« La guerre invisible » dénonce les violences sexuelles dans l’armée

Les auteures de La guerre invisible, Leïla Miñano et Julia Pascual, donnent une voix à toutes ces femmes militaires victimes de violences sexuelles, qui n'ont pas pu faire l'entendre. Des témoignages pour que cesse le silence insupportable de « la grande muette ».

« La guerre invisible » dénonce les violences sexuelles dans l’armée

« La grande muette » n’a jamais aussi bien porté son nom. C’est celui de l’Armée Française, surnommée ainsi en référence aux militaires qui n’avaient pas le droit de vote sous la IIIème République.

Aujourd’hui ce n’est plus le droit de vote, mais le devoir de réserve qui explique sans l’excuser le silence de certains officiers.

Sous couvert de respect de ce devoir de réserve, des victimes de viol ou de harcèlement préfèrent se taire, des officiers passent sous silence les plaintes reçues.

La guerre invisible, l’enquête indépendante

Leïla Miñano et Julia Pascual sont journalistes indépendantes. Pendant deux ans, elles ont enquêté auprès de ces femmes, militaires et victimes de violences sexuelles, celles qui ont porté plainte et tenté d’obtenir justice, comme celles qui se sont tues et ont tenté de continuer leur carrière.

Elles ont recueilli les témoignages de ces femmes, qu’elles publient dans un ouvrage intitulé La guerre invisible, co-édité par le magazine Causette et Les Arènes.

« J’étais la putain du régiment »

Parmi les témoignages retranscris, celui de Laetitia, qui s’exprimait également au micro d’Europe 1 :

« La soirée a débuté : il y avait de l’alcool et de la musique. Une ou deux bières pour moi et j’ai commencé à me sentir bizarre. Il y a eu aussi ce verre que je n’aurais jamais dû boire. [des traces de GHB ont été retrouvées dans les analyses que Laetitia a demandé à subir]

La dernière chose dont je me souviens, c’est de mon agresseur qui m’emmène par le poignet vers les toilettes. Je me réveille le lendemain, à 14h45, sans culotte, ni chaussettes, ni pantalon… Juste un t-shirt et une bosse à la tête. […]

Un collègue est venu me voir, [et] m’a dit ceci : « t’es une belle salope, j’ai appris que t’avais couché avec plusieurs mecs ». Tout le monde le savait. Et personne n’a parlé ».

Laetitia a porté plainte, auprès de sa hiérarchie, puis contre X au civil, puisque la procédure a abouti en interne au classement de sa plainte. Elle n’obtiendra rien de plus au tribunal.

« J’étais cataloguée, le point noir du 121, la putain du régiment. »

Mise en arrêt maladie, finalement déclarée inapte et réformée, la carrière militaire de Laetitia en est restée là, tout comme celle de Fanny, et toutes les autres, mise au placard pour avoir parlé, ou celles qui craquent psychologiquement faute d’avoir parlé.

À lire sur le Nouvel Observateur : Viols dans la grande muette

Le ministère promet une enquête

L’omerta qui pèse sur les violences sexuelles n’est pas propre à la France. Aux États-Unis, une femme est victime de viol toutes les trois heures dans l’armée. Devant l’ampleur prise par ces crimes, la lutte contre les violences sexuelles est devenue cause nationale en 2012.

En France ? « Rien à signaler », comme sur les rapports émis autour de la soirée pendant laquelle Laetitia fut violée. Personne ne s’était emparé du sujet. Difficile pourtant de croire que l’armée française, la plus féminisée en Europe avec 15% de femmes dans ses effectifs, ferait exception à la liste de ces statistiques préoccupantes :

  • Allemagne : une femme sur deux se déclare victime de harcèlement sexuel (2011)
  • Australie : 2 400 plaintes enregistrées fin 2013
  • USA : en 2012, le documentaire The Invisible War accélère la prise de conscience alors qu’une femme sur trois déclarait avoir été victime d’une forme de violence sexuelle (2010).

La sortie du livre La guerre invisible vient de mettre le sujet des violences sexuelles dans l’armée à l’ordre du jour de l’agenda public.

En effet, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a annoncé jeudi 27 février l’ouverture d’une enquête interne sur ce sujet, afin de faire le point sur les obstacles à la remontée de l’information et au traitement des plaintes.

Il s’agit d’une enquête interne, et les victimes témoignent justement du mutisme de leur hiérarchie. Le ministère de la Défense promet « une tolérance zéro ». Reste à voir si ces déclarations et cette enquête seront suivies d’effets.

Pour aller plus loin (sources) :

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