Nicolas Hulot annonce sa démission en direct : « Je ne veux plus me mentir »

Nicolas Hulot a annoncé en direct sur France Inter sa démission du ministère de la Transition écologique et solidaire.

Nicolas Hulot annonce sa démission en direct : « Je ne veux plus me mentir »

« Je ne veux plus me mentir.

Je ne veux pas donner l’illusion que ma présence au gouvernement signifie qu’on est à la hauteur de ces enjeux-là.

Et donc je prends la décision de quitter le gouvernement. »

Coup de tonnerre sur France Inter à 8h25.

Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, vient d’annoncer en direct sa démission du gouvernement.

Elle n’est pas préparée, c’est une décision en gestation « depuis de longs mois », qui arrive à maturation ce matin.

Nicolas Hulot démissionne en direct sur France Inter

J’ai écouté cette interview d’une heure en direct, estomaquée par la sincérité de l’ex-ministre de l’Écologie.

Il n’avait pas prévenu le Président Emmanuel Macron ni le Premier ministre Édouard Philippe de sa décision, et son annonce est une entorse sérieuse au protocole, c’est vrai.

Mais le bilan que Nicolas Hulot dresse de l’action, ou plutôt du manque d’action du gouvernement, est un manquement encore plus grave à notre responsabilité collective, « collégiale et sociétale », selon ses mots.

Nicolas Hulot démissionne : « Je me surprends à me résigner »

« Sur un enjeu aussi important, je me surprends tous les jours à me résigner, tous les jours à m’accommoder des petits pas, alors que la situation universelle au moment où la planète devient une étuve mérite qu’on se retrouve et qu’on change d’échelle et qu’on change de scope, qu’on change de paradigme. »

« Je prends une décision d’honnêteté et de responsabilité » assume le désormais ex-ministre de la Transition écologique et solidaire.

La démission de Nicolas Hulot est terrible parce qu’elle est sincère : il ne jette pas l’éponge par ego, mais par lucidité, par la mesure de sa responsabilité. Cet échange entre Léa Salamé et lui m’a bouleversée :

— Ça a été une souffrance ces douze derniers mois pour vous, au gouvernement ?

— Parce que je suis dans un moment de vérité, oui. Sauf à basculer dans ce que peut-être j’allais devenir : cynique. Finir par avoir une forme d’indifférence sur les échecs.

— Et vous l’avez eue, à un moment ? Cette tentation du cynisme ?

— Non, mais je me suis surpris par lassitude à baisser le bras. Et à un moment ou un autre, à baisser mon seuil d’exigence. Et là je me suis dit : c’est le moment d’arrêter.

Nous ne pouvons pas démissionner de l’écologie

L’échange se poursuit. Léa Salamé interroge Nicolas Hulot :

— Est-ce que vous aviez les épaules pour être ministre ?

« Peut-être pas », répond-t-il, toujours sincère.

Peut-être aussi que cette mission, cette responsabilité a toujours été trop lourde pour les épaules d’un seul homme.

Nicolas Hulot le rappelle plusieurs fois à l’antenne, dans ses interventions glaçantes par leur réalisme et leur lucidité : il n’était pas seul.

Ce combat est un travail collectif, poursuivi en partie grâce au maillage militant et associatif partout en France et dans le monde.

Mais peut-être que cette mission, cette responsabilité est encore trop lourde pour toutes ces épaules-là.

La démission de Nicolas Hulot, le miroir de notre impuissance collective

Cette annonce improvisée en direct va perturber le gouvernement et la majorité dans les jours à venir, mais Nicolas Hulot ne veut pas qu’on se trompe de combat.

Ce n’est pas « le gouvernement » qui pose problème, c’est l’inertie de ce gouvernement, de notre société toute entière.

Le piège serait de commenter à l’infini les répercussions purement politiques de la démission de Nicolas Hulot, en manquant l’avertissement collectif et solennel qu’elle porte en elle.

