Harcèlement de rue, cette épuisante banalité

Le harcèlement de rue, ou le fait de se faire aborder, voire verbalement agresser par des inconnus, sort enfin de l’ombre. Point sur la situation et conseils de Jack Parker. Publié initialement le 1er août 2012 Aaaah bah voilà. Enfin, on en parle, grâce au documentaire de Sofia Peeters. Le “harcèlement de rue”. Ces petites […]

Harcèlement de rue, cette épuisante banalité

Le harcèlement de rue, ou le fait de se faire aborder, voire verbalement agresser par des inconnus, sort enfin de l’ombre. Point sur la situation et conseils de Jack Parker.

Publié initialement le 1er août 2012

Aaaah bah voilà. Enfin, on en parle, grâce au documentaire de Sofia Peeters. Le “harcèlement de rue”. Ces petites remarques quotidiennes incessantes et plus ou moins insultantes selon les individus, que nous devons subir calmement tout au long de notre vie. Pourquoi ? Parce qu’on a commis l’immense affront de naître avec deux chromosomes X. Il n’en faut pas plus pour avoir droit à ces petites remarques “innocentes”. Ce coup de projecteur sur le harcèlement de rue permet de constater à quel point les mentalités ont besoin d’évoluer de tous les côtés sur le sujet.

Un truc que je remarque systématiquement quand le sujet est abordé entre femmes : tout le monde est d’accord, on partage nos histoires, on s’énerve, on s’offusque, on tape du poing sur la table, on raconte nos pires histoires, on calme ça avec une bonne dose de second degré – bref, on se comprend. Quand le sujet est abordé en présence d’hommes, en revanche, il arrive très souvent qu’ils nous répondent “Mais euh… c’est un cas isolé ça, nan ? Enfin j’veux dire, ça arrive une fois de temps en temps quoi, faut pas non plus en faire des caisses, c’est pas comme si c’était tous les jours… et ça arrive pas à tout le monde”. Et bim, les deux pieds en plein dans la tartiflette.

Notons d’abord, parce que c’est important sinon après on va dire que je suis une harpie castratrice, que je comprends TOUT À FAIT cette réaction. Mais elle m’attriste profondément. Parce qu’elle prouve bien qu’on a encore pas mal de route à faire pour que le problème soit reconnu par tout le monde. Il est difficile pour un mec de se rendre compte de l’ampleur du problème, déjà parce qu’il est assez rare que nous, femmes, accostions un mec dans la rue pour lui dire “Pssst, pssssttttt, eh jeune homme, eh viens voir ! AZY VIENS VOIR J’VAIS PAS T’BOUFFER ! Pffff, sale tapette va !”. Mais également parce que quand on se promène en compagnie d’un ou plusieurs hommes, les habituels relous prennent vachement moins de risques pour se faire remarquer. Y a toujours des exceptions, des histoires de mâle alpha qui veut prouver sa valeur, défier le rival qui parade avec sa femelle pour faire entendre sa grosse voix virile, mais globalement, c’est quand on est seule ou entre meufs que ça se corse.

Donc forcément, quand un mec vient nous péter notre trip en intervenant d’une voix solennelle pour nous dire “Eh, oh, tututut, arrêtez de tout exagérer tout le temps là, c’est bon, c’est pas grave une remarque de temps en temps et puis c’est flatteur”, comprenez qu’on perde un peu notre calme.

Pour information, toi lecteur mâle qui déguste ces mots comme un verre de chianti, sache que ça n’est pas d’ “une remarque flatteuse de temps en temps” dont on parle.

Pour parler de ce que je connais, j’ai grandi et vécu quasiment toute ma vie à Paris et que je sois en mini-jupe + talons de douze ou gros baggy + capuche sur la tête, très rares ont été les jours où j’ai pu foutre un pied dehors sans me faire accoster, dès le moment où j’ai eu des attributs féminins visibles.

Et ça n’a rien à voir avec une question de physique (parce qu’on m’a aussi répondu “Pff, tu t’la pètes hahaha” à chaque fois que j’ai tenté de l’expliquer) : femme = proie potentielle. Qu’elle soit “belle” ou pas selon les standards de celui qui l’accoste, peu importe. Le fait même qu’elle soit une femme suffit à justifier qu’on lui fasse une remarque.

