a beaucoup parlé à cœur ouvert. Comme à mon habitude, j’ai été honnête avec lui… et il l’a enfin été avec moi. Je lui ai expliqué qu’il me faudrait du temps pour digérer la séparation et surtout pour accepter sa nouvelle compagne. Il a compris, il a accepté, et on a pris notre temps.

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Et maintenant ?

Aujourd’hui, mes choix de vie m’ont éloignée géographiquement de mon papa, mais on n’a jamais été aussi proches que maintenant. On se comprend mieux, on se parle régulièrement, et il ne m’en veut pas si je ne donne pas de nouvelles pendant une semaine ou plus. C’est maintenant le premier que j’appelle quand j’ai une bonne nouvelle à partager ou quand j’ai un coup de blues.

Durant la séparation de mes parents, il n’était pas rare que j’entende « On n’a qu’une seule maman », comme si par définition, il n’y avait qu’elle qui avait été là pour nous. C’est effectivement elle qui était là lorsque nous étions malades, c’est elle qui était là lorsqu’on se faisait mal, quand on se disputait entre frères et sœurs… Maman est l’héroïne bien visible. Mais on n’a aussi qu’un seul papa, et mon papa, c’est un héros de l’ombre, qui n’a peut-être pas eu autant de tendresse que maman, mais qui a fait tout autant qu’elle, à sa manière. C’est celui qu’on ne voit pas, qu’on ne remarque pas, mais sans lequel les choses seraient sensiblement différentes et clairement pas meilleures.

J’aime mon papa, du plus profond de mon cœur, je suis fière de lui et je le respecte.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • A2
    A2, Le 15 juin 2015 à 15h00

    @Grumpy Merci pour ta réponse.
    Concernant "les plaintes qu'elle a contre son père", je crois savoir d'où ça vient : L a l'habitude du côté de sa mère de vivre dans une "maison high-tech", elle a tout dernier cri, fait toutes les activités qu'elle veut, sort tout le temps, fait la fête etc... M lui a toujours offert tout ce qui lui plaisait aussi (j'ai vu sa chambre de petite fille... Ouha, une vraie chambre de princesse!). Seulement quand il a perdu son travail, sa maison etc, eh bien forcément, les finances ne permettaient plus de lui offrir ce luxe. Et tu vas me trouver méchante, mais j'ai l'impression que quand on ne peut plus acheter L, elle ne montre plus aucun signe d'affection... mais j'ai pu remarquer que c'est le cas chez beaucoup d'autres ados, donc ça ne me choque pas plus que ça. J'ai l'impression que comme son père a commencé à faire attention, et donc forcément elle aussi a dû se priver un peu, elle en a vite eu marre (quand elle venait encore elle a fait un caca nerveux quand il a refusé de lui offrir une paire de chaussures à plus de 150 €). Elle lui a dit "qu'il gâchait tous ses noëls et tous ses anniversaires " à cause de ça.
    La mère de L tient M pour responsable elle aussi. Elle n'entend que le discours de L donc forcément... Elle emmène L voir un psy parce qu'elle pense qu'elle pourra mieux lui parler. Je ne sais pas quel en est le résultat.
    Tu as raison pour les traces de L que je vois sur internet. Je n'en parle d'ailleurs jamais à M, ça lui ferait trop de mal. Je pense que je suis juste un peu fouineuse, et tu as raison : FB et Twitter ne reflètent pas la réalité. Seulement quand je vois la vie qu'elle mène à seulement 15 ans (et que je compare comme j'étais à cet âge), je me dis que mon copain sera grand-père avant qu'on fasse le petit frère de L...

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