Interview de Camille, militante pour Europe Écologie – Les Verts

Jusqu’au premier tour de la Présidentielle, nous allons rencontrer des jeunes militantes engagées auprès d’un parti politique dans la course à l’Élysée. Aujourd’hui, nous vous proposons l'interview de Camille, militante pour Europe Écologie - Les Verts.

Interview de Camille, militante pour Europe Écologie – Les Verts

Europe Écologie – Les Verts et Eva Joly

Europe Écologie – Les Verts est un parti écologiste mené par Eva Joly dans la campagne présidentielle. Pour le moment crédité de moins de 3% des intentions de vote dans les sondages, le parti semble peiner à convaincre les Français et à vulgariser son programme. Pour rendre les choses plus claires sur les intentions d’EÉLV, nous avons donc rencontré Camille, une militante aussi motivée dans son combat qu’à répondre à toutes mes questions.

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Interview de Camille

Camille a 23 ans, vient de Lyon et ne vit à Paris que depuis septembre. Elle est actuellement en première année de master de développement local des pays du Sud à Nogent-sur-Marne et fait partie des Jeunes Écologistes.

Raconte-nous un peu ton parcours de militante.

Je suis dans le parti depuis septembre dernier, j’ai auparavant travaillé pour Europe Écologie – Les Verts dans le Rhône pour les élections cantonales de l’année dernière. Je n’étais pas encore membre du parti, et pourtant ils m’ont fait confiance. C’est après cette expérience que j’ai décidé de prendre ma carte. Ces stages aux côtés du parti m’ont tellement intéressée que je suis restée militante.

Qu’est ce qui t’a motivée à t’engager politiquement ?

J’ai toujours été sensible aux grandes inégalités que l’on peut voir tous les jours, comme le cliché malheureusement vrai du SDF qui dort devant une bijouterie. C’est, entre autres, ce qui m’a donné envie de m’engager dans la politique, histoire de voir si on pouvait vraiment faire bouger les choses. Et je me suis rendue compte que non seulement nous étions tous indispensables individuellement, mais aussi que la politique est incontournable car il y a trop de choses qui se règlent à ce niveau-là. Du coup, l’écologie politique m’a vraiment frappée car ce courant prône à la fois la solidarité et une grande liberté. Je m’explique :

[rightquote]Pour transformer durablement la société, il faut absolument que ça vienne « du bas »[/rightquote] Une des questions que l’écologie politique se pose, c’est de trouver une solution à cette question : « Comment peut-on faire pour que chacun ait sa place dans la société ?« . Que ce soit en travaillant sur l’égalité hommes/femmes, mais aussi pour les populations les plus fragiles comme les personnes âgées, les enfants, les immigrés… Ce sont des gens qui n’ont parfois pas droit à la parole et qui sont mis en marge de la société. Ce qui m’a interpellée, c’est l’idée d’instaurer une solidarité entre chacun. Le but c’est qu’on soit tous liés, mais libres aussi : s’il y a quelque chose qui ne m’intéresse pas, c’est bien les planifications. Je pense que ça ne marche pas dans le sens où il n’y a pas de participation du peuple, c’est quelque chose qui est imposé par l’Etat. Et moi je crois vraiment en une chose : pour transformer durablement la société, il faut absolument que ça vienne « du bas ». Il faut que les gens aient envie de le faire. C’est ça qui m’a réellement touchée dans l’écologie politique : on laisse aux gens la possibilité de se dire « Voilà ce qu’il faut que je fasse« . J’ai une certitude, c’est que pour faire une chose vraiment bien, il faut avoir compris pourquoi tu la fais. Ça ne sert à rien de dire aux gens de manger bio s’ils ne savent pas pourquoi, si on ne leur explique pas l’impact des pesticides sur les agriculteurs, par exemple. C’est ce que je n’aime pas dans la vision centralisatrice de l’État et je trouve que du coup, l’écologie politique, c’est une belle synthèse entre deux grands modèles qui sont le communisme et le libéralisme. Deux modèles qui partaient vraiment de bonnes intentions, sauf qu’ils ont complètement dévié l’un et l’autre. C’est pour toutes ces raisons que j’ai décidé de m’engager politiquement et plus particulièrement aux côtés d’ÉELV.

Es-tu satisfaite du choix qui a été fait par les militants de lancer Eva Joly plutôt qu’un autre candidat dans la campagne ?

