Je grandis en famille d’accueil, et j’en ai assez des préjugés

Placé en famille d'accueil à 8 ans, ce madmoiZeau a souvent été jugé au travers de stéréotypes. À 15 ans, il souhaite faire changer le regard que les gens posent sur les enfants en famille d'accueil.

Je grandis en famille d’accueil, et j’en ai assez des préjugés

Je pense qu’il est important de changer les mentalités sur les enfants en famille d’accueil.

Je suis en famille d’accueil depuis que j’ai 8 ans, et le dire peut  parfois être oppressant et stressant… Pourquoi ? Tout simplement par peur d’être mal vu, et regardé à travers des idées reçues.

Je suis en famille d’accueil, et les autres me jugent

Quand j’annonce à des adultes ou à des potes que je suis en famille d’accueil, cela suscite toujours des réactions similaires :

– Ah ! Je ne savais pas… (normal, ce n’est pas écris sur mon front !)
– Je suis désolée… (Désolée de quoi ? On me donne une chance de réussir !)
– Pourquoi es-tu en famille d’accueil ? (That is the question of the day !)

Par les personnes que je ne connais pas, je suis vu comme un « pauvre » enfant qui n’est plus avec ses parents, comme un enfant refourgué à l’État.

Leur image de moi est encore pire quand ils se fient aux stéréotypes français sur le sujet.

Des stéréotypes selon lesquels les enfants en famille d’accueil seraient impolis, sans avenir, turbulents, incapables d’avoir de bons résultats à l’école, sans aucun loisir…

Bref, de mauvais enfants avec de mauvais parents.

Les familles d’accueil sont souvent vues comme méchantes et/ou bien trop sérieuses, et pourtant je peux vous prouver tout le contraire en m’appuyant sur un exemple concret : mon parcours !

Mon placement heureux en famille d’accueil

Mon parcours en famille d’accueil a débuté en 2011, j’avais 8 ans. Mes parents ont été dans l’incapacité de s’occuper de moi, mais j’ai encore une partie de ma famille dans ma vie !

Je ne vois plus mon père depuis maintenant 4 ans : mes parents sont séparés.

Mon père faisait peser sur moi un trop lourd poids émotionnel à la suite de ses absences lors de rendez-vous. J’ai donc demandé à arrêter tout contact avec lui.

Par contre, avec ma maman, tout se passe très bien . Je la vois un week-end sur deux, et je vais aussi chez elle la moitié des vacances.

À l’époque je suis arrivé dans une famille d’accueil merveilleuse avec qui j’ai une belle complicité. Ces gens m’ont appris tellement de choses de la vie, apporté des connaissances, aidé, apporté l’affection suffisante pour me tirer vers le haut.

Toute la famille m’a intégré, et je les remercie. Je ne pense pas que ce soit la seule famille d’accueil à être aussi merveilleuse.

De plus il n’y a jamais eu aucun soucis entre ces personnes et ma mère, heureusement. Ça a permis un bon développement de ma relation avec ma famille d’accueil, ma mère savait que j’étais entre de (très) bonnes mains !

Mon placement n’a été ni traumatisant ni difficile. Ce qui a été le plus dur c’est à l’école, au début. J’ai dû aller voir un psy parce que je n’étais pas du tout sociable, je n’aimais pas y aller, je me sentais différent de mes camarades…

Puis j’ai fini par comprendre que c’était essentiel de travailler, et je l’ai accepté. Je me suis ouvert et j’ai avancé sur énormément de choses !

J’ai eu quelques nuits avec des faiblesses, pendant lesquelles je me disais que je n’avais pas une vie comme les autres, que c’était bizarre, où je me demandais pourquoi c’était tombé sur moi…

Mais au final je me consolais moi-même en me disant que j’avais la chance d’être en famille d’accueil pour réussir ! Et au réveil, je pouvais leur en parler.

Je ne ressemble pas à l’image qu’on a des enfants en famille d’accueil

Je suis la preuve vivante que les stéréotypes sur les enfants en famille d’accueil sont faux, et j’aimerais donc qu’on arrête de me voir à travers eux.

Impoli ? Tous les habitants du village disent à ma famille d’accueil que je suis adorable, poli, et souriant !

Mauvais à l’école ? J’ai le brevet mention bien, presque très bien (à 5 points sur 800 !) et des bulletins à 16 de moyenne en troisième !

Turbulent ? Mauvais enfant ? Je suis de nature serviable !

Chaque année je sers le repas des anciens, j’assiste aux armistices, j’ai créé une boîte à livre dans mon village, j’ai décoré les rues pour Noël, j’ai été Conseiller suppléant Départemental Junior et stagiaire au cabinet de Monsieur le maire de Dijon.

Et aujourd’hui je suis Ambassadeur de la lutte contre le harcèlement scolaire et Conseiller de Vie lycéenne et gérant de la Maison des Lycéens…

Plus tard j’aimerais être juge ou avocat. La justice est un domaine qui m’attire, j’espère que cette ambition deviendra réelle pour montrer à tout le monde qu’on peut partir de peu et avoir beaucoup !

Il faut de la volonté et du courage, et ne pas s’arrêter au dénigrement et à l’enfermement lié à notre statut.

Il faut arrêter d’étiqueter les enfants en famille d’accueil

J’ai donc écrit ce témoignage pour vous montrer qu’il est important de ne pas étiqueter les gens, ni les situations. Les enfants en famille d’accueil ne doivent pas être vus à travers ces stéréotypes.

Je me suis efforcé de vous prouver que ces stéréotypes ne sont pas vrais par définition, et je sais que je ne suis pas le seul dans mon cas à être heureux, et à réussir.

J’aimerais que ces stéréotypes s’effacent pour que les enfants en famille d’accueil aient toutes les chances de leur côté pour réussir.

Je sais que je n’y arriverai pas tout seul mais je pense que si on s’y met ensemble, on peut arriver à convaincre une partie de la population !

Et pour moi, ainsi que pour tous les enfants comme moi qui se battent pour qu’on ait une meilleure image d’eux, ce serait un vrai accomplissement.

Et pour finir je voudrais dire à ma famille d’accueil que je l’aime, et que je la remercie profondément !

À lire aussi : Je suis fille unique et les idées reçues me fatiguent

Commentaires

Lemon Tree

J'ai aussi été placée en famille d'accueil durant mes années lycée parce que mon père est décédé d'un cancer ma dernière année de collège, et je suis arrivée dans une super famille avec qui je garde encore contact. J'ai essuyé pas mal de préjugés comme le fameux "on dirait pas". Certains membres de la famille de ma mère d'accueil pensaient que j'étais dépressive, que je ne me lavais pas ou que je ne savais pas lire (pourtant j'ai eu mon bac L avec mention). Ca n'a pas été simple de supporter tout ça, j'avais l'impression de porter une étiquette "cas social" sur le front, mais sans ce placement je n'aurais pas vécu la vie que je vis actuellement.
 

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