Interview d’Ambre, militante au PS

Jusqu’au premier tour de la Présidentielle, nous allons rencontrer des jeunes militantes engagées auprès d’un parti politique dans la course à l’Élysée. Aujourd’hui, nous rencontrons Ambre, militante au Parti Socialiste, afin de parler de la campagne.

Interview d’Ambre, militante au PS

Le PS et François Hollande

La création du Parti Socialiste remonte au début des années 70, dans les racines de la SFIO, la Section Française de l’Internationale Ouvrière, créée en 1905. Sous la Vème République, le seul candidat socialiste ayant été élu à la présidence de la République est François Mitterrand, élu en 1981 et réélu en 1988 (il détient le record de longévité à ce poste sous la Vème République). Martine Aubry est l’actuelle Première secrétaire du Parti Socialiste et le candidat à l’élection présidentielle, François Hollande, a été désigné lors des primaires qui ont eu lieu en octobre 2011. Le clivage idéologique entre Droite et Gauche s’articule essentiellement autour de la priorité donnée aux valeurs d’Égalité ou de Liberté. La Droite défend traditionnellement la Liberté, le respect des libertés individuelles, quand la Gauche place l’Égalité en priorité : celle des droits et des chances pour tous.

Pour plus d’informations :

Interview de Ambre, militante PS

Ambre a 21 ans, elle est originaire de Clermont-Ferrand. Après avoir étudié à l’IUT de Grenoble, elle est venue effectuer un Master en Communication à Paris. Dans ce cadre, elle était en stage au Parti Socialiste de juin 2011 à janvier 2012, où elle a notamment pris part à toute la communication organisée autour des primaires. Depuis janvier, elle est « Super Stagiaire » de Romain Pigenel, Responsable de l’Influence dans l’équipe de campagne de François Hollande.

Bonjour Ambre ! Merci d’avoir accepté cet entretien. Depuis combien de temps milites-tu au PS ?

Dans le cadre de mon Master, je faisais un mémoire sur l’utilisation d’Internet dans la campagne des primaires et j’ai postulé au PS pour un stage. En fait j’avais déjà eu des expériences dans la communication politique ou publique, auprès de maires, de conseils généraux… L’idée cette fois était vraiment de faire un stage “Web”. L’occasion s’est présentée. Je suis devenue adhérente au PS pendant mon stage.

Pourquoi avoir choisi de t’investir en politique ? Quel a été le déclencheur ? Et pourquoi avoir choisi le PS ?

Je ne sais pas pourquoi je me suis intéressée à la politique… Je ne vois pas pourquoi on ne s’y intéresserait pas ! J’ai toujours beaucoup aimé l’Histoire, or elle est essentiellement politique : on étudie la succession des régimes, leurs conséquences, les évolutions sociales, économiques et culturelles qu’ils ont permises ou entravées… Je l’avais peut-être aussi dans le sang : mes parents me racontent que lorsque j’étais petite, j’étais déjà fan des Guignols de l’Info !

Après, pourquoi le PS ? Parce que j’ai le coeur à gauche ; dans ma famille tout le monde est de gauche, mes parents étaient très investis dans les associations… Je me suis posé la question, mais mon engagement est apparu comme une évidence.

Quel est ton sentiment sur cette campagne ? (Pas uniquement sur François Hollande, sur la campagne en général)

[rightquote]Je trouve le traitement médiatique de cette campagne particulièrement décevant. [/rightquote]J’ai le sentiment que les médias ne relaient que les petites phrases. Ils racontent le contexte de telle ou telle interview, s’arrêtent aux détails et ne s’attellent que très superficiellement aux propositions des candidats. Je trouve le traitement médiatique de cette campagne particulièrement décevant.

Les médias doivent croire répondre à une attente du public, mais je pense qu’ils ont tort. Je ne pense pas que les gens réclament du “divertissement politique” compte tenu de la situation actuelle. Nous essayons de ramener le débat au niveau des propositions, mais ce n’est pas toujours évident. Aujourd’hui [NDLR : lundi 02/04], François Hollande était l’invité de Jean-Pierre Elkabbach : il l’a interrogé longuement sur sa nouvelle affiche de campagne, ce n’est pas ce qui intéresse les Français !

