J’ai grandi dans une famille horrible, mais une amie m’a sauvée

L'année dernière, Marianne est partie de chez ses parents. Aujourd'hui, elle fait le point et bonne nouvelle : grâce à une amie, elle se sent bien.

J’ai grandi dans une famille horrible, mais une amie m’a sauvée

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Publié initialement le 27 fév 2018

Le 8 février dernier, ça faisait un an jour pour jour que je suis partie de chez mes parents (ou plutôt que ma meilleure amie m’a permis de sortir de cet enfer). En un an, ma vie a changé du tout au tout.

Mon père m’a toujours frappée. Pour tout et n’importe quoi : une table mal mise, une vaisselle pas faite, un stylo mal rangé, des livres qui dépassent…

Depuis toujours, j’ai pris l’habitude de mentir pour justifier les bleus qui ornaient mes bras, mes épaules, mon dos et surtout mon visage. Mon excuse favorite ? « Je suis tombée de cheval samedi au cours… Laisse tomber, il m’a virée en deux secondes ! »

Quand la violence physique devient psychologique

Quant à ma mère, elle n’a jamais montré la moindre attention à mon égard.

Les rares fois où elle m’adressait la parole, c’était pour me dire à quel point elle me trouvait inintéressante, ou que tout ce que je faisais était nul et ne méritait pas la moindre considération.

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Dès l’âge de 5 ans, je rentrais et allais à l’école toute seule (école qui était quand même à 20 minutes à pied). Elle ne venait jamais aux spectacles d’école ni même aux réunions avec les enseignants.

À 14 ans, elle a estimé que j’étais assez grande pour me nourrir toute seule alors elle m’a dédié un placard pour mettre la nourriture que je devais acheter.

C’était parti pour les baby-sitting et autres petits boulots en tout genre.

Je ne me sentais pas malheureuse, pour moi c’était tout simplement normal (bien que chez mes amis c’était tout de même quelque peu différent).

J’avais quelques amis. L’école était pour moi un lieu paisible où je pouvais enfin m’exprimer puis l’équitation me relaxait et me défoulait.

Sans famille : le temps de la galère

Mais après mon bac, j’ai décidé de partir. N’importe où mais loin de toute cette horreur. Personne n’était au courant de ma situation familiale, donc je suis partie seule, avec pour seul revenu une bourse pour faire mes études.

Très vite, c’est devenu impossible financièrement. J’avais une bourse de 450€ et un loyer de 405€… Ça s’est terminé dans ma voiture où j’ai habité pendant 2 mois le temps de finir mon année.

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Je crois que ce sont les pires mois de ma vie.

Entre les douches à prendre à la piscine, les sandwichs à diviser en deux pour faire deux repas, les dimanches où j’oubliais que tout était fermé, le froid, la peur d’être découverte par les gens… C’était horrible.

Je suis donc retournée chez mes parents où tout a recommencé en pire. Oui, j’avais eu le culot de partir et j’ai eu droit à des phrases telles que : « Mais c’est bien fait pour toi », « Je t’avais dis que t’arriverais jamais à rien »

L’amitié : une bouée de sauvetage

Mais il y a un an, est arrivée Nina*. Une personne extraordinaire qui, je pense, est descendue des étoiles pour venir m’aider. Elle a vu le bleu sur ma pommette et malgré tous mes efforts, n’a pas cru à ma version.

C’était la première fois que quelqu’un ne me croyait pas.

Alors au bout de quelques minutes, n’y tenant plus, je lui ai tout raconté. Tout. Nina m’a accueillie chez elle. S’en sont suivis sept mois de chamboulement.

Elle m’a tout appris : comment vivre comme une jeune fille normale de 21 ans, sans la peur, en étant entourée de gens qui m’aimaient, sortir faire la fête (cela m’était évidemment interdit avant), découvrir la vie… La vraie vie.

Ça n’a pas toujours été facile pour Nina. Parfois j’étais tellement perdue que j’en faisais des crises de larmes ou j’imposais un silence qui pouvait durer plusieurs jours, sans que je prononce un mot.

