Comment monter sur scène ? — Journal d’une standupeuse #1

Anouk s'est lancée dans le stand-up il y a maintenant un an. Dans ce journal, elle témoigne de ses débuts.

Comment monter sur scène ? — Journal d’une standupeuse #1

Cet article a été mis en ligne le 29 février 2016.

Qu’on se le dise : je ne suis pas très drôle dans la vie. Je n’ai jamais été la marrante de la bande, je suis même plutôt la timide. Mais ça ne m’a pas empêchée de me lancer dans un nouveau défi, de taille : faire du stand-up ! Il y a maintenant plus d’un an, le 13 janvier 2015, je suis pour la première fois montée sur scène faire des blagues.

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La graine de l’humour

Au collège, si je me tordais de rire devant le Jamel Comedy Club, jamais il ne m’était venu à l’idée que je pourrais un jour monter sur scène, seule, pour faire des blagues. Non, vraiment, ce n’était absolument pas une possibilité. Et puis j’ai grandi et j’ai commencé à snober l’humour, préférant la tragédie, que je trouvais bien plus classe (oui, j’étais pédante).

Ce n’est que des années plus tard, fin 2012, que j’ai rencontré ce garçon, Fred, qui m’a parlé très rapidement du stand-up —notamment de la scène américaine, sa passion. Il m’a avoué qu’il voulait se lancer, m’invitait régulièrement voir des scènes d’humour, m’envoyait des vidéos de stand-uppeurs en me disant « regarde ça ! ».

Il y a des sous-titres si tu appuies sur CC

Le stand-up est une discipline qui consiste à monter seul•e sur une scène pour raconter des choses — drôles en général — sans l’aide ni de décor ni d’accessoire. Le stand-upeur ne joue généralement pas de rôle et raconte sa vie plus ou moins romancée. C’est ce que fait par exemple Gad Elmaleh.

Le sketch consiste à jouer un personnage. C’est ce que fait Muriel Robin dans L’addition.

Les deux disciplines peuvent se croiser quand un stand-upeur parle d’une situation… Qu’il imite juste après !

J’avais l’impression de découvrir un nouveau monde, bien plus intéressant et drôle que ce que j’imaginais. Fred s’est lancé début 2013. J’étais présente à sa première scène… Où il a fait un gros GROS bide.

Un bide, c’est quand on fait une blague et que personne ne rigole. Quand on débute dans le stand-up, ça arrive très souvent. Dur pour l’égo quand justement c’est ton but de faire rire les gens. Le pire c’est que ça ne s’arrête pas aux tout début. Récemment, j’ai vu un stand-upeur qui a plus de 15 ans de carrière se planter devant 1500 personnes !

Clique pour voir Fred parler d’un gros bide (à 10 min. 33)

Mais j’ai vu mon ami s’accrocher. Le voir s’améliorer petit à petit, malgré les blagues qui ne marchaient pas toujours, malgré la difficulté pour lui à trouver des scènes sur lesquelles monter, m’a poussée à penser : « Et pourquoi pas moi ? ».

Fin 2013, dans un élan de motivation j’ai écrit un texte et l’ai envoyé à Fred pour avoir son avis. Il m’a répondu par un pavé que l’on pourrait résumer par la phrase suivante « NE JOUE JAMAIS ÇA SUR SCÈNE OU TU VAS TE TAPER LE BIDE DU SIÈCLE ». Démotivée, je suis passée à autre chose.

Avec le recul… Il avait totalement raison.

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Se lancer

Quand on se lance dans l’humour, le parcours classique est de commencer sur de petites scènes ouvertes qui font passer en une soirée 6 à 10 humoristes pendant 5 à 10 minutes chacun. En principe, tout le monde peut y participer.

L’étape suivante sont les plateaux. Le principe est le même (un certain nombre d’humoristes se suit sur scène pendant 5 à 10 minutes) à la différence près qu’il y a une sélection de la part des organisateurs pour y participer.

Le Jamel Comedy Club est un plateau d’humoriste. Ici Marina Rollman que j’aime d’amour.

Enfin, beaucoup d’humoristes passent par l’épreuve du mini show-case, c’est à dire jouer une demi-heure de spectacle…  Puis l’heure entière, but final de bien des professionnel•le•s.. Entre la première scène ouverte et l’heure de spectacle, il peut se passer selon les cas entre quelques mois à peine et… Plusieurs années.

