Pourquoi oublie-t-on certaines choses et pas d’autres ?

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Justine s'est demandé pourquoi elle retenait mieux les paroles des chansons de Blink 182 que ses cours de maths. Petite analyse du souvenir, et de l'oubli.

Pourquoi oublie-t-on certaines choses et pas d’autres ?

La semaine dernière, j’ai lu quelque part que Christiane Taubira était capable de réciter, de mémoire, des passages entiers de certaines œuvres littéraires. J’ai essayé, très fort, de me souvenir d’un extrait du dernier livre que j’ai lu, mais en vain : impossible même d’en retrouver le titre.

Déso pas déso si je vous l’ai mise dans la tête

Pourquoi oublie-t-on ? Pourquoi se souvient-on de certaines choses, et en perdons d’autres ? Pourquoi je ne me souviens jamais des théories freudiennes, mais que les paroles des chansons de Blink 182 sont gravées dans ma mémoire depuis l’an 2002 ?

Qu’est-ce qui cause l’oubli ?

Pourquoi oublie-t-on certaines choses ?

Il y a sans doute mille manières de répondre à ces interrogations. D’un point de vue philosophique, Nietzsche proposait par exemple d’appréhender l’oubli comme une « fonction » permettant de maintenir une paix relative : en « oubliant » une partie du passé, en laissant de côté ce qui peut troubler la paix, on accède au bonheur.

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Dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Joel fait appel à une entreprise pour effacer son ex Clementine de sa mémoire.

Dans un article publié dans Psychological Science, la chercheuse Talya Sadeh propose une explication issue de la psychologie cognitive. De manière générale, les spécialistes de la mémoire formulent l’hypothèse que l’oubli naît de deux choses :

  • du déclin de nos capacités cognitives (notre mémoire s’effaçant à cause du passage du temps)
  • des interférences (nous apprenons chaque jour de nouvelles informations, nous vivons de nouvelles expériences — ce qui rend nos souvenirs moins « accessibles »… un peu comme le placard de quelqu’un qui ne serait pas adepte de Marie Kondo, par exemple).

Pour Talya Sadeh (et son équipe), les deux idées ne sont pas incompatibles et peuvent toutes deux jouer un rôle. La cause de l’oubli dépendrait en fait de la « nature » du souvenir — c’est-à-dire que, selon la manière dont le souvenir est créé, l’oubli apparaîtrait différemment.

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La familiarité, le premier type de souvenirs

Sadeh suggère qu’un souvenir pourrait avoir deux formes : la familiarité (« familiarity ») ou le « vrai » souvenir (« recollection »).

La familiarité désignerait un processus mnésique qui permet de nous remémorer de quelque chose, mais sans détails spécifiques. Par exemple, un acteur vous dit quelque chose, mais vous n’êtes pas capables de vous souvenir de son nom, ni de retrouver les films dans lesquels vous l’avez aperçu auparavant.

À lire aussi : Ces acteurs dont on connaît le visage, mais pas le nom #1

Autre exemple : les règles qui régissent les taxes d’habitation (c’est douloureusement d’actualité) me sont à peu près familières (je sais que ça dépend un peu de mon logement, de sa localisation). Mais si j’en discute avec un pro de la fiscalité, je serais bien incapable d’en dire plus !

La « recollection », ou « vrai souvenir »

À l’inverse, lorsque vous avez un « vrai souvenir », vous pouvez vous rappeler de son contexte. Pour reprendre le premier exemple : vous reconnaissez l’acteur, vous avez mémorisé son nom, sa filmographie, etc.

Je n’y connais pas grand-chose en fiscalité, mais je peux parler avec précision de plusieurs émissions de télé-réalité (j’aurais préféré clamer que je peux parler avec précision du programme d’ARTE ou d’un bouquin de Platon, mais hé, c’est comme ça, je ne peux pas mentir).

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Deux oublis différents pour deux types de souvenirs

Les souvenirs seraient rangés différemment dans nos cerveaux et, donc, ne s’oublieraient pas de la même manière.

Les souvenirs « familiers » seraient sensibles aux interférences ; les « vrais » souvenirs, quant à eux, y seraient plutôt résistants (mais succomberaient au déclin de nos cervelles).

En fin de compte, les causes de l’oubli dépendraient de la manière dont les souvenir sont « rangés » dans notre cerveau : ce serait soit notre déclin cognitif, soit les interférences de nos vies qui viendraient effacer nos mémoires !

Pour aller plus loin…

Commentaires
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  • TennanTen
    TennanTen, Le 19 septembre 2017 à 17h08

    Tourterelle
    De ce que j'ai compris de mes lectures, le cerveau est une formidable machine pour se spécialiser dans votre quotidien. Je m'explique : de base nos cerveaux peuvent apprendre n'importe quelle langue, n'importe quelle science, sport, ou à réciter l'intégrale de Jules Verne, ou encore à découper parfaitement les courgettes… C'est l'usage qu'on en fait qui va lui permettre de «choisir» ce qu'il garde ou non. Si vous lisez Jules Verne tous les jours, votre cerveau va se spécialiser en lecteur de Jules Verne. Pendant votre sommeil, il va éliminer les connexions synaptiques crées dans la journée qui ne lui semblent pas utiles, et renforcer celles en lien avec Jules Verne. À force, il sera très facile d'apprendre des extraits de ses livres, mais aucune raison pour qu'il vous soit facile de mémoriser votre numéro de sécu, puisque vous n'avez rien fait pour.
    Ce qui est rassurant, c'est qu'on peut changer à tout moment : oui, en vieillissant c'est peut-être plus dur, parce qu'il y a moins de «souplesse» neuronale. Mais on reste capable d'apprendre (et de retenir) toute sa vie ! Il faut juste cultiver les choses qu'on a envie de voir pousser en soi, et délaisser les autres : elles libèreront naturellement de l'espace pour le reste.
    Mais attention ! Le critère du cerveau n'est pas : «qu'est-ce que j'aimerais retenir» ni «qu'est-ce qu'il est bon de retenir». C'est «qu'est-ce que je fais / lis / entends au quotidien ?». Le critère n'est pas l'importance, c'est la fréquence.
    Je poste près d'un an plus tard mais pas grave XD
    Je ne pourrais pas dire mieux, et c'est un truc que j'ai constaté un peu toute seule. Une fois ma mère m'a sorti comme ça "Et si t'apprenais le chinois ?".... alors ouais, si j'habitais en chine ou si je conversais avec des chinois quotidiennement oui. Or ce n'est pas le cas... je vais finir par l'oublier parce qu'aucune pratique quotidienne. Les jeunes enfants qui parlent plusieurs langues, ce ne sont pas des surdoués. C'est simplement parce qu'ils vivent au quotidien avec des gens de différentes nationalités. (C'est pour ça aussi que ça m'énerve qu'on les présentes dans des émissions TV comme s'ils étaient des singes savants qui se sont levé un matin en parlant une autre langue. Je doute fortement que ça existe).
    La mémoire c'est quelque chose qui se travaille, et si on ne se rappelle pas parfaitement de nos cours de biologie ou de maths sup' c'est que l'on fait des métiers/activités qui ne nous demandent pas de les utiliser.
    Puis je pense que le fait de plus se rappeler d'une de ses chansons préférées plutôt que de son cours de math c'est simplement parce que dans le premier on y prend du plaisir alors que le second beaucoup moins.

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