J’ai 16 ans et je suis (quasiment) indépendante… deux ans plus tard !

Il y a deux ans, Margorambo avait 16 ans et elle nous racontait comment elle était (quasi) indépendante. Elle revient aujourd'hui nous donner de ses nouvelles !

J’ai 16 ans et je suis (quasiment) indépendante… deux ans plus tard !
Il y a deux ans, Margorambo avait 16 ans, et elle nous racontait comment elle était (quasi) indépendante.

Elle revient aujourd’hui nous donner de ses nouvelles !

Me revoilà, quelques années après mes premiers témoignages. Entretemps, j’ai déjà fait un autre petit bout de chemin, avec quelques changements, des évolutions, et tout le toutim. Je vais vous les retracer dans les grandes lignes, parce que pour tout raconter il me faudrait un bouquin que personne ne lirait — sauf ma maman pour me faire plaisir.

J’ai d’ailleurs, depuis quelques temps déjà, décidé d’adopter la philosophie et les maximes de mon brave ami Oscar Wilde, qui disait, avec justesse et phrasé :

« Chaque fois qu’on produit un effet, on se donne un ennemi. Il faut rester médiocre pour être populaire. »

Alors soit, échappons à la morne médiocrité, Oscar (moi au moins j’aurai la chance de ne pas goûter aux geôles de Reading pour ça, et c’est un bien non négligeable) !

Être une lycéenne quasi-indépendante : le bilan

Je vis toujours avec Fredo, malgré quelques problèmes ces derniers temps que je vais éviter de détailler ici.

Mon lycée par correspondance s’est vraiment bien passé. J’ai eu quelques soucis au niveau de la mise en place des TPE que je n’ai donc pas pu passer, mais j’ai pu rattraper sur d’autres notes, et je ne me suis pas sentie déstabilisée en passant mon bac après tant d’année de déscolarisation – seulement extrêmement stressée !

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La philosophie, une découverte qui a tout bouleversé

Il me semble que dans mon premier article, je disais vouloir devenir comédienne. Après avoir fait du théâtre pendant environ huit ans, j’ai trouvé quelque chose qui me plaisait autant, et j’ai arrêté de monter sur scène. Je crois que maintenant je le regrette un peu, je me dis souvent que j’aurais dû continuer : je me trouve plus timide que quand j’en faisais, moins à l’aise avec mon corps, mes mouvements, ma voix…

Je sais qu’il n’est jamais trop tard pour reprendre, mais voilà quelques années que je n’ai plus mis les pieds dans un cours, et je sais que ça me ferait peur d’y retourner.

Ce qui m’a fait arrêter le théâtre, c’est la rencontre avec une professeure particulière de philosophie quand j’étais en terminale et que je préparais mon bac par correspondance (que j’ai eu, mention bien, il me semble). La philo me posait un problème, dans mes manuels elle était expliquée de façon extrêmement absconse et sans grand intérêt ; je me retrouvais bloquée devant tous ces bouquins, toutes ces questions larges.

J’ai donc dégoté une étudiante en master de philosophie sur Internet, qui proposait des cours particuliers de philo un peu moins chers que la moyenne, ce qui correspondait assez à mes maigres moyens.

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On se retrouvait dans un café avec cette fille que je nommerai Jeanne (parce que c’est joli, comme dans les chansons de Brassens !), et on buvait un chocolat tandis qu’elle me faisait deux heures de cours de philosophie.

Les gens passionnés, réellement passionnés, ont quelque chose de contagieux. Jeanne l’était, et elle a su réveiller l’intuition philosophique que j’avais en moi. Finalement j’ai continué seule, et je suis maintenant en seconde année de fac de philo, avec en tête l’idée de devenir professeure à la fac. Je fais des études complètement perchées, je suis souvent la seule à comprendre ce que je dis ou pense, mais j’adore ça, plus que tout.

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Bon, moi, ce que je préfère, c’est la philosophie morale et politique, et la logique. Je suis passionnée depuis longtemps par un auteur nommé Wilhelm Reich, un zombi oublié et décrié, précurseur de la sexologie (avant Masters et Jonhson !), fondateur du freudo-marxisme, et dont se seraient inspirées un bon paquet de féministes soixante-huitardes – d’ailleurs il inspira aussi bon nombre d’autres mouvements libertaires.

Mon grand rêve serait d’écrire une thèse sur son travail, de me spécialiser et d’écrire des bouquins sur ce qu’il a pu dire et faire.

Phobie scolaire et cours par correspondance

Après mon bac, j’ai donc décidé d’aller à la fac, en me disant que ce serait pas la même chose ; je me disais que ce serait plus libre, moins oppressant et ridicule que le système scolaire auquel j’ai été habituée. J’ai passé un semestre en philo : je travaillais bien, j’avais des notes tout à fait potables, et tout se passait pour le mieux puisque les étudiants et profs étaient hyper ouverts.