Quel genre de remarques ? Hmmm voyons…

“Eh madmoiZelle, t’as pas un 06 ?”
“Eh petite coccinnelle, viens voir deux s’condes !”
“Ho la pute là-bas, tu suces ?”
“Eh salope ! Eh grosse pute ! Eh viens voir deux minutes !”
“Hmmmmm… charmaaaante….”
“Joli p’tit cul !”
“Hmm, c’est beau ça, j’peux toucher ?”
“Vous êtes charmante mademoiselle !”
“Eh eh eh ! Eh t’as un mec ? Vas-y viens, monte, j’vais t’montrer c’est quoi un vrai mec !”
“Sssssssssalope !”
“VIENS M’BAISER GROSSE PUTE !”
“Pourquoi tu fais la gueule ? T’es tellement plus jolie quand tu souris ! Allez, fais moi un sourire !!”

Ce ne sont que de tous petits exemples de ce que je peux entendre assez régulièrement, soit en faisant trois pas dans la rue, soit en écoutant les histoires de mes amies. Et ça, c’est verbal, parce qu’on parle même pas des mains au cul, dans les cheveux, des mains qu’on attrape au vol, juste pour avoir un contact physique, des baisers volés sur la moindre partie du corps qui traîne, de la main sur la cuisse, ou du gros lourd qui se colle à toi en remuant du bassin dans un métro bondé. Et qu’on vienne pas me parler de cas isolé – pour beaucoup d’entre nous, ça s’appelle “le quotidien”.

Ça fait relativiser sur le cliché de la nana crispée qui fait la gueule, celle qui vous lance un regard noir si vous vous attardez trop longtemps sur ses courbes – alors que putain, sans déconner, elle pourrait au moins avoir l’air flattée la connasse, merde. J’suis sûre qu’elle est mal baisée.

Ouais, c’est sûr que la majorité des femmes ont l’air vachement moins détendues quand elles marchent dans la rue, ou qu’elles se ratatinent sur leur siège dans le métro. Après, c’est toujours la même histoire de “marche un peu dans mes pompes pour voir si t’aimes ça” – tant qu’on fera pas l’effort de se mettre à la place des autres, d’essayer de comprendre deux minutes à quoi peut ressembler le quotidien de l’autre côté, on ira pas bien loin.

Il faut donc saluer l’initiative de cette étudiante, de la création du hashtag #HarcèlementDeRue sur Twitter, de celles qui officient derrière I Hollaback et de tous ceux et celles qui souhaitent informer et faire bouger les choses.

Personnellement, en allant discuter avec des mecs qui m’avaient accostée et/ou insultée, j’ai réussi un paquet de fois à obtenir des excuses – bafouillées entre deux rires gras et soupirs agacés, mais quand même. Et quand ce ne sont pas ceux qui ont ouvert leur gueule qui s’excusent, il arrive souvent que les potes prennent le relais et s’excusent à sa place en lui mettant des tartes derrière la tête et en l’insultant à leur tour parce que putaaaain, t’as déconné ah ouais, excuse-toi ! Ça arrive.

Après y a toujours les vrais gros connards, ceux qui ne jouent pas aux durs mais qui le sont vraiment et qui partent en vrille dès qu’on ouvre un peu notre gueule. C’est un risque que j’ai choisi de prendre – mais je n’encouragerais pas tout le monde à en faire de même. Je risque sans doute de me prendre une patate dans la tronche un jour à force d’ouvrir ma grande gueule, mais j’en ai ma claque de rester sans rien faire. Même si ça veut dire prendre la défense de celles qui n’osent pas se faire entendre.

Et puis libre à vous toutes de trouver le moyen qui vous sied le plus pour vous défendre – ça peut être le silence de l’indifférence (feinte ou non), l’attaque bisounours “socialisons-nous et parlons de ça tous ensemble autour d’un lait fraise”, la gueulante qui surprend et qui calme souvent les esprits échauffés ou l’extravagance totale (l’imitation du sanglier en rut, le hurlement strident qui attire l’attention…), chacun sa technique.

