Je veux comprendre : le débat sur la prostitution

Pondu par Lady Dylan le 26 juin 2012     

Najat Vallaud-Belkacem a rappelé avant-hier dans le Journal du Dimanche que son objectif était de « voir la prostitution disparaître ». Une affirmation qui a mis en lumière le débat, loin d’être clos, entre les féministes pro et anti-abolition.

« La question n’est pas de savoir si nous voulons abolir la prostitution – la réponse est oui – mais de nous donner les moyens de le faire » a souligné avant-hier la ministre des Droits des femmes. Depuis les réactions ont été vives, même au sein du PS : Olivier Faure, député de Seine-et-Marne, craignait ce matin de « voir se développer [la prostitution] dans la clandestinité » et de « renvoyer les femmes à leur sort, les lier davantage aux réseaux de proxénétisme et puis de les voir s’éloigner des centres de soins ».

Le débat entre abolitionnistes et anti-abolitionnistes dénote de conceptions différentes de la prostitution. Leur point commun est la protection des personnes prostituées, mais les moyens mis en oeuvre diffèrent.

L’accord : la suppression du délit de racolage

Abolitionnistes et anti-abolition s’accordent sur la suppression du délit de racolage, car il ne fait qu’augmenter les difficultés rencontrées par les personnes prostituées, notamment en les repoussant dans des endroits déserts où elles courent plus de risques.

Pendant la campagne présidentielle, François Hollande s’était engagé à supprimer le délit de racolage passif.

De manière générale, toutes les associations qui travaillent avec les prostitué·e·s cherchent à améliorer leur protection ; même ceux qui souhaitent « voir la prostitution disparaître » tentent également d’améliorer l’accès de ces personnes à la police et aux soins.

Actuellement, les rapports avec la police sont souvent conflictuels : le STRASS (Syndicat du TRAvail Sexuel) dénonce sur son site des confiscations de préservatifs (en tant que preuves), des insultes, du chantage, du racket ou encore un refus d’enregistrer des plaintes pour viol ou agression. Ces actes sont bien entendus illégaux, mais sont encouragés par la répression qui touche les prostitué·e·s.

Maintenant qu’il est clair que les abolitionnistes ne sont pas contre les personnes prostituées en elles-mêmes, pas plus que les anti-abolitionnistes, poursuivons avec les affrontements entre ces deux courants.

Les personnes prostituées sont-elles toutes des immigré-e-s en esclavage ?

Pour les abolitionnistes, la prostitution doit être combattue notamment parce qu’elle s’exerce souvent sous la contrainte. Une immense majorité des prostitué·e·s (autour de 90% selon un rapport présenté à l’Assemblée Nationale en décembre 2011) serait en effet victime de la traite ; cela dit, il est difficile de faire des statistiques car les prostitué·e·s sous la contrainte sont souvent les plus visibles, n’ayant pas les moyens d’exercer leur activité discrètement.

Les anti-abolitionnistes, et notamment le STRASS, soulignent au contraire l’existence de prostitué·e·s libres – une pratique volontaire et choisie qui constitue le métier de plusieurs membres de ce syndicat. Une population probablement largement minoritaire.

Peut-on condamner une activité parce que la majorité des personnes qui l’exercent ne le font pas librement ? Marcela Iacub (une juriste féministe assez controversée pour ses prises de positions en faveur de la libéralisation de la sexualité) développait à ce propos une comparaison assez intéressante :

Peut-on dire que les anciens esclaves américains étaient des agriculteurs lorsqu’ils récoltaient du coton ? On disait d’eux qu’ils étaient des esclaves. Une femme qui est forcée de se prostituer est une esclave, et non pas une prostituée. Ce qui est criminel, c’est l’esclavage, et peu importe la tâche à laquelle la victime est vouée.

[Marcela Iacub dans Le Monde, 2006]

La seule lutte qui devrait exister serait donc la lutte contre la traite des êtres humains.

Je veux comprendre : le débat sur la prostitution 3051273567 fb785a349b z

Un mur dans le quartier rouge d'Amsterdam

La prostitution est-elle forcément une violence ?

