Sois belle et marie-toi – Carte postale du Japon

Pondu par Laetitia H le 22 mars 2013     

Quelle est la place des femmes au Japon ? Peuvent-elles concilier vie privée et vie professionnelle ? Quelles sont les pressions que la société fait peser sur leurs épaules ? Laetitia vous explique tout ça.

Être une femme au Japon, à quoi ça ressemble ? En forçant le trait, ça consiste à être féminine, ne pas compter sur sa carrière et se résoudre au mariage. C’est en tout cas la trajectoire proposée par la norme sociale.

Objectif mariage

Coiffure parfaite, tenue soignée, talons : au Japon, la féminité est obligatoire. Être une femme, c’est prendre soin de soi, être vigilante sur ce qu’on donne à voir. Respecter l’autre en mettant du fond de teint. Il faut se donner du mal, c’est important ; sinon, on est une souillon. Plus grave encore, se délaisser, c’est le signe que l’on méprise les normes sociales. Et les normes sociales, c’est ce qui fait tenir 130 millions de Japonais-es sur un archipel bourré de montagnes inhabitables – c’est dire si c’est important.

À ces jeunes femmes jolies et bien éduquées (malgré ses tares, l’éducation japonaise est performante), la société propose un modèle de bonheur facile : la félicité conjugale. Le mariage est le modèle largement prévalent sur l’archipel. Le concubinage est encore peu répandu, et les naissances hors mariage, bien qu’en augmentation, sont encore marginales. Par contre, il y a un mot spécifique pour désigner les noces précipitées pour cause de grossesse !

Sois belle et marie toi   Carte postale du Japon famille

Se marier et devenir mère au foyer est un souhait fréquent. Le mariage n’est pourtant pas la panacée : une femme mariée sur deux a déjà songé au divorce. Les hommes sont peu présents à la maison – un sondage de 2007 montre que 37% des hommes voient leurs enfants moins d’une demi-heure par jour. Une grande partie des couples mariés sont abstinents. J’ajoute qu’une femme sur quatre sera victime de violence conjugale dans sa vie (encore un tabou au Japon). Un portrait un peu gris… mais ici, le mariage n’est pas le lieu des débordements affectifs : c’est une construction familiale où chacun tient son rôle : l’homme travaille, rapporte de l’argent, la femme gère le budget et la maisonnée.

Ce schéma conservateur bouge : en 2002, 60% des foyers avaient un double revenu. Mais arrêter momentanément de travailler pour s’occuper de ses enfants reste une quasi-obligation morale… Il faut dire que l’alternative manque d’attractivité.

La tristitude de l’entreprise japonaise

Si les Japonaises souhaitent rester à la maison et veiller à l’éducation de leurs enfants, honnêtement, je ne vois pas ce qu’on irait leur reprocher : chacun fait comme il le sent. Le souci, c’est que le monde du travail ne leur offre pas de perspectives vraiment excitantes, et force un peu leur choix de vie.

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« Les femmes doivent quitter l’entreprise après un mariage ou un bébé » : une affirmation renversante avec laquelle 53% des hommes et 58% des femmes (qui se tirent un peu une balle dans le pied !) sont d’accord. C’est vrai qu’avec cette manie des heures supplémentaires à gogo et des drinking parties régulières, on voit mal comment maintenir une activité à plein temps et garder une vie de famille – puisqu’il est entendu que le mari, soumis aux mêmes contraintes, n’a pas non plus de temps pour la maison ou les enfants.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que les entreprises japonaises ne sont pas très « mother-friendly ». Il y a deux rythmes de carrière, décidés à l’embauche : une voie pour ceux qui quitteront l’entreprise un jour (au hasard, les femmes), et une autre pour les « employés à vie », avec promotions, augmentation et tout le toutim. Une voie auxquelles les femmes ont théoriquement accès… mais la coutume de présenter sa démission en même temps que le certificat de grossesse est très ancrée. Si on ajoute que le système des crèches est très onéreux et maille faiblement le territoire, on comprend qu’en moyenne, les femmes arrêtent de lutter !

Bilan des courses, 5 ans après avoir accouché, 50% des femmes sont à la maison ; et la majorité de celles qui ont repris une activité salariée sont à temps partiel. Une position vraiment précaire au Japon, où le temps partiel, s’il est inférieur aux trois quarts d’un temps plein, n’est pas assorti des cotisations habituelles chômage, vieillesse ou maladie.

Entre machisme et pragmatisme

L’un dans l’autre, comment s’en tirer au mieux ? La stratégie consiste souvent à repousser le mariage et ses contraintes jusqu’à atteindre la trentaine. Au-delà, attention au syndrome des makeinu, les « chiens qui ont perdu », un surnom sympathique pour les vieilles filles, que personne n’a choisi d’épouser. Question statut social, mieux vaut être mal accompagnée que seule.