Mais il va bien falloir que ça s’arrête un jour, qu’on arrête de nous répondre “Euh bah ouais mais vous voulez faire quoi ? Les mettre en prison ? Bah nan hein, c’est bon, des cons y en a partout, c’est la vie”, qu’on arrête de nous demander de subir en silence et de faire les bonnes fifilles bien sages qui sourient et obéissent au mâle tout-puissant.

Va falloir que les spectateurs se réveillent et prennent le réflexe, eux aussi, d’exprimer leur avis – parce qu’il n’y a rien de pire que de subir les attaques d’un ou plusieurs mecs pendant que des gens regardent la scène sans rien dire, en faisant mine de ne rien remarquer d’anormal.

Pour résumer

  • Les filles : vous n’êtes PAS SEULES. On en chie malheureusement presque toutes. Et ça pue du cul. Et vous avez le droit de le dire. De le raconter, sur le forum par exemple.
  • Les mecs : on exagère que dalle, on en souffre vraiment, on ne fait pas de fausse modestie “Ohlala j’en ai trop marre, on m’a encore dit que j’étais trop bonne aujourd’hui, pfff”, on ne provoque RIEN ni PERSONNE (qu’on soit en jogging ou en minirobe latex), et vous avez vous aussi le droit d’ouvrir votre gueule quand vous assistez à une scène du genre.
  • Tout le monde : il n’y a pas de fatalité à accepter, pas de “c’est comme ça”, pas d’excuses faciles, pas de “le problème vient de telle catégorie de personne seulement et uniquement, c’est leur faute à eux, ces sales XXX”, ça commence à bien faire, et va falloir que ça se calme. Et surtout, ce n’est pas aux femmes de régler le problème. Ce n’est pas à nous de faire attention à ce qu’on porte, à l’endroit où on se promène, à quelle heure, avec quelle attitude, qui on regarde dans les yeux, comment on marche ou quelle couleur de cheveux on a et je ne sais quelle autre connerie. On n’a pas à corriger notre comportement pour arrêter de titiller les mâles qui ne savent pas se retenir parce que les pauvres, c’est dans leur nature (c’est aussi avilissant pour eux que pour nous comme genre de généralité, les hommes ne sont pas des animaux sauvages qui ne savent pas retenir leurs pulsions).

Edit : Dans les commentaires, Leech nous conseille également de lire ce petit manuel d’autodéfense à l’usage de toutes les femmes qui en ont marre de se faire emmerder sans rien dire, disponible en intégralité par ici !

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  • Querodi
    Querodi, Le 5 février 2015 à 13h37

    On m'a déjà accostée dans la rue mais tout à l'heure y a quelqu'un qui a carrément essayé de soulever ma jupe, avant de se barrer en courant. J'ai rien trouvé d'assez pertinent à lui dire sur le coup parce que j'étais complètement sous le choc mais j'ai tellement honte. Il devait bien avoir 10 ans de plus que moi et ça c'est juste un comportement de gamin de maternelle.
    Quand j'en ai parlé on m'a dit que je devais faire attention à ce que je portais quand je savais que j'allais être seule dans la rue mais pourquoi ce devrait être à nous de faire attention ? On m'a dit que c'était parce que c'était provocant mais pourquoi, parce qu'on est des femmes on aurait pas le droit de s'habiller comme on veut si on veut pas se faire sauter dessus. J'ai pas envie de porter mes pulls oversize en permanence juste pour me "protéger" d'une poignée d'imbéciles.

  • Elsa Ell
    Elsa Ell, Le 18 juin 2015 à 16h13

    Salut à toutes,
    Vraiment super article ! J'ai déjà entendu, alors que je marchais dans la rue "Oh t'es charmante" "tu as un num stp" ou avoir vu du coin de l’œil un groupe de garçons qui me regardait avec beaucoup trop d’insistance. Mais je ne crois pas avoir eu affaire à des "frotteurs" ou des attouchements...enfin j'ai 18 ans et j'ai l'impression que ça m'arrivera un jour ou l'autre quand je deviendrai plus indépendante et que je me déplacerais plus souvent dans les rues d'une vile. Mais j'espère pas... mais j'ai l'impression que c'est inévitable.

