J’ai testé pour vous… faire une mission humanitaire au Pérou

Flora s'est occupée d'un projet humanitaire visant à aider les enfants au Pérou. Après y avoir passé six semaines, elle ne se sent plus la même.

J’ai testé pour vous… faire une mission humanitaire au Pérou

Je viens de vivre l’aventure la plus dingue de ma vie, et je suis loin d’en ressortir indemne.

Étudiante à Grenoble École de Management depuis 2013, j’ai fait comme beaucoup d’étudiant•e•s : je me suis investie dans des associations.

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En plus d’être membre du BDA, je me suis donc retrouvée responsable sensibilisation du Projet Pérou, l’un des six projets internationaux solidaires de Savoir Oser la Solidarité (SOS pour les intimes) et membre des P’tites Zaprems, l’un des six projets locaux de l’association, en partenariat notamment avec le Secours Populaire.

Le projet Pérou, c’est une trentaine d’étudiant•e•s qui travaillent ensemble toute l’année pour récolter des fonds et mener un projet avec la Casa Luz, un hogar de niños (foyer pour enfants) dirigé par Jorge et Mariela, un couple de pasteurs évangélistes. La Casa Luz chaperonne deux autres institutions, bientôt trois, appelées les comedores. Les enfants extrêmement défavorisés peuvent y avoir accès à un vrai repas et à de l’aide pour les devoirs.

Le projet existe depuis quatre ans, et cette année, il consistait à financer une partie de l’investissement dans des machines à coudre pour un centre de formation à l’intention des parents des enfants du comedor Luz y Vida.

Nous investissons aussi dans des arbres de tara pour la Casa Luz qui, dans quatre ans, produiront des fruits à forte valeur ajoutée utilisés pour la teinture du cuir ou la médecine. Enfin, nous achetons des chaussures d’écoliers pour les enfants de Luz y Vida, pour leur confort mais surtout leur dignité.

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Une Péruvienne contemplant Ayacucho.

Récolter les fonds n’est pas une tâche facile, mais entre l’organisation d’événements, les ensachages (proposer un sac de courses contre un don libre aux supermarchés), les paquets cadeaux dans les magasins, les appels sur Ulule… on a réussi !

Pendant cette période, on ne se rendait pas compte de ce que représentait chaque centime récolté.

Et puis nous sommes partis là-bas, à Ayacucho, deuxième région la plus pauvre du Pérou. Et nous avons pris la mesure de cette pauvreté.

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Un autre monde

Je suis entrée au Pérou le 29 juin avec toute une journée de voyage dans les pattes et un espagnol un peu rouillé. Le 1er juillet, notre petite équipe de 9 étudiant•e•s est arrivée à Ayacucho où deux membres de l’équipe précédente nous attendaient pour nous briefer et nous introduire auprès des partenaires et des enfants.

C’était le début de six semaines hors du temps.

Je partais avec dans la tête deux idées totalement fausses :

  • Je suis nulle avec les enfants.
  • Je ne m’attacherai pas à eux, je sais que ce n’est que pour six semaines.

Naïve que j’étais…

Nous avons passé nos journées avec les gosses : ceux de la Casa Luz, du comedor Luz y Vida, ou du comedor Getsemani. Nous discutions beaucoup avec nos partenaires pour étudier leurs besoins et construire le projet 2014-2015. Après avoir travaillé toute l’année en France pour financer les investissements matériels du projet 2013-2014, nous avons activement participé à la vie de l’orphelinat et des comedors. Nous aidions à la cuisine, nous organisions des activités avec les enfants, nous les aidions dans leurs devoirs, etc.

J’ai beaucoup appris à leurs côtés, que ce soit sur le Pérou, sur l’enfance ou sur moi-même.

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Photo de groupe au comedor Luz y Vida : nous venions d’offrir des chaussures d’écoliers aux enfants.

J’ai été fascinée par les contrastes de ce pays en développement, et plus particulièrement de cette région en reconstruction. Ayacucho a été l’épicentre de la guérilla du Sentier Lumineux dans les années 1980 et 1990.

Selon Europe 1, ce fut « une des plus sanglantes guérillas d’Amérique latine […] qui a fait, dans les années 1980 à 2000, près de 70 000 morts et disparus ».

Si le mouvement se réclamait d’idées marxistes et proches du peuple, il a surtout été, dans les faits, extrêmement meurtrier. Il a totalement déstructuré l’économie du pays, et poussé les paysans sans terre à s’entasser dans les villes où règne la pauvreté. Aujourd’hui Ayacucho se reconstruit, et la jeunesse efface le traumatisme vécu par les générations de plus de quarante-cinq ans. La microentreprise a un rôle prépondérant dans cette renaissance, menacée en permanence par la tentation du narcotrafic.