Allons plus loin : pour les abolitionnistes, on ne peut pas vraiment choisir la prostitution. « La prostitution est toujours le résultat d’une souffrance, la conséquence de blessures profondes et anciennes. » peut-on lire sur le site du Mouvement du Nid. « Pour parler plus juste, il faudrait parler de degrés dans la contrainte, une échelle entre l’impression d’un « choix volontaire » jusqu’à la violence infligée par un proxénète. »

« Qui souhaite pleinement servir d’exutoire aux besoins d’inconnus ? » interroge le site. « Se prostituer n’est pas un choix de carrière » titrait Christiane Marty (militante féministe) dans L’Express. « Pas plus que caissière ou ouvrière » répondait Gaëlle-Marie Zimmerman. Virginie Despentes écrivait déjà dans King Kong Théorie : « Tu parles d’une rhétorique…comme si l’épileuse de chez Yves Rocher étalait de la cire ou perçait des points noirs par pure vocation esthétique. »

Autre pierre d’achoppement : la place du désir. Alors que nous avions jusque-là considéré le consentement comme la seule condition à des relations entre adultes, les abolitionnistes réclament en plus que soit considéré le désir ; un acte sexuel pour lequel la femme (car il s’agit généralement de la femme) n’éprouverait pas de désir serait un viol. « La prostitution, c’est le viol », donc (presque Proudhon). Il va sans dire que pour des partisans d’une conception plus libérale, cette « moralisation du sexe » (plus romantique que religieuse) n’a pas lieu d’être.

En résumé : les abolitionnistes considèrent que la prostitution attente à la « dignité humaine », tandis que les libéraux refusent un concept aussi global.

Les effets concrets des politiques

Il existe trois types de positions politiques face à la prostitution : le règlementarisme, qui vise à l’encadrer ; le prohibitionnisme, qui vise à l’interdire en pénalisant tous ses acteurs ; l’abolitionnisme enfin, qui est la position de la France – réaffirmée par l’Assemblée en décembre – n’interdit ni ne réprime l’exercice de la prostitution et considère les personnes prostituées comme des victimes. La France se veut réalité néo-abolitionniste, un courant qui tente de faire disparaître la prostitution en pénalisant les clients – et dans les faits elle est plutôt prohibitionniste puisqu’elle condamne aussi le racolage passif et actif.

La Suède, la Norvège et l’Islande sont néo-abolitionnistes : les clients de prostitué·e·s peuvent être condamnés à des amendes (ce n’est pas encore le cas en France). En Suède, la prostitution aurait diminué de moitié entre 1998 et 2008. Cette méthode a le mérite de s’attaquer « à la source », sans double peine pour les prostitué·e·s. En apparence en tous cas, puisqu’elle a un effet pervers : selon les anti-abolitionnistes, la prostitution en Suède n’aurait pas diminué mais se serait seulement cachée – avec tous les risques que cela comporte.

Les Pays-Bas, la Belgique et l’Allemagne sont néo-règlementaristes, c’est-à-dire que la prostitution y est autorisée si elle est volontaire. Le but est de couper ses liens avec le milieu criminel. Échec à Amsterdam, où une partie du « quartier rouge » a dû être fermée à cause de la persistance de ces liaisons dangereuses.

On s’en doutait, la solution est loin d’être évidente… reste à choisir la voie la moins mauvaise pour les personnes prostituées. Alors, d’accord ou pas avec la position du gouvernement ?

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Les 10 dernières réactions à cet article sur le forum

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  1. AzebanAzeban

    Le 26 juin 2012 à 19:59

    Posted by L_Arielle
    Je trouve que d'interdire la prostitution n'aiderait pas. Il y aura "toujours" des femmes qui donneront leurs consentements pour coucher avec des hommes ayant le "besoin" contre de l'argent. Et je préfère que ces hommes couchent avec des femmes qui vivent de ça plutôt que foncer sur la première femme venue (ça peut éviter des viols, peut être), on sait qu'il y a des gars qui ne veulent pas de femmes dans leur vies, qui n'arriveront jamais à connaître le sexe autrement. Hé oui, malgré que certain peuvent vivre de belles histoires, la vie sexuel d'un handicapé (par exemple…) peut être inexistante sans la prostitution (ils ont droit de découvrir leur corps, le corps du sexe opposé, ils ont aussi des besoins sexuel).
    Comme il est très bien dit dans l'article, seul l'esclavagisme doit être interdit.