    Mais si j'écris ce commentaire, c'est parce que j'ai parlé du harcèlement de rue à une amie. je lui ai envoyé un lien sur Facebook mais ce qu'elle m'a répondu m'a tellement déçu ! J'étais devant mon ordi complètement bête, avec presque les larmes aux yeux (oui, bon ça va aha) mais j'ai trouvé qu'elle réagissait par rapport à ce sujet avec une telle désinvolture, et une nonchalance que je me demandais si ce n'était pas moi qui en faisait trop !
    Je vais essayer de vous résumer la conversation :

    Je lui demande si elle a été victime de harcèlement, elle me répond que oui. Un jour un homme s'est un peu frotté à elle. Je lui dis ensuite, tout ce que pouvait dire des gars quand elle passait comme les "tes bonne," "tu es charmante" répétés avec insistance était une forme de harcèlement. Pour elle ce n'est pas grave, on les remballe et puis c'est tout, comme une banalité, une fatalité.
    Je lui rétorque, que ce n'est pas normal, cela ne doit pas être le quotidien d'une femme et elle commence à me dire que des hommes noirs fusillés au USA, ou des enfants qui meurent de faim, c'est plus grave. je cite (attention j'ai copié collé ses phrases avec son orthographe et ses tournures, franchement d'hab elle écrit pas comme ça)

    "il y à des choses plus grave que des mecs qui t’abordent dans la rue"
    "J'en ai marre de penser a ça sérieusement je veux vivre ma vie et voilà Tu penses pas aux petits enfants qui meurent de faim ? Non Alors moi c'est pareil"
    Se disant préférant sauver les petits enfants du monde, mais attention plus tard, pour le moment elle est étudiante. Et un problème à la fois doit être réglé.


    " Moi je m'enfou de ça je préfère sauver le petit enfant qui meure de faim que la pute habille comme nabila qui se fait "harcèle" comme tu le dis"

    Lui disant alors que "la pute" ça pourrait être moi, elle, sa voisine, n'importe qu'elle fille,même étant habillée normalement, ton seul "crime" c'est d'être née femme avec des courbes. Mais comme elle le dit si bien "il y en a qui le cherche bien".

    "Bref en gros ce que je veux dire clairement : oui c'est grave (mais tu veux faire quoi ? Faire comme les féministes et se mettre a poil pour contester) Personnellement ça ne m'atteint pas je pense qu'il y a des choses plus grave que le harcèlement verbal ."
    Déjà à ce moment quand elle me parle des FEMENS, je me dis que ça y est, elle me prend pour une féministe extrême, que se battre pour une cause qui me concerne (ou nous) concerne directement fait de moi une femme prête à se mettre à poil, alors que je ne me reconnais pas du tout dans ce mouvement. Elle me dit inlassablement que des choses sont plus graves, d'autres subissent des choses bien pires. J'ai l'impression que n'ayant pas vraiment beaucoup d'argument elle me cite des événements et des choses qui se passent dans le monde comme pour me faire culpabiliser de penser à cette petite chose qui me concerne en tant que jeune femme. Penser à ma condition ? Penser au respect que je devrais avoir dans la rue ? j'ai l'impression d'entendre, Occupe toi des autres avant de penser à toi !
    Je crois que ce qui m'a le plus déçu c'est son, "sa ne m’atteins pas". Tu es femme, tu as vécu le harcèlement, les attouchements, même si se n'était pas sous ta jupe, comment cela ne peut pas t'atteindre.