Les boutiques de télécommunication et de vêtements fleurissent en même temps que les restaurants. C’est avec étonnement qu’on croisait des grands-mères en habit traditionnel, ne parlant parfois que le quechua, mais aussi des jeunes en baskets Nike, avec des écouteurs vissés dans les oreilles.

Dans ce contexte si particulier, si éloigné de tout ce que je connaissais, de tout ce que j’aurais pu imaginer, j’ai compris que je voulais faire partie de ce monde-là. Je veux participer à sa reconstruction, avec mes petites mains, mes vingt ans à peine révolus, et mes idéaux. Naïveté encore, peut-être, mais je préfère croire que ce que j’ai fait pendant six semaines représente quelque chose.

Je préfère croire que lorsqu’un de ces gosses se verra proposer de vendre ou de prendre de la drogue, il refusera parce qu’il aura compris les valeurs qu’on lui a enseignées. Je préfère croire que lorsqu’il pourra choisir entre vendre ce qu’il peut au coin de la rue, ou aller à l’université, il choisira les études.

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Une expérience qui change

Les pasteurs et toutes les autres personnes autour de ces institutions nous ont accueilli•e•s les bras grands ouverts en nous remerciant comme si nous étions un cadeau du ciel. Mais pour moi, les anges, ce sont eux. Ils dédient leur vie à ces enfants et travaillent extrêmement dur pour rendre autonome la Casa Luz et ses comedores.

Vivre un mois et demi avec les mêmes personnes dans des conditions très éloignées de notre confort européen, dans un environnement différent, peut, malgré toute notre motivation, créer des tensions au sein du groupe. Nous avons tous appris à prendre sur nous et à communiquer. Et nous avons vécu, ensemble, une expérience extraordinaire ; rien ne pourra nous l’enlever.

Il y a bien eu des moments difficiles, mais ce qu’on retient c’est tout le reste. Ce sont les rires des enfants, les poignées de mains et les embrassades, les bénédictions que nous avons reçues.

Mais ce que je grave aussi dans ma mémoire, c’est la misère dans laquelle les enfants vivent, leurs vêtements troués et leur manque d’hygiène, l’empressement avec lequel certains finissaient leur assiette avant d’en redemander, leurs petites dents gâtées par la sous-nutrition.

Pour la première fois, j’ai également été au contact du handicap. Certains enfants, après avoir vécu leurs premières années dans la faim, sont atteints par un retard de développement physique et mental. Comme José, qui fêtait ses 13 ans en août, et avait l’air d’en avoir 8.

D’autres ont pâti des conditions sanitaires déplorables à leur naissance. Mili, qui comprend tout, ne sait pas parler et ne contrôle pas la force de ses gestes car elle a manqué d’oxygène trop longtemps lorsqu’elle est née, dans un village perché à plus de 4000 mètres d’altitude.

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Ce sont eux qui m’ont le plus émue. Mes cheveux ont beau avoir souffert de ma séance de coiffure made by Mili, je me souviendrai toujours des heures passées avec elle et les autres comme de moments tendres, précieux et sincères.

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De gauche à droite : Sara, moi et Sulema. Ce sont deux jeunes filles du comedor. Sara et moi avons développé un lien très particulier. Sulema vit avec ses parents, ses deux sœurs et son frère dans un bidonville sur une décharge, sans eau courante ni électricité. À 13 ans, elle ne sait pas lire.

Je ramène avec moi des preuves d’amour aussi belles que des dessins d’enfants, des bracelets en fils, et même un élastique à cheveux (c’est tout ce que la petite Sara avait à offrir), mais également la rage d’agir encore pour ces gosses.

Je ne peux me défaire des images de leur visage et leur quotidien, qui me reviennent dans la gueule au moindre prétexte une fois rentrée en France. Je me raccroche à ces souvenirs et me suis lancée dans le récit de mon voyage. C’est une manière de continuer à vivre cette aventure.

Aujourd’hui, j’ai pris des responsabilités au bureau de Savoir Oser la Solidarité, et j’envisage un double diplôme dans le management de l’humanitaire. J’ai repris ma vie d’étudiante lambda, mais je ne peux m’empêcher de penser que j’y retournerai. De savoir que j’y retournerai.

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le site de Savoir Oser la Solidarité.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • FloraG
    FloraG, Le 30 octobre 2014 à 20h46

    Pour avoir été sur place (et rencontré des parrains de VisionTrust), les valeurs transmises sont surtout des valeurs de respect, de confiance et d'amour, plus que des cours de théologie ou de l'embrigadement. A partir de là, je ne vois pas où est le problème :)

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