    Je trouve les arguments "ça peut éviter des viols" et "les handicapés ont besoin de ça pour avoir une sexualité" absolument atroces.
    Le viol, ce n'est pas du à un "besoin" sexuel irrépressible (il n'y a pas de besoin sexuel!!!), c'est du à une position de dominant qui veut dominer ! Et je n'aime pas l'idée qu'une partie de la population (les prostituées) devraient assouvir les envies de domination des dominants…
    Quant aux handicapés, il faut avant tout changer le regard de la société ! Dire qu'ils ont besoin de la prostitution pour avoir du sexe, c'est dire que les personnes handicapés ne peuvent pas trouver une personne réellement consentante pour sekser avec eux, qui accepte de le faire juste parce qu'elle a envie ! C'est horrible comme idée !
    Par ailleurs, chaque fois que j'ai entendu parler d'"assistance sexuelle" pour des handicapés, c'était évidemment des femmes qui auraient fait ça pour des handicapés hommes, parce que les femmes handicapées ça reste des femmes, ça a pas de désir, ça ne pense qu'à des licornes. (euh je me relis et je vois que je suis pas claire : je veux dire que c'est ce qui est souvent présenté, pas ce que tu as dit, hein ! Et je dis ça parce que je pense qu'il est important, si on pense que la prostitution n'est pas une manifestation de la domination des hommes, de voir la proportion h/f parmi les personnes prostituées, et surtout parmi les clients, la majorités des prostitués l'étant pour une clientèle masculine… bah pour l'"assistance sexuelle", c'est pareil).
  2. ApaloosaApaloosa

    Le 26 juin 2012 à 21:18

    Posted by Green-Mouse
    Je me demandais, si l'on ne pouvait pas légaliser la prostitution, et donc permettre aux prostituées de meilleurs conditions de travail, comme vous l'avez presque toutes dis, mais également de faire tomber ces "maisons closes" dans le domaine public ?


    Tu dis que ça fait mal aux yeux de lire ça, mais en même temps tu ne crois pas si bien dire… En 2ème année, j'ai eu un chargé de TD de droit public qui nous a soutenu pendant une demi-heure que la prostitution pourrait très bien être un service public, en nous détailllant les éléments qui permettraient de satisfaire les critères d'un service public. Bon il faut dire que c'était un gros nul, qui était également parfaitement capable de nous expliquer pendant une demi-heure pourquoi il aimait porter des chemises moches :xd:

    Tout de même, je ne suis pas trop d'accord avec le principe de la maison close service public. Déjà, parce que je crois aux vertus de l'initiative privée (bien que je me définisse comme anti-néo-libérale), et ensuite parce que le principe même peut être dangereux : le côté "confiné" de la maison close pourrait aboutir à nouveau à une forme d'exploitation à l'abri des regards. De nombreux-ses prostitué-e-s préfèreraient d'ailleurs des "maisons ouvertes" pour reprendre leurs termes.

    En gros ils exerceraient une profession libérale, comme les médecins ou les avocats. Libre ensuite aux pouvoirs publics d'imaginer les règlementations adéquates : agrément obtenu sur des critères sanitaires, etc. La police saurait ainsi directement qui aller chercher par la peau du cul, ce qui ferait gagner un temps précieux à tout le monde (et des sous aux contribuables).
  3. ApaloosaApaloosa

    Le 26 juin 2012 à 21:31

    Posted by Azeban
    Quant aux handicapés, il faut avant tout changer le regard de la société ! Dire qu'ils ont besoin de la prostitution pour avoir du sexe, c'est dire que les personnes handicapés ne peuvent pas trouver une personne réellement consentante pour sekser avec eux, qui accepte de le faire juste parce qu'elle a envie ! C'est horrible comme idée !


    Cette réaction spontanée est tout à ton honneur, mais sois honnête deux secondes avec toi-même : tu te verrais faire l'amour avec un poly-handicapé moteur et mental ? Juste pour la "beauté intérieure" ? Le désir sexuel repose sur la séduction (qu'elle soit physique ou morale), c'est élitiste, mais c'est comme ça.