    "j'essaye de relativiser au lieu de se plaindre sur notre sort je préfère avancer "
    Des femmes qui sont victimes n'auraient pas le droit de se plaindre ? En parler ce n'est pas avancer ? Je n'ai pas vraiment l'impression de me plaindre, bien au contraire en lui demandant son expérience je voulais savoir si elle était sensibilisée au sujet. Des milliers de femmes se font importuner, insulter, harceler verbalement, se font toucher dans la rue, dans le métro, se font traiter de chienne et de pute, certaines en ressortent traumatisées, car sentir un pénis en érection derrière soi n'est pas vraiment agréable. Et bien entendu les coups que tu reçois car tu as eu le malheur de t'opposer à eux, de vouloir te défendre, de t'affirmer en tant que femme sans en avoir honte, pour montrer que tu n'étais pas un objet sexuel.
    Y penser ne fait pas de toi quelqu'un qui n'avance pas dans la vie il me semble que c'est bien le contraire.C'est avancer dans les mentalités, mais surtout l'agresseur n'est pas la victime! Il n'est pas victime d'une femme qui à osé montrer ses jambes, ou juste victime d'une femme qui a osé se montrer dans la rue.

    "Mais voilà par exemple le YU LIN un festival chinois me choquera beaucoup plus que le harcèlement verbal"
    "Après chacun son combat toi par exemple tu défendras la cause des femmes et je respecte Moi ce serait la cause animale"


    Oui ce festival aussi me choque beaucoup,
    Car oui, tu as le droit de ne pas manifester pour ça, tu as le droit de faire d'autres combats et d'être plus impliqué dans la cause animal,
    mais en tant que personne directement concernée,en tant que femme,il me semble tu n'as pas le droit de dire que cela ne t'atteinds pas, tu n'as pas le droit d'en faire une banalité, tu n'a pas le droit de l'ignorer pour toutes ces autres femmes qui en ont souffert, qui en souffrent ou en souffriront.
    Plus tard tu aimerais partir dans des pays pour aider, quand tu seras "posée", et que tu auras de l'argent.Oui c'est très bien,je t'encourage à faire ça, mais il ne faut pas faire l'hypocrite, en ce moment tu n'aides personne dans le monde et tu me fais la morale en disant qu'il y a plus grave. Tu dis que tu partiras plus tard, je te le souhaite mais en attendant tu pourrais t’intéresser à ton pays, ce qui se passe dans les rues.

    "mais putain ça me fait chier d'entendre des gens qui se plaignent "han il m'a traité de connasse" par un mec qui ne sait pas formuler une phrase correcte ! ces gens la j'en ai rien a foutre ! Qu'ils m'insultent ça m'atteindra pas ! Je Lui rigolerai a la gueule ! Pendant que des gens crèvent comme de la merde"
    "[...]Mais Ptain on s'enfou sérieux ça leur accorde de l'importance a ces gens la"

    (Ce que j'ai dit plus haut est valable pour cette phrase) Ces hommes savent très bien ce qu'ils disent et dans quel but, leur chercher des excuses et la pire des choses. Si on décide de ne plus en parler, ça continuera quand même, et pire dans le silence. Des femmes se verront traumatiser, et seront fatiguées moralement par des hommes qui les traitent comme des objets. Cela redeviendra banalité, et on ne pourra jamais espérer être moins sur nos gardes dans les rues. Comme tu le dis si bien je n'espère pas "un monde sans idéal, sans violence, une utopie" car c'est impossible et je déteste le mot utopie car c'est imaginer quelque chose qui n'arrivera jamais. Tu leur "ris à la gueule" mais dans les faits comme beaucoup de femme tu t'écrases, ne disant rien, te laissant salir par des propos injustifiés.

    Je ne sais pas si c'est moi qui "over réactive" sur ça, mais j'ai voulu faire partager, car son raisonnement ne me semblait pas normal. Certes on a tous des pensées différentes, bien évidemment que toutes les femmes ne pensent pas pareil, mais ceci est un problème nous concernant toutes et il me semble que les propos sans argument qu'elle a dit n'étaient pas correctes,venant d'une personne butée dans le déni.
    Je voulais savoir si dans un sens elle avait quand même raison, peut-être que c'est moi qui est buté, je n'en sais fichtrement rien ! Avis, commentaire, remise en question de ce que j'ai écrit sont le bienvenus!!
    Je sais pas où se commentaire va finir, dans les méandres perdu, peut-être...