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Quitte à épouser quelqu’un, autant qu’il soit en mesure de faire vivre la famille. On le préfère conciliant, avec des revenus confortables. Les femmes se consolent en prenant la tête de la famille : décisionnaires au quotidien, à la tête du budget familial (les hommes touchent de « l’argent de poche »), ce sont elles qui détiennent le pouvoir d’achat au Japon. Une consolation qu’on a le droit de trouver maigre !

Le Japon a un héritage plutôt machiste. Le shinto puis le bouddhisme ont mis de côté les femmes, impures puisque saignant chaque mois. Il y a plusieurs siècles, lorsque la misère sévissait dans les campagnes et que les enfants étaient trop nombreux, on ne réfléchissait pas longtemps sur le sexe à privilégier… À l’ère de l’industrie, les femmes étaient dans les usines, jusqu’à ce que l’enrichissement des ménages fasse de la présence de la femme à la maison un signe extérieur de richesse. Il faut attendre 1946 et sa Constitution pour que les femmes aient le droit à l’autodétermination en quelque sorte : droit de décider de son mariage, droit de divorcer, de voter, d’hériter.

Aujourd’hui, la sexualité est libre, les femmes ont la possibilité d’avorter – et y ont recours massivement (30% des grossesses se terminent par une IVG), dans un pays où la pilule contraceptive, autorisée en 1999, est peu utilisée. L’accès aux études est égalitaire. Mais le taux de natalité du pays est préoccupant, et le gouvernement se focalise plus sur l’utérus de ces dames que sur leurs CV

Et toi, qu’est-ce que tu en penses ?

fminisme

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Les 10 dernières réactions à cet article sur le forum

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  1. AntiochusAntiochus

    Le 26 mars 2013 à 17:27

    @myriam-h : heu…Sérieux ? Un article sur Madz ? O_o

    Je veux bien, mais faudra que je fasse de sacrés recherches, puis certains arguments (comme le rapprochement femme/fleur) sont des opinions personnelles, que je ne peux pas expliquer et sur lesquels je n'ais aucune référence ^^'
  2. MymyMymy

    Le 26 mars 2013 à 17:29

    Posté par antiochus
    @myriam-h : heu…Sérieux ? Un article sur Madz ? O_o

    Je veux bien, mais faudra que je fasse de sacrés recherches, puis certains arguments (comme le rapprochement femme/fleur) sont des opinions personnelles, que je ne peux pas expliquer et sur lesquels je n'ais aucune référence ^^'
    Ben oui, sur madZ :happy: tout le monde peut participer au contenu du magazine !

    C'est comme tu le sens, tu sais, tu n'as pas besoin de faire des recherches de niveau universitaire. Ça peut être ton approche du shôjo, les choses que toi, tu as remarquées en lisant les anciens titres et les nouveaux, des exemples, etc. :)
  3. AntiochusAntiochus

    Le 26 mars 2013 à 17:35

    @myriam-h : je veux bien :)

    Par contre est ce que je pourrai faire des digressions, par exemple comparer la place de la femme dans les shônen/shôjos, ou alors lier image de la femme dans les shôjos et idols japonais?
    Et le hentaï, sujet trop sensible ou pas ?

    Et autre question purement pratique : j'ai une date limite pour le rendre ? Parce que en ce moment je suis en plein dans la préparation du concours qui doit déterminer le reste de mon existence ^^'
  4. MymyMymy

    Le 26 mars 2013 à 17:36

    Posté par antiochus
    @myriam-h : je veux bien :)

    Par contre est ce que je pourrai faire des digressions, par exemple comparer la place de la femme dans les shônen/shôjos, ou alors lier image de la femme dans les shôjos et idols japonais?
    Et le hentaï, sujet trop sensible ou pas ?

    Et autre question purement pratique : j'ai une date limite pour le rendre ? Parce que en ce moment je suis en plein dans la préparation du concours qui doit déterminer le reste de mon existence ^^'
    C'est pas un devoir, tu me l'envoies simplement quand c'est prêt, que ce soit maintenant ou dans 6 mois ne t'inquiète pas :happy:

    Le hentaï peut être abordé mais simplement pas de descriptions trop crues (et pas d'images bien sûr), mais là encore ne te fais pas de souci, si c'est trop « imagé », j'édulcorerai un peu avant ed publier.

    Tu peux aborder le sujet sous n'importe quel angle, donc oui tu peux digresser si ça te semble pertinent !
  5. GloomyGloomy

    Le 26 mars 2013 à 18:56

    @Antiochus:Oh Chocolat et Vanilla je lisais ça petite ^^. Je devais pas tout comprendre, t'as raison je vais recommencer!
    Sinon j'en ai parlé avec pleins d'amies qui lisent des mangas et pour la plupart elles ne lisent plus de shojos en particulier pour le caractère souvent "effaçable" de l'héroïne. Enfin Bref si tu fais un article là dessus ce serait vraiment super!
  6. Laetitia HLaetitia H

    Le 05 avril 2013 à 11:20

    Merci pour tous ces commentaires super intéressants. Je ne lis pas beaucoup de manga ( je lis des trucs vieux moi aussi, Kazuo Kamimura, Shigeru Mizuki… Du patrimoine !) mais vos témoignages sont éclairants !

