Le monde de Charlie (The Perks of Being a Wallflower) — Du livre à l’écran

Le monde de Charlie, roman de Stephen Chbosky qu'il a adapté lui-même au cinéma, est décrypté par LadyDandy dans cette nouvelle édition de la rubrique « Du livre à l'écran ».

Le monde de Charlie (The Perks of Being a Wallflower) — Du livre à l’écran

Après Virgin Suicides, retour à l’adolescence américaine, ses rituels extra codifiés et ses freaks de lycée avec Le monde de Charlie. 

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Le livre (autrefois traduit Pas Raccord) et le film sont d’une seule et même personne, Stephen Chbosky ; subséquemment, on pourrait s’attendre à une adaptation très fidèle et satisfaisante et… c’est le cas ! Mais j’ai quand même quelques petits regrets.

L’adolescence universelle mais sacrément malchanceuse du pauvre Charlie

Le monde de Charlie (traduction boiteuse du poétique titre original The Perks of Being a Wallflower) a, dans le livre comme dans le film, un style plutôt simple qui privilégie le fond à la forme et délivre un message limpide. Mais la simplicité n’est pas synonyme de simplisme ici, et quelques passages plus lyriques ou dramatiques trouvent leur place avec justesse dans cette oeuvre extrêmement attachante.

Même si l’histoire prend place aux États-Unis et que les casiers, les matchs de football américain et la tapageuse remise des diplômes peineront à rappeler des souvenirs aux lecteurs français, certains épisodes de l’adolescence de Charlie sont presque universels. Comme le Breakfast Club le disait des années plus tôt, tous les adolescents sont plutôt bizarres, certains sont seulement plus doués pour le cacher que les autres !

Beaucoup pourront se reconnaître dans les scènes où Charlie ne sait pas où poser son plateau à la cantine, dans ses hésitations, sa pudeur. Le film comme le livre savent en effet créer des personnages qui sont, certes, des archétypes, mais sans être unidimensionnels pour autant. Sam n’est pas qu’une fille facile et joyeuse qui a enchaîné les nuits sans lendemain suite à un traumatisme dans son enfance, Patrick n’est pas qu’un homosexuel flamboyant qui peine à trouver l’amour dans l’univers normé du lycée, et même Charlie n’est pas que cet étrange garçon aux yeux vides qui regarde au lieu de vivre.

Le casting, excellent, n’est pas étranger à cette humanité des personnages et offrent un jeu tout en nuances, mais le choix d’un narrateur comme Charlie qui, sans nécessairement les interpréter, relève nombre de détails comme autant d’indices sur le fonctionnement de ses pairs, permet déjà dans le livre de donner une certaine profondeur aux clichés ambulants qu’on croit croiser. 

Emma Watson dans le Monde de Charlie

Le monde de Charlie, ou le film qui m’a fait aimer Emma Watson… Je n’ai pas cessé depuis.

Ce qui est remarquable aussi, c’est de voir l’incroyable liste de traumatismes abordés, dans le film et encore plus dans le roman. L’univers de Charlie est empli d’abus, de violences et de sévices psychologiques, et pourtant rien n’est traité avec lourdeur. Ce qui ne signifie pas que ces faits sont survolés, attention ! On leur donne la portée qu’ils ont dans la vie : trois mots qui suffisent à alourdir l’atmosphère, mais des souvenirs sur lesquels on préfère ne pas s’appesantir, trop occupés qu’on est à happer le bonheur dès qu’il passe à notre portée. 

Des éléments intéressants, malheureusement laissés de côté

Stephen Chbosky a su faire les choix nécessaires en adaptant son propre livre, et l’intrigue qu’il a reconstruite à partir de son récit passe très bien à l’écran. Néanmoins, il a tout de même mis de côté certains éléments plutôt intéressants dans le roman… et cela nuit même à la fin du film qui, en donnant la clé d’un passé familial finalement un peu survolé, tombe presque comme un cheveu sur la soupe, et semble finalement assez éloignée des enjeux abordés à ce moment-là de l’intrigue.

L’histoire familiale de Charlie a donc une place beaucoup plus importante dans le roman et explique, sans justifier pour autant, beaucoup de dysfonctionnements et même le comportement étrange du héros. On va plus loin que Tante Helen dans le livre : on développe les grands-parents issus d’un autre temps et la soeur de Charlie a également beaucoup plus d’importance. Son avortement est d’ailleurs soigneusement évité dans le film, pour ne laisser la place qu’à une demi-intrigue d’arrière-plan qui se résout en dernière minute avec une certaine maladresse.

Pourtant, il est encore relativement rare de voir des personnages féminins attachants traverser ce genre d’événements, même en arrière-plan, et je suis certaine que Stephen Chbosky aurait su transposer avec justesse cet épisode du roman sur grand écran. Après tout, Le monde de Charlie présente quantités d’éléments très cool : des filles attachantes prenant des initiatives, un personnage homosexuel loin d’être réduit à cela, la sexualité ni diabolisée ni sacralisée…

Le Monde de Charlie

Le livre s’inscrit également dans une culture littéraire très américaine, en évoquant des auteurs qui vont de Salinger (cité dans le film) à Walden de Thoreau ; nous partageons les réflexions de Charlie vis-à-vis de ces lectures qui font souvent écho à ce qu’il traverse. Le côté littéraire reste cependant très accessoire dans le film et figure plus comme une référence ponctuelle que comme un élément constitutif du devenir de Charlie. 

L’OST comme une Madeleine de Proust

Peut-être est-ce uniquement le cas dans les dernières éditions du livre, sorties avec le film, mais le roman Le monde de Charlie dispose, un peu comme Virgin Suicides d’ailleurs, d’une bande-son.

Quoi de mieux pour se rappeler une période de sa vie qu’une chanson ? Aussitôt lancée sur YouTube, on se rappelle la cassette, le CD, voire le vinyle… À l’adolescence, qui plus est, les goûts se développent et la musique, un composé de titres emblématiques (David Bowie-hiiii) ou moins connus, prend une place prépondérante dans le film, là où le livre peine à expliquer les émotions que peuvent susciter un titre des Smith à première écoute.

Ce n’est pas original, les adulescents du cinéma indépendant américain lancent avec complaisance les titres qui ont hanté leur adolescence depuis des années, mais Le monde de Charlie sait tirer partie de sa bande-son sans trop insister dessus. La « bonne musique » sait s’effacer dans le film, accélérant les séquences d’un quotidien insupportable d’ennui ou sublimant des passages naïvement contemplatifs. C’est cliché, c’est presque poseur mais si Le monde de Charlie ne lance pas son poing en l’air sur Simple Minds, il sait à coup sûr nous transmettre ce sentiment si particulier d’être… éternels.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Purpuline
    Purpuline, Le 4 novembre 2014 à 9h40

    Petite chose marrante :
    Je suis bibliothécaire et cette année j'ai mis en place un ciné débat "Du livre au film" pour ados dont la programmation est faite depuis le mois de Juillet.
    Ma première projection était Persépolis (ou soit dit en passant je n'ai eu que des personnes âgées).
    Mais la chose qui m'a fait "WHAT !" est que ma seconde projection sera Stardust (le sujet du précédent article "Du livre à l'écran") et celle d'après Le Monde de Charlie.
    Si vous me dites que le prochain article sera sur Roméo+Juliette (ma dernière projection de l'année), je vais me poser des questions.

    En tout cas, merci pour la matière. Ça va m'aider pour les débats !

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