    Si tu as lus jusqu'ici c'est super sympas ! et je te fais des Bisous !



  • Elyon_64
    Elyon_64, Le 18 juin 2015 à 16h48

    @Elsa Ell J'en ai parlé à une copine y a pas très longtemps et sa réaction a été un peu la même (moins violente). Mais les mêmes arguments "bah tu t'en fous juste ignore" "au pire tu réponds et tu passes ton chemin" "olalala mais y a vraiment plus grave que ça".

    J'avoue que jusqu'à y a 5/6 ans, je parlais un peu de la meme façon. C'est vrai que quand on est tellement habituée à ce que ça fasse parti du quotidien on réalise pas qu'il y a un problème de déséquilibre.
    Les hommes subissent pas ça (ou très rarement), alors pour quelle raison on le devrait ?

    Bien sur qu'il y a plus important que ça, y a des causes plus "graves". Mais je trouve ça complètement con comme argument. A ce moment là faut aller dire à tous ceux qui aident les SDF en France d'arrêter et de se tourner vers les pays pauvres parce que leur cause est pourrie, au moins les SDF de France ils ont accès à l'eau potable et ils ne subissent pas la guerre donc il y a largement plus grave. Et je suis sure qu'on peut toujours trouver plus grave que n'importe quelle cause qu'on supporte.
    Un autre exemple : c'est comme le mariage pour tous. Beaucoup on dit "ouais mais on s'en fout, c'est pas la priorité, faut se concentrer sur le chomage". Mais l'un n'empêche pas l'autre...

    Pour le harcèlement de rue c'est effectivement un problème. C'est pas normal de se faire harceler, et d'avoir tant de nanas qui subissent les frotteurs et mecs qui te suivent jusqu'à chez toi en pleine nuit. Et c'est pas normal que ça commence quand t'es encore une gosse pour beaucoup de nanas.
    Je vois pas en quoi soulever un problème en délégitimise un autre.

    Je ne suis pas engagée sur plein de trucs, pour reprendre l'exemple de la défense des animaux, je ne milite pas ni ne fait rien de particulier dans ce sens là, mais ça ne m'empêche pas de condamner toute attitude de maltraitance envers les animaux (et meme signer quelques pétitions, ça sert peut-être à rien mais c'est déjà ça).
    Enfin bon je trouve son argumentaire (et celui de ma pote) vraiment à coté de la plaque. C'est pas parce qu'il y a plus grave qu'on ne doit pas critiquer ce qui ne nous semble pas normal et arrêter de sensibiliser les gens au problème.

  • Elsa Ell
    Elsa Ell, Le 18 juin 2015 à 17h35

    @Elyon_64 Franchement je l'avoue aussi plus jeune j'aurais pensé " oh cette fille à une jupe courte si des gars la dragues à outrance c'est parce qu'elle est habillée comme cela !"
    Je me hais d'avoir un jour pu penser sa! Peu importe comment une fille est habillée (avec quand même le minimum de décence pour autrui) que se soit une "Nabilla" ou non, elle n'a pas à subir le harcèlement de rue.

    C'est vrai que j'ai omi de parler que le harcèlement commence jeune.Sous prétexte qu'une jeune fille commence à avoir de la poitrine, elle devient femme et peut entendre de telles choses.
    Femme ou non de toute façon on ne devrait pas avoir à subir de commentaire sur notre physique !

    Plusieurs fois mon amis m'a dit que pour s'impliquer il fallait du temps et de l'argent en particulier mais comme tu le dit "Je ne suis pas engagée sur plein de trucs, [...]mais ça ne m'empêche pas de condamner toute attitude de maltraitance envers les animaux (et même signer quelques pétitions, ça sert peut-être à rien mais c'est déjà ça)."
    Informer et sensibiliser sa coûte rien.

    Merci de ta réponse, toutefois apprendre qu'une de tes amis pense comme la mienne, ne me rassure pas, c'est dommage de penser comme cela il me semble...d'autres doivent tenir le même discours...

