Non, Alix Girod de l’Ain, nous ne sommes pas des princesses

Pondu par Jack Parker le 24 octobre 2011     

Et hop, ça y est, le débat Madame/Mademoiselle a été relancé ! Ça s’est passé sur Elle.fr, via l’édito d’Alix Girod de l’Ain, intitulé « Après vous Mademoiselle ? ». Ah bah non, Madame Girod de l’Ain, pas du tout…

Et finalement, c’est un tout autre débat qui s’est créé. Cet édito se termine sur deux phrases qui ont fait bondir bon nombre de lectrices :

« A la limite, si on doit changer quelque chose sur les formulaires administratifs, il faudrait rajouter une case : « Pcsse ». Mariées ou pas, jeunes ou vieilles, ce qu’il faut revendiquer, c’est notre droit inaliénable à être des princesses. »

… Alors voilà, mesdemoiselles/mesdames, réjouissez-vous : en 2011, on nous demande encore et toujours d’être des princesses.

Nous passerons :

  • Sur les arguments bancals contre la suppression de la case « mademoiselle » dans les formulaires administratifs – j’aimerais répondre à une militante anti-mademoiselle « non mais attends, Mademoiselle Catherine Deneuve quoi ! » et voir ce qu’elle a à répondre à ça.
  • Sur ces paradoxes entre « nous sommes des femmes libres et indépendantes » et « j’suis bien contente qu’on me siffle en m’appelant mademoiselle et en matant mon cul, et qu’on m’offre du basilic gratos pour mes beaux yeux ».
  • Sur l’incompréhension totale du débat, pour le réduire à un vague « madame = femme mariée, donc pour être femme il faut être mariée, et quand on est mariée on est pas libre ».

En revanche, on s’arrêterait bien un peu sur ces deux foutues phrases de fin. « Ce qu’il faut revendiquer ». « Notre droit inaliénable à être des princesses« . Rappelez-moi vite fait dans quel siècle on vit ? Qu’une femme encourage d’autre femmes à se revendiquer comme des princesses, à notre époque, dans l’ambiance actuelle, après tous ces combats, ça me dépasse complètement.

Nous ne sommes pas des princesses. Nous ne sommes pas des demoiselles en détresse. Nous ne sommes pas enfermées dans un donjon, à attendre la venue d’un prince charmant pour nous délivrer de notre terrible sort. Nous n’avons pas besoin d’attendre cette rencontre magique pour commencer à vivre. Nous ne passons pas des bras de nos pères à ceux d’un homme. Nous ne nous évanouissons pas au moindre choc, en espérant que des bras forts et musclés soient là pour nous rattraper. Nous n’attendons pas que qui que ce soit mènent nos batailles à notre place.

Nous ne sommes pas (toutes) des petites précieuses fragiles et désinvoltes. Une princesse est soumise à l’autorité de son père, puis de son mari. Une princesse est enfermée toute sa vie, coupée du monde, séquestrée. Une princesse n’a pas son mot à dire, pas d’opinion à exprimer, pas d’arguments à avancer. Une princesse ne se bat pas – elle attend dans la tour du château en poussant des soupirs. Les princesses sont passives, seules, servies, isolées.

Les princesses font des conneries (comme aller toucher un fuseau empoisonné du bout du doigt) et attendent sagement qu’on vienne les réparer. Elles servent des hommes (ou des nains) et attendent qu’on vienne les sortir de là pour qu’elles aillent en servir d’autres (des princes). Les princesses sacrifient tout pour être vues, remarquées, aimées par des hommes. Elles prétendent être quelqu’un d’autre pour éviter que leur prince ne découvre qu’elles ne sont que des souillons. Les princesses n’ont qu’un but : plaire à leur prince, se faire aimer de lui, et vivre heureux et avoir beaucoup d’enfants.

Nous ne sommes pas des princesses. Nous sommes des femmes, toutes plus différentes les unes que les autres, différences que nous n’hésitons plus à revendiquer. Il n’y a pas qu’une façon d’être femme. C’est parce qu’on a voulu nous faire croire aux princesses qu’on en est à flipper quand quelqu’un voit notre « vraie » nature. C’est parce qu’on nous a dit qu’il ne fallait pas faire de vagues, être belles, être souriantes, sinon ton prince ne te remarquera jamais, qu’on a peur de finir seules et moches. C’est parce qu’on attend de nous qu’on adopte un comportement irréprochable, « féminin » et anti-féministe au possible, qu’on est aussi paumées aujourd’hui.

Non, Alix Girod de l’Ain, on vit au XXIème siècle, on n’est pas des princesses et c’est tant mieux.

Edit : Inutile de crier votre indignation dans les commentaires de l’edito, puisqu’entre temps, les nombreuses réactions indignées ont été supprimées… Des problèmes de digestion peut-être ?

fminisme

Ça vous a plu ? Partagez !

375 BIG UP

Ne ratez aucun article de madmoiZelle.com !

Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez notre actu deux fois / semaine

Entrez votre email ici :

Cet article a été pondu par Jack Parker - Tous ses articles

Jack Parker est rédactrice multifonction pour madmoiZelle depuis janvier 2009. Elle aime tout ce qui se rapporte à la pop culture américaine, aux animaux, aux trucs bizarres qu'on trouve dans le monde et se nourrit essentiellement de films d'horreur et de nouilles instantanées.

Plus de Jack Parker sur le web :

Tous les articles Moi, moi et moi
Les autres papiers parlant de , , , ,

Les 10 dernières réactions à cet article sur le forum

Tu dois être inscrite pour lire l'intégralité des réactions ou commenter !
Identifie-toi ou clique ici pour t'inscrire, c'est gratuit !

  1. icytoeicytoe

    Le 28 octobre 2011 à 23:26

    Posted by Carmelita
    Oui et j'ai relevé ton post justement parce qu'il soulevait cette histoire du "paraître jeune". Que tu adhères ou non à ce point de vue ne change rien à ce que je dis dans mon post, donc je ne vois pas le problème…


    ah ok dslé je pensais que tu disais que mon argument était insultant:p
  2. OhOh

    Le 31 octobre 2011 à 21:54

    Ouais moi aussi j'ai un problème avec le mot "princesse". Je l'assimile à gourdasse superficielle et incapable de faire la moindre chose seule, et surtout qui attend le bon vouloir de son prince (passivité des femmes et différenciation des sexes, rien de nouveau sous le soleil) quoique j'ai tendance à être contradictoire sur ce point et à vouloir absolument un mec mais bref… Cohérence bonjour!
    En tout cas, moi je ne me considère absolument pas comme une princesse, de toute façon la vraie vie s'en charge pour moi, une princesse ne va jamais à la CAF par exemple :erf:
    Au delà des questions du vocabulaire, c'est plus la symbolique qui me dérange. L'image que les femmes/filles doivent être passives, mignonnes, douces, très féminines, jolies poupées, et finalement prisonnières de ce rôle et esclaves des hommes quelque part, uniquement dans la séduction. La vie ne se réduit pas à ça, doux Jésus!!!!!
    Mon fils de 2 ans et demi me sort ce mot depuis quelques semaines, et ça m'enchante vraiment pas -je soupsçonne sa nounou (que j'adore par ailleurs) car elle elle est très dans le délire princesse- mais quand il l'a dit la première fois je lui ai fait répéter plusieurs fois, j'en croyais pas mes oreilles!
    Bref je m'enflamme pour rien, c'est mineur comme problème (ou pas) J'ai du mal à me positionner.
  3. YanaYana

    Le 20 décembre 2011 à 00:29

    Oui bon, le topic date d'il y a deux mois, mais j'ai vu cette photo et j'ai pas pu m'empêcher de penser à l'amie Alix Girod de l’Ain :
  4. ShichunShichun

    Le 24 janvier 2012 à 15:38

    Le droit d'être des princesses… Mais c'est vrai que c'est connu, nous n'aspirons qu'à cela nous autre, rencontrer un prince et porter une jolie robe… Décidément, les rédactrices de Elle ne vivent pas dans le vrai monde. Il faut sortir du 16ème arrondissement de temps en temps Mesdames, notre seul but dans la vie n'est pas de dévaliser Dior !

    Je ne parle même pas des arguments totalement foireux d'une vieille coincée qui aimerait qu'on lui sifflote du Mademoiselle en lui offrant des brins de persil, une Madame jalouse des jeunes années de sa fille de 18 ans. Sérieusement, depuis quand peut-on construire tout un article autour du basilic gratuit ?

    Je m'arrêterai bientôt, juste après avoir félicité le magazine Elle pour son courage et sa modernité. Les femmes sont des princesses, les noires sont en boubous et les rondes font du 40.

    J'oubliais l'essentiel : surtout, effaçons les mauvais commentaires ; c'est connu, au Moyen-Âge, on empêchait la populasse de parler. ON VA PAS LAISSER CES FILLES DODUES ET MAL FAGOTEES DONNER LEUR AVIS NON PLUS, hein. Faut quand même pas déconner.
  5. Irma BudIrma Bud

    Le 24 janvier 2012 à 21:59

    si j'en crois un article que Maïa Mazaurette avait posté je sais plus trop quand, qui dit que
    Sauf si tu es contre les droits des femmes, ça va être compliqué de ne pas être d’accord avec les féministes, tout simplement parce que leurs positions sont incroyablement variées.
    on peut (doit ?) TOUTES être féministes.
    or je ne suis pas contre les droits des femmes, je me définis même comme à peu près la plus féministe de mon entourage. mais désolée, mon but dans la vie c'est d'être une princesse. épicétou.
    c'est quand même pas cool : par cet article, vous excluez des féministes du mouvement, alors que l'article d'AGA était justement un écho de la vidéo à la manif féministe de mai dernier il me semble où mmz disait que même si tu t'appelles mademoiselle, t'as le droit comme tout le monde d'être féministe.
    en bref, mmz tape sur AGA en désunissant bien le féminisme alors qu'AGA vous soutenait dans votre lutte pour l'unir.
    non vraiment, les guerres entre féministes, il est temps d'arrêter je crois.
  6. vkeutpyvkeutpy

