Zoom sur la parité — Carte postale de Suède (2/2)

Après le premier volet, voici comme promis la seconde partie de ce zoom sur la parité suédoise. On se penche sur la question du mariage et des moutards qui en découlent parfois.

Zoom sur la parité — Carte postale de Suède (2/2)

Le mariage (ou pas)

Du côté des institutions, le mariage est quelque peu différent en Suède dans le sens où il faut choisir entre la cérémonie religieuse et le mariage civil à la mairie. Vous ne pouvez pas faire les deux en même temps : on ne se marie qu’une fois !

(Parenthèse : le mariage entre personnes de même sexe est possible depuis 2009. Dans certains cas un mariage religieux est même possible. C’est le cas pour l’Eglise luthérienne, la religion majoritaire en Suède, mais pas pour les religions catholique, orthodoxe ou musulmane)

Une chose sur laquelle je n’aurais pas parié c’est que les Suédois-es choisissent majoritairement le mariage à l’église. C’est assez surprenant, d’abord parce que le pays se veut laïc et que le peuple n’est pas vraiment pratiquant, ensuite parce que l’égalité homme-femme est un principe très ancré dans la culture suédoise alors que plusieurs éléments symboliques des mariages religieux ne sont pas très égalitaires (la mariée est conduite à l’autel par son père ; le père donne la main de sa fille…).

En réalité, il semble que les Suédois-es fassent quelques entorses aux traditions (l’autel passe à la trappe) et qu’ils se marient avant tout à l’église parce que « c’est plus joli ».

BON. OKAY la famille royale reste tradi de chez tradi. Faut pas pousser non plus.

En vous mariant en Suède il vous est possible d’adopter le nom de l’époux, le nom de l’épouse ou même de créer un nom de toute pièces (si tu veux t’appeler Madame Obama c’est a priori possible). En Suède, dans 70% des cas, c’est quand même le nom de l’époux qui l’emporte.

Mais au fond, ce qui reste le plus typique c’est de ne pas se marier. Pas tout de suite en tout cas. Les Suédois-es ont tendance à se passer la bague au doigt après une petite décennie de vie commune, généralement après la naissance du premier enfant, voire du second.

Vivre en concubinage est très répandu et dans ce cas on ne parle pas d’époux ou d’épouse mais de « sambo ». Votre sambo, c’est la personne avec qui vous êtes en couple et avec laquelle vous vivez (sous le même toit obligatoirement sinon ce n’est pas un sambo juste un-e petit-e ami-e). On dit un ou une sambo et ça marche aussi pour les couples homosexuels.

L’indépendance avant tout

Il est très important de savoir se débrouiller seul et de subvenir à ses besoins, et ce qu’on soit un homme ou une femme. Cela explique que le pourcentage de femmes actives soit élevé (pas plus qu’en France néanmoins) et qu’on ne « s’enchaîne » pas avec un mariage. Au-to-no-mie.

Cela explique aussi que les rares femmes qui ne travaillent pas soient plutôt mal perçues et étiquetées comme « entretenues ». Prendre son congé parental, ok (qu’on soit un papa ou une maman), mais tout le monde est censé retourner travailler ensuite ! Or, dans la pratique, les mères retournent au monde de l’emploi plus tardivement que les pères…

Soyons pragmatiques, la Suède a des taux d’imposition parmi les plus élevés d’Europe. Si les femmes travaillent c’est en grande partie parce que le système fiscal et le coût de la vie font que le revenu des deux conjoints est quasiment indispensable surtout pour fonder une famille.

Mais les hommes restent payés davantage en moyenne et peu choisissent le temps partiel. On retrouve donc pas mal des inégalités salariales françaises ainsi qu’une sous-représentation des femmes aux postes dirigeants (mais il y a parité au Parlement, poil aux dents).

Le débarquement des poussettes

À la naissance d’un enfant, le congé parental suédois est de 16 mois, rémunéré à hauteur de 80% du salaire du parent qui le prend. 16 mois à se partager librement entre les deux parents à l’exception de deux mois non transférables (une mère ne peut prendre « que » 14 mois de congé parental, si le père ne prend pas le 15e et 16e mois ils sont perdus et vice-versa).

Mais les pères ne prennent que 20% du congé parental en moyenne, autrement dit ils sont bien peu à rester à la maison au-delà des fameux deux mois « obligatoires » car non transférables. En général ils retournent travailler plus tôt parce qu’ils gagnent plus tout simplement ! 

C’était un lac cet hiver : RIEN n’arrête les pères suédois

Si vous vous promenez en Suède, vous ne manquerez pas d’observer une autre tendance : les poussettes doubles sont légion. En effet les Suédois-es ont tendance à faire leurs enfants « par deux » (de manière rapprochée) pour pouvoir cumuler les congés parentaux, ce qui permet de profiter de ses enfants en bas âge plus longtemps mais ce qui signifie aussi être absent du monde de l’emploi sur une période prolongée avec les problèmes du retour à l’emploi qu’on connaît.

