Loin chez personne, de Valérie Sigward

Après La fugue, saluée par les critiques, l’auteur signe ici le court roman de l’échappée tragi-comique de deux sœurs à la recherche du père qui les oublie depuis plus de vingt ans, sans jamais avoir eu la politesse de disparaître vraiment de leur existence. Pelote de nerfs, l’une des  filles fissure son armure et embarque […]

Loin chez personne, de Valérie Sigward

Après La fugue, saluée par les critiques, l’auteur signe ici le court roman de l’échappée tragi-comique de deux sœurs à la recherche du père qui les oublie depuis plus de vingt ans, sans jamais avoir eu la politesse de disparaître vraiment de leur existence.

Pelote de nerfs, l’une des  filles fissure son armure et embarque tout son petit monde dans la voiture : ses enfants et sa sœur. Avec pour seul projet en tête : retrouver ce père, et lui régler son compte.

Il n’aura pas l’air étonné, ce n’est pas son genre l’étonnement, il faut s’attendre à tout lorsqu’on n’a des nouvelles de ses enfants que tous les vingt ans, à priori, tout est étonnant alors plus rien ne l’est vraiment. Par contre, ce qui va l’étonner, c’est quand je vais lui mettre le flingue sous le nez.

Comment, pourquoi et surtout pourquoi maintenant ? Des motifs troubles, c’est une histoire de famille. Un envie de comprendre, un besoin de connaître, de revoir ce père, pour le tuer, pour l’embrasser, pour lui hurler qu’il est fou, fou de ne pas s’intéresser à leurs vies, fou de les contraindre à faire de leur existence un véritable cirque juste pour attirer son attention. Sans que ça ne suffise jamais à le captiver, à susciter le moindre intérêt.

Lors de cet étrange voyage des éléments viendront ajouter de l’incongruité à la vie déjà bien curieuse des personnages. Un hôtel tout en plastique, un fusil, un réceptionniste paranoïaque, des disputes, des enfants qui rêvent dans des couleurs que les adultes ont oublié, des cris pour briser les non-dits.

Des mecs, il y en a plein les rues, mais toi, tu as choisi celui qui allait mourir au bout de cinq ans, celui qui allait mourir alors que tu étais enceinte de Wilfrid, c’est quoi, cinq ans ?

Avec en permanence le besoin d’aller au bout. De retrouver ce père absent pour qui on déconstruit sa vie jusqu’à ce qu’elle soit à l’envers.

Le regarder dans le blanc des yeux et lui dire qu’on est tombée amoureuse du seul homme qui allait mourir cinq années plus tard, que notre enfant est autiste, que l’amour, c’est plus pour nous. Qu’on fait tout de travers, qu’on ne s’embarque que dans des histoires poisseuses, cruelles, dangereuses. Et qu’il ne nous remarque pas, qu’il se fout de nous. Peut-être qu’il aura la réponse, peut-être que ce père manquant aura la réponse à l’éternelle question de savoir pourquoi on a tant besoin de lui. Même si on fait semblant, le plus souvent.

Alors, pourquoi tu es venue ? Par curiosité. Je veux voir sa tronche et la tienne quand tu vas voir sa tronche. Je vais t’attendre dans la voiture et je vais te regarder te faire jeter dehors. Peut-être que là tu comprendras. Il ne veut pas de nous.

Je conseillerais ce roman à celles qui aiment les histoires de famille, leurs nuances et les récits des cruautés ordinaires de l’existence.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Eloïse V.
    Eloïse V., Le 3 décembre 2010 à 15h28

    Ca me fait plaisir de lire ça :happy:

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