    Le 24 janvier 2012 à 22:09

    Je ne vois pas le problème. Les féministes les plus actives sont bien mignonnes, mais ON NE TOUCHE PAS A LA LANGUE FRANCAISE, sacrebleu. C'est comme quand elles envisagent de réformer le 'masculin dominant' (vous savez, dire 'ils' alors qu'il n'y a qu'un garçon dans un groupe de 4552896225 filles), et bien, moi, je dis NON. Je veux que mes droits soient reconnus, mais je ne veux pas que des 'barbares' arrivent pour saccager ma belle langue natale. Et puis, OUI, je suis une princesse, je fais caca des papillons et je pète des paillettes, et alors ? C'est l'un des privilèges féminins ! Vous imaginez un homme péter des paillettes ?
  7. vkeutpyvkeutpy

    Le 25 janvier 2012 à 20:46

    Posted by Haze
    La langue, c'est ce qui forge la pensée, c'est en posant des mots sur ce que tu penses que tu le définis, que tu le précises, que tu poses des limites sur ce que tu es prête à accepter ou non. (…)
    Donc si en fait, on touche à la langue française, et pas seulement les féministes les plus actives, mais tout le monde, n'importe quand - quand une expression devient à la mode, on touche à la langue française, quand on utilise un mot d'argot, on touche à la langue française, quand un usage grammaticalement non correct devient plus utilisé qu'un correct, on touche à la langue française….


    Je me suis peut-être mal exprimée, alors. Mais je ne peux pas conçevoir qu'on modifie la base de la langue, mais peut-être que je n'ai rien compris (ce qui est TOUT A FAIT possible !) Que de nouveaux mots et expressions apparaissent, je peux,le comprendre, c'est ce qui donne une langue vivante ! Mais je vois pas comment on pourrait modifier une règle grammaticale aussi importante que celle-là (il est là mon problème), ça me parait hallucinant d'imaginer qu'un jour, comme ça, on puisse remanier notre langage aussi profondément ! Ce n'est en aucun cas parce que je suis contente d'être une gentille fifille soumise et obéissante.
  8. Dies IraeDies Irae

    Le 26 janvier 2012 à 01:02

    J'avais lu un papier d'un linguiste qui avait détourné de façon tout à fait intelligente le problème, en considérant que la langue française possédait (comme beaucoup d'autres langues) 3 genres, masculin, féminin et neutre, mais que le neutre et le masculin ne pouvaient être différenciés que par le sens et non par l'orthographe. (exactement comme les déclinaisons, certains modes s'écrivent pareil)

    Selon sa vision des choses, on aurait donc des pronoms personnels :
    - neutre : il
    - masculin : il
    - féminin : elle

    Pour l'accord des adjectifs, pareil :
    - neutre : beau
    - masculin : beau
    - féminin : belle

    Il propose donc simplement que le genre masculin ne possède pas par rapport au neutre d'orthographe propre, contrairement au genre féminin.

    Voilà, je trouve ça bougrement intelligent, et pas plus compliqué.
  9. vkeutpyvkeutpy

    Le 01 février 2012 à 18:21

    Posted by Haze
    D'accord, je ne t'avais pas comprise :happy:
    Ce que je voulais dire, c'est qu'à la base la règle de l'accord de proximité était la plus appliquée ("Les filles et les garçons sont beaux" mais "Les garçons et les filles sont belles") mais l'abbé Bouhours a décidé comme ça que non, c'était mieux de dire que le masculin était supérieur au féminin, pour le plaisir.
    Du coup, serait-ce vraiment une réforme de revenir à la règle de l'accord de proximité ?
    Pour moi (mais je comprends que tout le monde ne pense pas la même chose :)), non, ce serait rétablir le juste équilibre des choses, parce qu'il n'y a aucune raison (à part le bon vouloir d'un abbé du XVIIe siècle) de garder un tel stigmate du sexisme dans la langue.


    Et bien j'avoue que je n'étais pas au courant de ça ! je comprends maintenant parfaitement ton point de vue, mais je reste sur mes positions, trop tard, le mal est fait !
  10. SuperbrocolisSuperbrocolis

    Le 25 janvier 2014 à 19:49

    Je n'ai rien contre le fait qu'on nous appelle "mademoiselle". A condition que l'on appelle les garçons de notre âge "damoiseaux". A condition que l'on puisse, nous aussi, s'adosser aux murs de la ville et leur lancer : "Oh damoiseau, j'kiffe trop ton boule, t'as pas un 06 la?".
    Mais personne ne songe à appeler un garçon damoiseau. Pourquoi?
    Parce que c'est stupide.
    Donc, si nous n'appliquons pas cette absurdité aux hommes, ne l'appliquons pas aux femmes.

Tu dois être inscrite pour lire l'intégralité des réactions ou commenter !
Identifie-toi ou clique ici pour t'inscrire, c'est gratuit !