  • Elyon_64
    Elyon_64, Le 18 juin 2015 à 17h50

    Ah oui bien sur, je pense que c'est tellement ancré dans ta tete depuis que t'es gamine/ado, que c'est difficile de faire réaliser aux nanas que ce n'est pas normal.
    Moi ça a commencé à me faire réagir quand j'ai déménagé du Pays Basque à Paris, où quand j'allais de chez moi au ciné a 10 minutes de chez moi je me faisais siffler/insulter 12 fois (j'exagère mais bien 3 fois en moyenne).

    Après pareil faut faire rentrer dans la crane que la tenue d'une personne ne devrait pas rentrer en compte.
    Alors bien sur à l'heure actuelle c'est un "risque" de s'habiller en robe/jupe courte et de rentrer la nuit seule. Je pense qu'on est malheureusement toutes conscientes de ça. Mais on a dépassé le stade des hommes des cavernes depuis un bail, et je vois pas en quoi, biologiquement, les hommes seraient incapables de contrôler leurs pulsions au meme titre qu'une femme.
    C'est pas parce qu'une femme s'habille court que ça veut dire qu'elle est open pour tous les mâles de l'extérieur. Et faut que ça rentre ça, oui c'est un risque aujourd'hui mais ça ne devrait pas l'être, et c'est aux hommes de faire un effort et pas l'inverse.

  • Madz_soso
    Madz_soso, Le 20 juin 2015 à 18h53

    Bonjour à tous, je viens ici pour partager un expérience assez récente.. En fait, comparativement à ce que vous avez pu vivre, ce n'est pas grand chose, mais il n'empêche que ça m'a touchée..
    J'étais avec deux amies, et on papotait. Il faisait chaud et on était toutes en robe. Une voiture passe, à côté de la rue dans laquelle on poireautait, elle ralentit, et là, bim, ils nous balancent : "wouah, beaux morceaux!!".
    Deux choses m'ont profondément choquées :
    - La formulation bordel, la formulation! On parle de morceaux de viande, de morceaux de tissus... Mais depuis quand on parle de morceaux pour décrire quelqu'un???? Le temps que je percute (et que ces sombres cons s'éloignent un peu) je me suis mise à leur gueuler dessus comme un poisson pourri... Bref, impulsivité quand tu nous tiens.
    - La réaction de mes potes : elles se sont juste marrées, considérant ça comme absolument normal, après tout, ce n'est un agréable compliment que de se faire traiter de "beaux morceaux"...
    Voilà mon petit coup de gueule, dites moi ce que vous en pensez! Je me demande même si je ne suis pas excessive... Merci d'avance

  • Locke
    Locke, Le 20 juin 2015 à 19h05

    @madz_soso Ahah, ça me rappelle une fois où j'étais dans une gare et où un mec m'a interpellée et m'a dit "ah j'aime ça les filles rondes, heureusement que ça existe, vraiment c'est agréable de vous regarder". Très poli, mais il n'a pas compris que je lui dise que je trouvais ça impoli et absolument indésiré comme réflexion. Quand j'en parle, on me dit que je suis idiote parce que ça n'était qu'un compliment. Mouais, enfin j'ai quand même le droit de ne pas vouloir des compliments comme ça, non ?

  • Ursinae
    Ursinae, Le 20 juin 2015 à 19h40

    @Elsa Ell

    J'ai lu ton premier poste mais pas la suite, je ne ferai pas de réponse complète mais ce que cette jeune femme n'a pas compris c'est que le monde on ne le change pas à distance sauf peut-être par des dons, mais pour le reste tu as carrément plus d'impact sur ton terrain à toi. Pour moi c'est une forme d'éducation au sacrifice, de lâcheté et d'hypocrisie. Et en plus elle se donne le beau rôle mais concrètement ça donne "au lieu d'aider les chiens, j'aide les chats, qui le méritent plus. Enfin je les aiderai plus tard, là je ne peux pas, mais je pense fort à eux." entre temps ni les chiens ni les chats ne sont défendus.

    Et l'excuse du système de valeurs est la plus pourrie du monde, car totalement subjective. Est ce parce qu'il y a plus grave ailleurs, je ne dois pas m'occuper des petites injustices ? Injustices qui construisent notre comportement social, donc notre société. Je trouve que c'est pas rien quand même, c'est même majeur. À moins de ne vivre que comme pour les autres et on revient à la notion de sacrifice féminin très fortement inscrit par le patriarcat et les religions.