Et une fois le congé terminé, que fait-on de sa marmaille ? On la met à la crèche bien sûr ! Ça marche pas mal en Suède (même s’ils ont pas mal galéré au début) puisque l’État DOIT trouver une place pour ton môme : c’est la loi. Et des subventions importantes permettent de rendre les crèches très accessibles.

En revanche, aucun crèche n’accepte les enfants de moins d’un an parce qu’on considère qu’il est mauvais pour l’enfant d’être séparé de sa mère (et du père ?) qui n’a qu’à prendre son congé parental. Il est compliqué et coûteux de confier son enfant à une tierce personne s’il a moins d’un an et c’est très mal vu !

Avoir une nounou ou une aide à domicile c’est honteux parce que tu es censé avoir les moyens d’être autonome. Moralité : si pour une raison X ou Y tu ne voulais pas prendre tout ton congé, on te force un peu la main, au moins la première année, et ce dans l’intérêt de l’enfant.

Tu peux aussi embaucher un robot domestique. 

Enfin, le dernier point que je voulais mentionner parce que c’est à peu près le seul où j’ai été surprise de trouver les Suédois-es presque fermés d’esprit, c’est l’allaitement.

En fait, là-bas la question ne se pose pas vraiment. 98% des nourrissons sont allaités à la sortie de la maternité (70% en France). Ils sont encore 70% à être allaités à 6 mois. (source).

Les Suédois-es comprennent que certaines mères françaises n’allaitent plus leur enfant au-delà de trois mois parce qu’elles n’ont pas la chance d’avoir un long congé parental rémunéré et qu’elles sont obligées de retourner bosser. En revanche, qu’une mère décide dès le départ de ne pas allaiter est inconcevable !

Vous ne trouverez d’ailleurs pas de lait infantile premier âge dans les supermarchés suédois, il n’est délivré qu’en pharmacie (pour les mères qui sont physiquement dans l’incapacité d’allaiter par exemple).

Moralité

Après 6 mois d’immersion je me range auprès de celles et ceux qui affirment que la Suède est un pays moins sexiste que la France (tout le monde ne sera pas surpris par cette conclusion). La différence de mentalités joue probablement beaucoup pour les aménagements des congés parentaux ou l’absence de harcèlement de rue dont on a parlé dans le 1er volet.

En revanche n’allons pas jusqu’à dire qu’« être une Suédoise ou un Suédois ça ne fait aucune différence». C’est faux dans les faits (puisque l’écart de salaire entre les sexes existe, par exemple).

Ensuite, dans les mentalités, le genre reste une donnée de base sur laquelle de nombreux stéréotypes sont fondés. Je ne rejoins pas certains médias qui ont récemment présenté le modèle scandinave comme cherchant à gommer le genre.

On a parlé des cas de « Pop » l’enfant sans genre, des crèches qui remplaçaient les pronoms personnels « il » ou « elle » par un pronom neutre. La démarche a le mérite d’exister mais reste marginale et même les Suédois ne semblent pas franchement convaincus. En Suède aussi on se fait une idée bien précise de ce qu’est une « vraie femme » et un « homme, un vrai ».

Là-bas aussi il y a des petites filles toutes de rose vêtues qui se déplacent en tricycle de princesse au guidon orné de pompons pailletés (est-ce qu’on sent ma pointe de jalousie là ?). En Suède les publicités pour grenouillères s’adressent également « aux mamans » et il y a une certaine culpabilisation des mères qui ne « s’occupent pas » de leur bébé de moins d’un an (qui ne l’allaitent pas ou qui le font garder).

Dans mon université, les filières d’ingénieurs sont très majoritairement masculines tandis que toutes les étudiantes semblent avoir atterri dans les filières éducation et petite enfance. Les garçons font du hockey et les filles de la zumba. La Suède est donc un pays égalitaire mais la Suède reste un pays genré.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • ThinkAboutIt
    ThinkAboutIt, Le 25 juillet 2013 à 0h17

    Ils ont tout à fait raison d'être "Fermés" sur l'allaitement !
    Oui à moi aussi ça me parait inconcevable de ne pas vouloir allaiter c'est dingue ça tu fais un enfant pour lui donner le meilleur non ? Sinon prenez un chien ...

    Si la France mettrais en place une vraie promotion d'allaitement maternel, les taux seraient les mêmes !

    Je ne blâme pas toutes ces femmes car dans le lot beaucoup sont mal informées sur l'allaitement, n'ont pas de soutien et du coup ça foire.

    Pourquoi on parle toujours du CHOIX, le nouveau né est un individu à part entière et à le DROIT d'avoir le meilleur possible ! Moi ça m'aurais choquée si ma mere ne m'avait pas allaitée, c'est naturel et c'est sain, fin je sais pas pour moi c'était une évidence ...

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