Mais vers la fin du semestre, au bout d’environ deux mois et demi, impossible d’y remettre les pieds. Comme ça. Un matin, je me suis retrouvée à déprimer dans le bus, à avoir la boule au ventre en marchant jusqu’à la fac, à rester bloquée devant le portail. J’ai persévéré, pour tomber dans les affres de la déprime. J’ai donc arrêté d’y aller.

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Dans la foulée, j’ai décidé d’aller voir une psy. Je savais que pour être acceptée en cours par correspondance en milieu d’année il me fallait un certificat, quelque chose qui prouvait que c’était pas juste un changement d’avis sur un coup de tête. J’ai trouvé une psy, et la sentence est vite tombée, quelque peu prévisible : c’était de la phobie scolaire. L’attestation en poche, j’ai pu commencer la fac par correspondance, terminer mon second semestre et réussir ma première année.

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La question troublante est que je ne comprends toujours pas le principe de cette phobie scolaire. J’ai tenté quelques séances d’EMDR, une méthode d’hypnose qui m’avait permis de ne plus avoir la phobie du noir quelques années auparavant de manière très efficace, mais là, rien.

Aussi loin que remontent mes souvenirs, je n’ai jamais été très à l’aise à l’école. J’en viens souvent à me demander s’il s’agit vraiment d’un genre de dysfonctionnement, d’une réelle phobie, ou si c’est juste moi, ma façon d’apprendre.

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Peut-être que je suis juste autodidacte, et que c’est comme ça que je fonctionne, naturellement. Peut-être que je ne suis pas guidée par une peur irrationnelle, mais que le système scolaire tel qu’il est fait, qu’il soit strict ou pas, ne convient naturellement pas à ma façon d’apprendre, de réfléchir et d’envisager les choses.

Je sais juste que j’ai besoin d’être libre, et que me demander chaque jour de m’asseoir en face de quelqu’un qui m’explique des choses et d’écouter, c’est déjà trop pour moi. J’ai besoin d’apprendre à ma manière, de faire les choses selon moi, à mon rythme, dans l’ordre que je choisis et aux heures que je choisis. Si toutes ces années derrière un bureau n’ont pas suffi à me conditionner à ce mode de fonctionnement, alors c’est que ça ne doit pas être comme ça que je fonctionne, tout simplement.

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Mais je veux être prof. Ça encore, c’est problématique. Si j’ai réellement une phobie scolaire, est-ce que je pourrai être professeure ? Je dois avouer que j’en sais rien du tout. J’ai besoin d’apprendre à ma manière quand j’étudie, alors peut-être que j’y parviendrai si j’enseigne à ma manière aussi ? C’est une grande question pour moi.

Je suis réellement passionnée par les questions que soulèvent les auteurs que j’aime, et j’ai très envie de communiquer ce savoir, ces questionnements, toutes ces idées souvent mises de côté.

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Cours par correspondance et vie sociale

On me demande souvent si les cours par correspondance entravent ma vie sociale. Je pense que ça dépend de comment on gère ça : ça peut l’être pour certain•es et pas pour d’autres. Pour ma part, j’ai toujours eu des difficultés à apprécier le fait d’être avec beaucoup d’autres gens, et à en profiter pour me faire des amis. Je ne me sens à l’aise qu’avec certaines personnes, ce qui fait que même à la fac j’avais du mal à aller vers les gens et à sortir d’un cercle d’amis très restreint.

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Je suis pas vraiment une solitaire, j’aime même sortir, faire la fête et voir mes amis, mais je ne parviens pas à me mêler aux soirées étudiantes, ni à me fondre dans un groupe. Ce n’est pas que les gens me rejettent : on m’a plusieurs fois invitée à sortir en groupe quand j’allais à la fac, mais ce n’était pas vraiment mon truc.

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Je vois cependant souvent mes amis, et mon cercle s’élargit doucement, donc je ne vois pas vraiment de différence avec l’époque ou j’étais au lycée ou à la fac. Au contraire même : à l’époque, voir tout le temps du monde me faisait rechercher la solitude sur mon temps libre, tandis que maintenant j’ai plus de temps pour mes amis et plus de temps pour moi, donc tout s’équilibre.

Je me laisse porter au gré des nouvelles rencontres qu’on me propose, je saisis des opportunités, je suis mes amis quand ils veulent me faire découvrir un nouveau groupe ou un lieu… et mon père lorsqu’il me propose de me présenter ses amis à lui, qui ont parfois l’âge des miens !

