Lil’Buck, le pro du ballet urbain qui mélange hip-hop et classique

Lil'Buck est un danseur étonnant adepte du jookin', qui promène ses baskets sur les parquets des opéras comme sur le bitume. Découverte d'un artiste pluriel.

Lil’Buck, le pro du ballet urbain qui mélange hip-hop et classique

Mise à jour du 19 mai 2015 –

Lil’Buck était l’invité du Petit Journal, dans l’émission du lundi 18 mai. Il a parlé de son parcours, mais s’est également exprimé sur le racisme, les violences policières et les récents meurtres de noirs aux États-Unis.

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Article initialement publié le 12 janvier 2015 –

La danse classique sur de la musique classique, c’est bien, mais ça ne révolutionne pas la Bastille. Comme Claude Nougaro qui voulait mélanger le jazz et la java, Lil’Buck lui, mixe le hip-hop et la musique classique (mais pas que). Ce danseur américain a un style chorégraphique complètement dingue, à la fois fluide et désarticulé, bien dans ses baskets qui ne touchent presque jamais le sol. Du coup, j’ai décidé de te le présenter, au moins virtuellement.

Une star du jookin’, ce style venu d’ailleurs

Lil’Buck, de son surnom d’enfance, a pour blaze véritable Charles Riley. Il a vu le jour en 1988 à Memphis, dans le Tennessee aux États-Unis. Il se trouve que cette ville est aussi celle qui a vu naître, dans les années 1980, le jookin, un mouvement de danse qui pioche ses inspirations dans le hip-hop et dans d’autres formes de danse de rue, comme le gangsta walk. Alors que le gangsta walk se dansait en ligne, ses mouvements ont évolué avec de plus en plus de figures, pour devenir ce qui est désormais le jookin. Selon Le Monde, actuellement :

« Ses caractéristiques sont le bounce, ou ressort (les danseurs font rebondir épaules et genoux en rythme comme s’ils dribblaient sur des charbons ardents), et d’extraordinaires jeux de pieds. »

On l’appelle aussi « urban ballet », parce que c’est ça, en fait : une chorégraphie hyper technique, qui doit avoir l’air fluide et gracieuse, et qu’on peut exécuter partout, aussi bien dans une salle de danse que dans la rue. À la base, c’est la grande soeur de Lil’Buck qui pratiquait le jookin et lui a montré quelques mouvements. À 12 ans, il a aussi été impressionné lors d’une battle de danse en voyant un autre danseur, Bobo, qui glissait sur le sol « à la Michael Jackson ». 

Plus tard, Lil’Buck a pris des cours de hip-hop ; c’est alors que sa prof l’a initié au ballet. Il a ensuite suivi des leçons de danse classique pendant deux ans, en résistant un peu quand même : d’après sa prof, il allait jusqu’à faire semblant d’avoir perdu ses collants et ses ballerines pour échapper aux exercices !

Internet, l’antre de la gloire

Comme pas mal de gens de sa génération, Lil’Buck est devenu célèbre grâce à YouTube. Il a tapé dans la rétine de Spike Jonze, le réalisateur de Max et les Maximonstres. Si tu zieutes un peu Her, du même réalisateur, Lil’Buck y fait une apparition, créditée comme « danseur de rue ».

En fait, Spike Jonze a repéré le jooker grâce à une performance réalisée en 2011 à Los Angeles. Lil’Buck y danse le jookin sur Le Cygne du Carnaval des animaux du compositeur Camille Saint-Saëns, un morceau post-romantique. Pour cela, il est accompagné du violoncelliste américain superstar Yo-Yo Ma. Si tu ne vois pas du tout qui c’est (pas la peine de bouffer ton tutu, il paraît que Lil’Buck l’ignorait aussi), Yo-Yo Ma est, entre autres, l’homme qu’on entend jouer du violoncelle sur la bande originale du film Mémoires d’une geisha.

Bref, toujours est-il que Spike Jonze a tellement aimé qu’il a filmé le moment et l’a mis en ligne. Et ça a plu.

Le plus fort du chausson, c’est que cette vidéo a existé grâce à une autre vidéo, si l’on en croit Le Monde : la performance de Lil’Buck avait déjà été postée sur YouTube en 2007 (sans Yo-Yo Ma), et a attiré l’attention de deux danseurs étoiles qui lui ont proposé de reproduire la chorégraphie, pour le fameux événement qui a ensuite été filmé par Spike Jonze. Forcément, quand on a autant de talent, ça ne reste pas définitivement coincé dans la résolution d’une page Internet.

Talent rencontre artistes pour belle collaboration

Avant d’être plus fame que fameLil’Buck avait déménagé de Memphis à Los Angeles et dansait dans la rue. Il donnait des cours ou faisait le show dans des publicités, et avait même tourné en 2010 dans un clip de Janelle Monaé. Ensuite, il a participé à une tournée de Madonna, avant d’atterrir dans le Superbowl 2012. Il est aussi apparu dans un court-métrage dirigé par Benjamin Millepied, sur l’Aria des Variations Golberg de Jean-Sébastien Bach.

Lil’Buck a enfin rencontré l’artiste de rue JR, célèbre pour ses collages de visage en noir et blanc. Et en 2014, cette rencontre a carrément mené le danseur dans un ballet conçu par l’artiste : Les bosquets, présenté au New York City Ballet. Le spectacle s’inspire du projet de JR, Portrait d’une génération, pour lequel il a shooté les jeunes de la cité des Bosquets à Clichy-Montfermeil, où avaient eu lieu les émeutes de 2005, avant de coller les portraits sur les murs de la ville. Le ballet ré-interprète les événements, et croise les personnages à travers la danse classique et le jookin. La bande-son du spectacle va aussi dans le sens de ce métissage, puisqu’elle est signée par Woodkid, qui mixe déjà pas mal de qualités à lui seul. Vous pouvez en voir un extrait ici.

Lil’Buck est également apparu récemment dans un très beau clip pour LP, une chanteuse pop-rock américaine, dont il dit qu’elle l’a inspiré. Et il commence l’année 2015 en donnant des masterclasses à l’Université de Princeton, aux États-Unis.

Bref, tu l’as compris : Lil’Buck multiplie les projets et les collaborations au point qu’on a le tournis même si on est incapable du moindre mouvement de break dance ! Il disait d’ailleurs envisager de travailler avec des enfants quand il aurait libéré un peu de place dans son emploi de temps.

Cela dit, Lil’Buck est surtout un pro de l’impro, ce qui fait, d’après son ancienne prof, que son jookin est différent de tous les autres et plaît autant. Quand Lil’Buck danse, désarticulé, on a l’impression qu’il flotte, toujours sur la pointe de sa basket. Ce qui n’est pas sans faire souffrir ses godasses, qui ne durent pas plus de deux semaines et demi.

C’est aussi un gars plutôt connecté à notre époque, même s’il bouge son corps sur de la musique d’un autre siècle. Si tu es plus bilingue que Norman des vidéos, tu peux le suivre sur Twitter. Mais le mieux reste encore de s’abonner à son compte Instagram, puisqu’il y poste régulièrement des extraits de ses prestations (ici et par exemple).

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Thedreaming
    Thedreaming, Le 19 mai 2015 à 21h21

    Wow c'est magnifique ! Ce qu'il fait est remarquable, il est en train de construire un pont entre la culture hip-hop et la musique classique (peut-être plus élitiste). C'est parfaitement maîtrisé, c'est beau et c'est accessible. :puppyeyes:

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