La puberté « précoce » et sa ribambelle d’inconvénients

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SPP a connu une puberté plutôt « précoce ». Et clairement, des avantages, ça n'en a pas beaucoup.

La puberté « précoce » et sa ribambelle d’inconvénients

Maintenant qu’on est intimes, il te reste une chose à savoir sur moi : j’ai eu mes premières règles à 10 ans. Si ça se trouve, sans ça, j’aurais été différente. Peut-être que si j’étais restée un peu plus longtemps dans le cocon de l’enfant mignonne, je serai devenue une sorte de nymphe aux longues jambes et je me serai pas reconnue. Ah, attends, si. Si en fait. Je me serai reconnue vu que ça aurait été moi, du coup. Certes.

Mais voilà, ma puberté a commencé tellement tôt que ma croissance s’est interrompue assez rapidement, me bloquant à un petit mètre soixante et empêchant mes seins de devenir suffisamment lourds pour pouvoir étouffer des gens avec. Mais je m’en fous un peu, parce que bon, mine de rien, ça fait douze ans que je suis comme ça. Ça serait con de pas l’avoir accepté, depuis le temps.

Et c’est assez ludique de se mettre de profil après un trop gros repas et d’essayer de deviner si mon ventre est plus gonflé que ma poitrine.

Dans les films et séries, le passage à la puberté est largement enjolivé. Les premières à y passer deviennent d’ailleurs les élèves les plus populaires du collège. Genre :

Eh bien sachez que non, être précoce ne fait pas de nous des Kate Sanders en puissance, du genre à oublier la notion de loyauté dès que des baleines commencent à soutenir ses « teuteutes ». Bien sûr, il est possible que Pierrick ait essayé de me toucher les mamelons en CM1, mais ça n’est arrivé qu’une fois.

Laisse-moi te dire à quoi ça ressemble vraiment.

Note : j’ai mis « précoce » avec des guillemets dans le titre parce qu’à ce que j’ai cru comprendre, ce terme désigne les filles qui voient l’arrivée de caractères sexuels secondaires avant sept ans.

SPP, précurseuse de l’acné

L’acné arrive souvent au moment de la puberté. Quand ça t’arrive au collège, tu n’as rien de bien original puisque tout le monde ou presque commence à collectionner les pores bouchés comme les billes, quelques années auparavant (ou les Pogs, ou les capsules de Champagne ou les rouleaux de papier toilette, je sais pas). Avoir de l’acné en même temps que tout le monde garantit une certaine tolérance. C’est une communion de la croûte et du pus, c’est avancer main dans la main au ralenti en direction du Biactol. C’est presque beau.

Quand tu en as avant tout le monde, t’es un peu précurseur de l’extrême. Tu pars au front en première ligne, et il n’y a personne pour te protéger des balles de l’ennemi. L’ennemi, ce sont les autres, qui te regardent d’un mauvais oeil comme si t’allais leur refiler la varicelle à nouveau et qu’ils allaient devoir se retaper de la Bétadine plein le corps pendant des semaines.

Surprise sur la couture

J’aime bien les surprises : j’aime qu’on m’envoie des cadeaux quand je m’y attends pas, qu’on me rende visite sans prévenir ou qu’on me prépare des lasagnes alors qu’on m’avait dit « J’te fais à bouffer, il me reste du riz d’hier ». Mais certaines surprises sont un peu moins cool.

Comme quand tu es suffisamment jeune pour que tes parents n’aient pas pensé à d’aborder LE sujet : un jour, tu vas cracher du sang par la « zézette » (ou tout autre surnom que tu lui donnais à l’époque), et ça voudra dire que tu peux physiquement avoir un enfant même si DÉCONNE PAS T’ES ENCORE UNE PETITE FILLE.

Alors quand je suis rentrée de l’école, que j’ai couru aux toilettes pour délester ma vessie de l’Oasis que je m’étais enfilé au goûter et que j’ai découvert une mare d’une couleur non identifiée… Comment te dire. J’ai d’abord pensé que j’étais tombée sur l’entrejambe, avant, les genoux tremblants, de me résoudre à l’idée que j’étais sur le point de mourir. Me juge pas, oh : j’étais pas au courant.

J’avais pas eu le mémo.

L’évènement de l’année

Pour te consoler d’avoir eu un choc en découvrant un alien dans ta culotte Petit Bateau, la famille fait souvent preuve d’un peu trop d’enthousiasme sur le sujet.

Moi, on m’a félicitée, et on m’en parlait souvent pour être sûre que je vivais bien la chose. Ça partait d’une bonne intention, mais c’était assez dur de réprimer l’envie de dire « C’est pas contre vous mais peut-on éviter de parler de ce que j’ai entre les cuisses pendant que je mange s’il vous plaît ? ».

Maling.