Ces pratiques participent à l’énervement des gens : pour tous ceux qui ne vont pas d’eux-mêmes chercher l’information sur les sites des candidats, ils doivent penser que la campagne se limite à cette seule agitation : “qui a la meilleure affiche”, “qui a les meilleures petites phrases”, etc. En étant cantonné à ces seules “informations”, on ne peut pas faire son choix en toute connaissance de cause, c’est un vrai problème.

Après, pour moi, vu de l’intérieur, j’ai justement le sentiment inverse : je trouve que cette campagne est particulièrement sérieuse, précisément à cause du contexte de crise dans lequel nous nous trouvons.

Parlons de ton rôle dans cette campagne : tu es au coeur de l’action ! Quelles actions mènes-tu personnellement dans la campagne ?

Je suis “Super Stagiaire” de Romain Pigenel, le responsable de la “cellule Influence”. Concrètement, mon action s’organise en trois axes :

1/ Je m’occupe des relations avec les “activistes numériques” : c’est ainsi que l’on appelle les bloggeurs, les twittos, tous ceux qui agissent en ligne pour faire connaître les propositions de François Hollande. Il y a des jeunes mais aussi des personnes plus âgées : on a une dame de 70 ans qui vient tweeter aux “Riposte Parties” ! Concrètement, nous proposons diverses actions à nos activistes par e-mail, notamment pour leur signaler les contenus à partager. En retour, ils font de la veille pour nous sur les réseaux. Nous avons un “noyau dur” d’une centaine d’activistes, mais ce sont ensuite près de 30 000 personnes qui participent au relais des propositions sur Internet.

2/ Je m’occupe également des relations presse avec Ariane, qui est “la voix de François Hollande” sur Internet : elle le suit sur le terrain, donc je prends le relais au QG lorsqu’elle est en déplacement.

3/ Enfin, le Pôle Influence a une chronique quotidienne sur Radio Hollande, émise du lundi au vendredi de 18h à 19h30. À l’intérieur de notre chronique “Blog and Tweet”, je présente la rubrique “La Patte du Panda” !

Qu’est ce qu’une “Riposte Party” ?

Lorsque François Hollande ou ses adversaires passent dans une émission télé, nous invitons les activistes à venir tweeter ses propositions, à relayer sa parole sur Internet. Lorsque ses adversaires parlent, il s’agit de réagir s’ils disent des contre-vérités. On tweet alors des articles de fact-checking mettant en évidence les imprécisions du discours. On essaie vraiment d’être présents, mais surtout efficaces et pertinents sur la Toile, pour compenser quelque part les lacunes du traitement médiatique “traditionnel” de la campagne. La ligne de François Hollande est de “prendre de la hauteur, parler du projet” ; c’est ce que nous faisons sur Internet. Les seules consignes que nous donnons aux twittos/blogueurs sont :

  • Respecter la ligne du candidat
  • Utiliser les hashtags de chaque événement
  • Tweets positifs si c’est F. Hollande qui s’exprime, et tweets “fact-checking”/désintox si ce sont ses adversaires.

Pas de violence ni d’insultes : ce n’est pas la campagne que nous avons choisi de mener.

C’est ta première campagne électorale au sein d’un parti ? Quelles sont tes impressions ? (par rapport à tes attentes ?)

[rightquote]J’ai trouvé que les primaires ont vraiment permis de donner une légitimité au candidat.[/rightquote] Si je m’attendais à cela ? Sur le rythme, oui ! C’est assez différent de mon stage au PS, je faisais surtout du Community Management, alors qu’ici, je gère beaucoup de projets seule. C’est une nouveauté ! Au PS je participais à des projets collectifs, je suis passée “aux responsabilités” dans la campagne présidentielle.

Niveau ambiance, j’apprécie d’être avec des gens qui soutiennent F. Hollande. J’ai trouvé que les primaires ont vraiment permis de donner une légitimité au candidat. Mais l’ambiance était différente, plus “professionnelle” : il fallait rester neutre et ne pas prendre parti pour l’un ou l’autre candidat.

Pour moi, c’était un peu le tour de chauffe !

Revenons à la campagne : qui est le principal adversaire de François Hollande ? Nicolas Sarkozy, les médias ?

Nous ne sommes pas dans un rapport d’opposition avec les médias : ils sont censés être un canal d’information, il n’y a pas à avoir de tactique « contre » les médias. Depuis le début, nous sommes sur une ligne claire : parler du projet. Si les médias ne nous reprennent pas, nous utilisons d’autres canaux, dont Internet : nous comptons sur les activistes numériques pour parler du projet autour d’eux.

