De l’achat des tampons hygiéniques dans notre société moderne

Si tu es une fille et que tu as tes règles, tu as sûrement passé un long et douloureux moment de gêne à la caisse du supermarché, tentant de glisser discrètement ta boîte de tampons hygiéniques à l'abri des regards. Mais pourquoi tant de honte ?

De l’achat des tampons hygiéniques dans notre société moderne

Il y a des moments dans la vie où le fait d’être humaine me revient dans la face, genre bien violent, et ça me fiche la te-hon.

Grâce à ces heures de mortification en tête-à-tête avec mon manuel d’SVT et ses explications bienveillantes (ainsi que ses maculatures douteuses à la page 152, faut croire que les muscles à vif et les bras en équerres chez une femme, ça émoustille le Jean-Eude de 6ème A), j’ai à peu près bité le tableau (excusez le vocabulaire de Kaamelott).

Pourtant, j’ai beau avoir engrangé que toutes les manifestations, exigences et complications biologiques font partie du package, ben d’un seul coup je me sentirais presque le devoir d’en rougir, avec palpitations, tremblements de la glotte et tutti quanti, comme dirait l’ami JD.

Un poisson rouge se torture-t-il l’amour propre à l’idée de nager en compagnie de ses propres étrons ? Un chien s’astreint-il à la componction, lorsque par mégarde il lui arrive de se réveiller tout seul en pétant (toi-même tu sais) ? Je ne crois pas.

Le besoin de tampons VS les regards inquisiteurs

Alors juste un jour, j’aimerais prendre mon cul par l’anse et lancer (notez l’allitération) à la gueule immonde de la sacro-sainte société : je suis humaine, et je m’en torboyaute avec quelque solennité.

Pourtant, quand vient pour moi le moment fatidique de poser mes tampons sur le tapis de la caisse, je sens mes bonnes résolutions fondre comme neige au soleil, je quitte mon masque de badass de supermarché et je n’ai plus qu’une envie, prendre le premier vol pour Kuala Lumpur*. Au moins.

*Capitale de la Malaisie. Voilà de quoi briller en société, et travailler la prononciation de tes consonnes occlusives vélaires sourdes. Et de deux.

Lorsque le chaland (qui est en fait un client, merci Wiki) qui te précède à la caisse du Monop’ n’est pas occupé à se trouver une contenance, avant le bip libérateur qui validera son pain de mie sans croûtes et son pack de 6 (oui il est complexe), en checkant son iPhone/matant la lanière de son sac/fusillant du regard les cumulonimbus avec la bouche en cul de poule (y a p’us de saisons ma bonne dame), il lui sied de zyeuter ce que toi, anonyme de 12h18, t’as t’y donc dans ton panier.

Pire que le regard réprobateur sur tes Danettes (t’es sûre avec ton tour de taille?) ou tes rillettes Bordeau Chesnel (on ne se prive de rien, dans la conjoncture actuelle, et avec les chiffres de l’Insee sur le chômage…), il y a le regard lubrique/dégoûté/hautain sur tes TAMPONS.

Marre du walk of shame

En tant que nanas, on en est déjà à s’auto-flageller pour des vergetures, de la cellulite, des poils, choses somme toute très naturelles, mais qu’on nous apprend à haïr, combattre, planquer.

Pour les règles, j’aimerais bien croire que c’est une question de volonté et qu’en ouvrant mes chakras je serais soudain débarrassée de ce remake mensuel de Shining dans ma culotte, mais forcé d’admettre que ça tient plutôt au fait, que, ben, je n’ai pas de kiki. Rien que ça.

Et pourtant, à la perspective de poser mes tampons parfumés super absorbants avec applicateur sur le tapis, je tremble encore à m’en décoller les ratiches, tant et si bien que je troquerais volontiers cette torture avec une walk of shame depuis l’appart de Carott Top. Ouais.

COUCOU.

« Non mais alors euh c’est pas pour moi, c’est pour une amie… »

J’admire celles qui les dégainent fièrement ou indifféremment en se disant que c’est la nature, parce que quand on y pense c’est pas sale, c’est normal, et pas de quoi avoir honte. J’ai essayé de ne pas faire ma gamine là-dessus, mais j’ai toujours l’impression que c’est un truc qu’on préférerait que j’achète dans l’ombre, en stock de 20 chez Métro, ou mieux, que je les fabrique avec de la toile de jute dans ma cave.

Et soudain j’ai envie de me retourner pour expliquer que les quatre gouttes sur le paquet c’est juste parce que je suis prévoyante, que j’aimerais vivre dangereusement mais que voilà non, et pitié ne reculez pas devant moi comme devant les chevaliers qui disent Ni, je ne vais pas repeindre votre Caddie ou votre faciès avec mes menstruations, croix de bois croix de fer si j’mens j’vais en enfer.