Cela dit, je vais pas me plaindre : dans certaines familles, il paraît qu’on te donne une claque sur la joue pour marquer le coup…

Seule au royaume du fantasme

L’inconvénient d’avoir les hormones un peu plus pressés que ceux des autres, c’est que tu ne peux confier à personne tes débuts de picotements du pubis. Une fois que tout le monde sait ce que ça fait que d’avoir le sous-vêtement qui palpite, ça va, on peut se soutenir. Ou tout au moins se soulager en partageant son ressenti.

Le jour où j’ai avoué à mes copines de CM2 que « hihihih dis donc le prof d’anglais il est vieux mais il est joli », on m’a prise pour une tarée gérontophile. Je me suis sentie seule, aussi seule que quand je suis saoule et que je souris de manière lubrique à quelqu’un qui me plaît alors que j’ai encore de la bière dans la bouche.

Je peux te dire que le jour où ma meilleure amie m’a dit, en sortant du cinéma où on venait de voir Pearl Harbour, qu’elle aimerait bien faire des trucs à Josh Hartnett, elle m’a retiré une fière chandelle du pied.

Souiller les draps d’autrui

Quand on n’est pas encore habituée aux joies de la menstruation, on ne connaît pas son cycle et on peut avoir quelques mauvaises surprises.

Aux parents des copines qui m’invitaient à dormir chez elles, pardon. Pardon pour les jolis draps blancs de ce lit d’enfant. Pardon.

Une transition trop rapide

Quand on a ses règles alors qu’on est encore à l’école primaire, il se passe un truc bizarre dans le cerveau : accepter l’idée que la serviette hygiénique n’est pas une couche n’est pas chose aisée. Cest un peu comme les tubes des L5 : un jour on sait que ce sera suffisamment loin derrière nous pour ne pas en être encore traumatisées, mais en attendant, pendant quelques années, on fait mine de vomir quand on s’imagine (s’)en réenfiler.

C’est la différence entre le has been et le vintage. 

Du coup, je faisais cinq tours autour de ma culotte avec le rouleau de papier toilette parce que je me sentais pas prête à mettre des tampons, que je ne connaissais pas la coupe menstruelle (que je n’aurais pas été prête à utiliser de toute façon), et que les serviettes hygiéniques me rappelaient les couches de ma petite enfance.

La régression, c’est quand ça m’arrange.


« J’ai pas supporté la serviette alors j’ai pris ce qui me tombait sous la main pour le mettre dans mon slip. »

Mais surtout, j’aimerais rendre hommage à mes parents (après tout, c’est bientôt leurs fêtes). Parce que le plus gros inconvénient de la puberté précoce, c’est qu’ils se farcissent une ado en pleine crise avant d’y être préparés. Et je dois dire qu’ils ont bien géré !

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Sophie Riche

Sophie Riche est membre de la rédac depuis 2011, époque à laquelle elle officiait sous le pseudonyme Sophie-Pierre Pernaut. Elle aime manger du fromage et l'humour un peu gras.

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Voici le dernier commentaire
  • HolyFearn
    HolyFearn, Le 11 mai 2017 à 14h37

    J'ai eu mon premier soutien gorge quand j'étais en CM1 je crois, mais à 8-9 ans ça avait déjà commencé à pousser. Et j'ai eu mes règles à 11 ans, quelque chose comme 3 mois avant de quitter l'école primaire. J'étais très grande pour mon âge, et avec des formes. A 12 ans j'avais atteint ma forme définitive si on peut dire (1m60, bonnet C), tout ce qui a changé jusqu'à aujourd'hui c'est mon poids.
    Le plus difficile a été pour moi les poils pubiens qui poussaient (depuis un moment) au CM1, à 10 ans : Pour la fête de l'école la maîtresse nous a demandés de nous changer en commun, mais les filles et les garçons séparés (quand même !). Nous devions mettre notre maillot de bain et pour cela, il fallait se montrer nue devant les autres, qui étaient imberbes. J'avais honte de mes poils et je n'ai pas osé demander à pouvoir me changer seule, du coup j'ai gardé ma culotte sous mon maillot (pour ne pas que les autres voient mes poils) en essayant de la retrousser en dessous le plus possible pour la cacher. Mais, il a fallu faire la "chorégraphie" pour le spectacle, et ma culotte est réapparue avec mes mouvements. Et tout le monde s'est moqué de la fille qui gardait sa culotte sous son maillot.

    Il y a eu une période de plusieurs années où j'ai eu un corps de femme trop vite évolué par rapport à mon mental et celui des autres enfants de mon âges. Je faisais gauche et mal fagotée. Cette période a été dure dans le sens où j'ai grandi trop vite physiquement et que je vivais en décalage par rapport aux autres, j'ai perdu toutes mes amies. J'avais le corps d'une géante avec un cœur d'enfant. Quand physiquement les filles de mon âge m'ont rattrapées, c'était moi qui n'était plus à leur niveau en terme de maturité, j'en ai beaucoup souffert car ça m'a mené à la solitude très rapidement. Avec dégoût et rejet de mon corps, source de tous mes problèmes. Le fait de perdre ses amies m'a fait me développer beaucoup moins vite parce que je n'avais plus personne avec qui me comparer ou progresser, ou faire des expériences.

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