Il n’y a pas de stratégie de “buzz” ou de petites phrases, c’est vraiment parler du projet.

…L’adversaire principal, alors ? Sarkozy… Mélenchon ?

Non, Jean-Luc Mélenchon n’est absolument pas notre adversaire. Plus la gauche est forte, plus cela conforte l’élan vers le changement. Notre adversaire principal est le Président sortant.

Quelle est ton analyse de la stratégie de campagne de François Hollande, par rapport à celle de ses adversaires ? On lui reproche de manquer d’ambition, on sent qu’il ne veut pas décevoir et refuse de “promettre la Lune”. De fait, il est attaqué par l’extrême-gauche qui “vend du rêve” et lui reproche d’être trop austère, alors que la droite lui fait précisément le reproche inverse : trop de promesses, trop de dépenses ! Quel est ton avis ?

Mon sentiment est qu’il est un peu facile de “vendre du rêve” justement, de lire Victor Hugo à la tribune, de faire des propositions que tu n’auras pas à tenir puisque tes chances d’accéder aux responsabilités sont faibles. C’est précisément pour cette raison que je trouve que François Hollande est sur une ligne très juste : il sait que la situation est difficile, il ne promet que ce qu’il peut tenir. La politique ne doit pas se limiter au rêve, elle doit être davantage une vision, le sens que doit prendre le changement de société. Ce n’est pas seulement rêver, c’est construire.

Quant à la critique principale que fait la droite, de ma petite expérience, ce n’est que le clivage historique droite/gauche. La droite a toujours accusé la gauche d’être dépensière, c’est la “vieille Lune” de la droite : dire que les socialistes vont ruiner la France ! Or le dernier gouvernement socialiste, dirigé par Lionel Jospin, n’a pas mis la France en faillite… Au contraire ! Preuve que la France peut survivre au socialisme !

Plus sérieusement, le projet de François Hollande est chiffré, les sources de financement des mesures annoncées sont connues ; quelques mesures prioritaires, notamment en matière d’éducation, seront financées par les mesures de “justice fiscale” : des impôts prélevés auprès des plus fortunés.

Quel est le thème qui te tient le plus à coeur ?

[NDLR : je lui en ai demandé un, elle a voulu m’en donner trois, nous avons arrêté le compromis à deux]

Le thème qui me tient le plus à coeur est le contrat de génération. Il est à la fois pragmatique et symbolique. Pragmatique, car il est une réponse au problème d’insertion des jeunes dans le monde du travail et du maintien des seniors dans l’entreprise. Symbolique, parce qu’il repose directement sur l’idée que chacun a une place dans notre société. Le contrat de génération vise à remettre du lien dans une société divisée.

Le 2ème thème que je retiendrais est l’engagement 31, à savoir l’ouverture des droits au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels. Je suis très heureuse et très fière que mon candidat se soit prononcé en faveur de ces évolutions. Pour moi, le mariage est un acte civil, célébré par l’État (le maire), donc je ne vois pas pourquoi ce droit ne pourrait pas être ouvert à TOUS les couples. Si le mariage est légalisé, la société évoluera aussi, le regard sur les enfants qui ont “2 mamans” ou “2 papas” évoluera également. Il faut une réforme pour engager ce premier pas vers une société d’égalité.

Trouves-tu que ces thèmes sont traités de façon pertinente dans cette campagne ?

François Hollande présente souvent le contrat de génération, le thème du mariage et de l’adoption est largement repris par les associations. Mais dans les médias… il y a eu énormément de reprise de la tranche marginale d’imposition à 75% pour les revenus annuels supérieurs à 1 million d’euros. Or ce n’est qu’une mesure qui participe à la réforme de la fiscalité portée par F. Hollande, dont l’objectif est d’assurer une répartition plus juste des efforts de contribution : que chacun participe à hauteur de ses moyens. Les 75% relèvent davantage du symbole, d’une conception de l’égalité dans une société. La réforme fiscale ne se limite pas à cette seule mesure !

Quelle est la mesure de François Hollande qui te tient le plus à coeur ? Pourquoi ?