    Et contrairement à ce que tu dis, les besoins sexuels existent bel et bien. Il y a par exemple des études très sérieuses qui font le lien entre l'augmentation de la violence en Chine et le manque de femmes. Et pour en revenir aux handicapés, il y a quelque temps, le débat sur l'assistance sexuelle a ressurgi (quelque peu) dans les médias, et j'ai lu des histoires forts sympathiques… comme des témoignages de mères obligées de masturber leurs fils, qui devenaient extrêmement agités voire violents, du fait de la frustration.

    (Oui, je sais, vous venez de dîner. Une légère envie de vomir ? Merci qui ???)
  4. Lady DylanLady Dylan

    Le 26 juin 2012 à 21:56

    Posted by Jenkins
    " un acte sexuel pour lequel la femme (car il s’agit généralement de la femme)"

    Ce n'est pas parce qu'il y a eu moins d'études, moins de statistiques, et qu'on n'en parle pas qu'on peut se permettre de dire qu'il s'agit généralement de la femme. Cela reviendrai à dire que celle des hommes est encore rare.
    La prostitution masculine est toute aussi importante et devrait être traiter ( pour l'abolition et pour la protection des travailleurs ) comme la prostitution féminine.

    Je ne sais pas si cette remarque s'adressait particulièrement à moi, mais je tiens à signaler que j'ai utilisé "la femme" dans ce cas précis, parce que ce truc du désir développé par les abolitionnistes est toujours associé aux femmes. Pour le reste de l'article, j'ai veillé à utiliser un langage épicène.
  5. RamyaRamya

    Le 26 juin 2012 à 22:22

    Posted by Apaloosa
    Et contrairement à ce que tu dis, les besoins sexuels existent bel et bien. Il y a par exemple des études très sérieuses qui font le lien entre l'augmentation de la violence en Chine et le manque de femmes.


    Par besoin, on entend quelque chose de vital, de nécessaire pour que le corps puisse fonctionner.

    Si je ne respire pas pendant plusieurs minutes, je meurs.
    Si je ne mange/boit pas pendant plusieurs jours, je meurs.
    Par contre, si je ne baise pas pendant plusieurs jours, je continue de vivre malgré tout, frustration ou non.

    Sinon, le lien est encore fait entre la sexualité hétérosexuelle masculine qui DOIT être satisfaite et la violence faite aux femmes, sous-entendu que si elles ne répondent pas à la demande des hommes, elles risquent d'être violentées (et le contraire, alors?)
    Il ne faut pas oublier le contexte patriarcale qui place la sexualité hétérosexuelle masculine comme nécessaire, sous peine de représailles, et la sexualité féminine de manière générale comme secondaire/négligeable. C'est un problème d'éducation.

    Sinon, pour les handicapés, quelle la représentation que tu te fais d'eux?
    Parce que beaucoup ont des physiques comme tout le monde et ne sont pas plus bêtes que la moyenne (hormis les handicapés mentaux).
    Ça te choque si je te dis que j'ai dragué un handicapé moteur parce que je le trouvais beau et intéressant intellectuellement parlant? Pas par pitié, ni altruisme mais parce que je m'intéressais à lui comme je l'aurais fait pour un non-handicapé.

    Le problème est là en fait, on marginalise les handicapés par l'environnement et les représentations sociétales qui en sont faites.
    Du coup, on leur concède un-e prostitué-e par supposée pitié (il y a des tonnes handicapés qui ont une vie sexuelle et sentimentale très satisfaisante, parfois plus que les non-handicapés) mais rien n'est fait pour les intégrer à la vie en société.
  6. AzebanAzeban

    Le 26 juin 2012 à 22:26

    Posted by Apaloosa
    Cette réaction spontanée est tout à ton honneur, mais sois honnête deux secondes avec toi-même : tu te verrais faire l'amour avec un poly-handicapé moteur et mental ? Juste pour la "beauté intérieure" ? Le désir sexuel repose sur la séduction (qu'elle soit physique ou morale), c'est élitiste, mais c'est comme ça.

    Et contrairement à ce que tu dis, les besoins sexuels existent bel et bien. Il y a par exemple des études très sérieuses qui font le lien entre l'augmentation de la violence en Chine et le manque de femmes. Et pour en revenir aux handicapés, il y a quelque temps, le débat sur l'assistance sexuelle a ressurgi (quelque peu) dans les médias, et j'ai lu des histoires forts sympathiques… comme des témoignages de mères obligées de masturber leurs fils, qui devenaient extrêmement agités voire violents, du fait de la frustration.

