« PUTAIN DE TABLE BASSE DE MERDE » : les gros mots aident-ils à soulager la douleur ?

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Dire des gros mots peut-il aider à réduire une douleur physique ou sociale ? Deux chercheurs ont mené une expérience à ce sujet.

« PUTAIN DE TABLE BASSE DE MERDE » : les gros mots aident-ils à soulager la douleur ?

La semaine dernière, après une journée particulièrement nulle, j’ai eu envie de dire « MERDE » à environ toutes les personnes qui avaient l’outrecuidance de croiser mon regard.

Ce n’est pas joli, ce n’est pas bienveillant, et je me suis maudite d’avoir cet état d’agacement — j’ai fini par dire « MERDE » à moi-même, quoi.

Figurez-vous que cette vilaine tendance à gueuler une obscénité en cas de coup dur n’est pas complètement inutile.

Pour certain•es chercheurs et chercheuses, jurer pourrait nous faire du bien — les jurons contribueraient à soulager une douleur physique (par exemple lorsque vous cognez votre tout petit et délicat doigt de pied sur le coin de cette foutue table basse) ou une peine « sociale/émotionnelle » (une rupture amoureuse, un coup de mou passager).

Le chercheur Michael Philipp et la chercheuse Laura Lombardo ont conduit une expérience sur les liens entre les jurons (et plus spécialement le mot « Fuck ») et notre perception de la douleur (physique ou sociale).

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Jurer aide à traverser une émotion négative

Pour commencer, 62 participant•es ont été réparti•es en deux groupes et ont participé à un court exercice d’écriture :

  • Certains devaient raconter un évènement social où ils se sont sentis « inclus »,
  • À l’inverse, d’autres ont narré un évènement social où ils se sont sentis « exclus ».

Cet exercice servait à induire une émotion positive (en cas d’inclusion) ou négative (en cas d’exclusion).

Ensuite, les scientifiques ont demandé aux volontaires de répéter un mot pendant deux minutes à voix haute :

  • Pour certains, le mot proposé par les scientifiques est un juron,
  • Pour d’autres, le mot proposé est « neutre ».

Bingo, l’hypothèse des chercheur•ses est confirmée : les participant•es qui ont écrit à propos d’une exclusion sociale et qui ont ensuite juré à haute voix ressentiraient ensuite moins de douleur « sociale/émotionnelle » que les autres — et ils seraient également moins sensibles à la douleur physique.

En fin de compte, les résultats suggèrent que le fait de jurer, à haute voix, procure un soulagement à celles et ceux qui traversent une émotion négative.

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Jurer soulage les douleurs sociales et physiques

Pour les chercheur•ses, nous pourrions tirer deux enseignements de cette expérience :

  • D’abord, que les douleurs physiques et sociales ont bien quelque chose de similaire dans leur fonctionnement,
  • Et ensuite, que jurer pourrait atténuer ces douleurs.

Ce n’est pas la première fois qu’un•e scientifique suggère que la douleur physique et sociale/émotionnelle ont des points communs.

Certain•es appellent ce phénomène « la théorie du chevauchement de la douleur physique et sociale/émotionnelle » (et je vous présente mes excuses pour cette traduction sauvage : en vrai, on parle de « Social Pain/Physical Pain Overlap Theory » — le SPOT).

Autrement dit, nos peines « sociales » (celles que l’on ressent après le rejet d’un ami, une vexation…) et nos douleurs physiques (après une petite chute par exemple) partagent quelque chose dans notre « système de traitement » : selon le SPOT, si quelque chose affecte la douleur physique, il y a fort à parier que cette chose impacte également la douleur « sociale ».

C’est ce qu’il se passe dans l’expérience de Philipp et Lombarbo : le fait de jurer soulage les douleurs sociales ET physiques.

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Pourquoi jurer a un impact sur la douleur ?

Les scientifiques éclaircissent encore la raison du succès des jurons pour soulager nos maux. Pour certain•es, jurer dilue l’intensité de la douleur en attirant l’attention de notre cerveau ailleurs : en disant un gros mot à haute voix, je donne un peu d’attention aux expressions grossières, et moins à ma douleur ?

Bien sûr, Michael Philipp n’érige pas le juron en solution à tous nos maux : il fonctionne sur des douleurs relatives, « légères » — dire des gros mots ne nous aidera pas à traverser un deuil, un traumatisme important, une maladie grave

Mais ce type de recherche est particulièrement important pour comprendre ce qui agit sur notre douleur, les facteurs qui permettent de la soulager ou, au contraire, qui l’intensifie… À terme, ce genre d’expérience peut améliorer notre quotidien !

Pour aller plus loin :

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Commentaires
  • Justine_
    Justine_, Le 27 juin 2017 à 11h23

    Tante Clara
    Ça ne m'étonne pas que douleurs physiques et sociales aient des points communs puisqu'une angoisse sociale ( ou autre) peut rendre le corps malade.
    Pourquoi les jurons ne soulagent ils que les douleurs ou peines légères ? Est-ce que ça ne permet pas de soulager une grosse peine par sa simple expression ? Parce qu'on ne garde pas tout en soi, que ça veut dire qu'on ne fait pas de déni ou qu'on est pas dans le sur contrôle?
    Par exemple, ça ne soulagerait pas directement le deuil mais ce serait un indicateur d'acceptation du deuil et donc qu'on est en bonne voie. Et donc, au fond, ça aiderait le travail de deuil et donc ça soulagerait le deuil.
    Je ne saisis pas bien la nuance faite :hesite:
    Coucou :fleur:
    Je pense que la nuance est une précaution des auteur-e-s de l'étude (leur expérience portait sur des "petites" douleurs) !

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