Si je ne devais en sauver qu’une, ce serait la promesse de créer 60 000 postes supplémentaires dans l’Éducation Nationale. Je pense que le projet de l’UMP n’est pas en phase avec la réalité des besoins de l’Éducation Nationale. Laisser croire que les profs ne travaillent pas assez, c’est scandaleux, c’est un réel manque de vision pour les générations futures. J’ai assisté cet automne à une rencontre avec “Stagiaires précaires”, une association de profs-étudiants à Bondy. Ils arrivent devant des classes difficiles sans stage de préparation. J’ai quasiment le même âge qu’eux, je me suis identifiée facilement… Je me mets à leur place : ils sont en charge de plusieurs niveaux, doivent préparer plusieurs cours… Il y a une véritable nécessité de réforme et de moyens pour l’école publique. Si je ne devais sauver qu’une seule mesure du programme de François Hollande, ce serait celle-ci.

À l’inverse, y a-t-il une mesure qui t’aurait moins convaincue ?

Il n’y a aucune mesure avec laquelle je ne sois pas d’accord, le projet est un tout. Ce n’est pas un inventaire à la Prévert dans lequel un panachage serait possible. Le programme donne une orientation, toutes les mesures vont dans le même sens : davantage de justice, d’égalité, de solidarité. Tous les engagements ne sont pas nécessairement précis mais François Hollande présente sa vision pour la France, ses priorités, et il liste les moyens qu’il met en face pour y répondre. C’est un véritable projet de société, avec lequel je suis en accord.

L’après Présidentielle : est-ce que tu comptes poursuivre ton engagement ?

La politique est à la fois une passion et mon travail, donc je ne pense pas m’arrêter ! C’est une expérience unique sur le plan émotionnel et humain. C’est ma première campagne électorale aussi près de l’action, première fois également que je vote à une élection présidentielle… Indépendamment du résultat, c’est déjà une expérience inoubliable.

Retour à la campagne : “Un dernier mot aux madmoiZelles qui hésiteraient encore sur leur vote à la Présidentielle ?”

Quelle France voulez-vous pour l’avenir ? Lisez le projet et posez-vous cette question : ai-je envie que la France de demain ressemble à celle des 60 engagements, une société du mariage pour tous, de la justice fiscale, d’une priorité redonnée à l’Éducation ?

Mon conseil est vraiment d’aller lire les différents programmes, aller chercher l’information que les médias ne relaient pas. Je suis convaincue que le projet que porte François Hollande est le meilleur pour la France.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Duendecita
    Duendecita, Le 18 avril 2012 à 13h57

    Merci pour cet entretien qui vient pour la première fois de me donner envie de voter PS, enfin!

    Je comptais le faire de toute façon, devant le reste des propositions, prendre le "moindre mal", mais l'article est venu apporter une énergie que je ne voyais pas dans le programme, et m'a remotivée à m'y plonger de plus près.

    Issue pourtant aussi d'un milieu de gauche, je suis pour l'instant dubitative sur le système de représentation installé en France: le pouvoir de décision reste concentré et haut placé, bien éloigné de certaines réalités. (Et c'est normal, car pour prendre une décision globale il faut bien généraliser, c'est pourquoi je remets en cause le système général et non la gestion d'un dirigeant en particulier).

    Ceci étant dit, de manière générale, le PS me semble proposer, avec son programme
    (qui revient entre autres sur certaines décisions désastreuses de ces dernières années, je pense notamment à la réforme de formation des enseignants dont j'ai été victime en tant que prof stagiaire) un terreau favorable à l'action solidaire et à l'équité (et non l'égalité).

    Le pouvoir politique est actuellement complètement soumis aux exigences de pouvoirs économiques et financiers ce qui ne permet aucune remise en question profonde d'un système en chute libre.

    Petite parenthèse @ Lieve:
    : Manuel Valls n'est selon moi pas un réel homme politique de gauche, il n'est donc évidemment pas un représentant des réformes principales du PS... Il dit dans une interview du Point:
    «Je n'attaque pas le PS, je veux le refonder», et «aider à concilier la gauche avec la pensée libérale»


    Il s'agira donc pour moi de voter des conditions générales propices aux actions particulières et précises: plus de facilité pour changer les choses à mon nivea
    u, en travaillant sur un plus long terme à changer les choses en profondeur.

    Un petit lien pour voir plus loin:
    http://www.telerama.fr/idees/presidentielle-j-57-la-campagne-vue-par-bernard-stiegler,78318.php

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