Nicki Minaj et son bouli rebondi: pourquoi tant de haine ?

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Nicki Minaj twerke, Nicki Minaj porte des ipsy bitsy tiny bikini, et Nicki Minaj énerve pas mal de monde. Mais dites, elle fait quoi de mal, au fond ?

Nicki Minaj et son bouli rebondi: pourquoi tant de haine ?

Il y a quelques jours, Nicki Minaj a sorti le clip (très attendu) de son single Anaconda, issu de son prochain album, The Pinkprint. La marque M.O.C. Brand a décidé de surfer sur le buzz entourant la jaquette du titre, en sortant des vêtements et accessoires ornés d’un logo joliment brodé, reprenant la posture et surtout l’incroyable combo boule de compète + string défiant la gravité de la rappeuse. Du coup, comme on aime bien la mode qui sait ne pas se prendre au sérieux, on en a fait un article.

À lire aussi : La ligne Anaconda (Nicki Minaj) de M.O.C Brand — WTF Mode

Sur la page Facebook de madmoiZelle, comme ailleurs dès qu’on parle de Nicki Minaj (ou dans une moindre mesure de Miley Cyrus, surtout pendant sa belle époque twerk et langue pendante), les commentaires ne font pas dans la demi-mesure. « Je vomis », « Horrible », « Ça devrait être interdit », « Qui va acheter ces merdes ? »… Mais pourquoi tant de haine ? On peut tout à fait ne pas se voir arborer le bouli de Nicki sur son front (moi-même je ne serais pas sûre de l’assumer toute la journée), mais ces réactions semblent quasi-épidermiques.

Depuis qu’elle est connue du grand public, Nicki Minaj déchaîne les passions. Parmi les commentaires YouTube du clip d’Anaconda, un des posts ayant reçu près de 100 « likes » déclare : « Voilà ce qui cloche avec la société d’aujourd’hui ». Vraiment ? Vraiment, avec tout ce qu’il se passe dans le monde, ce qui cloche ce sont les ondes de choc du twerk d’une rappeuse ? V R A I M E N T ?

Je lis ici et là que le clip d’Anaconda est « quasiment de la pornographie », que c’est « vulgaire » (ô, vulgarité, quel concept malléable tu fais), que Nicki Minaj « ne se respecte pas », et surtout, mon argument préféré (non) : « elle fait du tort à la cause des femmes » (ex aequo avec « dire que les gamines s’inspirent de ça »). Du coup, je vais râler un peu, y a pas de raison.

« Nicki Minaj donne une mauvaise image de lafâme »

Nicki Minaj est une rappeuse, chanteuse et compositrice qui a commencé à sortir des mixtapes à l’âge de 25 ans, avant d’accéder à la gloire trois ans plus tard. Elle a été reconnue en 2013 comme l’une des « femmes noires les plus influentes » par le New York Times (qui donc y avait-il dans le classement ? Oh, pas grand-monde, genre Michelle Obama), est la seule femme présente dans les « Hip Hop Cash Kings » listés par Forbes, et a remporté, en tout, 60 récompenses, excusez du peu. En 2013, elle a gagné près de 30 millions de dollars. Son premier album est devenu disque d’or aux États-Unis en trois petites semaines.

Nicki Minaj est donc une artiste accomplie, qui connaît un grand succès. Oh, attendez, j’ai saisi le problème : elle adopte, dans ses clips comme sur scène, des poses sexy ; elle twerke en string, elle se couvre les seins de chantilly, elle sautille en bikini, elle se peinturlure le corps.

Et ?

Après tout, le féminisme et la libération des femmes, n’est-ce pas l’idée que toutes les femmes devraient pouvoir faire ce qu’elles veulent ? Dois-je penser à « l’image de lafâme » lorsque je danse en mini-jupe ? Les actrices érotiques et/ou porno doivent-elles abandonner leur métier pour cesser de « dégrader la cause des femmes » du monde entier ? Je ne crois pas.

Mon féminisme, en tout cas, me dit que non ; que si Adèle engrange des millions grâce à sa voix d’or et à ses textes émouvants, Nicki Minaj a le droit à autant de respect lorsqu’elle gagne sa vie en rappant avec talent tout en exécutant un bootyshake qui me pèterait à coup sûr les reins.

Prenons le clip d’Anaconda : Nicki Minaj y danse, entourée exclusivement de femmes, se moquant de symboles phalliques (comme le fameux moment où elle jette une banane par-dessus son épaule avec une moue de mépris). Le seul homme présent dans le clip n’est autre que Drake, rappeur lui aussi mondialement connu, que Nicki chamboule avec son boule (je fais les jeux de mots que je veux, c’est mon article) avant de s’en aller lorsqu’il essaie de la toucher, le laissant méditer sur le sens de la vie, de l’univers et de tout le reste.