À la base, j’avais voté pour Nicolas Hulot parce que j’ai rencontré les deux et que je me suis dit que dans la Vème république, c’est la rencontre d’une personne et du peuple qui prime. Je trouve ça très dommageable parce que le problème – que l’on voit bien dans cette campagne – c’est qu’on oublie de parler du fond et qu’on se concentre sur les actions du candidat ou du Président en tant que personne. La question qu’il faut se poser, ce n’est pas qui va être à la tête du pays, mais ce que son programme propose.

Par conséquent, si EÉLV est pour une VIème république qui se reposerait moins sur une seule et même personne, le fait est que la campagne actuelle se déroule sous la Vème république et qu’il faut bien jouer le jeu. En ce sens, Nicolas Hulot me semblait meilleur dans le contact avec les gens.

J’ai beaucoup hésité parce qu’à côté de ça, Eva Joly est à mes yeux quelqu’un de formidable. Elle a un parcours hyper intéressant ; à une époque où les Français en ont marre de la corruption, j’avais l’impression que son côté intègre jouerait en notre faveur. Je me disais que c’était peut-être ça qu’attendaient les gens. Malheureusement, j’ai réalisé que ce n’était pas le cas. Déjà, elle a trop de « handicaps » :

  • C’est une femme (c’est malheureux mais pour beaucoup d’électeurs, il n’est toujours pas envisageable de mettre une femme à la tête du pays).
  • C’est une ressortissante d’un autre pays. Ça ne passe pas toujours parce que beaucoup de Français (pas tous, j’insiste) restent chauvins et c’est important pour eux d’avoir un Président né en France. Pourtant, Eva est une vraie française dans le sens où elle a choisi ce pays et qu’elle a envie de le construire. Elle ne mène pas son engagement par carriérisme, mais parce qu’elle sent qu’il y a quelque chose à faire maintenant pour la France.
  • Elle n’est pas très bonne en communication.

J’ai donc voté Nicolas Hulot mais j’ai par la suite été vraiment très déçue qu’il ne nous suive pas. Je pensais qu’il avait sa place dans cette campagne parce qu’il aurait fait un binôme génial avec Eva. Ils se complétaient d’une manière absolument fantastique : ce sont deux personnes complètement différentes mais qui ont consacré leurs vies à leurs combats. Je me suis dit qu’il faudrait faire un Eva Jhulot, les mixer. Mais au final, avec le recul, je ne pense pas qu’il aurait fait mieux qu’elle. Et surtout, Eva a été très courageuse parce que ça n’a pas été une campagne facile. Je ne regrette plus du tout que ce soit elle notre candidate.

L’image même d’Eva Joly est un peu marketée. Qu’est ce que tu en penses ?

[rightquote]On a essayé de mettre en avant des symboles plutôt qu’une personne.[/rightquote] Ce que le parti a essayé de faire, c’est de ne pas mettre une personne en avant – on n’est pas dans la personnification du pouvoir. Du coup, je pense qu’à défaut, on a essayé de mettre en avant des symboles plutôt qu’une personne. Après, est-ce que ça a marché ou non, je sais pas. Mais ce qui est sûr, c’est que les lunettes d’Eva Joly sont devenues un symbole : dès qu’on voit des lunettes rouges, on pense à elle, alors on peut dire que ça a un peu marché. On a essayé plus que tout de se concentrer sur le programme mais la forme compte aussi et à ce niveau, il faut le dire : on n’a pas été au top. En même temps, il faut souligner qu’on a de très petits moyens et c’est quelque chose qui a affecté notre campagne (il n’y a pas que ça, bien sûr, je ne dis pas le contraire). En gros, un meeting de François Hollande ou de Nicolas Sarkozy, c’est à peu près le budget total de notre campagne, pour te faire une idée. Il est donc évident qu’on ne peut pas faire autant de choses que les autres au niveau de la communication. Mais c’est le jeu, et on le savait avant de se présenter. En même temps, on savait surtout que si on ne se lançait pas dans la Présidentielle, nos idées écologistes ne seraient pas portées. L’élection présidentielle est tellement importante que si tu ne la fais pas, tu n’existes pas ou presque pas pendant 5 ans.

Du coup, parlons-en de la campagne. Tu concèdes qu’elle n’est pas facile : comment tu la vis ?

À titre personnel, je n’entends aucune critique dans mon entourage à l’encontre d’Eva. Par contre, on me dit régulièrement ne pas comprendre les idées défendues par EÉLV. Et je pense que notre problème, il est peut-être là : on a plein d’idées, mais on ne sait pas toujours les expliquer simplement. Y a plein de personnes pour qui l’écologie, c’est trier ses déchets : des gens m’ont vraiment dit « Je ne vois pas pourquoi je voterai écolo : les déchets, je les trie déjà« , quand même !