Je vois les cyniques se réjouir du geste de Nicolas Hulot — « ça va faire monter le cours du pop corn » jase-t-on sur Twitter, anticipant les déboires de communication qui attendent les membres de la majorité, dans les heures et les jours à venir.

D’autres ironisent : « C’est le premier acte vraiment écolo de Nicolas Hulot en un an et demi ».

Des sarcasmes, de l’ironie, tout pour ne pas regarder en face le terrible miroir que nous tend l’ex-ministre de l’Écologie : celui de notre impuissance collective.

« Seul, je n’y arriverai pas » concède Nicolas Hulot

Nicolas Hulot n’a pas orchestré sa démission pour en faire un spectacle : il confie à Thomas Legrand avoir pris la décision sur le moment, en écoutant les questions qui lui étaient posées.

Mais la surprise de cette annonce a pour effet de transformer ce moment de vie politique en coup de tonnerre collectif : Nicolas Hulot démissionne parce qu’il ne veut pas entretenir l’illusion que le gouvernement prend la mesure des enjeux écologiques.

Si lui, si le « monsieur écologie » de l’opinion publique, n’a pas réussi à faire prendre conscience à Emmanuel Macron et son gouvernement de l’impérieuse nécessité dictée par le changement climatique, qui y arrivera ?

« Seul, je n’y arriverai pas » concède Nicolas Hulot. C’est une évidence.

Ça devrait être une évidence pour les responsables politiques portés au pouvoir par le suffrage universel. Ça devrait être une évidence aussi pour celles et ceux que les citoyen·nes ont désignés pour représentant·es dans l’opposition.

Cette majorité, et cette opposition portent toutes deux leur part de responsabilité : Nicolas Hulot déplore, dans son intervention, le manque de soutien au sein de la majorité, mais également le manque de réalisme et de responsabilité de l’opposition.

La démission de Hulot, un constat d’échec de la démocratie

Autour des 18-20 minutes d’interview, Nicolas Hulot commente la politique globale du gouvernement, le contexte idéologique, économique et politique qui rend impossible une transition énergétique pourtant nécessaire.

« On me dit prends ton temps, sois patient. Mais ça fait 30 ans qu’on est patients. »

C’est sans doute cette partie de l’interview qui m’a le plus bouleversée, parce que l’ex-ministre y pose des mots d’une sincérité indubitable sur une réalité glaçante : l’impuissance individuelle, l’inertie collective face à modèle qui tourne tout seul en nous emmenant droit dans l’impasse.

Ce que Nicolas Hulot explique en l’essence, c’est qu’une société démocratique libérale ne peut rien faire contre le changement climatique. Les forces en présence n’agissent pas dans le bon sens :

« Posons-nous la question de nos propres responsabilités : est-ce qu’on est capable de mettre en cause nos modes de consommation ? »

« On a basculé dans les conséquences du changement climatique», constate Nicolas Hulot.

Nicolas Hulot : « Le court terme pré-empte tout »

« On s’accommode de la gravité, et l’on se fait complice de la tragédie en cours de gestation ».

Des phrases terribles illustrent l’inertie des pouvoirs publics sur des questions pourtant essentielles pour l’avenir de l’humanité.

« J’espère que mon départ provoquera une profonde introspection de notre société sur la réalité du monde. »

Je l’espère aussi, car elle est indispensable, cette introspection.

Ce coup de tonnerre médiatique et politique permettra-t-il de réveiller la classe politique française ?

De lui faire prendre conscience que les enjeux environnementaux dictent une impérieuse nécessité de cohésion, de responsabilité collective et doivent s’affranchir absolument des bassesses politiciennes ?

Nous pouvons avoir des divergences d’opinions et de convictions sur les programmes scolaires, sur la place de la culture dans le budget de l’État, sur une infinité de sujets relevant de la vie publique et citoyenne.

Mais pas sur l’écologie.

Le changement climatique n’est pas un débat, c’est un fait. La transition énergétique n’est pas une idée, c’est une nécessité.

Les enjeux écologiques ne sont pas un luxe que se paient les pays riches, c’est un impératif qui menace l’avenir de toute l’humanité.