Drake s’en remettra-t-il un jour ? Pas sûre.

Nicki Minaj n’est donc pas « objectifiée » (ou réifiée en bon français), elle n’est pas l’accessoire qu’un mec accroche à son bras pour assoir son statut, elle est la star de son propre clip, l’agent actif de sa propre vie.

Qui décide de quelle façon une femme doit gagner sa vie, et dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, mettre en scène son art ? Qui est en droit de dire à Nicki Minaj d’aller se rhabiller et de se mettre au ballet plutôt qu’au twerk ? Où est la liberté des femmes, si on bride leurs choix et leurs modes d’expression « pour leur bien » ?

Et au fait, dit-on de Pitbull ou de Robin Thicke qu’ils « desservent la cause masculine » ou « font du mal à l’image des hommes » lorsqu’ils se pavanent en costard, entourés de femmes en string, voire carrément nues, qui servent de décoration et d’objet sur lequel projeter divers fantasmes ?

Ah. Ah ben non. J’imagine qu’ils ont une dérogation.

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« Mais les gamines regardent ça à la téléééé »

La page Wikipédia de Nicki Minaj a beau être très fournie, nulle part je ne vois la mention « éducatrice », « pédagogue » ou « modèle à suivre absolument ». Est-ce aux artistes mainstream d’éduquer un public qui n’est pas le leur, celui des plus jeunes ? Est-ce de la faute des stars si des enfants de dix ans sont collés devant W9 ?

Soyons honnête… je sais pas vous, mais moi, quand j’avais 10 ans, y avait déjà des femmes en string à la télé. Généralement, elles dandinaient du boule pendant qu’un mec faisait flamber des billets et était la star du show. Quand j’avais 10 ans, je chantonnais « Vas-y Francky, c’est bon », quoi !

Et si j’ai, miraculeusement, réussi à faire la part des choses, c’est que divers outils d’éducation (mes parents, l’école, la société) étaient là pour ça. Est-ce aux artistes de faire attention au message qu’ils transmettent à des enfants ne faisant pas partie de leur public… ou aux gens qui élèvent ces enfants de rester vigilants, et de leur expliquer ce qu’ils voient ?

Quand bien même une gamine regarderait Anaconda et déciderait de faire « comme la dame à la télé », c’est quoi, la meilleure solution ? Lui expliquer que c’est une danse comme une autre, qui plaît à certaines personnes et déplaît à d’autres, ou lui dire que cette femme dont le seul crime est de twerker « donne envie de vomir » et est « horrible » ? Et d’ailleurs, une danse est-elle sexualisée en soi ? Quand un enfant remue ses petites fesses sans penser à rien d’autre qu’à la « dame de la télé », est-on en droit de sexualiser ce qui est pour lui/elle une activité innocente ?

À mon sens, il vaut mieux expliquer aux enfants que certain-e-s adultes font des trucs d’adultes parce qu’ils/elles en ont envie, plutôt que de jeter ces stars sous les roues du camion sans répondre à la moindre question.

Leave Nicki alone, comme dirait l’autre

Voir de grandes artistes pop se réapproprier des danses et des rôles généralement réservés à des danseuses anonymes servant à entourer des mecs, moi, ça me fait plaisir. Alors attention, je ne dis pas que leurs oeuvres sont exemptes de toute critique, au contraire : analyser, décortiquer, réfléchir, c’est toujours salutaire. Par contre, quand 90% des critiques se focalisent sur le fait qu’une femme dénudée danse, de son propre chef, de façon suggestive, là je vois rouge.

Personnellement, je ne vois pas les « droits des femmes » comme un concept malléable et limité dans lequel ces « droits » voudraient dire « fais ce que tu veux tant que MOI je juge que c’est bien ». C’est plutôt : « fais ce que tu veux tant que ça ne fait de mal à personne », et il me semble qu’à part l’état mental de Drake à la fin d’Anaconda (et ma raie quand je pense à ce minuscule string rose bonbon), personne n’a souffert du bouli rebondi de Nicki Minaj.

Alors c’est quoi, sérieusement, le problème ?

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Mymy

Mymy, entre deux bouquins qu'elle chronique parfois en vidéos, est la rédac-chef adjointe/correctrice/community manager de madmoiZelle. Elle aime rester chez elle, les chatons mignons, la raclette du dimanche et les séries télé avec des retournements de situation dedans.

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Commentaires
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  • Anandryne
    Anandryne, Le 31 octobre 2017 à 0h42

    Wow les commentaires ici... Tant de slutshaming pour quelqu'un qui a l'air super à fond de ce qu'elle fait, qui n'est pas forcée à être un objet, qui possède totalement sa sexualité et son corps.
    Le féminisme bigot par excellence...

    @Tu as raison pas mieux ! <3

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