    (Oui, je sais, vous venez de dîner. Une légère envie de vomir ? Merci qui ???)

    Tu fais un peu la question et la réponse… En étant totalement honnête avec moi-même, je pense qu'il est tout à fait possible que je sois attirée par quelqu'un avec un handicap… Après, ce serait sans doute plus facile avec quelqu'un qui a un handicap physique qu'avec quelqu'un qui a un gros handicap mental. Mais je ne suis pas la seule personne sur terre non plus : je connaissais une femme trisomique, elle était en couple avec un homme trisomique. Moi je n'aurais sans doute pas été attirée par lui, mais elle, elle l'était et ils étaient ensemble.
    Je maintiens que je trouve ça extrêmement méprisant pour les personnes handicapées de considérer qu'elles ne peuvent pas trouver quelqu'un qui les désire.

    Par ailleurs, je ne pense pas que l'exemple que tu cites en Chine soit une preuve que le sexe est un besoin… Évidemment, si les hommes en question pensent que le sexe leur est dû, et qu'ils n'en ont pas, ils vont trouver la situation pas normale. Mais le sexe ne leur est pas du. Personnellement, j'ai du désir, j'ai envie de sexe, et parfois cette envie n'est pas satisfaite. Bah c'est comme ça, je préférerai que ce soit autrement, mais je ne vais pas aller agresser quelqu'un (sexuellement ou pas) pour apaiser ma frustration, parce que je vis en société et que, vivant en société, je n'agresse pas les gens.
    Le sexe n'est pas un besoin, si je n'en ai pas je ne vais pas tomber malade ou mourir. Et je n'estime pas avoir un droit à avoir un partenaire sexuel.
    Bref, je pense que l'éducation a un grand rôle a jouer là-dedans, évidemment.
  7. ZébuleZébule

    Le 26 juin 2012 à 22:31

    Posted by Apaloosa
    Cette réaction spontanée est tout à ton honneur, mais sois honnête deux secondes avec toi-même : tu te verrais faire l'amour avec un poly-handicapé moteur et mental ? Juste pour la "beauté intérieure" ? Le désir sexuel repose sur la séduction (qu'elle soit physique ou morale), c'est élitiste, mais c'est comme ça.

    Et contrairement à ce que tu dis, les besoins sexuels existent bel et bien. Il y a par exemple des études très sérieuses qui font le lien entre l'augmentation de la violence en Chine et le manque de femmes. Et pour en revenir aux handicapés, il y a quelque temps, le débat sur l'assistance sexuelle a ressurgi (quelque peu) dans les médias, et j'ai lu des histoires forts sympathiques… comme des témoignages de mères obligées de masturber leurs fils, qui devenaient extrêmement agités voire violents, du fait de la frustration.

    (Oui, je sais, vous venez de dîner. Une légère envie de vomir ? Merci qui ???)


    J'ajouterais que pendant longtemps des médecins spécialisés dans la masturbation des femmes ont existé. On pensait (sûrement en partie à juste titre) que l'hystérie qui désignait une maladie mentale exclusivement féminine, était due au manque d'action sexuelle chez les femmes qu'on forçait à rester vierge avant le mariage. Et donc quand la fille en question n'était pas mariée à 27 ans et qu'on lui avait appris que se toucher l'entre-jambe c'était saaaaale, elle commençait à dérailler :flappie:

    Bon par contre je trouve le lien moins de femmes=>plus de frustration sexuelle=>plus de violence, un peu rapide ! Il faudrait trouver un endroit où il y a beaucoup plus de femmes que d'hommes pour voir si on a le même effet (parce que selon cette théorie il devrait y être !).

