Girls, Hannah Horvath ou la sublimation du pire – Jack & the TV

Aujourd'hui, c'est la série Girls et surtout son héroïne, Hannah Horvath, qui est à l'honneur pour ce nouvel épisode de Jack & the TV !

Girls, Hannah Horvath ou la sublimation du pire – Jack & the TV

Ça fait un petit moment qu’on vous parle de Girlsdepuis que le projet a été annoncé, en fait – et accrochez-vous à vos slips, parce que c’est pas prêt de passer. La première saison vient de s’achever, mais comptez sur nous pour être au maxi-taquet lorsque la série reviendra (vite vite vite, pitié, vite, viiite).

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Petit cours de rattrapage sur Girls

Pour celles qui auraient quelques trains de retard, récapitulons un coup. Girls suit les aventures de quatre jeunes femme new-yorkaises (parce que si elle habitaient dans le fin fond du Kentucky, d’un coup, ça parlerait plus à grand monde hein) dans la vingtaine. Au centre de cette petite bande se trouve Hannah Horvath, interprétée par Lena Dunham, créatrice de la série. Hannah a 24 ans et veut devenir écrivain, “la voix de sa génération, ou d’une génération, au moins, peut-être”… Mais en attendant, elle vient de se faire couper les vivres par ses parents, elle galère à trouver un taff, n’écrit rien d’autre que ses états d’âme dans son journal intime et se tape un mec un peu chelou qui ne lui offre pas ce qu’elle attend de lui.

La série a un côté crasse-glossy qui n’a pas grand chose à voir avec ce qu’on a pu regarder jusque-là. Depuis la diffusion du premier épisode, tout l’Internet s’est retrouvé attiré par cet ovni pour certains, cet éternel recommencement pour d’autres, qui ne cesse de faire couler de l’encre. C’est allé d’une polémique sur l’absence de diversité, aux réactions ulcérées face à cette jeunesse privilégiée et capricieuse, en passant par les critiques élogieuses et les tentatives d’identification.

C’est marrant, parce que j’ai capté quelques articles ou commentaires de gens qui disaient des trucs comme “Han mais on dirait que Lena Dunham a mis une caméra sur ma tête quoi, c’est trop ma vie cette série”, certaines filles se sont identifiées à des situations vécues par les personnages, moi aussi d’ailleurs, mais j’ai jamais vu de “Je suis trop une Hannah” ou “Putain mais Jessa c’est trop moi quoi” (le grand classique des fans de SATC).

La détestable Hannah Horvath

Mais aujourd’hui, c’est bien d’Hannah que j’ai envie de parler. Dès le premier épisode, beaucoup ont fait l’erreur de prendre au 1er degré sa fameuse phrase sur son envie de devenir “la voix d’une génération”. Elle a été utilisée pour le trailer de la série, et c’est ce qui en est ressorti en premier – les gens voyaient ça comme un aveu de Lena Dunham, un message qu’elle essayait de faire passer discrétos. Après avoir vu la saison 1, je suis convaincue qu’il s’agit d’une grosse blague teintée d’une sacrée dose d’auto-dérision, comme pour mieux prendre de la distance avec son personnage. Pour nous plonger directement dans l’absurdité des propos et de l’attitude d’Hannah et nous présenter le personnage en une séquence, celle du dîner avec ses parents (cf. la bande-annonce).

On prend alors toute la mesure de la personnalité d’Hannah, insupportable, profondément narcissique et égoïste, le cul entre deux chaises, entre la haine de soi et la conviction que personne ne peut la comprendre, que personne ne l’aime assez. Elle n’est jamais assez bien, mais les gens qui l’entourent non plus. Elle veut toujours parler, mais commence chaque phrase par un tonitruant “Je”. Toujours la voix qui tremble, le menton rentré, les sourcils froncés, l’air abasourdi, Hannah a constamment l’air d’atterrir et de se prendre des murs dans la gueule.

Hannah incarne cette fameuse génération dont on nous rebat les oreilles, celle qui vit sa vie sur Internet, dans son petit groupe de potes, qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez, qui vit tout à travers son propre nombril. Elle est le centre de son monde, une éternelle victime malmenée par la vie-ses parents-son boss-son mec-ses amis. Elle passe son temps à chouiner parce qu’elle n’a pas ce qu’elle veut – mais s’empresse de tout envoyer péter quand elle obtient ce qu’elle convoitait depuis siiii longtemps.

Une histoire de dark side…

Et c’est là que ça se complique. Girls est sans arrêt comparée à Sex & the City – forcément, quand ça parle de quatre femmes à New York hein, faut pas chercher plus loin – mais je pense que la comparaison s’arrête là, ou pas loin.

Sex & the City était une série des années 90, imprégnée de l’air du temps de l’époque, faite pour nous faire rêver, nous faire envier le quotidien de Carrie et ses potes. On a été nombreuses à grandir en se disant qu’on voulait faire tout pareil, que leurs vies étaient trop cool et qu’on voulait les mêmes.

Girls provoque l’effet inverse. Se vanter d’être une Hannah ou une Marnie n’a absolument rien de gratifiant. Quel que soit le personnage de Girls auquel on pourrait éventuellement s’identifier, ça n’est jamais une “bonne” chose. Allez dire à quelqu’un qui a vu la série que vous vous identifiez troooop à Hannah et vous verrez qu’on vous réservera un accueil des plus chaleureux.