Côté financier…

Bon, sinon, je me débrouille. J’ai la chance d’être boursière, donc de ne pas avoir besoin de compter sur mes vieux pour payer mon loyer – ils n’auraient de toute façon pas pu le faire vu qu’il est un peu plus élevé depuis que j’ai déménagé. Je tente de leur demander le moins d’argent possible, parce que je sais qu’ils ne sont pas riches, même s’ils m’aident toujours volontiers. Du coup je bosse de temps en temps, je garde des enfants.

Il n’y a pas si longtemps, j’ai aussi été recruteuse de donateurs, pour WWF. Pour ceux qui ne savent pas en quoi ça consiste, en gros on est dans la rue avec un t-shirt d’une association, et le but est de récolter des donateurs réguliers, soit des gens qui acceptent de donner un montant fixe par mois à l’association (sachant qu’il y a généralement un montant minimum).

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Bon, en faisant ce boulot, j’ai perdu de ma vergogne : je peux maintenant crier des insanités en public, faire l’idiote, taxer des trucs aux gens dans la rue ou plus généralement demander tout et n’importe quoi sans ressentir la moindre honte. Avant il me fallait deux pintes pour ça, maintenant c’est naturel – tant mieux, je ferai des économies.

J’ai aussi compris que j’étais un peu plus forte que je le pensais, plus apte à envoyer balader les gens, et à me faire envoyer balader. J’ai également compris que je résistais mal à la pression.

Au moins, ça m’a appris à connaître ce que je supporte ou non, et à ouvrir encore un peu plus ma gueule quand un truc me plaît pas, ce qui n’est pas un mal.

Et pour la suite ?

Je vais continuer mes études, donc, hein, je pense que c’était évident. Je vise le doctorat, même si ça peut sembler irréaliste ; potasser des bouquins, analyser des choses dont le monde entier se fiche, ça me botte vraiment.

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Et puis en janvier, je vais passer mon permis et tenter de me payer un camion, une camionnette, n’importe quoi que je peux aménager pour y mettre un matelas.

Mon père a une Mercedes Benz, et est ami avec un paquet de jeunes qui vivent dans des camions. Il m’a proposée de m’emmener avec lui dans des camps, et je veux aussi découvrir les Z.A.D et explorer un peu ce monde-là – si ces bandes de roots veulent bien accepter mes pantalons à pinces, ma blondeur et mes théories philosophies barbantes.

Je suis intéressée par les modes de vie alternatifs comme je le suis par les modes de pensée alternatifs, et j’espère réussir à développer le mien, peu importe ce que certaines personnes puissent en penser.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • ChansonMuette
    ChansonMuette, Le 12 novembre 2016 à 18h22

    Alexandra David-Néel
    @Crépuscule Clairement, tu connais beaucoup de personnes qui à 16 ans et 18 ans se débrouillent seuls ? Clairement, dans mes études j'en ai pas rencontré beaucoupbeaucoup. Entre ceux qui sont toujours chez papa/maman car c'est confortable, et ceux qui sont dans leurs appartements mais maman qui fait le linge et le ménage chaque semaine (j'ai rien contre ça, mais je comprends pas...) et bah, désolé, si elle y arrive à 16 ans, je dis bravo. C'est plus mature que la moyenne.
    Ou alors c'est aussi parce que avant 18 ans on n'a jamais travaillé et que donc pour partir de chez ses parents cela implique que eux soient assez aisés pour assumer deux loyers avec leurs salaires, ce qui est loin d'être le cas de tout le monde ?
    Dans ceux qui vivent chez leurs parents, t'as pas que des Tanguy larves qui ne foutent rien et regardent leur mère faire leur lessive. Il y en a aussi beaucoup qui participent activement aux tâches ménagères mais voilà, ils ne sont pas indépendants parce qu'ils ne peuvent pas ( encore ) se le permettre et c'est comme ça.
    Ce que je veux dire c'est que avoir son chez-soi à 16 ans, c'est pas forcément être plus mature que la moyenne. C'est avoir plus de chance que certains. Et c'est tant mieux pour elle :). Mais les ados qui sont chez leurs parents entre 16 et 18 ans, ce n'est pas forcément qu'ils sont plus trouillards/moins matures/plus paresseux qu'elle.
    Des gens qui vivent chez leurs parents et qui aimeraient en partir, j'en connais : qui vivent dans une atmosphère étouffante, qui ont envie d'être chez eux, etc.. Sauf que sans soutien financier des parents, ce n'est pas possible. Ce n'est pas qu'une question de courage mais aussi une question de chance. Elle a eu la chance d'avoir des parents qui comprenaient son envie, l'acceptaient et étaient en capacité et volonté d'assumer financièrement, et c'est vraiment cool. Mais on ne peut pas dire que tout le monde joue avec les mêmes cartes et que c'est aussi simple pour tous les adolescents de 16 ans de quitter le domicile familial.

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