Indifférence et perversité

J’aurais sans doute un travail à faire sur moi-même et le regard des autres, mais que voulez-vous. Pensez donc à Elliot Reid, angoissée chronique, capable de se ruiner la santé parce qu’au moment même où elle appuyait sur le bouton pour verrouiller sa portière de voiture, un black s’est penché pour mater à travers la fenêtre de ladite portière (sans doute regardait-il son jeu de sourcil/la tenue de son gloss dans la vitre, m’enfin), et forcément il allait penser qu’elle avait verrouillé à cause de lui, la raciste.

Alors qu’en fait non. Bon ben voilà. T’en as qui continuent leur petit bonhomme de chemin l’esprit tranquille, ou qui se font une tisane, moi ça me nique la semaine.

Et puis, c’est sans compter sur le pervers de 12h17, celui qui se retourne pendu à sa flasque de Daniel’s pour te lancer des œillades licencieuses façon « je sais ce qui se passe dans ta culotte, et c’est pas très propre, en plus ça veux dire que t’as un vagin, t’es une NANA, et moi j’ai un péni’, moi Tarzan, suite logique, CQFD ».

 FIFILLE

Pourquoi tant de mythes et de peurs sur les règles ?

Faut dire que certaines pubs ne nous aident pas franchement, en mettant dans la tête de ces dits messieurs des images de nous dans une position plus que compromettante.

Même en y mettant toute la bonne volonté du monde, les mieux intentionnés d’entre eux ont dû longtemps avoir du mal à regarder nos gentilles mimines pleines de doigts (ça tombe bien, on en a dix) sans avoir les dents du fond qui baignent. Y’ en a même qui y ont consacré un sujet de forum.

J’ai beau être fière d’être une nana (surtout depuis que je lis madmoiZelle !), dans ces moments-là, aussi stupide que ça puisse paraître, j’ai envie d’aller chouiner chez ma mère pour qu’elle vienne faire la queue à ma place. Et quand on y pense, je ne devrais pas.

Alors pourquoi ce sentiment de honte qui sournoisement m’envahit, malgré mon mental de warrior ? Faut croire que le problème ne date pas d’hier, car il suffit de lire ces quelques mots pour mettre le doigt (LOL) sur un long travail de dégradation de l’image de la femme et de son corps, jusque dans son fonctionnement le plus naturel.

« Quand une femme aura un flux, un flux de sang dans sa chair, elle sera sept jours dans son impureté. Quiconque la touchera sera impur jusqu’au soir. Tout meuble sur lequel elle se couchera pendant son impureté sera impur, tout objet sur lequel elle s’assiéra sera impur. »

Ancien Testament, Lévitique, chapitre 15 vers, 19 et 20.

On pourrait croire que le coup des meubles est archaïque, pourtant je me rappelle encore la remarque bien humiliante et premier degré que m’a jeté mon père en me regardant comme une lépreuse*, alors que, réglée pour la première fois, je m’apprêtais à m’asseoir sur les sièges-ni-nubuck-ni-simili (ni soumis) de sa bagnole de compèt’.

Sheldon approuve ce paragraphe.

(*Bien que j’emploie cette expression rabattue que j’affectionne assez par ailleurs, je suis consciente que la lèpre n’est pas un sujet de plaisanterie et que, quoique désormais non mortelle, elle peut encore faire des ravages. Voilà.)

Sur ce même sujet, un article assez intéressant sur le site Maman pour la vie (et jusqu’à la mort) fait remarquer que les publicités mettent toujours l’accent sur la fraîcheur et la discrétion, et bien que je ne dise pas non à ces deux adjectifs, les entendre répéter à tout va comme une dépêche de l’AFP fini par me mettre mal à l’aise ; comme si les règles étaient quelque chose de sale qu’il faut à tout prix cacher…

N.B. : Ces propos sont basés sur des faits réels, mais heureusement assez rares ; la plupart du temps c’est juste moi qui fait de la paranoïa. Comme quand on est persuadé-e que notre prochain ne voit que la circonférence de nos narines ou l’asymétrie de nos sourcils. La plupart de nos prochains ont d’autres chats à fouetter, et je devrais aussi.

Et toi, as-tu déjà été mortifiée dans ta chair en achetant une boîte de Tampax chez ton épicier préféré, ou t’en tamponnes-tu (haha) au contraire allègrement le coquillard ? 

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Coco culottée
    Coco culottée, Le 13 septembre 2015 à 20h42

    Pour ma part j'étais gênée au début parce que j'avais entendu que c'étais sale, que les filles étaient chiantes quand elles avaient leurs règles et gnagnagni et gnagnagna. Je me sentais sale, ce jusqu'à ce que j'accepte que juste à cette période pas être fraiche c'est naturel.
    Et puis avec le temps comme les douleurs se sont décuplées, acheter des serviettes hygiéniques pendant mes règles ça relevais plus de l'exploit donc je me sentais plus comme une super héroïne: imaginer superwoman à la caisse d'un petit tesco avec sa boite de serviettes :supermad:

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