Iggy Azalea, la « Gwen Stefani du rap »

On ne pouvait continuer cette rubrique "Des filles qui font de la musique" sans parler de la nouvelle sensation rap australienne. Alors, qui est Iggy Azalea ?

Iggy Azalea, la « Gwen Stefani du rap »

Si vous avez un truc avec le rap féminin, les longs cheveux blonds, l’Australie et les nanas grande gueule, alors un poster d’Iggy Azalea orne peut-être déjà vos murs de studette d’étudiant. Sinon, lisez ce qui suit.

Iggy Azalea, nymphette filiforme aux yeux en amande, est la nouvelle sensation hip-hop outre-océanique. Blanche comme Lady Sovereign mais aussi pop culture que Nicki Minaj, elle ne joue ni la carte de la crédibilité ghetto, ni la partition de la femme-vampire. Non, en vérité Iggy Azalea a décidé de tabler au milieu : elle rappe comme on crache mais se déhanche comme un mannequin Elite abonné au monde de la nuit…

« Iggy est la meilleure rappeuse du moment, et je me tape de savoir si elle est blanche ou noire, elle défonce tout et elle est sexy »

… ce qui est presque une nouveauté (Kreayshawn mise à part) quand on sait que dans le rap game, les rappeuses blanches sont souvent accusées d’être des petites bourgeoises qui essayent de s’encanailler.

Attention, vue en perspective trompeuse : en vérité, Iggy n'a pas du tout le « big booty » dont elle rêverait.

Son visage de jeune fille policée, elle le dégrade à coups de lunettes mouches et bouche glossée grimaçante. Dans ses chansons, le slang s’exhibe ; et dans ses clips, les travellings sur culs bien moulés et les gros plans langue / glace / langue / glace qui fond s’alternent. Ça dégouline, et on aime ou on aime pas : l’ambiance moite rattrapée par le second degré se veut frivole et détachée. Comme le port de lunettes rouges en forme de coeur, à Barcelone, un soir où les jeunes filles se veulent autant « auto-dérision » que « sex-appeal » : elles veulent serrer, quoi.

Mais alors, comment une illustre inconnue qui ne trouve son inspiration ni dans la lexicologie de la misère sociale, ni dans le féminisme outrancier, a t-elle réussi à sortir de la masse jusqu’à créer aujourd’hui le buzz ?

Étape 1 : poster des freestyles sur Youtube

Comme beaucoup, Iggy Azalea a trébuché sur le succès à l’école de la rue en s’exposant sur la toile. Créoles, bustier noir, eye-liner épais : celle qui ne jure que par Tupac a fait des YouTubeurs son premier public.

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Étape 2 : sortir un clip officiel

Le clip de Pu$$y (qui nous a tous donné envie de chiller sur le perron des baraques australiennes) :

[vimeo]http://vimeo.com/29514207[/vimeo]

Celui de My World, que Iggy Azalea décrit comme « une satire des clips à gros budget dans les années 90, mais version chopped and screwed » :

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Étape 3 : proposer une mixtape en téléchargement libre

— À choper ici

En parlant de « rap ignorant », je vous propose la lecture de ce papier « Manifeste : le rap ignorant » publié sur 10kilos.us, qui nous explique :

Le « rap ignorant » se distingue par son opposition à d’autres courants/sous-genres qui l’ont précédé. « L’ignorance » doit être comprise ici comme l’opposé de la «conscience», au sens de la connaissance, de l’éducation, de l’éveil à des enjeux globaux et majeurs qui transcendent la production musicale.

Autrement dit, comme le résume bien le blog Refined Hype :

« Ignorant is hereby defined as any song built around a huge beat, a catchy hook and whose lyrics contain absolutely nothing of substantive value »

« Le rap ignorant englobe donc n’importe quelle chanson construite autour d’un beat lourd, d’une boucle entêtante et de paroles n’ayant aucun fond en particulier »

Voilà, c’est fini pour le petit cours de rapologie, on peut passer au point suivant.

Étape 4 : sortir avec A$AP Rocky

et se faire tatouer « LIVELOVEA$AP » sur les doigts (via Noisey).

Vu comment le petit a été encensé, être sa meuf est un énorme gage de crédibilité*. Souvenez-vous comment Beyoncé est devenu 10 fois plus bankable quand elle a commencé à sortir avec Jay-Z. Pareil pour Kelis et Nas (qui ne sont plus ensemble, snif).

*Attention, je ne dis pas que Beyoncé et Kelis ont été ramassées dans le caniveau par les grands Jay-Z et Nas : je précise qu’elles ont gagné en street cred en sortant avec eux. Eux ont gagné en sex appeal (jurisprudence « quoi, il existe sur terre une nana ultra bonne pour kiffer sur Jay-Z ? OK, Jay-Z est SEEEEEX », vous savez).

Étape 5 : signer chez Interscope et faire un feat. avec T.I

C’est tout nouveau, c’est sorti hier, ça sent encore le beurre tout chaud :

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(L’instru est de Bei Maejor, qui a déjà produit Ciara, Wiz Khalifa, Monica, Ne-Yo et tant d’autres).

Voilà. Vous comprenez maintenant en quoi Iggy Azalea, 21 printemps à peine, est en train de se frayer un petit chemin sur le bitume caillassé du hip hop hédoniste et contemplatif de notre monde. Et si vous voulez tout savoir : son personnage ne m’est qu’à moitié sympathique (ne me demandez pas pourquoi, tout ne s’explique pas de manière scientifique) mais son dernier morceau est clairement en train de me retourner le cerveau. J’en ressortirais presque mes « boucles d’oreilles ethniques » et mon rouge à lèvres grenat pour bouger mon cul dans un tregging American Apparel et le soutif en silicone que j’ai acheté à la Braderie de Lille (pour déconner), c’est dire. Mais je vous quitte là avant de vous faire un peu trop de confessions qui vous mettraient mal à l’aise.

— Son album, The New Classic, sortira en juin prochain.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Styx
    Styx, Le 2 avril 2012 à 17h42

    J'ai téléchargé son album "Ignorant art" (disponible en téléchargement libre sur son site) pour me faire une idée... et je l'ai vite supprimé de ma bibliothèque itunes. Les instrus donnent mal à la tête. Bof.

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