    Sur l'existence ou non d'un "besoin sexuel" moi je n'en sais rien (comment peut-on savoir si c'est un besoin ou un désir ? qui sont deux choses différentes …) mais ça m'intéresserait d'en savoir plus si quelqu'un a des sources …

    Edit par rapport à ce qui a été dit dans les posts de celles qui ont posté plus vite que moi : tous les besoins ne sont pas vitaux. On peut par exemple vivre sans certains nutriments, mais pourtant notre corps en a théoriquement "besoin", il trouve juste des subterfuges pour contrecarrer ce manque. Dire que notre corps aurait "besoin" de décharge sexuelle (qui n'est pas forcément lié à un acte sexuel avec quelqu'un d'autre) n'est pas lié au fait qu'on meure si on n'en a pas, mais qu'on se sent mieux si c'est le cas … (alors que quand on satisfait un désir on ne se sent pas mieux après). Je sais pas si je suis claire …
  8. VIIVII

    Le 26 juin 2012 à 23:50

    Ouais pis le "besoin" de sexe c'est une chimère, le corps secrète le même genre de substance qu'en faisant du sport, et la frustration comme disait une autre mad est conditionné par la culture.
    Pour les Chinois c'est peut être parce qu'il manque des filles, que c'est une société ou le mariage compte beaucoup donc tout le monde est un peu sur les nerfs car ils ont peur de ne pas se marier. Le lien de causalité de semble difficile à établir dans ce cas (ça fait un peu anthropocentriste pour tout dire).
  9. ZébuleZébule

    Le 27 juin 2012 à 11:42

    Je trouve quand même que dans beaucoup des positions avancées ici, qu'elle soient ou ne soient pas abolitionnistes, l'acte sexuel est limité à un acte mécanique. Alors je sais bien que c'est à la mode de réfuter les idées freudiennes mais je ne pense pas qu'elles soient toutes à jeter quand même … Ce que je veux dire c'est que la sexualité forge une bonne partie de notre identité, et ce au delà de tout conditionnement culturel, et donc dire que faire du sexe=faire du sport, que les gens qui ont le sentiment d'avoir des "besoins" sexuels ne savent en fait pas se réprimer (donc en gros que les clients des prostitués sont vraiment des êtres abominables, impropres à vivre en société), qu'être prostitué peut être ressenti comme moins dégradant qu'être caissier/ère etc. je trouve tout ça un peu simpliste.

    Mais je le répète : ressentir un "besoin" sexuel ne veut pas dire ressentir le besoin d'aller l'assouvir avec quelqu'un d'autre … Je pense par contre que ressentir la solitude pousse à aller vers les prostitués parce qu'un acte sexuel à deux c'est un rapport humain, aussi tordu qu'il soit.

    Enfin bref, cette négation de l'importance capitale de la sexualité ne me plaît pas beaucoup je crois :confused:
  10. ApaloosaApaloosa

    Le 27 juin 2012 à 11:53

    A Ramya, Azeban, Zébule, VII, à toutes celles que mes propos sur les handicapés ont choquées (et quelque part je les comprends…), je me me répète, mais je parlais expressément des handicapés mentaux (et comme disait Shield, j'ai croisé dans le métro pas plus tard que la semaine dernière un para fort alléchant :chat:).

    Que deux trisomiques sortent ensemble c'est vraiment beau, et ce n'est pas si rare d'ailleurs, mais il faut quand même remarquer deux choses :
    - ce n'est pas vous qui sortez avec eux
    - c'est cruel à dire, mais la trisomie reste une affection mentale plus "légère" que de nombreuses autres, les trisomiques peuvent avoir une vie sociale pratiquement ordinaire.

    Quand au débat sur les besoins, Zébule a raison : tous les besoins ne sont pas vitaux au sens biologique du terme, et heureusement, sinon nous ne serions guère plus que des animaux en fin de compte. Qui oserait par exemple dénier à un enfant le besoin d'affection et de sécurité morale ?

    Enfin, je suis d'accord que l'histoire de la recrudescente de la violence en Chine ce n'est pas joli-joli, c'est même dérangeant dans le sens où ça nous renvoie à la bassesse humaine, mais c'est malheureusement la réalité. Et cette réalité se retrouve très souvent dans les sociétés où les moeurs sont très conservatrices (on peut citer l'exemple du harcèlement sexuel des femmes à grande échelle en Egypte, et bien d'autres…), il n'y a pas de hasard.

    Bien sûr, je ne cautionne pas du tout le fait que quelqu'un se comporte comme un satyre juste parce que cette personne est en manque ! Il est possible de maîtriser ses pulsions, voire de les détourner par certains moyens, même s'ils ne représentent qu'un pis-aller.

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