    Sur la prostitution lycéenne, je ne peux que conseiller le livre de Muriel Jolivet, La crise des modèles, aux éditions Picquier. Elle y consacre plusieurs chapitres bien documentés.
    J'aimerais d'ailleurs compléter ma série Carte postale du Japon par une sélection de bouquins, quand ce sera l'heure de la fin !

  7. NanaelimNanaelim

    Le 19 avril 2013 à 21:52

    J'ai adoré lire tous vos commentaires, c'était super intéressant!
    Un truc qui m'avait choqué aussi, j'ai regardé (enfin essayé de regarder) l'adaptation cinématographique de Paradise kiss d'Ai Yazawa… La scène de sexe (totalement consentie dans le manga) à été transformée en une espèce de viol/manipulation mentale… Ca m'a dégouté immédiatement et j'ai arrêté de regarder!
  8. schlobischlobi

    Le 21 avril 2013 à 19:10

    J'ai une amie japonaise qui m'a dit que la plupart de ses amies voulaient se marier pour éviter de travailler.

    Elle m'avait montré une vidéo d'une idole japonaise qu'elle trouvait trop mignonne, comme tout le monde l'a dit être mignon est un critère très important.
    http://www.dailymotion.com/video/xrskhy_yyyyy-yyy_auto#.UXKgE4KywXw

    J'ai eu l'impression de regarder une petite fille parler que ce soit dans ces gestes (très étudié d'ailleurs), et dans ses expressions.
  9. guerredesmiroirsguerredesmiroirs

    Le 10 juin 2013 à 02:41

    Et pour les couples lesbiens ? Elles ne sont pas sous casses parce qu'elles ne suivent pas le shema ''classique'' et que pour avoir des enfants, c'est un peu plus complique ?
     Ou pire, le truc idiot de ''tes gay, mais tu epouse quand meme l'aut d' un sexe different hetero'' ?
  10. KaomiKaomi

    Le 19 juin 2013 à 05:35

    Par rapport à la vidéo, si je puis me permettre de ramener ma maigre science ^^' la personne interviewée, Lola, c'est un peu le François Pignon du dîner de con. Enfin d'après ce que j'en ai compris, plus maintenant mais il y a pas si longtemps, elle passait à toutes les émission littéralement pour afficher sa grande stupidité légendaire. Que ce soit un rôle ou la réalité hein, je ne saurais dire jusque là. Par exemple, une autre émission a été diffusée où on la faisait rencontrer trois personnes dites un peu "savantes" (politiques, médecins, écrivain-es…) pour voir "quelle genre de conversation ça allait donner".
    Lola c'est vraiment un cas extrême, et la télévision japonaise n'est de toute façon pas réputée pour être d'une intelligence aggravée hein. J'ai d'ailleurs moi-même arrêté de la regarder, et vive internet, on a BFM et canal+ même au Japon ^^'

    Sinon, j'ai vu que vous discutiez des mangas shôjo, donc je me permets de rebondir. Pour celles qui connaissent les mangas de Mayu Shinjô (Haou Airen, Love Celeb, Akuma no Eros), qu'en pensez-vous ? Une amie italienne m'a fait découvrir cette auteure, et je ne sais pas si je l'exècre ou l'adore en fait x) Je lui ai envoyé un email auquel je n'ai toujours pas eu de réponse, pour l'interroger un peu sur ses personnages féminins.
    Mais bon, l'histoire suit toujours le même motif : une lycéenne au corps mature sexuellement, complètement stupide et vide intérieurement, devient la cible sexuelle, puis amoureuse, d'un homme, de plusieurs en fait, souvent riches, à la carrière aboutie et aux grands pouvoirs politiques et physiques. Le scénario est souvent déconstruit et on sent que la priorité ne lui ait pas donnée au détriment des scènes de sexe(viol en fait), omniprésentes.
    Moi je les ai lu sur tenmanga, en anglais, si ça vous intéresse.
    (et désolée si je fais de l'hors-sujet, ça part un peu dans les fantasmes sexuels féminins des japonaises mais bon)

    EDIT : j'avais pas vu qu'il y avait trois pages, et je viens de lire les deux premières… Donc en fait, Mayu Shinjô et ses "oeuvres" ne sortent pas vraiment du lot… J'ai quand même peur pour la génération future des jeunes hommes et femmes d'ailleurs, japonais ou non, car le marché du manga est aussi développé ailleurs que sur l'archipel, abreuvée de ce genre de leitmotiv…

    On est un peu dans la logique du plaisir masculin au-delà de celui féminin, l'inexistance de la vie de la fille au profit de celle de l'entité mâle, et l'absence totale d'un modèle différent du type "couple blanc hétérosexuel dont l'homme est plus vieux, plus expérimenté, plus riche, PLUS…"

    C'est… Effrayant… Ah si je savais dessiner…

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