[rightquote]Pour moi, l’écologie, ce n’est pas interdire aux gens de faire quelque chose, mais amener les comportements à changer. [/rightquote]En fait, j’ai l’impression qu’on a une image sympathique (en général, les gens nous aiment bien et nous accueillent chaleureusement), et on suscite en même temps une forme de rejet parce qu’on nous imagine « punitifs ». J’ai souvent entendu « Ouais bah non merci, je pourrais plus prendre de bain » par exemple. Alors que pour moi, l’écologie, ce n’est pas interdire aux gens de faire quelque chose, mais amener les comportements à changer. L’idée, c’est que les gens comprennent que leurs actes ont un impact sur eux-mêmes, sur leurs voisins et sur le mec à l’autre bout de la planète. Mais il faut qu’on soit plus clairs avec notre programme. Parfois, on l’est pas assez, et la seule solution pour ce faire, c’est de parler aux gens. Par conséquent, la campagne, je la vis en étant tout le temps militante (en soirée, en cours…). Quand ils apprennent que je suis Jeune Écologiste, les gens viennent me poser des questions pour clarifier tout ça.

Est-ce que tu pourrais nous résumer les valeurs défendues par le parti ?

Il y a d’abord la solidarité et l’idée que chacun trouve sa place : ce n’est pas parce que tu as perdu ton boulot ou parce que tu es vieux que tu dois être un marginal. Toute notre société tourne tellement autour du travail qu’on t’en exclut dès que tu es inactif. Le marché a complètement supplanté l’humain et on a oublié l’important, qui est de pouvoir être épanoui dans sa vie. Le but d’EÉLV c’est de redonner sa place à chacun et surtout de faire en sorte que tout le monde puisse vivre sa vie de la manière la plus complète possible.

Le but, c’est aussi de recréer de nouvelles sortes de solidarités. D’apprendre à nous respecter : respecter les autres, mais aussi notre Terre… Voilà, le respect et la solidarité, ce sont vraiment les maîtres mots de l’écologie. Pour construire une société plus sereine, plus apaisée. Ça me – ça nous – paraît essentiel.

En parlant de société plus sereine, est-ce que tu pourrais nous donner des exemples de mesures qu’EÉLV souhaiterait mettre en place pour les jeunes ?

Ce qu’on propose, pour les jeunes, c’est l’autonomie. Pour moi, il ne doit pas y avoir à choisir entre faire des études et bosser tout de suite parce qu’on n’a pas d’argent. On propose donc une sécurité financière avec un revenu d’autonomie de 16 à 25 ans pour permettre à tous les jeunes d’avoir accès à une formation.

On propose aussi l’encadrement des loyers parce qu’au niveau des petites surfaces, les coûts sont exorbitants (les propriétaires savent bien que les jeunes n’ont pas le choix et ont besoin d’un toit). En encadrant les loyers, les jeunes pourraient se loger d’une manière décente avec un budget raisonnable.

On propose aussi la construction de 12 000 chambres d’étudiant parce qu’il en manque énormément (il suffit de voir les listes d’attente pour les chambres du CROUS).

Dernière chose, un chèque-santé de 200€ par an pour les jeunes (qu’ils soient étudiants ou non). Je crois qu’on connaît tous des gens qui ne peuvent pas aller chez le dentiste ou chez le gynéco parce qu’ils sont à sec. Ce n’est pas normal. À l’heure actuelle, si tu n’as pas la chance d’avoir une bonne mutuelle (ce qui coûte de l’argent), tu n’es pas soigné.

À titre personnel, quelle(s) mesure(s) te parle(nt) le plus ?

[rightquote]Nous proposons de créer 12 000 logements sociaux par an. Nous souhaitons aussi la rénovation thermique de certaines habitations.[/rightquote] La question du logement est essentielle pour moi, car chacun doit vivre convenablement sous un toit. On propose par exemple un plan de rénovation des logements. Il manque 800 000 foyers en France et 3,6 millions de personnes sont mal logées ou sans abri. Ces chiffres sont aberrants. Il n’y a plus de temps à perdre sur ce sujet. Nous proposons de créer 12 000 logements sociaux par an. Nous souhaitons aussi la rénovation thermique de certaines habitations ; c’est bon pour la planète, mais aussi pour le budget des habitants puisque leur facture énergétique baisserait énormément (ce qui ne serait pas un luxe dans la situation actuelle vu que beaucoup de personnes n’ont même pas les moyens de se chauffer). Pour résumer, notre but, c’est : l’accès au logement pour le plus grand nombre possible, des investissements pour pallier la précarité énergétique de millions de Français et l’encadrement des loyers.