Grâce à elle, j’ai pu avoir un appartement, une bourse pour mes études, un travail pour me débrouiller toute seule. Mais grâce à notre amitié, j’ai retrouvé une famille. Je sais que, quoi qu’il puisse se passer, elle sera toujours là.

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Aujourd’hui, on ne se voit plus tous les jours, mais ce midi, après un mois et demi sans se croiser, rien n’avait changé. Et ce sentiment d’être quasiment de la même famille est un peu plus présent chaque jour.

Réapprendre à vivre seule

Les premières semaines seule dans mon appartement n’ont pas été simples. La peur de la solitude après avoir été autant entourée pendant sept mois, mais surtout, la peur de devoir retourner dans ma voiture par manque d’argent.

Mais très vite, grâce à Nina, mais aussi grâce aux amis que je m’étais fait dans mon travail, j’ai réussi à prendre le dessus sur mes peurs.

Deux mois plus tard, j’ai tissé une amitié avec trois autres filles qui sont aujourd’hui mes meilleures amies. Rien à voir avec Nina, que je considère plus comme une sœur.

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Avec elles, je découvre de jour en jour de nouvelles choses. Il y a deux semaines je suis partie à la montagne avec l’une d’entre elles, sur un coup de tête.

Un an avant, jamais je n’aurais pu envisager une telle chose. Je ne parlais quasiment à personne, j’étais renfermée sur moi-même, emprisonnée dans une situation que je n’osais pas quitter.

Désormais, on dit de moi que je suis une personne super sociable, souriante, même rayonnante. Tant de mots qui m’étonnent encore, tout est encore si frais dans ma tête.

Et enfin trouver le bonheur

Il y a quelques semaines, j’étais en soirée avec mes trois copines et à un moment je me suis arrêtée de danser et ça m’a frappée : je suis heureuse !

Je me suis dis : « Mais qu’est-ce que j’aime ma vie en ce moment ! ».

Je n’ai pas tout ce dont on pourrait rêver : je n’ai plus de famille, je ne gagne pas des millions non plus.

Mais j’ai le plus important : de vrais ami·es, un toit sur ma tête, un travail qui me permet de manger des pâtes au jambon (et même quelques fois avec du fromage rapé !) et une bonne santé.

Si je devais refaire ma vie depuis le début, je crois bien que je ne changerais rien. Mes parents ne m’ont peut-être apporté que des choses négatives et bien souvent malheureuses, mais c’est en partie grâce à ça que je suis celle que je suis aujourd’hui.

Toutes les épreuves ont fait de moi la personne que je suis, aujourd’hui.

*Les prénoms ont été changés.

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JulietteGee


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Commentaires
  • La Korrigane
    La Korrigane, Le 12 mars 2018 à 15h36

    @Ines Kozic je suis parfaitement d'accord avec toi, mais cela me rappelle quelque chose qui m'était arrivé quand j'étais en 4e : je faisais de l'équitation et j'étais méchamment tombée, j'avais le dos complètement bleu et violet. Quand je suis arrivée en cours de sport le lundi suivant j'ai dit à ma prof que je pourrai pas faire sport parce que j'avais mal et je lui ai montré mon dos comme preuve, sans penser à quoi que ce soit, je voulais juste pas qu'elle me force à faire sport. Elle a rien dit, elle a même pas posé de question de comment c'est arrivé. Des années plus tard je me suis rendu compte qu'elle aurait pu croire que j'étais battue par mes parents ou autre, mais rien, elle a pas tiqué. Je ne peux m'empêcher de penser, et si je l'avais été, battue par mes parents ou par d'autres camarades de classe ou que sais-je ?
    Je pense comme @Jeannedarkh, les professeurs, personnel encadrant etc se doivent d'agir en entrant en contact avec la personne lorsqu'ils remarquent ce genre de choses (évidemment on ne peut pas tout voir, mais dans mon cas elle ne pouvait pas le rater par exemple).

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