Nos Racines – Jenna et les Philippines

Le père de Jenna est français, et sa mère est philippine, deux pays bien différents. Ces racines lui ont apporté une sacrée ouverture d'esprit !

Nos Racines – Jenna et les Philippines
Suite à la création de ce formidable topic par Oprah Gaufrette sur notre forum (rejoignez-nous, on y est bien !), on a décidé de créer cette rubrique « Nos Racines », où on tentera de mettre régulièrement en avant vos histoires familiales. Si vous souhaitez participer, vous pouvez écrire à Mélissa ou sur son mail melissa@madmoizelle.com en précisant « Nos racines » en objet du mail !

Mon père est français et ma mère philippine. Ma mère avait déjà trois enfants quand elle l’a connu ; elle était partie à l’étranger pour subvenir à leurs besoins, et c’est là qu’elle a rencontré mon papa. Ils se sont trouvés en Irak vers la fin des années 80, alors qu’ils avaient la trentaine.

Ils se sont mariés aux Philippines, et se sont installés en France. Ma mère a appris le français et travaille depuis. Même si elle a eu trois enfants avant, je suis le premier enfant qu’elle a vraiment élevé de A à Z, ayant dû laisser mes frères et soeurs aux Philippines.

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Mon père voyageait beaucoup pour son travail ; il s’est sédentarisé quand ma petite sœur est arrivée huit ans après ma naissance, mais j’étais déjà « grande ».

Entre deux pays

Je suis née sous le signe du métissage : mon père s’appelle JEan, ma mère NArcy, et pif paf pouf me voilà nommée JENNA !

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Depuis que j’ai trois ans, je vais régulièrement aux Philippines, avec une fréquence de un à trois ans suivant les moyens financiers. J’y suis même au moment où je vous écris.

Je considère que j’ai été élevée dans les deux cultures. Je mange philippin, j’écoute un peu de musique philippine, je mets en pratique certains codes de la société quand j’y suis dans la manière de parler à mes aînés, mais malheureusement je ne parle pas tagalog.

Je comprends à peu près la langue, mais heureusement tout le monde parle anglais ; ce n’est donc pas un frein, mais en même temps cela reste difficile de participer quand tu es la seule personne autour de la table à ne pas parler la langue. Peut-être que je devrais me lancer dans l’apprentissage du tagalog en guise d’objectif pour 2015 !

Je ne me sens pas tout à fait chez moi aux « Phils ». Je ressemble trop à une étrangère, avec la forme de mes yeux, mes cheveux et mes vingt centimètres de plus que tout le monde. Les gens me fixent généralement, d’autant plus que je suis un peu timide et ne parle pas la langue… je ne me fonds pas vraiment dans le paysage ! Je me vois plus comme une Française « hybride ».

Je suis comme une Française qui est libre de choisir ce qu’elle met en application de son côté philippin. Il y a plein de choses que j’aime chez les Philippins : leur chaleur, leur bienveillance, les petites attentions, leur patriotisme, leur sens de la famille et de l’accueil qui m’inspirent. Je suis très sensible à ces choses-là.

Je me souviens d’un bon exemple de cette culture, quand j’étais encore au collège. Ma mère m’a emmenée en pèlerinage à Lourdes. Sur le quai au retour vers Marseille, elle a entendu des Philippines discuter. Elle les a donc abordées pour faire connaissance. Elles étaient infirmières en Suède et visitaient la France. Ma mère leur a alors proposé de les accueillir à la maison.

On fournissait le toit et elles se sont motivées pour cuisiner. On leur a montré Marseille. Leur étape suivante était Monaco, et comme j’y étais déjà allée (il y a aussi une communauté philippine là-bas), ma mère a proposé que je les accompagne pour leur servir de guide. Je suis donc partie comme ça, avec de parfaites inconnues et mon anglais de collège, à Monaco ! Tout s’est très bien passé.

Si je devais résumer les Philippins, je dirais ainsi qu’ils sont accueillants. Cela est tout de suite visible quand tu arrives chez des Philippins ; ils vont te demander si tu as mangé avant toute autre formalité. La phrase que j’ai le plus entendu est sûrement « Have you eaten ? » !

C’est ancré dans la culture philippine. Par exemple, j’ai un grand-oncle vivant en Australie qui est venu faire un tour de France en bus depuis l’Italie avec d’autres Philippins d’Australie. Il est passé par Paris où je faisais mes études à l’époque. Je ne l’avais jamais rencontré, mais on a fait le tour des « must see » avec le bus que son groupe avait loué. Il est ensuite arrivé jusqu’à chez mes parents dans le Sud, où ma mère a improvisé pour accueillir une trentaine de personnes dans notre petit chez-nous. Et en partant, ils ont à leur tour insisté sur le fait qu’on devait aller les voir en Australie.

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Les Philippines

J’apprends encore sur ce pays, malgré mes nombreux voyages là-bas. En fait, ce n’est pas trop un pays dans le sens où on comprend habituellement le mot. Je ne sais pas si c’est à cause de son côté archipel (avec 7107 îles) ou de l’immigration, mais j’ai surement côtoyé plus de Philippins en dehors des Philippines. Même dans un autre pays, je sais que je peux rencontrer une communauté de Philippins. J’ai voyagé au Canada, en Nouvelle Zélande ou encore au Congo, et ça n’a pas manqué. C’est d’ailleurs aussi le cas en France.