C’est aussi grave que ça. On peut excuser l’entorse protocolaire de Nicolas Hulot, devant la mesure des enjeux auxquels sa décision nous renvoie.

L’effet papillon de la démission de Nicolas Hulot

J’ai grandi en Moselle, où la campagne porte les cicatrices de l’Histoire. Les bunkers de la ligne Maginot me rappellent aux conséquences terribles de cet engrenage dont nous avions appris par coeur les dates-clé pour le bac.

Le premier « domino », celui qui entraînait dans sa chute tous les autres, jusqu’à deux Guerres Mondiales, c’était celui-ci, dans la chronologie de mes cours de lycée : 28 juin 1914, assassinat de l’archiduc d’Autriche, François-Ferdinand.

Le premier battement d’aile du papillon : 28 juin 1914.

Mardi 28 août 2018 : Nicolas Hulot démissionne du ministère de la Transition écologique et solidaire. Ce n’est pas le premier domino, des événements climatiques avaient déjà réveillé l’engrenage.

Sa décision résonnait ce matin sur France Inter comme un coup de tonnerre.

J’espère que son écho sera assez fort pour nous réveiller collectivement, pour que les pouvoirs publics sortent du déni d’irresponsabilité dans lequel ils semblent enlisés.

Nos représentants politiques n’ont pas le droit au déni

L’inertie du vieux monde ne me surprend pas une seconde : demain est un avenir qu’il ne connaîtra pas.

Mais l’immobilisme du « nouveau monde », de la « start up Nation » d’Emmanuel Macron, ce manque de réalisme, d’ambition, de responsabilité pur et simple, voilà ce qui me met en colère.

À quoi ça sert d’avoir un Président jeune, tourné vers l’avenir, s’il n’est pas à la hauteur des enjeux que cet avenir nous pose dès aujourd’hui ?

Quel futur sommes-nous en train de construire, tous et toutes, si nous ne regardons pas sa réalité en face ?

Les réactions de déni, je les comprends lorsqu’elles émanent des citoyen·nes ordinaires. Oui, tout ceci est lourd à porter, au quotidien.

Je comprends que nous soyons nombreux et nombreuses à nous décharger mentalement de ces problématiques, au quotidien.

Je sais aussi que nombre de mes concitoyen·nes vivent des situations de pauvreté, et que ces questions écologiques sont forcément secondaires dans leurs priorités, c’est évident.

Je ne comprends pas que les pouvoirs publics, nos représentant·es élu·es de la majorité ET de l’opposition, manquent au devoir historique qui leur incombe pourtant.

En témoigne cette réaction lunaire de Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, qui réagit sur BFM TV à la démission de Nicolas Hulot :

« Je ne comprends pas qu’il renonce alors qu’on a eu une première année avec beaucoup d’accomplissements qui sont à mettre à son crédit.

Il n’a pas gagné tous ses arbitrages, mais c’est le lot des ministres que de ne pas gagner tous ses arbitrages, il faut parfois savoir faire des accords et se dire que le petit pas qu’on a réalisé aujourd’hui permettra demain de faire un plus grand pas encore. »

« Vous croyez que la planète s’accommode de « petits pas » ? »

Je ne comprends pas ce manque criant de lucidité. Je ne comprends pas qu’on puisse comparer les impératifs écologiques à « des arbitrages gagnés ou perdus ».

Je ne comprends pas qu’on puisse se satisfaire de « petits pas » devant l’urgence écologique.

Je ne comprends pas cet aveuglement : croire que « faire un plus grand pas » demain permettra d’enjamber les problèmes, alors même que ces problèmes s’aggravent, que les écarts se creusent.

Ne voyez-vous pas que les petits pas d’aujourd’hui sont cruellement insuffisants, et que les hypothétiques grands pas de demain seront bien petits aussi, une fois ramenés à l’échelle des problèmes affrontés ?

Quel aveuglement !

Je laisse le mot de la fin à Nicolas Hulot, et il s’agit de sa première réponse, au cours de ce long entretien.