  • Ursinae
    Ursinae, Le 20 juin 2015 à 20h39

    En fait c'est pas si loin de Rémi Gaillard qui oeuvre pour aider les animaux tout en dénigrant les femmes en se disant que y a pas mort d'homme.

  • 02coco02
    02coco02, Le 16 juillet 2015 à 15h20

    Et bien moi, j'ai trouvé l'article qui résume exactement ce que je pense de la situation...

    http://rue89.nouvelobs.com/2014/06/26/harcelement-rue-feminisme-bourgeois-253208

    Le féminisme actuel me fait peur. En lisant certains commentaires, on voit effectivement un certain " mépris " envers une certaine classe de la société...
    Et tout de suite, on va m'accuser de faire le jeu des pervers sexuels, non ? Ouf. Car je ne remets pas en cause la société machiste qu'est encore la France, ni les attouchements gratuits et scandaleux dans le métro dont j'ai déjà fait l'objet...

    Mais excusez moi de penser, qu'un " Tu es charmante " ou " Tu as un 06 ? " ne constitue en aucun cas un harcèlement sexuel ou même un harcèlement tout court. Je sais pas pour vous, ça m'agace aussi mais en soi, c'est pas irrespectueux de me dire " Tu es charmante ", ou juste qu'un homme matte avec insistance une nana... Suis-je la seule à trouver ça flatteur ? Un homme vous trouve jolie, et souvent ça n'ira pas plus loin. C'est quand cela devient insistant que cela est gênant et irrespectueux, mais ne pensez-vous pas qu'il y a quand même une barrière énorme entre un simple " Tu es charmante " dans la rue, et un " tu suces combien ? " ou " t'as l'air d'une sacré cochonne " ou autre superbes vers de la sorte ?

    Et puis ça me fait penser à un article de Madmoizelle justement...
    http://www.madmoizelle.com/video-harcelement-rue-probleme-slate-296377

    Comment ça on coupe les blancs au montage ?! Sans avoir de véritables convictions et opinions sur le harcèlement de rue, ce genre de comportement au racisme latent et au mépris voir haine des classes ne peut que me renvoyer au premier article de Rue89...

    Car si le harcèlement de rue, sexuel ou non, ne doit pas être considéré comme anodin et peut être subie comme un véritable traumatisme, et je ne veux absolument pas le nier, c'est ce genre de quasi idéologie sous latente du féminisme aujourd'hui qui m'oblige à en détester une très grande partie, et à m'en désintéresser la plupart du temps.

    Et puis, pour finir, je trouve qu'il y a un sacré paradoxe chez les filles d'aujourd'hui : on ne veut pas être considéré comme un objet sexuel, on se dit féministe, mais on s'empresse de mettre des photos sur instagram de soi en string ( à comprendre, qu'on ne voit que les fesses ou presques ! ), on essaye de prendre la pose la plus sexy possible et après on dit que c'est une forme de féminisme que de se montrer à moitié-nue partout. J'ai un peu de mal à comprendre ma génération là-dessus. Ça rejoint les FEMENS, que je n'aime pas beaucoup... Le corps de la femme perd en dignité. Il n'y a qu'à voir les blockbusters et tout les gros plans sur les fesses et les seins... Seulement parfois les même actrices vont se dire féministes, mais cautionne allègrement ce système.

    Bref, sinon moi la plupart du temps, un gros sourire suivi de " J'ai un copain " ou " Je suis vraiment pas intéressé " suffit à éloigner la plupart de ces dangereux violeurs en séries...
    Sans vouloir dédramatiser, il ne faut pas tomber dans le jeu de l'hyper-sécurité et de la paranoïa... Et ne pas oublier les hommes, qui en subissent aussi. Mais surtout, ne pas se laisser faire quand cela devient trop insistant, ne rien dire, cela renforce le sentiment du mâle dominant en chasse... Malheureusement, encore aujourd'hui.