Quand on me parle des Philippines, les sujets principaux qui ressortent ne sont pas franchement positifs, entre la prostitution (avec le tourisme sexuel), les esclaves modernes ou les typhons. Les Philippines ne se limitent pourtant pas à ça, et aujourd’hui je préfère me concentrer sur ce que l’on entend pas assez.

Le pays a notamment un paradoxe concernant les personnes trans. C’est un pays fermement catholique (il n’y a pas de divorce, l’avortement est un sujet très sensible, et la prière avant de passer à table est systématique, tout comme les messes à 5h du mat’), mais les gens sont d’une extrême tolérance avec les transgenres.

L’une des stars médiatiques du moment, Vice Ganda, sorte de mélange d’Ellen Degeneres et Conchita Wurst, montre bien cette ouverture que nous n’avons pas encore en France. Dernièrement, elle a interviewé le président des Philippines.

http://youtu.be/FkjPOzFHT1M

C’est d’ailleurs tout à fait commun et accepté de voir des femmes avec des pommes d’Adam saillantes dans la rue… ou l’inverse.

L’immigration des têtes diplômées reste par contre un sujet difficile. Depuis 40 ans, le but ultime des jeunes semble être de partir des Philippines. Quand on va à Dubaï, la grosse majorité des vendeurs sont par exemple des Philippins, et vous les retrouvez aussi dans des bateaux commerciaux. Un bon nombre de mes cousin•e•s se sont ainsi expatrié•e•s, mais le départ ne résout pas tout.

Ma mère a fait ce choix de partir pour ses enfants, mais elle a toujours aspiré à mieux, surtout pour eux. Elle a ainsi toujours refusé de faire venir mes grand•e•s frères et sœurs en France avec le regroupement familial, arguant :

« Ils vont faire quoi ici ? Femme de ménage comme moi ? »

Cela n’a pas empêché une de mes sœurs de partir dans les pays du Moyen-Orient une fois son diplôme de kiné en poche. Le pays voit ses jeunes diplômées attirés par des salaires plus attractifs, mais à quel prix partent-ils ?

Aux Philippines, beaucoup sont élevés par des tantes ou grand-mères parce que leurs parents sont à l’étranger, parfois illégalement, et qu’il est souvent compliqué de rentrer. Ma mère aurait ainsi voulu rentrer plus souvent, mais les prix des billets l’ont souvent freinée :

« Autant envoyer de l’argent au pays plutôt que le mettre dans un billet d’avion ! »

Il y a aussi certains patrons qui confisquent leur passeport à leur employé•e ou le•a font venir illégalement, même en France. De plus, la désillusion est parfois au rendez-vous quant aux salaires promis. Du coup, je suis très sensible au débat autour de l’immigration en France.

Les Philippins sont des gens qui ont un réel sentiment patriotique malgré tout ce qui les pousse à partir à l’étranger. Je pense vraiment qu’une marge de progression s’ouvre, que ses habitants sont complètement capables de rendre leur pays prospère.

J’ai vu des évolutions entre mes différents séjours là-bas : le pays s’ouvre au tourisme, et change les rythmes scolaires pour intégrer les systèmes occidentaux. La vie n’y est vraiment pas facile, entre la pauvreté, la corruption ou encore la saison des typhons, mais il y a tellement de belles valeurs dans ce pays !

Une ouverture sur le monde

Mes racines philippines m’ont apporté une réelle ouverture sur le monde. J’aime énormément voyager ! Ma mère a plein d’amies en Europe qui se sont mariées comme elle avec un étranger, du coup je suis allée en Hollande, en Allemagne et en Grèce. Et comme j’ai de la famille au Canada, en Australie et en Nouvelle Zélande, j’ai pu m’y rendre au moins un mois à chaque fois.

Sans compter que mes parents sont des voyageurs : ils sont allés en Irak, en Libye, à Chypre, en Indonésie ou encore au Mexique. Du coup, quand on m’a proposé des poste en Slovaquie, en Cote d’Ivoire et au Congo, cela ne m’a pas posé de problème, je me suis juste dit que j’allais m’adapter.

Il faut dire que mes racines m’aident aussi à beaucoup relativiser. Aux Philippines, ça pétille dans les yeux quand je dis que qu’en France les frais sont minimes concernant mes études d’ingénieure, ou pour le traitement du cancer de ma mère, tout comme quand on aborde le chômage et la retraite.

Je ne dis pas que notre système est parfait, mais c’est un monde bien différent quand on doit sortir son argent pour se soigner et qu’on doit bien souvent tout accepter au niveau du travail. J’aimerais pouvoir apporter certains aspects du modèle français aux Philippines.

Si vous voulez vous aussi parler de vos origines, et de ce qu’elles représentent pour vous, contactez Mélissa à melissa@madmoizelle.com, en précisant « Nos racines » en objet !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Sun is shining
    Sun is shining, Le 20 juillet 2016 à 16h39

    C'est un article très intéressant. Si l'auteure de l'article repasse par là, j'aimerais bien lui poser quelques questions sur les Philippines :hello:.

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