Nicolas Demorand demande à son invité pourquoi, selon lui, le gouvernement et globalement la société dans son ensemble sont si peu mobilisés sur les questions écologiques.

Sa réponse en dit long sur le sentiment d’impuissance et de découragement qu’il exprimera tout au long de l’entretien, par la suite :

« Je ne comprends pas que nous assistions, globalement les uns et les autres, à la gestation d’une tragédie bien annoncée, dans une forme d’indifférence.

La planète est en train de devenir une étuve, nos ressources naturelles s’épuisent, la biodiversité fond comme la neige au soleil, et ça n’est pas toujours appréhendé comme un enjeu prioritaire.

Et surtout […] on s’évertue à entretenir voire à réanimer un modèle économique marchand qui est la cause de tous ces désordres.

Je ne comprends pas comment après la conférence de Paris, après un diagnostic imparable qui ne cesse de se préciser et de s’aggraver de jour en jour, ce sujet est toujours relégué dans les dernières priorités. »

Moi non plus, je ne comprends pas.

L’intégralité de l’entretien de Nicolas Hulot par Léa Salamé et Nicolas Demorand est à réécouter en intégralité sur France Inter.

À lire aussi : Le réchauffement climatique, un problème de riches, vraiment ?

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Clemence Bodoc

Clémence Bodoc a été jeune cadre dynamique dans une autre vie, avant de rejoindre la Team madmoiZelle. Elle s’intéresse à l’actualité et à l’écologie, aime la politique et les débats de société. Grande fan de sport (mais surtout à la télévision), et de cinéma (mais seulement en VO), son nom de scout est dinde gloussante azurée. Elle ne mord pas mais elle rit très fort.

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Commentaires
  • Powine
    Powine, Le 6 octobre 2018 à 21h11

    Le site ne va jamais critiquer frontalement la fastfashion et arrêter de faire des articles dessus puisque c'est en grande partie sa source de revenus... :dunno:
    Je comprends bien que ça doit être très difficile de gérer à la fois une ligne éditoriale "écolo" (c'est -à-dire pas compatible avec le système économique actuel) et être un acteur de ce même système (sans avoir d'autres choix si le site veut rester gratuit !). Je comprends l'argument d'éduquer petit à petit, mais je pense personnellement que faire à la fois des articles sur l'écologie ET sur la promotion de la fastfashion (et des comportements consuméristes associés), c'est pire que de seulement faire la promotion de la fastfashion.
    Ça maintient les gens, dans l'illusion pour certains (qui n'ont pas eu les clefs pour comprendre le lien entre les deux, et je ne leur jette absolument pas la pierre !) et dans le déni / dissonance cognitive pour d'autres (dont je fais moi-même partie, j'achète mes fringues chez h&m...) de croire qu'il est possible d'avoir une société préoccupée par l'écologie qui ne remet jamais en cause ses modes de consommation et son système économique global (fondé sur la croissance, c'est à dire produire plus chaque année que l'année précédente... ce qui revient à consommer chaque année plus que la précédente !).
    A chaque fois que je lis un article "mode fastfashion", ça me donne inconsciemment envie d'aller moi aussi acheter 6000 crop tops à 5 euros, alors que je SAIS pertinemment que ces crop tops sont un désastre écologique et humain... et je ne pense pas être la seule dans ce semi-déni. Ce genre d'article n'a pas un impact neutre en étant "non écolo", ils aggravent le problème.
    Je vais peut-être être très dure mais pour moi, publier ce genre d'article sur la fastfashion tout en se disant "ecolo" c'est avoir une ligne éditoriale consumériste qui fait... du greenwashing.
    Sur des questions d'écologie, j'ai bien peur que Madmoizelle participe activement au problème plutôt que de le résoudre petit à petit en "laissant les gens faire leur propre chemin écologique", vision qui me paraît extrêmement naïve au vue de l'ampleur des enjeux économiques et de la force de conditionnement de la pub/du marketing dans le domaine de la mode.

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