L’emploi est aussi une question primordiale à mes yeux. On a vraiment beaucoup de choses à dire à ce sujet. En ce qui concerne la création d’emplois, on créerait un million d’emplois « verts », des postes locaux et non délocalisables car ils ne feront pas partie du système monétaire international. Par rapport au nucléaire, on nous accuse de vouloir fermer les centrales et de mettre les employés au chômage. Pourtant, on aura besoin de beaucoup de monde pour faire une expertise, pour se pencher sur la sortie du nucléaire, le démantèlement des centrales… Tout cela donnera du travail aux gens pendant un moment. Il y aurait des postes dans l’énergie, mais aussi dans le bâtiment. On veut faire un vrai plan de construction de logements et des rénovations thermiques sur 500 000 bâtiments d’ici à 2017 : ça représente un véritable vivier d’emplois.

Enfin, la tarification progressive de l’eau et du gaz afin d’éviter le gaspillage. Nous estimons qu’il y a un quota de base dont tout le monde a besoin ; par contre, si tu veux laver ta voiture à l’eau potable ou prendre trois bains par jour, là, tu vas payer. L’eau est un bien précieux qu’il faut absolument préserver.

Est-ce qu’il y a des points du programme par rapport auxquels tu serais plus réticente ?

Franchement… Ça va faire un peu langue de bois de dire ça, mais sincèrement, je ne vois pas : on porte un projet où tout s’imbrique. Tout se porte mutuellement et comme dans la construction, tout s’effondre si tu enlèves un pilier.

Est-ce que tu aurais un dernier mot pour les madmoiZelles qui hésiteraient encore sur leur vote ?

J’ai envie de dire que notre génération a un vrai rôle à jouer. On est à une période où notre monde va prendre un tournant différent et il faut qu’enfin on sorte des logiques de profit pour remettre l’humain et la Terre au coeur de nos attentes. Je voudrais qu’on ne soit pas fatalistes et qu’on commence à croire qu’un autre système, qui a su apprendre des erreurs passées (des échecs du libéralisme, de ceux du communisme), est possible.

Je voudrais aussi ajouter quelque chose : quand on nous dit « L’écologie c’est pour les utopistes« , c’est marrant, mais je pense exactement l’inverse. Je trouve justement que ce qui est utopique, c’est de croire qu’on va pouvoir régler les problèmes actuels avec les mêmes solutions qu’on nous sort depuis vingt ans et qui n’ont pas fait leurs preuves. Pour moi, l’écologie, c’est justement beaucoup plus réaliste que ça.

Dernière chose : il faudrait qu’on arrête de voir la protection de la planète comme une punition. Au contraire ! Il faut voir ça comme une chance. Nous vivons dans un monde magnifique, il faut qu’on arrête de s’auto-détruire en ravageant ce qu’il y a autour de nous. Il faut saisir cette opportunité qu’on a de pouvoir préserver notre Terre tant qu’il est encore temps.

Enfin, j’aimerais conseiller aux madmoiZelles qui ne l’ont pas déjà fait de lire notre programme : on n’est certes pas les premiers sur la communication, mais on défend un vrai projet, sur lequel on a beaucoup travaillé et qui me paraît abouti et cohérent.

Encore un grand merci à Camille ! Elle est lectrice de madmoiZelle, n’hésitez donc pas à lui poser vos questions dans les commentaires et elle y répondra quand elle aura un peu de temps !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Ellimac.
    Ellimac., Le 19 avril 2012 à 17h26

    Purple Mind Tout à fait d'accord.
    Après, le but c'est aussi de donner aux gens la possibilité de se nourrir bien. Ca implique des choix politiques, dont celui de vraiment aider les agriculteurs en conventionnel à passer en raisonné puis en bio.
    Mais ce dont tu parles, c'est typiquement du capitalisme vert... Se servir d'une prise de conscience globale pour en faire du profit. Et ça par contre, c'est notamment à nous, consommateurs, de nous battre contre, en n'achetant pas ces produits qui ne respectent pas des conditions de travail décentes. Et ça, en effet, ça passe par le local. :)

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