Il a fallu la toute fin de saison 1 pour que la sentence tombe : oui, je m’identifie à Hannah Horvath. Et c’est sans la moindre miette de fierté que je fais cet aveu, parce qu’Hannah représente tout ce que je ne supporte pas chez moi – ou du moins ce que j’ai le plus de mal à apprivoiser. Elle me renvoie à des situations vécues et ressassées pendant des nuits entières, jusqu’aux larmes, pour le plaisir de me flageller un coup. Cette façon de taper du poing sur la table pour exprimer des convictions basées sur du vide, de passer des heures à faire de longs discours sur ce qu’on est, pourquoi on l’est, comment on l’est, me renvoie à mes heures les plus sombres.

Hannah passe son temps à parler de ce livre qu’elle est soi-disant en train d’écrire – mais elle ne produit rien. Elle se plaint toujours de sa relation avec Adam – mais elle n’est pas foutue de lui dire clairement ce qu’elle ressent. Elle passe sa vie à se plaindre et ne fait jamais rien pour arranger quoi que ce soit.

Elle incarne le culte du “moi”, le nombrilisme poussé à l’extrême, une sorte de masochisme mal assumé, elle se complaît dans sa misère – parce qu’elle ne connaît que ça, que ça lui donne l’impression de vivre quelque chose, et d’avoir quelque chose à en dire. Et c’est la première fois que je me prends une telle claque en réalisant que je m’identifie à un personnage fictif, parce que ça n’a absolument rien de flatteur. Ça n’a rien de gratifiant. Ce n’est pas un modèle, une inspiration, un but à atteindre – c’est le reflet un peu crasseux qu’on voudrait ne plus jamais revoir.

La sublimation du pire

Là où Lena Dunham force l’admiration, c’est que j’ai beaucoup de mal à croire qu’Hannah n’ait rien à voir avec elle. Hannah est si “exacte”, si “vraie”, qu’elle a forcément mis une grosse dose de sa personnalité dans le personnage qu’elle incarne. Alors après tout le mal que je viens de dire d’Hannah, en quoi ça peut bien être une bonne chose ? Lena a réalisé l’exploit de sublimer son pire.

Elle a pris tout ce qui la freinait, tout ce qu’il pouvait y avoir de négatif en elle, et elle l’a injecté dans un alter-ego fictif, une marionnette qu’elle a pris un pied monstrueux à diriger. Elle a tout grossi, déformé, travaillé, exagéré et a su donner une dimension terriblement humaine à un personnage qui n’a rien d’admirable.

C’est une leçon qu’a tenté de m’apprendre ma mère à une époque – l’art de sublimer, de canaliser. Elle m’encourageait à prendre tout ce qui merdait chez moi, dans ma vie, pour en faire quelque chose de positif et de constructif. À l’époque, ça voulait dire écrire un bouquin ou monter sur scène, mais finalement j’ai trouvé autre chose.

Plutôt que de passer sa vie à se lamenter sur son sort, à faire la liste de tous nos défauts, il faut trouver un moyen de les utiliser, de les transformer, et de leur trouver un autre rôle. D’en faire des atouts. Je m’étais encore jamais rendu compte de l’efficacité d’une telle approche avant de finir cette saison de Girls. Lena Dunham est le meilleur exemple qu’on puisse trouver, elle a su créer un miroir dans lequel personne n’a envie de se voir mais devant lequel tout le monde s’est précipité en un temps record.

Et je conclurai en replaçant une de mes scènes préférées de toute la saison, pour vous encourager à arracher vos pantalons pour danser en slip sur la moquette.

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À lire aussi…

Et pour un point de vue de mec, allez donc lire le très bon article de LeReilly sur les hommes de la série Girls !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Opalescence
    Opalescence, Le 2 juillet 2012 à 2h04

    Personnellement, je me reconnais dans toutes les filles.
    Hannah pour le côté analyse tout, remise en question continuelle,

    Spoiler
    , et c'est une foireuse égocentrique sans s'en rendre compte, Soshana pour son manque de confiance en elle son côté angoissée et fascinée par les autres filles qu'elle trouve cool (plus qu'elle visiblement), Jessa pour le côté un peu irresponsable nocturne et sa vie sentimentale chaotique
    Spoiler
    , et Marnie pour le côté sérieux crispé qui sait pas vraiment ce qu'elle veut. J'ai l'impression que chaque personnage est un composant de ma personnalité en fait.

    Sinon, je ne les trouve ni irritantes ni pitoyables. Mais c'est vrai qu'elles vendent pas non plus du rêve, et c'est ça qui est bien. Enfin de vrais personnages avec des physiques normaux et des caractères humains !



    Sinon, Jack Parker (je sais pas comment arobaser les gens) tes articles sont trop cools, créateurs de réflexion sur plein de sujets et aussi de confiance en soi (plus que certains bouquins de développement personnel), tu es mon écrivaine Madmoizelle, voire mon écrivaine du Web préférée à ce jour, ne t'auto flagelles donc pas trop !

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