En 2014, je traversais dans une période très bizarre : j’étais dans une entreprise où ça se passait très mal et qui m’a effrité ma confiance en moi. Alors quand je l’ai quittée, en décembre, je voulais me lancer un vrai défi valorisant pour moi. Au chômage et sans le sou, j’ai décidé de me lancer dans le stand-up.

Sans demander l’avis de personne, j’ai envoyé un mail à une salle qui m’a répondu simplement « Avec les vacances de Noël, on n’a pas de disponibilité avec le 13 janvier, t’es libre ? ». C’était noté. À partir de là, le plus dur était à venir : j’ai écrit un long premier texte et Fred m’a dit gentiment qu’il y avait plein d’anecdotes… Mais aucune blague.

Alors j’ai écrit, réécrit. Encore et encore. J’étais morte de trouille.

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Et puis il y a eu les attentats du 7 et 9 janvier, et là je me suis dit que ça allait être vraiment compliqué de faire rire les gens. Pendant les deux jours précédents ma première fois, j’avais une boule au ventre, envie de vomir. Je me demandais « mais pourquoi je me suis lancée là-dedans ? ».

Mon premier passage sur scène

Le 13 janvier 2015, soir de mon premier passage, les deux personnes avant moi ont bidé. À ce moment là j’étais à deux doigts de la crise cardiaque. J’avais la tête qui tournait de stress, mais je savais que je m’en voudrais si je lâchais à ce moment précis.

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Ce fut mon tour. Sur scène, j’étais en panique totale mais j’entendais que je faisais rire les gens. J’avais du mal à respirer, à déglutir, je transpirais… Si vous voulez voir à quoi ça ressemble une Anouk à deux doigts du décès, c’était en exclu dans la Pause Culotte, notre newsletter quotidienne, et ci-dessous rien que pour vous.

Toutes mes blagues n’ont pas fait rire (ça serait trop facile), mais je crois que ma peur a attisé la sympathie du public. Par la suite, je n’ai pas toujours eu cette chance et j’ai connu des bides atroce. À la fin, de nombreuses personnes m’ont félicitée pour mon passage, j’étais aux anges. Dès le lendemain, je me suis inscrite sur une autre scène.

Parcours de stand-upeuse

Dans le stand-up, on dit souvent que la première fois ça marche (parce qu’on est sous tension) et que c’est la deuxième qu’on se plante (parce qu’on a trop pris confiance en ses blagues).

Dans mon cas, ça a été vérifié. Les premiers mois, je ne comprenais pas la logique : une même blague, selon le jour et la scène, faisait rire ou ne marchait absolument pas. Je me chiais dessus à chaque fois que j’allais monter sur scène, cette instabilité me rendait malade.

Blanche Gardin a pas mal flippé au début aussi.

Mais je m’accrochais, et petit à petit, mon niveau s’améliorait. J’en tirais énormément de fierté. Trouver les tournures de phrases, les blagues pour faire rire des gens alors que ça n’avait jamais été mon point fort était vraiment intéressant ! Et puis, début octobre, j’ai profité de la fin de mon dernier contrat pour partir 4 mois à l’étranger et j’ai fait une pause.

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Ma deuxième première fois

Il y a une semaine, je suis montée sur scène de nouveau après cette escapade de quelques mois. Après une telle pause, j’ai retrouvé le stress de ma première fois : l’envie de vomir, de fuir…

Et finalement la scène. Ça s’est bien passé. J’ai bidé sur une ou deux blagues, mais contrairement à il y a un an, je n’ai pas totalement paniqué. J’ai juste dit en rigolant « ok… à réécrire ». J’ai quand même gardé un peu de mon niveau.

Je lance ce journal pour garder trace de ma progression. Pour montrer qu’on ne devient pas stand-upeur en un claquement de doigt et aussi que tout le monde peut se lancer ! Paraitre drôle et naturel•le sur scène n’est pas inné : ça peut se travailler.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Ben quoi ?
    Ben quoi ?, Le 7 mars 2016 à 18h54

    Je ne sais pas si je me sentirais très à l'aise à dire des blagues à la seconde..
    Je me verrais plus à faire des sketchs. Enfin bon, faut avoir des choses à raconter aussi !

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